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Mémoires d’une Chanteuse Allemande

À Paris

Roman érotique (Partie II - Chapitre 7)



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Wilhelmine Schrœder-Devrient, Mémoires d’une Chanteuse Allemande, in L’Œuvre des Conteurs Allemands, traduit pour la première fois en français avec des fragments inédits et une introduction par Guillaume Apollinaire, Bibliothèque des Curieux (coll. « Les Maîtres de l’Amour »), Paris, 1913.


VII
À PARIS

À mon arrivée à Paris, les deux cas qui révolutionnaient l’opinion vous sont sans doute connus, quoique les journaux les aient incomplètement racontés à cause du scandale des débats. Les assises étaient pourtant publiques, j’y ai vu des dames de la plus haute aristocratie et des demi-mondaines.

Mes aventures à Paris ne sont pas fort différentes de ce qu’elles ont été dans toutes les autres villes. Je vais donc vous raconter ce que j’ai pu apprendre sur ces deux affaires. Les procès se firent en même temps, bien que les crimes n’eussent pas eu lieu à la même date. Un aristocrate était incriminé dans l’une d’elles, sa famille avait tout fait pour étouffer l’affaire ; elle y aurait réussi si de nouveaux témoins n’étaient venus et si les journaux n’avaient fait beaucoup de bruit autour de la deuxième affaire. L’inculpé était un homme du peuple, il fut tout de suite emprisonné et jugé. Dans la première affaire, on releva non seulement viol, mais aussi assassinat et non seulement sur une, mais sur plusieurs personnes. L’assassin et le violateur étaient deux individus différents, mais ils étaient en étroits rapports.

Au faubourg Poissonnière vivait un charcutier célèbre par la qualité de ses pâtés. Sa boutique ne désemplissait pas. Le peuple racontait beaucoup de bêtises sur la fabrication de ces pâtés, et le bruit se répandit qu’il employait de la chair humaine. Une perquisition eut lieu, on découvrit qu’il n’employait pas de la viande ordinaire, mais que c’était de la viande animale : il employait des chiens, des chats, des écureuils, des moineaux, etc. Chaque fois que la célébrité de ces pâtés reprenait, des bruits infâmes recommençaient à circuler. À la longue, la police n’y prit plus garde et même le public s’en lassa.

Environ dix-huit mois avant mon arrivée à Paris, on avait arrêté un coiffeur pour avoir coupé la gorge à un de ses clients. Les recherches permirent d’établir qu’il avait déjà commis plusieurs assassinats et qu’il vendait les cadavres à son beau-frère, qui était charcutier. La chair des cadavres était hachée, la complicité du beau-frère n’était pas sûre. À l’interrogatoire, l’accusé dit que l’un de ses confrères en faisait tout autant et qu’en plus il poursuivait un double but : car, premièrement, il fournissait les cadavres des jeunes filles impubères à un grand débauché, qui en abusait ; ensuite, il les revendait une seconde fois au pâtissier. Le procureur général incrimina le débauché, mais celui-ci, qui avait été présent à l’interrogatoire du coiffeur, eut le temps de faire disparaître toutes traces de complicité. On découvrit des traces de sang et des os dans la cave du deuxième coiffeur, mais on ne put établir nettement son crime. On le laissa en liberté et il n’en fut plus question.

Six semaines avant mon arrivée, un agent des mœurs surprit un employé de la morgue en train de violer le cadavre d’une jeune fille repêchée dans la Seine. L’homme fut condamné à dix ans de galères. Cette condamnation fut trouvée trop forte par le public et les journaux, et la Cour de cassation la commua en deux ans de travaux forcés.

Cette deuxième affaire réveilla la première, car les journaux firent beaucoup de bruit autour du coiffeur-charcutier. Celui-ci, qui se croyait à l’abri de toute nouvelle poursuite, protégé comme il était par son client, avait oublié toute prudence. Un beau jour, la police perquisitionna chez lui et découvrit le cadavre d’une petite fille de dix ans. L’examen médical établit que la fillette avait été violée, mais il ne put fixer si elle l’avait été avant ou après l’assassinat.

L’assassin fut condamné à la guillotine ; le condamné nia d’avoir des complices devant la Cour de cassation ; quand il vit que rien ne pouvait le sauver, il avoua qu’il fournissait le cadavre des fillettes égorgées au duc de P..., qui les lui payait vingt napoléons d’or pièce. Il dit encore que c’était le duc qui l’avait poussé à attirer des fillettes dans sa boutique pour les assassiner. Le duc fut incriminé dans l’affaire, il nia énergiquement toute complicité. Le viol des cadavres était évident et il savait que les filles étaient assassinées. Son avocat fut assez adroit pour ne le faire accuser que de viol, sa condamnation fut petite en comparaison de l’immensité de son crime. Le coiffeur était un ancien valet de chambre du duc, tout le monde était convaincu de sa complicité.

J’appris par hasard à connaître une demi-mondaine. C’était la maîtresse du prince russe D..., une femme d’une rare beauté et très bien conservée pour son âge. Elle avait au moins trente-trois ans ; je lui en aurais à peine donné vingt-cinq. Son amant dépensait des sommes folles pour elle. Il me fit un brin de cour, je n’aurais eu qu’un mot à dire pour le capter. Je lui dis rondement qu’il devait laisser toute espérance. Grâce à la largesse de mon ami défunt, je possédais une respectable fortune. Le Russe me déplaisait, il était très laid, avait passé la cinquantaine, il portait une perruque et se teignait la moustache. J’ai toujours méprisé les hommes qui tâchent de cacher leur âge. Sir Ethelred avait les cheveux gris, mais il aurait eu honte de porter une perruque.

À Paris, j’eus encore meilleure opinion des Hongroises. J’en rencontrai quatre, Mathilde de M..., une fille naturelle du prince O..., vendue par sa mère à un riche cavalier. Elle s’émancipa et se maria avec un riche banquier parisien. Sarolta de B..., ma collègue du Théâtre Lyrique, qui devint mon amie intime. Nous nous décidâmes à aller ensemble à Londres et à nous engager au théâtre du Covent-Garden. Sarolta n’était pas ma rivale, elle ne jouait que dans les opéras lyriques. Elle était charmante et encore très naïve. Elle jouait avec les hommes sans rien leur accorder. Elle craignait aussi de devenir mère. La troisième était une certaine Mme de B..., la femme d’un colonel hongrois. Il vivait avec elle en bigamie, car il n’était pas divorcé de sa première femme. Quand il apprit l’arrivée de cette dernière, il s’enfuit à Constantinople et embrassa l’islamisme. La quatrième s’appelait Jenny K..., et elle était la fille d’un avocat de Budapest. Elle et ses trois sœurs vivaient du marchandage de leurs charmes. Elles avaient commencé le métier à bas prix. Un comte s’amouracha de Jenny et la mit ainsi à la mode. Jenny eut beaucoup de chance et vint avec ses sœurs à Paris. Elles comptaient parmi les dames les plus élégantes de la bohème dorée. Un cavalier italien, le marquis M..., épousa plus tard Jenny, sans la garder longtemps, car il mourut après deux ans. Jenny lança alors son filet sur un prince souverain, qui la mena à l’autel.

Voir en ligne : À Londres (Chapitre 8)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Wilhelmine Schrœder-Devrient, Mémoires d’une Chanteuse Allemande, in L’Œuvre des Conteurs Allemands, traduit pour la première fois en français avec des fragments inédits et une introduction par Guillaume Apollinaire, Bibliothèque des Curieux (coll. « Les Maîtres de l’Amour »), Paris, 1913.



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