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Vénus dans le cloître

Dernier ajout – samedi 27 novembre 2010.

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À Madame D. L. R.
Très digne Abbesse de Beaulieu

Madame,

Comme il me serait difficile de ne pas exécuter ce que vous me témoignez désirer, je n’ai aucunement délibéré sur la prière que vous m’avez faite, de réduire au plus tôt par écrit les doux entretiens où votre communauté a eu si bonne part. Je m’engageai trop solennellement à cette galante entreprise, pour vouloir m’en défendre à présent, et pour m’excuser de ce travail sur la difficulté qu’il y a de rendre à la voix et aux actions le beau feu dont elles ont été animées. Je ne sais si j’aurai bien rempli mes devoirs et vos espérances ; l’exercice de deux ou trois matinées vous en découvrira la vérité, et vous fera connaître que si je n’ai pas beaucoup d’éloquence, j’ai pour le moins assez de mémoire pour rapporter avec fidélité la plus grande partie des choses passées. Je me suis tellement proposé votre satisfaction dans cet ouvrage, que j’ai passé indifféremment sur toutes les raisons qui semblaient devoir m’en éloigner ; la crainte seule qu’il ne tombât en d’autres mains que les vôtres m’a fait un peu différer de vous l’envoyer, et j’en serais moi-même le porteur, si mes affaires présentes me le permettaient, plutôt que de confier au hasard de la poste, ou d’un messager, un paquet de cette conséquence. Car, de bonne foi, quelle confusion pour vous et pour moi, si des conférences si secrètes allaient devenir publiques ! et si des actions qui ne sont point blâmées que parce qu’elles ne sont pas connues allaient faire un nouveau sujet de critique, et fournir des armes à tous ceux qui voudraient nous attaquer ! Quelle posture et quelle contenance pourrait tenir notre belle religieuse, si le malheur l’exposait en chemise à la vue de tous les curieux ? Que d’opprobre, que de honte, que d’embarras ! Toutes ces considérations sont fortes ; mais vous avez voulu être obéïe, et vous avez traité de réflexions légères et timides, des raisons solides et assurées.

Quoi qu’il arrive, je m’en lave les mains : et pour quitter un peu le sérieux, je vous dirai qu’il n’y a rien à appréhender pour sœur Agnès, quand même le mauvais destin se mêlerait de la conduite de tout ceci, puisque la peinture que j’en fais dans mes écrits ne la représente que dans une très exacte observance de tous ses vœux. Car, en effet, pour commencer par la pauvreté, peut-on être dans un plus grand détachement des biens de ce monde, que de s’en dépouiller volontairement jusqu’à la chemise ?

Peut-on, dans ses paroles et dans ses actions, faire paraître la beauté de la chasteté avec plus d’éclat, qu’en se proposant pour règle la nature toute pure ? Enfin, si l’on veut faire preuve de son
obéissance sans exception, l’on connaîtra qu’elle aura autant de docilité que pas une de vos novices.

Voilà, madame, une longue lettre pour un petit ouvrage, et une grande porte pour une pauvre maison. Il n’importe : j’ai mieux aimé pécher contre quelques règles, que de me gêner en vous écrivant. Faites part à vos plus intimes et aux miennes, de ce que vous jugerez à propos qu’elles sachent. Et croyez que je suis sans réserve.

Madame,
Votre très obéissant et très affectionné Serviteur,
L’ABBÉ DU PRAT.



  • Vénus dans le cloître

    La queue entre les jambes

    La religieuse en chemise (Entretiens V)

    par Abbé du Prat

    « Tout cela ne faisait qu’augmenter la curiosité de l’abbesse et confirmer ses soupçons. Elle remarqua en même temps que Pasithée était plus morte que vive, et que Catherine, Colette et moi paraissions fort inquiètes. « Eh bien ! dit-elle, pour vous épargner la vue du corps de cette servante, vous n’avez qu’à fermer les yeux, et je m’en vais procéder à la visite. » En disant cela, elle prit le cierge des mains de Madelon et lui commanda de se tenir à l’écart. Le pauvre Marin faisait tout ce qu’il pouvait pour cacher ce que la nature lui avait donné, et la peur où il était alors lui était d’un grand secours ; mais la peur peut bien transir nos membres, non pas les anéantir. Enfin il se tenait comme un chien qu’on menace du bâton, qui cache sa queue entre ses jambes. J’oubliais de te dire que Marin, pendant que l’abbesse et les religieuses étaient dans cette plaisante contestation, prit une de ses jarretières, dont il fit une espèce de bride, qu’il attacha au bout de son fait, et le faisant passer par-dessous ses cuisses, fit tenir avec une épingle l’autre bout de la jarretière derrière son dos, au-dessous de sa chemise. Cependant madame, l’ayant découvert par-devant, ne voyait encore rien qui pût être d’une femme. Elle voyait pourtant que Marine croisait les jambes d’une manière à lui faire croire que la pudeur ne faisait pas tout cela ; elle voulut donc y regarder de plus près, et comme elle a la vue extrêmement courte, elle se servit de ses lunettes, qu’elle ajusta sur son nez, comme s’il se fût agi de voir quelque chose de rare ou quelque bijou de prix. Comme elle allait procéder à une plus ample vérification des pièces, et qu’elle appuyait presque ses lunettes sur le ventre de Marine, comme si c’eût été un pupitre sur lequel elle aurait eu son bréviaire, pendant tout ce temps, dis-je, ce membre que Marin voulait cacher avec tant de soin, et qui semble se roidir quand on lui résiste, se roidit si fort, en effet, par la gêne que Marin voulut lui donner, qu’il se débanda tout d’un coup, donna justement sur les lunettes de l’abbesse, qu’il fit sauter jusqu’au ciel du lit, les mit en pièces et éteignit du même coup le cierge qu’elle avait entre les mains. » (Abbé du Prat, Vénus dans le cloître).


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