Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Mots-clés > Auteurs > Alexis Piron

Navigation



Alexis Piron

Alexis Piron : poète et auteur dramatique français né à Dijon le 9 juillet 1689 et mort à Paris le 21 janvier 1773.


PIRON
Gœthe, Des hommes célèbres de France, traduit de l’allemand par MM. de Saur et de Saint-Génies, Éd. A.-A. Renouard, Paris, 1823, pp. 91-96.

Né en 1689, mort en 1773.

L’un des hommes les plus spirituels qu’ait produits la France, si riche et si féconde en ce genre ; le plus véritablement bon vivant (comme disent ses compatriotes), le plus inépuisable diseur de bons mots, le plus amusant convive de son temps. Ses ouvrages respirent cette gaieté franche et communicative. Il la répand sur tous les sujets, et l’inspire à tous ses lecteurs.

Des critiques français se sont plaints que les éditeurs de ses Œuvres n’en aient pas fait un choix assez sévère, et que la collection qu’ils ont donnée au public ait été grossie d’une foule de productions qui ne devaient pas être disputées à l’oubli.

J’avoue que de semblables accusations m’ont toujours paru le comble du ridicule. Quand nous voyous la masse énorme, effrayante, d’écrits qui ne se recommandent par aucun genre de mérite, qui pourtant appartiennent tous également à la postérité, et qu’aucun bibliothécaire n’a le droit de livrer aux flammes, comment voudrait-on se priver de quelques ouvrages d’un écrivain distingué, sous prétexte qu’ils n’égalent pas ses chefs-d’oeuvre ? N’y voit-on pas briller des étincelles de son esprit ? ne sont-ils pas toujours empreints du cachet de la supériorité ?

N’en déplaise aux aristarques français, ce sont précisément ces productions, objets de tant de dédains, dans lesquelles on apprend à apprécier leur auteur. En les lisant, on voit qu’il avait reçu de la nature un esprit d’une trempe très vigoureuse, plein de feu, de verve et d’originalité. Il ne lui a manqué peut-être que les bienfaits de l’éducation et les faveurs du sort pour s’élever au rang des premiers génies de son siècle. II y a du bonheur dans la gloire ; et la position fâcheuse de Piron, malheureux dès son enfance, explique comment il ne profita point complètement des avantages que lui offrait le beau siècle où il était né ; comment il ne sut jamais acquérir ce goût délicat et sûr, que l’usage du monde et le ton de la bonne compagnie peuvent seuls donner à l’homme de talent. Né, élevé en province, lorsque Piron vint à Paris, il fut d’abord obligé, pour vivre, de chercher des ressources dans sa plume, et cela dans le sens le plus restreint ; ayant une belle écriture, il se fit copiste. Plus tard, il fut écrivain, dans une acception un peu plus relevée, et composa des ouvrages dramatiques, mais pour de petits théâtres. On aime voir dans ces premiers essais les traces d’un talent mal contenu, qui s’échappe à tous moments, des vers trop bien faits, et des beautés déplacées. Le genre où il s’exerçait ne pouvait lui communiquer sa frivolité ; c’est son esprit qui communiquait au genre une partie de sa force. Le public s’en aperçut, lui eu sut gré, et se félicita de trouver un vrai mérite où il ne le cherchait pas ; et de même que Gozzi parmi nous, Piron fit la fortune du théâtre où sa muse avait fait son modeste début, en étalant aux spectateurs agréablement surpris, des tableaux plus grands que leur cadre.

On sait qu’il existe un assez grand nombre de théâtres à Paris : chacun d’eux s’approprie un genre de pièces, qu’il a seul, à l’exclusion des autres, le privilège de représenter. À cette époque, un entrepreneur sollicita et obtint un privilège qui n’avait pas encore été demandé, celui d’un genre nouveau, le Monodrame. Un acteur unique avait la parole ; et le sujet de la pièce ne devait rouler que sur lui. D’autres personnages pouvaient figurer sur la scène ; mais ils étaient muets. Piron travailla avec bonheur d’après cette donnée nouvelle ; son succès à cette époque fut prodigieux : aujourd’hui même on lit encore avec plaisir ces bagatelles ingénieuses ; et l’on doit remercier les amis de l’auteur qui nous en ont fait présent, ainsi que de beaucoup de morceaux échappés à sa muse originale et spirituelle, parmi lesquels il s’en trouve d’assez hardis, et dont les prêtres auraient bien voulu nous priver.

Ainsi Piron réussit complètement dans le genre du vaudeville, par l’à-propos, par le choix des airs heureusement adaptés aux paroles, par l’agrément des scènes, où l’on trouve des traits du meilleur comique. Quand sa muse voulut s’élever plus haut, et paraître sur la scène française, le public, blessé de cette présomption, le traita d’abord avec une extrême sévérité. Mais autant il fut d’abord en butte à ses rigueurs, autant il fut heureux dans sa Métromanie, pièce où il sut si adroitement saisir le goût des spectateurs, qu’elle obtint à son apparition au théâtre le succès le plus éclatant, et qu’elle est encore estimée de nos jours bien au-dessus de son mérite réel. On ose la placer à côté des chef-d’œuvre de Molière, auxquels elle mérite pourtant si peu d’être comparée. Au reste, je pense qu’il viendra un temps où l’admiration très exagérée qu’on veut bien accorder en France à cet ouvrage sera réduite à sa juste valeur.

Fertile en mots heureux et en reparties piquantes, l’esprit de Piron était éminemment français ; il fallait qu’il en eût prodigieusement pour surpasser ses compatriotes dans un genre où ils surpassent tous les peuples du monde. Mais il ne savait pas contenir sa verve et en réprimer les écarts. Ce fut un poème indécent, échappé à sa jeunesse, qui l’obligea de fuira ville natale, et de chercher un asile à Paris, où il se cacha pendant neuf ans. Sa manière d’écrire libre et un peu désordonnée ne l’abandonna jamais entièrement. C’est parce qu’il n’ose s’y livrer dans ses ouvrages sérieux qu’il y parait si gêné. Mieux appropriée au genre comique, elle perce à tous moments dans ses Épîtres, dans ses Contes, dans ses Épigrammes, presque toutes si bien tournées et appliquées si justement.

C’est cette originalité d’esprit, cette verve de gaieté qui rendait sa conversation vive, animée, étincelante. Il pouvait dans un souper se comparer à l’incomparable Voltaire, et se proclamer hautement son rival et son vainqueur, sans qu’on fût révolté d’une pareille prétention, et sans qu’elle le couvrit de ridicule. On était trop amusé de ses saillies. Comme il était le Voltaire du moment, on l’accusait de se mettre en parallèle avec le Voltaire des siècles. L’éclat de son esprit faisait alors l’effet du feu d’artifice, qui semble éclipser les astres du firmament, et qui dans le petit espace et dans l’instant rapide où il nous éblouit, brille plus que les flambeaux de l’univers.

Au reste, Piron, comme auteur, est jugé en France depuis longtemps. Il n’y a qu’un opinion sur ses qualités et ses défauts ; et Diderot en est l’interprète, lorsqu’il fait dire à Rameau : « S’il est question de goût, Piron ne s’en doute pas le moins du monde, pas le moins du monde ! »


  • Lire sur Eros-Thanatos

  • Poésies diverses d’Alexis Piron

    Ode à Priape

    Poème érotique (1710)

    par Alexis Piron
 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris