Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Romans érotiques > Mémoires de Dolly Morton > Abominable forfait

Navigation



En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

Abominable forfait

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre X)



Auteur :

Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


X
ABOMINABLE FORFAIT

Entre les rudes mains des batteurs d’estrade, Rosa s’était inutilement débattue, en vain avait-elle de nouveau supplié, imploré. Ils l’avaient immobilisée au moyen d’un lasso, emportée à travers bois et, comme ses supplications et ses prières étaient inutiles elle avait pris le parti de pousser des cris, espérant ainsi être entendue.

Certes, elle n’ignorait pas la nature de la correction qui l’attendait à la plantation pour prix son escapade, mais, quoique n’ayant encore jamais été fouettée, elle préférait néanmoins ce supplice qu’elle savait pourtant cruel au sort que lui réservaient les bandits.

Ceux-ci, inquiets, bien qu’ils fissent diligence afin de se soustraire eux-mêmes aux recherches dont Rosa devait être en ce moment l’objet, inquiets des cris de l’enfant qui pouvaient attirer les noirs de leur côté, résolurent de la bâillonner.

Stevens tira de son sac de cuir un lambeau de cotonnade et en fit un tampon qu’il enfonça profondément dans la bouche de sa victime.

Et c’est ainsi que le groupe des ravisseurs arriva dans la hutte de Jack Stevens.

C’était une cabane en planches, toiturée de branches entrelacées tombant jusqu’au sol et dont les fissures étaient bouchées par de lourdes mottes de gazon ; cachée en d’épaisses frondaisons, tapie an milieu d’arbres croissant sur le roc, cette hutte était d’aspect sinistre. Il n’y avait que Jack Stevens et ses deux compagnons qui connussent l’existence de ce repaire. C’est là, qu’après de lointaines expéditions, ils venaient cacher le produit de leurs brigandages.

Stevens, qui portait l’enfant, la déposa doucement sur le lit et enleva le bâillon qui l’étouffait. Puis, un de ce hommes tira de sa veste en peau de buffle un briquet d’acier et alluma une chénovotte, tandis que son camarade préparait le quinquet.

Une lueur fauve éclaira la cabane et les provision sorties des sacs, furent placées sur une large planche posée au ras du sol.
- Ce n’est peut-être pas d’une extrême élégance, dit Stevens, qui, depuis que la lampe était allumée, brûlait de regards le corps de Rosa, mais c’est tout de même commode ; on est chez soi ! James, ajouta-t-il en clignant de l’oeil, il est indispensable d’assaisonner avec force gingembre et piment notre tranche de venaison ; quant à toi Pèpe, dit-il en s’adressant à l’autre, tu rempliras d’hydromel les gobelets.

Quand la table fut mise, Stevens dit à l’enfant :
- Si le coeur vous en dit, mademoiselle, il y en aura assez pour vous.

Rosa ne répondit rien. Des sanglots étouffés lui poignaient la gorge. Elle avait trouvé une vieille veste de cuir dont elle cherchait à se couvrir. Stevens s’en aperçut.
- Bas le masque ! cria-t-il. Cette parure pour somptueuse qu’elle soit, est indigne de votre beauté !

Il se leva, lui arracha l’oripeau dont elle couvrait éperdument ses soins et revint s’asseoir en ricanant.

Tant que dura le repas, celui que Stevens avait appelé James ne quitta pas des yeux le corps merveilleux de Rosa. Son regard paraissait détailler complaisamment des charmes dont la possession lui était assurée et si, parfois, ce regard se portait sur son chef, c’était chargé de jalousie et d’envie. La douleur seyait, d’ailleurs, la beauté de l’enfant et on eût dit que la hutte était chaude de son corps, parfumée du capiteux relent de sa virginité éplorée.

L’homme qu’on appelait Pèpe, buvait gobelet sur gobelet. À la fin du repas, le cerveau envahi par les épaisses fumées de l’ivresse, il alla s’étendre sur un lit de feuilles et s’endormit à demi, sans toutefois rien perdre de la scène qui allait se passer.

Les propos échangés entre Stevens et James furent banaux quand ils ne furent pas grossiers. Chacun d’eux avait visiblement une même préoccupation. L’un et l’autre se devinaient.

Mais Stevens, maître absolu, avait su courber James sous une discipline à laquelle il eût été dangereux de résister et, souvent, il arrivait qu’après une expédition, Stevens gardait pour lui seul le butin, laissant ainsi à ses deux compagnons la consolation de se partager la gloire.
- Tu n’aurais peut-être pas le toupet de vouloir commencer ? — dit enfin Stevens.
- Qui sait ! — répondit, tranquillement James en caressant le manche de sa redoutable navaja. La fille m’appartient comme à toi et, équitablement, c’est-à-dire pour la première fois, il pourrait se faire que nous partagions la capture. Si nous tirions au sort à qui commencera ?
- J’ai gagné d’avance, répondit Stevens, qui, se dressant sur les genoux, mit sous le nez de James un revolver de gros calibre. Jette-moi ça ou je tire !

James sortit hâtivement la navaja de sa ceinture et la lança dans la hutte. Stevens alla ramasser l’arme et la mit dans la poche de sa veste :
- Maintenant, dit-il, le mariage va s’accomplir avec toutes les formalités en usage dans le pays de cet ivrogne de Pèpe, qui prétend être catholique. Toi, James, tu seras à la fois mon témoin et celui de la mariée ; et si Pèpe n’était pas présentement ivre comme un porc, il nous dirait la messe avec distribution de bénédiction nuptiale. Je ne demande qu’une heure, après quoi je me démettrai de mes fonction d’époux en ta faveur, James ! Être trompé par sa femme une heure après son mariage, il n’y a qu’ici qu’on voit ces choses-là !

Un gros rire dont chaque éclat secouait Rosa d’un frisson d’épouvante, éclairait la face bestiale de Stevens.

Puis, il s’avança vers l’enfant qui sanglotait et, sans dire un mot, la face horriblement congestionnée par la luxure, il la couvrait de baisers. Rosa sentait sourdre sous sa peau délicate le sang chaud dont les afflux lui montaient au cerveau, son coeur se brisait sous les immondes caresses de la brute ; elle sentait sur ses lèvres passer le souffle bruyant du monstre, et, entre les assauts répétés qui la faisaient mourir, elle éprouvait une horrible sensation : il lui semblait qu’une bête énorme l’enlaçait et posait sur ses seins des tentacules tièdes et visqueuses.

Les sens surchauffés par cet ignoble spectacle, James, écumant, les yeux flamboyants, attendait la fin, il attendait… son tour.

Stevens n’en finissait pas !

Tout à coup, la claie qui fermait la cabane s’ouvrit bruyamment et une bande de noirs, mis sur la trace de Rosa par les vêtements qu’elle avait perdus en s’enfuyant, envahit le repaire.

En présence du danger, les deux bandits se ressaisir, ils bousculèrent les nègres, prirent leurs fusils et, comme la porte était gardée, Stevens, d’un coup d’épaule, fit sauter une des planches qui formaient le mur de la hutte ; puis, par cette ouverture, il s’enfuit avec James.

Quand le majordome s’approcha de Rosa, celle-ci ne fit pas un mouvement.

Alors cet homme prit le fouet avec lequel il fustigeait les esclaves et la lanière redoutée frappa le corps de l’enfant qui resta immobile. Rosa était morte.

On resta longtemps sans nouvelles des coureurs des bois. Pèpe, l’ivrogne, eut seul à répondre du crime devant la justice, mais comme il n’avait joué dans le drame qu’un rôle secondaire, il fut acquitté. Plus tard, on apprit que James avait été tué à Richmond au cours d’une rixe. Quant à Stevens, personne ne connut jamais les circonstances à la suite desquelles il obtint l’impunité ; on ne sut jamais pourquoi il rentra dans les bonnes grâces de Randolph.

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : Les suites d’une flagellation (Chapitre XI)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris