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La Flagellation à travers le monde

Amours de Valet

Le fouet à Londres (Première partie : chapitre VI)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


VI
AMOURS DE VALET

En ouvrant la porte de sa chambre, Lady Helling ne put retenir un petit cri d’effroi.

Un homme était là, debout, et le sourire sur les lèvres, un sourire narquois, semblait attendre.
- Maurice, dit-elle, en essayant de maîtriser son émotion, car elle avait reconnu le sommelier, que faites-vous ici ?
- Ben quoi ? fit-il d’un ton canaille, j’vous attendais, belle dame.
- Vous êtes fou, je suppose… Pourquoi m’attendiez-vous ?

Malgré son air d’autorité, Lady Helling se sentait toute tremblante. Cet homme venu sans motif, dans sa chambre, et guettant son retour — depuis combien de temps ? — la voyant rentrer en vêtements de nuit, les cheveux défaits, cet homme l’avait guettée, il savait tout et venait lui extorquer de l’argent en la menaçant d’un scandale.

Elle eut un geste de dégoût, voulut sortir, mais il s’était précipité avant elle, tourna la clé, la mit dans sa poche.
- Mais enfin, Maurice, supplia-t-elle d’une voix moins sûre que tout à l’heure, que me voulez-vous ?
- Où donc avez-vous passé la nuit ? demanda-t-il d’un ton goguenard.
- Insolent ! cria-t-elle, et elle fit un pas vers la cheminée pour presser le bouton d’appel ; il lui barra le chemin, croisa les bras d’un air de défi.
- Ne faites donc pas d’esclandre, cela vaudra mieux ! Je sais où vous avez passé la nuit. Vrai Dieu ! il y a longtemps que j’ai envie de m’offrir votre altière personne. Mais tout vient à point à qui sait attendre, et ce diable de colonel m’a richement servi. Quelle panthère vous faites ! Cristi, c’qu’on va s’amuser tous les deux.
- Vous êtes un drôle, un immonde personnage et je vous chasse.
- Tiens, tiens, tiens, on se fâche. On est dégoûtée de Bibi. Comment ferais-tu, la belle, pour me chasser ?
- Maurice, s’écria Lady Helling qui comprit que la partie était perdue d’avance et qu’il valait mieux ruser, pour éviter ce qu’elle redoutait le plus, le contact de cet être grossier, Maurice, combien voulez-vous ?
- Je n’veux pas d’argent, pas tout de suite, en tout cas. C’est toi que je veux et je t’aurai.

Il s’avança les bras ouverts pour la saisir, mais elle lui échappa, courut se réfugier dans un coin de la chambre.

Il la rejoignit, la prit par une épaule, la fit tournoyer, la traîna vers le lit où il la fit se courber, le visage dans l’oreiller. C’était un gars puissant, aux bras nerveux et musclés et Lady Helling, brisée de fatigue par l’étrange et folle nuit qu’elle venait de passer, était incapable de lutter davantage.
- Maurice ! cria-t-elle, tandis qu’il la maintenait solidement dans sa pose humiliée, je vous en conjure, songez à ma réputation. Je me dois à mes hôtes, sortez, je vous récompenserai de votre discrétion, je vous le jure. Vous êtes un honnête garçon, je le sais, et je tiens beaucoup à vous ; je sais que vous ne direz rien de tout cela à personne, mais par pitié, laissez-moi, Maurice.
- Par pitié, par pitié ? Oui, chère belle, après la fête, mais pas avant. J’ai un béguin pour ma patronne, moi, c’est bien permis. Je ne suis pas si chamarré que le colonel, mais j’ai des yeux comme lui et je le vaux bien pour le reste… Croyez-moi, la belle, continua-t-il, la voix soudain plus rude, ce que vous avez de mieux à faire, c’est de vous tenir sage et de ne pas faire de boucan. Je vous tiens et ce que je tiens, moi, je ne le lâche pas. Allons, allons… et il se mit à dégrafer le peignoir de Lady Helling.
- Je ne suis pas dégoûté du colonel, continua-t-il, ses restes n’en sont pas moins un beau morceau ! Je veux bien passer après lui. Il n’a pas vingt ans, mais c’est encore un beau mâle. Ce que je vous donnerai, c’est ce qu’il vous faut. Votre serviteur est un solide lapin, vous m’en direz des nouvelles.
- Maurice, non, Maurice, s’écria Lady Helling égarée, non Maurice, demain, plus tard…
- Connu, fit-il en la renversant sur le lit tout à fait. Demain on reprendra ses grands airs. Aujourd’hui, il faut y passer. Mais puisque l’on fait la méchante, on va recevoir une bonne fessée pour nous mettre en train.

Et, de sa main robuste, il se mit à la claquer solidement. Il ne semblait pas se fatiguer à cet exercice. Il y allait d’un si bon coeur !… Point trop cruel cependant, n’ayant pas les goûts du colonel, mais seulement le désir d’humilier sa maîtresse, l’autorité, et surtout, oh ! surtout la joie du contact qu’une fessée trop brutale eût annihilée pour lui, si bien que tout ce zèle dans la correction se mua bien vite en d’autres ardeurs…

Il était dix heures quand Jenny, revenue de ses émotions violentes, pria le sommelier de filer sans retard, en passant par son cabinet de toilette, après s’être assuré que personne ne se trouvait au même moment dans le couloir. Elle s’aperçut alors qu’elle était brisée de fatigue et se vit forcée au repos. Ses membres rompus, la lassitude contre laquelle elle ne pouvait réagir lui interdisaient de descendre, afin de ne pas étonner ses hôtes par la contrainte de sa tenue.

Elle sonna alors sa femme de chambre qui prépara le bain aromatisé dans lequel elle espérait laisser sa fatigue. Certes, le colonel l’avait rudement traitée, mais elle sortait depuis d’une bataille qui, pour être d’un autre genre, ne l’avait pas moins courbaturée. Sur ses récentes meurtrissures de cravache, la fessée vigoureuse de Maurice était venue compléter sa souffrance.

Quel tournoi !

Jamais elle n’aurait pu soupçonner pareille récidive, elle en tremblait encore de souvenir, affalée dans sa baignoire, les yeux lourds de sommeil, tout en éprouvant en elle-même comme une sorte de béatitude.

En sortant du bain, elle essaya de faire quelques pas. Non, c’était impossible, ses jambes ne pouvaient la soutenir. Elle chancela, il fallut se remettre au lit. Là, dans les draps fins garnis de dentelles, sur les moelleux oreillers, elle se trouva bien. Elle fit prévenir ses hôtes qu’une forte migraine, la forçant au repos, la priverait pour la journée du plaisir de les voir ; elle s’inquiéta néanmoins de l’organisation de distractions à leur offrir, et, s’étirant avec volupté, se dit, que, ma foi, elle avait bien mérité de se délasser à son aise.

La femme de chambre vint prévenir sa maîtresse que le colonel, apprenant qu’elle était souffrante, et désirant lui parler, l’avait chargée d’un pli, qu’elle remit entre ses mains.

Jenny décacheta et lut :

« Chère, je ne puis briser aujourd’hui le si doux lien qui m’attache à ces parages. Je dis à nos amis avoir reçu de Londres l’annonce que mon voyage était différé.

J’attends mon sort de vous. »

Elle pria qu’on fit entrer le colonel dans sa chambre.

Dès l’abord, elle tendit ses lèvres à son premier amant, lui disant que, si douce que fût pour elle sa souffrance, puisqu’elle lui faisait à tout instant revivre un plaisir (elle aurait même pu dire plusieurs), elle n’avait pas la force de se mouvoir, mais que le chagrin récent qu’elle venait d’avoir par la découverte du déshonneur de sa fille, l’incitait à le prendre pour guide et pour confident.

Elle lui expliqua alors que, se trouvant souffrante dans la nuit, elle était montée chercher un flacon, et avait surpris l’entrée de Robert Master dans la chambre des jeunes filles, qu’alors, elle avait écouté un moment et avait acquis l’assurance de leur inconduite.

Le colonel pouvait se prononcer sur le choix du moyen de correction.

Fallait-il exiler les jeunes filles dans une vie d’internat ? Cela avait été la première pensée de Jenny et elle se proposait d’agir sur-le-champ.

Lady Helling priait son ami d’être son intermédiaire en la délicate mission de congédier le lieutenant Master qui avait abusé de son hospitalité d’une manière si indigne.

Cela fut fait sans perdre une minute et le colonel revint donner à Jenny des nouvelles verbales. Il lui apprit en outre que les jeunes filles avaient fait prévenir qu’elles s’abstiendraient de descendre déjeuner, Miss Ethel se trouvant souffrante.

Sa mère, pour de bonnes raisons, n’en fut point surprise.

Lorsque le colonel, devenu son fondé de pouvoir, sortit de sa chambre, il était convenu entre eux deux qu’avant leur séparation, Margaret et Ethel subiraient la punition corporelle qu’elles avaient trop bien méritée.

Jenny se fit servir sur un plateau, sans bouger de son lit. Elle ne voulait pas abuser de ses forces mais ne voulait pas, pour cela, se priver de quoi que ce fût. Elle mangea d’un appétit dont sa santé, depuis longtemps chancelante, l’avait bien déshabituée. Elle se sentait rajeunie, il lui prenait des envies de rire et chanter.

Son repas achevé, elle blottit sa tête dans ses oreillers, et bientôt, se laissant emporter par un doux sommeil réparateur, elle s’abandonna aux bras de Morphée qui, celui-là, la reposerait de l’étreinte des mortels.

Lady Helling dormit ainsi la journée tout entière.

Il était six heures lorsqu’elle s’éveilla. Elle se sentait heureuse et forte, elle eut envie de se faire belle et, sonnant sa femme de chambre, elle se fit coiffer et habiller avec coquetterie, étonnée et ravie de l’image embellie que lui renvoyait son miroir.

Voir en ligne : Chapitre VII : Amoureux transi

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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