Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Mots-clés > Auteurs > David Herbert Lawrence

Navigation



David Herbert Lawrence

Écrivain britannique né le 11 septembre 1885 à Eastwood (Royaume-Uni) et décédé le 2 mars 1930 à Vence (France).


D. H. LAWRENCE
Extrait de Maurice Lanoire, « D. H. Lawrence »
La Revue de Paris, 39e année, t. I,
Paris, janvier-février 1932, pp. 909-925.

Mort l’année dernière, à moins de cinquante ans, il a laissé, avec une oeuvre considérable, — quelque vingt-cinq volumes de romans, de poèmes, de critiques, d’essais, d’impressions de voyage, — une réputation à la fois éclatante et trouble, celle d’un novateur audacieux au point de braver le scandale, surtout en matière sexuelle. […]

Il naquit à Eastwood, comté de Nottingham, près de l’antique et romantique cité du même nom, dans une région à la fois minière et rurale. Un de ses premiers romans, Sons and Lovers (Fils et amants), paru en 1913, contient une précieuse autobiographie de son enfance et de sa jeunesse. C’est, dans la première partie, la pathétique histoire d’un enfant pauvre, qu’une ardente sensibilité d’intellectuel et d’artiste détourne du dur travail manuel auquel il est pourtant condamné. […] La publication de The White Peacock (le Paon blanc) en 1911, de The Trespasser (l’Envahisseur) en 1912, de Sons and Lovers, ainsi que d’un volume de vers, en 1913, le classa parmi les plus brillants espoirs de sa génération. […] Désormais il n’emploiera plus qu’accessoirement, comme un moyen, […] ses dons de narrateur, de psychologue et même d’observateur social. Sa création artistique est pour lui subordonnée à son grand oeuvre : la libération spirituelle de l’homme.

Cette libération nous est présentée sous des formes diverses. Le plus souvent une jeune fille ou une jeune femme, incurablement mécontente des mensonges de sa culture intellectuelle ou morale, trouve dans la franche sexualité offerte par un paysan, un trappeur, un bohémien, un apaisement à sa soif de sincérité et son besoin d’évasion. Une d’elles va jusqu’à se sentir troublée par la magnifique vitalité d’un cheval pur-sang. Car Lawrence, à mesure qu’il avance dans son oeuvre, insiste de plus en plus sur la nécessité d’affranchir les manifestations physiques de l’amour des déformations hypocrites de la civilisation, à la façon d’un restaurateur de tableaux s’efforçant de retrouver la fraîcheur de la toile primitive sous la crasse des vernis. Pour lui le corps est, au même titre que l’esprit, l’interprète de la vie universelle ; il en est même un canal plus fidèle. Il a l’éloquence, non pas seulement des yeux, dont le spiritualisme littéraire a tant abusé, mais des hanches, des reins et des seins. Toutes ses parties possèdent de mystérieux fluides. Dans la préface de son dernier roman, Lady Chatterley’s Lover (l’Amant de Lady Chatterley), interdit par la censure britannique, il revendique le droit de rétablir l’équilibre, depuis longtemps rompu, entre notre pensée sexuelle, si hardie, et son expression, si timorée. Et joignant l’exemple au précepte, il s’empresse de décrire les ébats amoureux de Lady Chatterley et de son garde-chasse en langage du Pogge ou du Portier des Chartreux.

Cette sexualité courte et saine doit, pour remplacer l’amour, tyran abhorré, s’accompagner d’un sentiment singulier l’analyse duquel est consacré tout un roman, Women in love (Femmes amoureuses, 1920). L’union idéale des sexes ne saurait représenter une fusion, une absorption, mais un compagnonnage.

[…] Ses audaces sexuelles, qui ont fait pâmer d’aise les amateurs de faciles et antiques nouveautés, représentent un échec, tout au moins sous la forme extrême qu’il leur a donnée dans l’Amant de Lady Chatterley. On est stupéfait qu’il ait pu s’illusionner à ce point sur la médiocrité de la contribution que l’obscénité apporte à la littérature. L’impulsion sexuelle et toute la région psychique dont elle forme le centre ne peuvent être ignorées sans doute ; elles sont une des clefs de cet étrange composé que nous sommes. Mais elles représentent en nous ce qu’il y a peut-être de moins spécifiquement humain, et la littérature, qui a pour but essentiel l’étude de l’homme, se mutile et s’obscurcit en lui donnant une importance exagérée. Rien, plus que la bestialité, ne gêne l’effort de choix et de caractérisation qui est à la base de l’effort artistique, car il n’est rien qui soit moins personnel et plus monotone. C’est là une vieille vérité d’expérience. Il est bon sans doute que les vérités de cet ordre soient de temps en temps retournées pour s’assurer de leur état, mais il n’est pas bon que cette opération soit faite par des mains trop enthousiastes. Ajoutons que la civilisation dont rêve Lawrence, ce monde d’un anarchisme si curieux, où chacun vivrait spirituellement enfermé dans sa tour d’airain, tout en s’abandonnant sexuellement à toutes les libertés, n’est pas seulement impossible mais encore offre peu d’attraits. On pourrait goûter ces étranges perspectives si elles étaient présentées comme un jeu de l’esprit ; on est peiné de constater qu’elles sont pour Lawrence extrêmement sérieuses.

[…] Lawrence, bien qu’appartenant par son âge à l’avant-guerre, se trouve dans le fil de la génération des années 1920. Celle-ci n’a pas seulement découvert en lui une justification de son besoin de révolte contre de vieux idéals auxquels elle s’imaginait avoir été sacrifiée, mais aussi de ses nouvelles attitudes : par exemple son mépris de l’amour, sa tranquille acceptation du corps, son besoin de camaraderie et de liberté sexuelles, son anti-intellectualisme et sa sympathie pour les races inférieures soumises à l’instinct. […] L’orgueil insulaire remplacé par le sentiment de l’ethnographie et de la géographie physique […] ; la matrone anglaise, de la pureté de laquelle Thackeray se portait en 1841 si fièrement garant dans son Paris Sketch-Book, remplacée par Lady Chatterley friande de son garde-chasse ! […] Sans doute faut-il se rappeler-la vieille tendance de l’Anglais à l’hérésie retentissante, à la prophétie solitaire. Il y a, au fond, du Puritain chez Lawrence. Pourtant, et toutes proportions gardées, peut-on trouver en France, même au temps de nos pires déchéances, un écrivain notoire chez qui le sens de la patrie ait été absent à ce point ?

MAURICE LANOIRE

  • Lire sur Eros-Thanatos

 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris