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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

Amant et maîtresse

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre XVI)



Auteur :

Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


XVI
AMANT ET MAITRESSE

J’étais assise dans le salon, prêtant l’oreille au moindre bruit. Si j’avais éprouvé à l’égard de Randolph le moindre sentiment de tendresse, ma peine eût été moins amère, mais je le haïssais cordialement.

J’entendis bientôt le roulement d’une voiture qui s’arrêtait devant la terrasse, puis une porte qui s’ouvrait. Mon coeur commença à battre violemment, mais mon énervement ne ressemblait en rien à celui d’une jeune fille qui attend son amant. Quelle singulière position était la mienne ; j’étais partagée entre la crainte de revoir Randolph et le désir d’en finir au plus tôt.

Enfin il entra. Il était en costume de soirée. Venant à moi, il me prit les mains et m’embrassa sur les lèvres. Je frémis de tout mon être ; il me regardait longuement et attentivement, pendant que, les yeux baissés et toute rougissante, j’attendais qu’il m’adressât la parole.
- Vous êtes tout simplement ravissante, Dolly, dit-il après un long silence. Votre robe vous sied à ravir, mais à l’avenir, il faudra mettre une toilette décolletée pour le dîner.

Il me considérait déjà comme sa propriété.
- Je n’en ai pas, murmurai-je en manière d’excuse sans oser lever les yeux.
- Vous en aurez bientôt plusieurs, reprit-il en souriant. Maintenant, dites-moi, avez-vous été bien soignée durant mon absence ? Dinah a-t-elle bien veillé sur vous et les domestiques ont-ils été respectueux ?

Je n’avais certes pas eu à me plaindre, et, sans les tristes idées que j’avais en tète, j’aurais pu me trouver très heureuse. Je lui répondis donc que Dinah avait été très bonne et que les domestiques s’étaient montrés envers moi attentifs et pleins de déférence.
- C’est heureux pour eux, et, s’il en avait été autrement, il leur en eût cuit, depuis Dinah jusqu’à la dernière des filles de cuisine.

Ses paroles me révoltèrent un peu. Il me semblait qu’il eût pu éviter de faire allusion à des corrections dont je ressentais encore légèrement la douleur.

Il m’adressa encore quelques questions sans importance et une des femmes vint annoncer que le dîner était servi.

La table était couverte de fleurs, le linge et la verrerie étaient d’une grande richesse.

Sur le grand buffet d’acajou brillait la lourde argenterie qui appartenait à la famille des Randolph depuis plusieurs générations. C’était la première fois depuis mon arrivée que l’on servait le dîner dans la vaisselle plate.

Randolph parlait gaiement, mangeant de bon appétit et sablant le champagne avec une aisance sans égale. Je ne touchais que du bout des lèvres aux nombreux mets servis et ne répondais que par monosyllabes.

Randolph, dans l’espoir de m’animer, essaya de me faire boire une coupe de champagne, mais le vin me monta à la tète et ne fit que m’étourdir au lieu de m’exciter.

Il n’insista plus pour m’en faire boire. Le repas terminé, nous passâmes au salon et Randolph alluma un cigare.

Il avait appris à Richmond que Miss Dean était arrivée saine et sauve à Philadelphie, et il ajouta en riant bruyamment :
- Je ne pense pas que l’élégante quakeresse recommencera de sitôt à diriger une station souterraine. Par Dieu, elle a reçu une terrible fouettée ; j’imagine qu’elle en portera toujours les marques ; Quant à vous, Dolly, vous n’aurez pas de cicatrices, votre peau n’ayant pas été coupée.

Vers dix heures, il se leva, et, me prenant par la taille, essaya de m’entraîner. Je fis un dernier appel à sa pitié :
- Je vous en supplie, monsieur Randolph, épargnez-moi, lui dis-je enjoignant les mains.

Sa figure changea brusquement et ses traits prirent une expression de colère qui m’effraya.
- Dolly, me répondit-il durement, n’insistez pas ; vous savez ce que vous m’avez promis, et je suppose que c’est une affaire terminée.
- Oh ! je vous en prie, rendez-moi ma parole. Vous savez bien que j’étais à demi folle de douleur lorsque je vous ai promis ce que vous me demandiez. Soyez généreux et laissez-moi partir…
- Écoutez, m’interrompit-il brusquement, tout ce que vous pourrez me dire est inutile. Vous êtes en mon pouvoir, à ma discrétion, et, certes, je ne vous rendrai pas votre parole. Si vous ne consentez pas à me suivre de plein gré, j’emploierai la force. M’avez-vous bien compris ?

Ma dernière chance de salut s’évanouissait et ses menaces m’épouvantaient. Toute résistance devenait inutile et la soumission était obligatoire. C’est en sanglotant et baissant la tête que je murmurai :
- Je suis prête à vous suivre.

Oh ! combien ces mots me coûtèrent. Randolph me prit le bras et me conduisit à ma chambre sans ajouter une parole.

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : Nuit d’épreuve (Chapitre XVII)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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