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Les Audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B…

Amour - Les Caprices du sexe

Troisième partie - Chapitre II



Auteur :

Louise Dormienne (René Dunan), Les Caprices du sexe ou les Audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B…, Édité aux dépens des Amis de la galanterie, Orléans, 1928.


II
AMOUR

De Laize remontait vers Montmartre. Deux heures sonnèrent à la Trinité, puis à une autre horloge, plus loin vers l’est, et encore vers le sud. Dans sa hantise de croupes et de sexes, centrée autour de l’image que Louise de Bescé avait laissée en son esprit, il voulut évoquer d’autres pensées. Il dit tout haut :
- Rien n’est plus métaphysique qu’une pendule, en somme. Ce rappel à l’écoulement du temps, c’est tout l’esprit humain…

Il songea au sablier qui pare la fameuse Melancholia d’Albert Dürer, puis cela le ramena aux cadrans galants où tant de vieilles estampes marquent l’heure du berger…

Il haussa les épaules. Tout le menait à l’amour. Il imagina encore Louise de Bescé, et elle se faisait posséder par une verge longue comme une jambe, que portait un satyre monstrueux.
- Je suis bête de lier sans cesse des idées différentes que rien, sauf mon détraquement, ne devrait accoupler. Le sexe masculin s’évoque au médecin sous une forme monstrueuse. Soit ! Mais c’est professionnel. Combien en ai-je vus, que la maladie avait transformés en magnums à champagne ? Quant à cette luxure féminine à laquelle je pense souvent, si j’en extrais l’image de Louise, qu’y subsiste-t-il d’anormal ? Je me suis enrichi dans la thérapeutique sexuelle. Elle explique donc que j’évoque l’acte dont le jeu la rend nécessaire !

Cette série de réflexions fit la clarté dans l’âme du docteur de Laize. Il se sentit plus léger.

La rue Fontaine apparaissait modeste et provinciale, malgré les jets lumineux trop brutaux des restaurants de nuit. Il circulait peu de monde.

Une femme descendait au-devant du docteur de Laize. Elle s’arrêta à son côté et, d’une voix douce, susurra :
- Mon chéri, si tu savais comme j’ai envie de t’aimer.

Il quitta ses songes abstraits et regarda la femme avec un peu d’étonnement, vite disparu.
- Vraiment, mon petit, tu le désires tant que ça ?

Elle le dévisagea soupçonneusement :
- Oui ! tu es beau et tu es fort. J’aime les hommes comme ça.
- Tu en trouves beaucoup ?

Elle se mit à rire :
- Je vois que tu es affranchi !… Bah ! je le leur dis. Mais toi, tu l’es vraiment…
- Tu ne sais pas à quoi je pensais lorsque tu m’as arrêté ?
- Non… Pourquoi ?
- Pour te le dire. Je réfléchissais que tous les jours ii y a peut-être trois cents personnes par minute qui font l’amour à Paris.
- Oui ! Cela t’épate.
- Mais non, dinde ! Je songe aussi à la quantité de sperme que cela fait.
- Cochon !

Il la regarda avec ironie.
- Pourquoi m’appelles-tu cochon ? Je suis un homme de science qui médite sur des problèmes complexes.

Elle ricana.
- Tu es un fou, oui !… un piqué !… Ah ! tu dois être salement exigeant avec les femmes !
- Non… peu. Je ne leur demande que de se taire. Mais à toi je ne te demanderai rien du tout.

Il continua son chemin, furieux d’avoir été troublé dans ses méditations d’érotisme transcendant et arriva devant le restaurant de nuit Phallos.

Une longue file d’autos ornait les deux trottoirs. Magnifiques voitures ou petits meubles de promenade à deux baquets. Des limousines, pareilles à des galeries d’Apollon en balade, voisinaient avec de minuscules torpédos basses sur pattes, qui avaient je ne sais quel air menaçant de mauvaises bêtes empoisonnées. Une foule se formait et se défaisait sans répit devant la porte de l’établissement.

C’étaient des femmes en robes de soirée, ou couvertes de pelisses, ou encore demi nues sous des manteaux à grands plis. Des hommes en frac regardaient et passaient, l’air glacial ou trop attentif. Trois valets en culotte courte, bas de soie et perruque, portant les couleurs de la princesse de Cedignan, propriétaire de la maison, s’empressaient parmi les groupes. Une lumière rose et éclatante tombait de cinq lampes à arc nues, dont on ne pouvait, sans cligner, regarder les trois charbons, d’une teinte solaire.

Le docteur de Laize traversa cette foule gracieuse et parfumée, qui le regarda entrer avec curiosité. Les femmes frémissaient des lèvres et deux hommes, après sa venue, se regardèrent obliquement en silence.

De Laize monta un escalier tendu de violet clair. Une odeur suffocante de parfums, où dominait la senteur âcre des muscs et l’arôme lourd des essences de rose, flottait dans l’air.
- Bonjour, docteur !

Une grande femme, vêtue d’une longue cape noire descendant jusqu’aux pieds, arrêta de Laize à l’entrée de la salle de Phallos. Elle apparaissait somptueusement belle, d’une beauté travaillée et savante, où les fards et les teintures avaient leur part, et le travail des masseuses et le hammam, et des soins infinis. Mais cela, sous la lumière des arcs, constituait la plus émouvante des beautés, une beauté que l’on devinait fragile, attirante pourtant et dont le charme ne s’oubliait plus.
- Bonjour, ma chère amie.

La voix de Jacques tremblait, parce que son passage de la science à la volupté se faisait trop brutalement et que, de l’idée pure, il tombait sur la femme qu’il avait le plus désirée et le plus difficilement conquise : la comtesse Thea Racovitza.
- Vous n’avez pas honte, vous, un grand médecin dont les minutes de jour et de nuit devraient être dévouées aux douleurs humaines, de venir traîner en ce lieu de perdition ?

Il la regarda avec hauteur :
- M’occupais-je, ma chère Thea, si de jour et de nuit vous avez une profession secrète à laquelle vous vous devez toute ?

Elle devint écarlate. Le regard fixe du docteur pesait sur ses paupières larges qui battaient nerveusement. C’est que le médecin n’ignorait point que Thea Racovitza, maîtresse d’un ancien président du Conseil, était une espionne au service de l’Angleterre.

Elle se remit et, avec l’air d’une chatte énervée, murmura :
- Chut, voyons ! Vous allez répandre mes secrets…

Mais c’était pure échappatoire, car son oeil dur cherchait une vengeance. Elle trouva :
- J’irai à votre table tout à l’heure.

Il sourit :
- Pourquoi vous tenez-vous si close dans cette cape espagnole ? On croirait que vous dissimulez…
- Je dissimule Eros, mon cher…
- Montrez !

Elle l’attira sur le palier, devant une porte, tandis que des étrangers entraient dans le restaurant avec des abois asiatiques.
- Tenez !

Elle ouvrit la cape. Elle était nue, sauf au bas du ventre une rosace de gemmes tenue par un fil appendu à une chaîne d’or faisant ceinture.
- Thea, vous êtes belle.

Les seins vermillonnés, le corps poudré de violet, elle était en effet pareille à une magnifique statue.
- Je sais être belle, mon cher.

De Laize sourit. En lui-même, brusquement, un désir violent s’aggravait soudain :
- Pourquoi êtes-vous si vêtue ?

Elle se regarda de la tête aux pieds.
- Comment, vêtue ?

Il désigna la rosace étincelante :
- Vous êtes aussi habillée qu’une vieille dévote de Carpentras.

Elle articula, en refermant la cape :
- Si vous voulez venir souper avec moi dans un cabinet, je me dévêtirai.
- Mais, Thea, vous vous êtes dénudée ainsi dans un but. Vous ne saviez pas me rencontrer et ce n’est tout de même pas votre tenue quotidienne.

Elle chuchota :
- Je vous donne une heure. À quatre heures je danse avec votre amie Lelivick et deux autres expertes danseuses.
- Et puis ?
- Il y aura deux hommes nus qui danseront aussi.
- Bien, Thea, je prends un cabinet, mais je veux tout de suite avec vous un de ces hommes nus.
- Vous l’aurez. Tenez, voici le premier maître d’hôtel. Demandez le salon !

Au désir exprimé par de Laize on accéda tout de suite. Il traversa un pan de la salle tumultueuse et fébrile, où les Kinkajous agitaient les nerfs des couples. Il entra alors dans un couloir à tapis épais et fut l’hôte du cabinet 6, dit « cabinet des gousses ». Une fresque infiniment belle courait en effet sur les quatre murs, représentant des femmes étendues, enlacées et incurvées, offrant toutes les fleurs de leurs corps aux baisers profonds ou superficiels, ardents ou souriants, d’autres femmes aux allures reptiliennes.

Cette arabesque de formes féminines caressait délicatement le regard. De Laize, qui connaissait ce lieu, le contempla encore avec délices. Il commanda à souper et attendit.

Thea Racovitza reparut. Elle menait avec elle un jeune Anglo-Saxon blond et svelte, vêtu d’une longue mante rouge qui faisait à sa tête pâle un décor curieux.

L’Italienne enleva le vêtement de l’adolescent muet et le médecin vit un corps magnifique, à peau rosée, où les muscles longs et fermes jouaient avec précision, sans pourtant arriver à ce détachement de certains hommes puissants qui semblent des écorchés. Les jambes longues et solides avaient surtout une grâce étonnante. De Laize demanda à la femme, en allemand :
- Parle-t-il votre langue ?
- Non !
- Eh bien ! il est épatant. Et avec cela pudique. On dirait l’Apollon tueur de lézards.
- J’y pensais, dit-elle. Mais ne vous fiez pas à sa pudeur. Si vous voulez la mettre à l’épreuve ?…
- Comment ?

Elle fit le geste de se retourner et de tendre la croupe.
- Ah ! non, Thea ! Vous peut-être ?…
- Moi !… Vous êtes criminel, docteur !
- Oh ! ne faites pas votre prude !…

Elle éclata de rire.
- Et vous, ne faites pas votre débauché ! On sait bien que vous ne pouvez jouir qu’en croyant avoir avec vous une petite fille de votre pays qui a mal tourné.

Il se renfrogna.
- Thea, vous manquez aux convenances. Remportez votre giton, ajouta-t-il. Je n’en veux plus, ni de vous.

Elle laissa tomber sa cape et sauta sur les genoux du médecin.
- Je ne veux pas vous voir fâché, mon ami.
- Je le suis. Il n’y a pas à y revenir.
- Allons ! pour vous remettre de bonne humeur, je me suis mise en peau. Cela ne vous suffit pas ?

Elle toucha délicatement la chair du médecin.
- Non ?… Vous êtes bien froid. Je vais enlever ma rosace !

Indifférent, il resta muet. Elle montra son sexe épilé. Elle en avait fardé les lèvres et, d’une touche de carmin, rehaussé le clitoris apparent.
- Je ne suis pas belle, comme ça ?
- Si, Thea. Mais je suis un être extrêmement sensible. En ce moment surtout, je ne suis pas équilibré, j’ai de stupides cauchemars. Alors, un rien suffit pour me faire passer de la bonne humeur à l’irritation.

Elle appela l’Anglais.
- Mets-toi sur le canapé et ne viens près de moi qu’à mon appel.

Ensuite elle éteignit.
- Que faites-vous, Thea ?
- Monsieur, je ne veux pas que vous me voyiez faire ! Et puis, je sais qu’il y a à côté une femme extraordinaire, avec ce vieux cochon de Marxweiller. Notre cabinet voit ce qui se passe dans le sien, ça va vous divertir. Je fais fonctionner l’organisation des glaces.

Elle agita diverses choses, pesa sur des boutons et revint à de Laize.

Infiniment triste et sans désir, il avait fermé les yeux. Il sentit Thea qui tentait d’éveiller sa virilité. Elle s’était accroupie devant lui et il perçut, malgré sa peine, un frissonnant contact, une caresse aiguë et lancinante qui peu à peu éveillait le mâle en lui.

Bientôt il ne put se contenir. Habile et savant, le délicat frôlement tendait au fond de sa pensée toutes les forces viriles. Il se connut tout près de la jouissance. Thea, qui s’en aperçut, se releva.
- Ne bouge pas, mon chéri. Nous te donnerons du plaisir malgré toi.

Elle eut un léger rire, alors, en posant ses lèvres odorantes sur celles du docteur. À un appel bref, l’Anglais nu s’était approché. Le médecin ne bougea point. Les yeux toujours clos il sentit un sexe, comme féminin, mais étroit et d’une préhension spéciale, qui le saisissait. Un lent bercement aggrava l’étrangeté d’une prise ardente. Il percevait nettement au contact de sa chair énervée les anneaux musculaires d’un anus masculin. Brusquement, dans une crispation, la joie vint…

Alors, de Laize ouvrit les yeux.

Devant lui, par un système de miroirs, il voyait, comme s’il avait été présent, une scène parallèle dont le salon voisin était témoin. Un homme gras, et pourtant jeune, lèvre tombante, nez arqué et chevelure laineuse, était assis sur un canapé. Une femme, avec délicatesse, et on n’aurait pu dire quelle aristocratique dignité, provoquait de la main et des lèvres cet homme au plaisir. De Laize regarda de ses yeux fixes. Ses lombes frémissaient encore de jouissance. Elle faisait vibrer en lui des organes profonds aux frissons délicats.

Et soudain la femme du salon voisin se releva. L’homme à nez lourd et tignasse d’astrakan entrait en transes. Le regard mort, il parut agoniser. La femme regardait son oeuvre avec un sourire étonnant de dédain et de sérénité glaciale. Elle prit sur la table un petit mouchoir de soie et s’essuya la bouche. Alors, de Laize, avec un mouvement d’horreur, reconnut cette femme, cette… Il ne sut comment se la définir… C’était Louise de Bescé.

Voir en ligne : Le Choc (Troisième partie - Chapitre III)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Louise Dormienne (René Dunan), Les Caprices du sexe ou les Audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B…, Édité aux dépens des Amis de la galanterie, Orléans, 1928.



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