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Claude-Henri de Voisenon

Claude-Henri de Fusée, comte de Voisenon, abbé du Jard (dit aussi l’abbé de Voisenon), est un littérateur français né au château de Voisenon près de Melun le 8 juillet 1708 et décédé dans ce même château le 22 novembre 1775.


CLAUDE-HENRI PERSÉE DE VOISENON
D’après la « Notice sur Voisenon », Contes légers (suivis des Anecdotes littéraires), Éd. E. Dentu, collection « Bibliothèque choisie des chefs-d’oeuvre français et étrangers », t. XXI, Paris, 1885 (VIII-308 p. ; in-16), pp. V-VIII.

CLAUDE-HENRI PERSÉE DE VOISENON, l’un des quarante de l’Académie française, naquit en 1708, au château de Voisenon, près de Melun (Seine-et-Marne). Sa mère mourut d’anémie peu de temps après sa naissance, et il fut confié â une nourrice asthmatique qui lui donna son infirmité. Toute sa vie sa santé fut chancelante ; il disait en riant : « La nature m’a fait dans un moment de distraction. »

L’intelligence du jeune Claude était si vive et si précoce qu’elle frappait tous ses professeurs. À douze ans, ayant lu la Henriade, il adressa à Voltaire une pièce de vers qui lui valut cette réponse : « Vous aimez les vers ; vous en ferez de charmants ; venez me voir, et soyez mon élève. »

Voisenon resta pendant toute sa vie l’ami de Voltaire.

L’auteur de la Henriade, recherché et choyé par toute la société d’alors, ne tarissait pas en éloges sur l’esprit, les mérites de son jeune ami ; l’abbé de Bernis voulut le voir et lui offrit sa protection. Voisenon brilla bientôt dans tous les salons à la mode. Le marquis de Polignac l’avait surnommé : Petite poignée de puces, tellement il était pétulant, primesautier, amusant et piquant dans la conversation.

À vingt ans, il composa une comédie en un acte et en vers, qui fut jouée sur un théâtre de société, sous le titre de l’Heureuse ressemblance. Il écrivit ensuite d’autres petites pièces : l’Aube de Molière, l’École du monde, le Retour de l’aube de Molière.

« Esprit superficiel, frivole, voluptueux, dit M. Desnoiresterres, Voisenon trouva que les petites sentes sablées, peignées, fleuries, où la rose croît sans épines, étaient bien plus son fait que les routes escarpées et pierreuses, et il s’élança tout papillonnant dans cette voie des petits vers et de la petite poésie, peu tenté d’imiter Fontenelle, qui avait un peu hanté tous les chemins, à sa manière, il est vrai. »

Après avoir été pendant quatre ans grand vicaire à Boulogne-sur-Mer, Voisenon reçut l’abbaye royale du Jard, qui lui donnait pleine liberté sur le choix de sa résidence. Il revint à Paris, où il se retrouva au milieu de ses joyeux compagnons d’autrefois, et il se mit de nouveau à faire des vers. Les femmes s’arrachaient ses madrigaux ; et bien qu’il fût laid comme un singe, les bonnes fortunes ne lui manquèrent pas. Voici, d’après Stendhal, une petite aventure de sa vie galante. Le duc de Sône le surprend une nuit avec sa femme. L’abbé dit à la duchesse de faire semblant de dormir, et se met à lire tranquillement. Quand le duc paraît sur la porte, l’abbé, le doigt posé sur la bouche, lui fait signe de se taire, et lui raconte tout bas qu’il a gagé de s’introduire dans le lit de la duchesse à une heure du matin, sans qu’elle s’en aperçût. — « Mais, est-il déjà une heure ? » fit le mari ; et pendant qu’il consulte la pendule, l’abbé se lève, s’habille et s’en Va.

M. Denoiresterres nous apprend, du reste, que la lecture au lit était une des occupations favorites de Voisenon. Plus tard, quand l’abbé rencontra de tendres consolations près de la jolie Mme Favart, devenue une grosse et réjouie commère, le duc de Lauraguais prétend qu’on le trouvait le matin lisant son bréviaire entre les draps. Mme Favart, en cornette de nuit, répondait : Amen.

Voisenon était le poète attitré de Mme de Pompadour, mais ses poésies sont oubliées aujourd’hui, sa prose seule, qui n’était pas destinée à la publicité, a passé à la postérité.

Voisenon excelle dans le petit conte badin et léger. Il n’y faut chercher ni émotion, ni profondeur ; c’est plein d’esprit et habilement troussé ; voilà tout. Ses écrits ne sont que des badinages, d’amusantes extravagances, écrits pour tourner en ridicule cette mode des contes bleus et des voyages imaginaires qui s’était emparée de tous les écrivains du temps. Chose curieuse, Voisenon fut pris au sérieux, personne ne voulut voir dans ses écrits l’épigramme et le persiflage ; ces bagatelles littéraires eurent un succès prodigieux.

« Ses contes ravissants, a dit un de ses biographes, M. Uzanne, sont l’emblème de l’homme et de l’écrivain. »

Voici le portrait que Casanova a tracé de Voisenon :

« Cet aimable abbé avait une petite santé attachée d’un très petit corps, il était tout esprit et gentillesse, et fameux par ses bons mots saillants, tranchants, et qui, pourtant, n’offensaient personne. Il était impossible qu’il eût des ennemis, car sa critique blessait â fleur de peau. Un jour qu’il venait de Versailles, lui ayant demandé ce qu’il y avait de nouveau :
- Le Roi baille, me dit-il, parce qu’il doit venir demain au Parlement pour y tenir un lit de justice.
- Pourquoi appelle-t-on cela un lit de justice ?
- Je n’en sais rien, si ce n’est parce que la justice y dort.

Voisenon fut reçu de l’Académie française, le 4 septembre 1772 ; ii y succéda â M. Joliot de Crébillon.

L’année auparavant, il écrivait de Cauterets, où il avait été soigner son asthme, sa goutte et sa jaunisse : « Je me baigne tous les jours, je ressemble à une allumette que l’on soufre… M. le maréchal de Richelieu a tant de confiance dans la vertu des eaux qu’il m’écrit exprès pour m’annoncer que, lorsque je repasserai par Bordeaux, il m’amènera une jolie femme dès que je serai couché, qu’il fermera la porte et ne l’ouvrira qu’à bonne enseigne. »

Le côté libertin et plein de franchise de ces jolis abbés musqués du XVIIIe siècle ne se révèle-t-il pas tout entier dans ces quelques lignes ?

Voisenon mourut en 1775, dans son château, voisin de son abbaye de Jard.


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