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La flagellation dans les plaisirs du mariage et dans la médecine

À propos de l’Histoire des Flagellants

De l’Utilité de la flagellation (Introduction)



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Jean-Henri Meibomius, De l’utilité de la flagellation dans les plaisirs du mariage et dans la médecine et dans les fonctions des lombes et des reins…, Traduit du latin par Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne, Paris, 1795. (In-12).


INTRODUCTION

L’abbé Boileau, docteur de Sorbonne, doyen et grand vicaire de Sens, sous de Gondin, et ensuite chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, donna en 1700 un ouvrage intitulé : « Historia Flagellantium de reco [1] et perverso Flagroram usu apud Christianos, ex antiquis scripturæ, Patrum, Pontificum, Conciliorum et Scriptorum profanorum monumentis, cum cura et fide expressa », imprimé chez Janisson, en gros caractères, et composé de près de 400 pages in-12. Du Cerceau et Thiers le critiquèrent. On en publia une traduction plus indécente que l’original ; elle fut réformée par l’abbé Granet, qui la fit réimprimer en 1732.

Un auteur anonyme déchargea sa bile sur ce livre, dans un petit ouvrage in-12, de 43 pages, et qui a pour titre : « Lettre à M. L.C.P.D.B. sur le livre intitulé : Historia Flagellantium ». Cette lettre est une véritable satyre, et qui attaque M. l’abbé Boileau, d’une manière hardie et peu honnête. L’éclipse, dit le critique, que souffrit l’Histoire des Flagellants, dès qu’elle commença à voir le jour, vint d’une suppression tacite ou de l’avidité des libraires de Hollande et d’Angleterre, et de l’empressement à enlever toute l’édition d’un ouvrage qui devait être d’un grand débit chez eux. On m ’a assuré depuis peu, dit-il, qu’on en faisait une nouvelle édition en faveur des mousquetaires et autres jeunes gens d’agréable humeur, qui le trouvent fort à leur gré. Il est en effet très divertissant, et peut tenir son rang dans leur bibliothèque, entre Rabelais, Bocace et les contes de Lafontaine. Il ajoute que cet ouvrage a mérité à M. Boileau le surnom de Flagellant, pour le distinguer des autres abbés Boileau, fort connus dans le monde par leur réputation et leur mérite. Dans tout le cours de la satyre, le critique appelle M. Boileau de ce nom de Flagellant ou de petit Flagellant. Le portrait qu’il en fait est trop injurieux pour être rapporté ici. Je dirai seulement que ce critique n’épargne ni le livre, ni la personne.

Sa satyre est pleine d’invectives, de railleries, d’ironies et de réflexions mordantes, et son ouvrage peut être mis, avec justice, au rang des libelles diffamatoires. Car, après tout, dit l’auteur des Nouvelles de la république des lettres (décembre 1700, page 695), quand il y aurait quelque chose à reprendre ou dans le choix de la matière du livre de M. Boileau, ou dans la manière dont il l’a traitée, cela n ’empêche pas que l’auteur ne soit un honnête homme et de bonnes mœurs [2]. Les jésuites attaquèrent aussi cet ouvrage, et ont extrait de ce livre ou de ceux qu’il a approuvés, diverses propositions qu’ils croyaient censurables. Il y en a une qui le paraît effectivement, et la voici en français : les écrivains sacrés ont fait mention onze fois des flagellations, cinq fois principalement en parlant de J.-C. notre Sauveur, qui fut flagellé malgré lui et contre sa volonté. Cette expression paraît trop forte, mais on voit bien pourtant ce que l’auteur veut dire : c’est que si J.-C. a été flagellé par ses ennemis, il ne s’est jamais donné volontairement la discipline, comme font les moines. Voici une autre proposition que je ne rapporterai qu’en latin : Nec esse est cum musculi lumbares virgis aut flagellis diverberantur, spiritus vitales revelli, adeo que salaces motus ob viciniam partium genitalium et testium excitari, qui venereis imaginibus ac illecebris cerebrum mentem que fascinant ac virtutem castitatis ad extremas augustias redigunt.

Si cette proposition n’est pas fausse, il est du moins sûr qu’elle aurait beaucoup mieux sa place dans un ouvrage de quelque médecin que dans celui d’un prêtre docteur en théologie ; mais il sied mal aux jésuites de relever de semblables propositions, puisque plusieurs de leurs auteurs ont avancé des choses beaucoup plus capables de blesser les imaginations faibles et délicates.

Le dessein général de l’auteur était de faire voir que l’usage des disciplines volontaires est une superstition qui s’est introduite chez les moines, et qui tire son origine du Paganisme, et qu’elle est pernicieuse à la santé du corps et de l’âme. Il loue l’exercice de la mortification de la chair comme un acte saint et méritoire, lorsqu’il est autorisé par la loi divine ou établi par l’Église. Or, celui dont il s’agit n’est point autorisé par la loi divine. Il n’en est point fait mention dans l’Ancien Testament. La loi de Moïse, au contraire (Deut. 25, 2, 3), défendait de donner aux criminels plus de quarante coups de fouet, d’où il suit qu’elle ne permet pas aux moines ni à aucun autre particulier, de s’appliquer plus de quarante coups de fouet, ni de se déchirer la peau d’une manière si cruelle, pendant que l’on chante lentement miserere, de profundis, et l’antienne salve regina. La loi naturelle nous défend de faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait, et la loi de Moïse nous défend de nous faire à nous-mêmes ce qu’elle ne veut pas que nous fassions à un autre. Dans l’Évangile, J.-C. ni les apôtres n’ont pas fait mention de la flagellation, car, par le passage de St-Paul, je mortifie ma chair (Corinth. 9, 27), l’auteur fait voir qu’il ne favorise point la discipline que se donnent les moines. Il remarque que la flagellation involontaire est fort ancienne, puisqu’elle était en usage parmi les païens, avant la fondation de Rome. Elle était même établie par la loi divine (Prov. 13, 24 et 23), pour punir les enfants et ceux qui faisaient quelque faute qui méritât cette punition. Mais outre ces flagellations involontaires, il y en avait de volontaires et de libres. Tertullien rapporte que c’était une coutume parmi les Lacédémoniens de célébrer de certaines fêtes en l’honneur de Diane, et que ce jour-là, pour honorer la déesse, les jeunes gens se fouettaient eux-mêmes devant son autel et quelquefois jusqu’au sang. Environ l’an 476 de J.-C., les juifs rabbins mirent au nombre de leurs cérémonies une espèce de flagellation volontaire, mais elle était mutuelle et ils se flagellaient les uns les autres alternativement. Dans les premiers temps de l’Église, où la pénitence était dans sa plus grande ferveur, l’usage de la discipline était une chose inouïe. Du temps de St-Augustin, on avait coutume de flageller les hérétiques et les criminels, mais les chrétiens ne se flagellaient point eux-mêmes. Ceux qui ont écrit la vie austère des anciens anachorètes ne parlent point de disciplines ni de flagellations volontaires. M. Boileau répond à un passage de St-Jérôme, à un autre de St-Jean Climaque, et à un troisième de St-Cyrille d’Alexandrie, que les moines croient leur être favorables.

L’usage de se flageller soi-même ne fut introduit qu’environ l’an 1047 ou 1056, du temps de Pierre Damiens, et il ne fut toléré des personnes sages qu’avec beaucoup de répugnance. L’auteur rapporte divers exemples, tous propres à faire avoir en horreur et à tourner en ridicule la flagellation.

Voici une anecdote très plaisante à ce sujet, tirée de Michaël Scotus.

Un dévot accompagnait sa femme à confesse ; voyant que le confesseur la menait derrière l’auteur pour la flageller, il s’écria : « Monsieur, elle est très délicate, je reçois la discipline pour elle. » Cela dit, il se mit à genoux, et le confesseur fit son office ; pendant la cérémonie, la femme criait de toute sa force : « Frappez fortement, car je suis grande pécheresse ! » Il y avait peut-être un motif de jalousie dans le dévouement du mari, et une petite vengeance de cette jalousie, dans la femme.

Cette coutume devint fort ordinaire dans la suite, et on la pratiqua jusque dans les rues. Un cordelier un jour donna le fouet en plein midi sur les fesses, à un docteur en théologie qui avait prêché contre la conception immaculée de la Ste-Vierge, et les femmes criaient : « Mon père, donnez-lui en quatre coups pour chacune de nous. »

Vers l’an 1260, vint la superstition inouïe de se fouetter soi-même, et la secte des flagellants commença en Italie. Ils allaient tout nus en procession deux à deux, se flagellant dans les rues et dans les places publiques. Cette secte n’avait point d’ailleurs de sentiments opposés à ceux de l’Église romaine. Cependant Alexandre IV ne voulut pas l’autoriser, et plusieurs princes chassèrent ces flagellants de leurs états.

Ces observations suffisent pour mettre le lecteur en état de juger de l’Histoire des Flagellants par l’abbé Boileau, s’il ne la connaît pas ; et je renvoie ceux qui la connaîtraient au livre lui-même, où ils trouveront des choses curieuses et des détails plus étendus.

Je ne puis me refuser au désir d’augmenter la foule des exemples qu’on pourrait citer de la flagellation volontaire, par celui de St-Dominique, surnommé l’Encuirassé. Cet ermite ne se flagellait pas seulement pour lui, mais pour expier les iniquités des autres. On croyait alors que cent ans de pénitence pouvaient se racheter par vingt psautiers, accompagnés de coups de fouet. Trois mille coups valaient un an de pénitence, et les vingt psautiers faisaient trois cent mille coups, à raison de mille coups par dizaine de psaumes. Dominique accomplissait cette pénitence de cent ans, en six jours. Il acquittait ainsi les péchés du peuple ; mais cette flagellation continuelle rendit sa peau aussi noire que celle d’un nègre. L’usage de ces sortes de pénitence occasionna l’abolissement des pénitences canoniques. Le principal avantage de celles-ci était de détruire les plus mauvaises habitudes, en faisant pratiquer longtemps les vertus contraires, et non pas en faisant flageller un ermite qui n’était pas coupable. En effet, a dit un certain auteur, le péché n’est pas comme une dette pécuniaire que tout autre peut payer à la décharge du débiteur, en quelque monnaie que ce soit ; c’est une maladie dangereuse qu’il faut guérir dans la personne même du malade.

Je serais tenté de croire que ces flagellants, animés d’abord d’un saint zèle et du désir de se mortifier, ont employé la fustigation dans la vue de mater leur chair et de faire pénitence, mais dupes peut-être de ce même zèle, et la nature ne perdant jamais ses droits, ils ont continué, avec une espèce de fureur, cette douce torture qui les dédommageait du plaisir que leur solitude leur défendait ; car enfin, c’était toujours un plaisir goûté physiquement, même à l’insu du moral.

Brantôme, dans la graveleuse et cynique simplicité de son style [3], dit qu’il a ouï parler d’une grande dame de par le monde, qui ne se contentant de lascivité naturelle, car elle était grande putain et étant mariée et veuve, aussi était-elle très belle ; pour la provoquer et exciter davantage, elle faisait dépouiller ses dames et filles, je dis les plus belles, et se délectait fort à les voir, et puis elle les battait du plat de la main sur les fesses avec de grandes claquades et plamuses assez rudes ; et les filles qui avaient délinqué en quelque chose, avec de bonnes verges, et alors son contentement était de les voir remuer et faire des tordions de leurs corps et fesses, lesquels selon les coups qu’elles recevaient, en montraient de bien étranges et plaisants. Autrefois, sans les dépouiller, les faisait trousser en robe, car pour lors elles ne portaient point de caleçons, et les claquetait et fouettait sur les fesses, selon le sujet qu’elles lui donnaient, ou pour les faire rire ou pleurer, etc., etc., etc.

Plus loin, il raconte qu’un grand prenait ainsi plaisir à voir sa femme nue ou habillée, et à la fouetter de claquades, et à la voir manier de son corps.

Qu’une fort honnête dame, étant fille, était fouettée par sa mère quatre fois tous les deux jours, non pour avoir forfait, mais parce que sa mère prenait plaisir à la voir remuer ainsi les fesses et le corps, pour autant en prendre d’appétit ailleurs, et tant plus elle alla sur l’âge de quatorze ans, elle persista et s’y acharna de telle façon, qu’à mesure qu’elle l’accostait, elle la contemplait encore plus. Il dit plus bas qu’un très grand seigneur et prince, il y a plus de quatre-vingts ans, avant d’aller habiter avec sa femme, se faisait fouetter, ne pouvant s’émouvoir ni relever sa nature baissante sans ce sot remède. Je désirerais volontiers qu’un médecin excellent m’en dit la raison.

Voilà de terribles humeurs de personnes, dit naïvement Brantôme, en parlant de l’homme cité par Pic de la Mirandole, et dont nous avons rapporté l’exemple dans cet ouvrage.

NOTE.

On a vu dans cette introduction que de tous temps les prêtres faisant servir la religion à leurs plaisirs, ont su couvrir de ce masque redoutable les excès honteux où les portait un tempérament fougueux qu’allumaient encore la macération qui tendait à les rendre plus lubriques, l’oisiveté, la tranquillité des cloîtres et la confiance aveugle qu’ils avaient inspirés à leurs sots pénitents.

Le traducteur, n’ayant entrepris que le seul ouvrage de Meibomius, et non l’effrayant tableau des crimes du clergé, et l’histoire générale de la flagellation, prie les lecteurs qui désireraient de plus grands éclaircissements sur cette matière, de consulter :

Essai philosophique sur le monachisme, par Linguet, 1776, 1 vol. in-8.

Nécessité de supprimer et d’éteindre les ordres religieux en France prouvée par l’hist. philos, du monachisme, ou exposition abrégée de ce que l’on trouve de plus singulier et de plus curieux dans l’institution, la règle, l’établissement et la vie des moines de tous les cultes et de tous les pays. Londres 1789, 2 vol. in-8.

Les prêtres démasqués, ou les iniquités du clergé chrétien. Ouvr. trad. de l’anglais, 1767, in-8, 1 vol.

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage singulier de Jean-Henri Meibomius, De l’utilité de la flagellation dans les plaisirs du mariage et dans la médecine et dans les fonctions des lombes et des reins…, Traduit du latin par Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne, Paris, 1795. (In-12).

Notes

[1L’auteur fut obligé d’ajouter ce mot recto au titre, et de retrancher des choses qui choqueraient même dans un traité de chirurgie.

[2Le traducteur du traité de Meibomius n’a pas d’autre réponse à faire à tous ceux qui voudraient lui faire éprouver les désagréments auxquels M. l’abbé a été en proie.

[3Page 370, tome 1. des Vies des dames galantes de son temps, édit, de Leyde, 1666, in-12.



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