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A. Lacassagne

Attentats à la pudeur sur les petites filles

Archives d’Anthropologie criminelle (1886)



Alexandre Lacassagne, « Attentats à la pudeur sur les petites filles », Archives d’Anthropologie criminelle et des sciences pénales, t. I, Éd. G. Masson, Paris, 1886, pp. 59-68.


ATTENTATS À LA PUDEUR SUR LES PETITES FILLES
Par A. LACASSAGNE

Dans cette question de médecine judiciaire, la mission de l’expert est délicate et difficile. Cependant, ces expertises sont extraordinairement fréquentes. Souvent, dans le rôle d’une session d’assises, le tiers des affaires est constitué par ce crime, et dans les grandes villes ou dans les localités industrielles, le médecin au rapport procède à un grand nombre d’examens ou de visites sur des petites filles victimes d’attentats.

Les conditions dans lesquelles ces attentats s’accomplissent sont presque toujours les mêmes. Dans les grandes maisons des quartiers populaires, véritables ruches ouvrières, l’hygiène morale est aussi défectueuse que l’hygiène physique. Plusieurs ménages sont sur le même palier, les relations sont faciles. La femme qui va laver le linge ou faire les petites emplettes du ménage confie les enfants au voisin. Celui-ci travaille au logis, c’est un tailleur, un cordonnier, un tisseur. Ou bien ce voisin est en grève, il s’occupe des soins du ménage et il garde volontiers avec les siens les enfants de la voisine. On joue avec la petite fille, puis l’idée de l’attentat germe dans l’esprit et l’enfant est livrée souvent pendant des mois aux pratiques de son gardien, sans que l’attention des parents soit éveillée. Il n’y a pas de désordres locaux, pas de vulvite qui attire l’attention. Quant aux taches suspectes, elles se confondent vite avec les taches de toute espèce qui s’accumulent et persistent sur le corps et les vêtements de la victime.

Un jour, la mère s’aperçoit que l’enfant fait de trop fréquentes visites au voisin ; ou bien c’est une discussion qui survient entre les deux ménages, alors l’enfant est surveillée puis interrogée, elle fait des aveux. Une plainte est déposée. L’expert procède à une visite d’autant plus difficile que, malgré la durée, on pourrait dire la chronicité des attentats, ceux-ci peuvent ne pas avoir laissé de traces manifestes.

Les auteurs qui se sont occupés de la question, Orfila, Devergie, Toulmouche, (Ann. d’hygiène 1856 et 1864), Tardieu (Attentats aux mœurs), Penard (Ann. d’hygiène 1866), ont reconnu la fréquence spéciale de ces attentats sur les petites filles et ont signalé, plus ou moins nettement, l’absence de désordres ou de lésions du coté des parties génitales.

C’est ainsi que Tardieu sur 632 cas, en relève 433 sur des enfants au dessous de 13 ans. Casper et Liman qui ont observé plus de 496 cas, relèvent 70 % d’attentats à la pudeur sur des enfants au dessous de 12 ans. Schauenstein, cité par Hofmann, a observé cet attentat sur un enfant de huit mois. Taylor parle d’une petite fille de 11 mois violée par un soldat. Nous avons eu à examiner une petite fille de 18 mois victime d’attentats dans les conditions qui nous occupent. On peut dire, en effet, que plus des deux tiers des faits relatifs aux attentats aux moeurs, peuvent être rapportés aux attentats à la pudeur sur de petites filles.

Voici ce que dit Toulmouche : « Je dois le déclarer, dans les neuf dixièmes des cas de visite d’enfants du sexe féminin, je ne trouve aucune trace de viol, la membrane hymen étant presque toujours intacte. » Et il arrive à cette conclusion générale que chez les enfants de deux à trois ans jusqu’à douze, les tentatives de viol se bornent, à cause de la disproportion extrême des parties, à des attentats consistant en manustrupations, frottements et pressions de la verge contre leurs organes génitaux, ou en tentatives infructueuses d’intromission de celle-ci et mouvements de va-et-vient entre leurs cuisses.

Orfila mentionne nettement ce procédé d’attentat, mais il ne paraît pas lui reconnaître une grande fréquence : « Il n’est pas sans exemple que les tribunaux aient été saisis de plaintes portées par des jeunes filles, ou par leurs ayants-cause, dans lesquelles un individu serait accusé d’avoir exercé des frottements à la surface des organes sexuels et des parties qui les avoisinent, sans qu’il y eût la moindre tentative d’introduction et sans que la plaignante présentât un délabrement des parties génitales, ni aucun signe de meurtrissure ; or, il est évident que, si les attouchements dont je parle n’ont point été consentis, il y a eu attentat à la pudeur. L’avis du médecin, dans les cas de ce genre, sera rarement utile pour éclairer la justice, les organes sexuels ayant conservé leur intégrité et la surface du corps n’offrant, dans beaucoup de circonstances, aucune trace de contusion ou de violence. Toutefois, si la plaignante accusait l’individu qui l’a approchée de lui avoir communiqué la maladie vénérienne, l’homme de l’art serait requis pour constater l’existence de la syphilis. » Cette citation montre bien que, si Orfila a connu ce procédé de coït, l’absence de signes matériels, il paraissait croire que « les jeunes filles » en sont le plus souvent victimes. Ii n’attache pas grande importance à l’examen médical qui, quand il n’est pas démonstratif, par les constatations de taches par exemple, a toujours de l’importance parce qu’il corrobore et contrôle les dires de la plaignante.

Ces même auteurs ont insisté sur l’aspect général des parties extérieures de la génération, sur la conformation des parties profondes, montrant la difficulté ou l’impossibilité de l’intromission. Tardieu, d’après les travaux de Dolbeau, indique une sorte de disposition des parties qu’il appelle canal vulvaire et qui serait constituée en bas par la fourchette, des deux côtes, les grandes, les petites lèvres, le frein du clitoris, en haut le clitoris lui-même. Ce serait dans ce canal qu’une verge dirigée d’arrière en avant pourrait facilement s’introduire, sans pénétrer cependant dans l’intérieur des organes sexuels profonds. Chez l’enfant, à l’état normal, dit Tardieu l’orifice du vagin admet l’extrémité d’une plume : plus tard, et vers la puberté, à peine l’extrémité du petit doigt.

Toulmouche d’abord, Tardieu ensuite ont décrit une déformation caractéristique de la vulve, se montrant surtout chez les petites filles victimes pendant longtemps de ces manoeuvres sur les organes génitaux externes. Les grandes lèvres sont épaissies, écartées à la partie inférieure, la vulve largement ouverte, les petites lèvres allongées parfois au point de dépasser les grandes et comme si elles avaient subi des tiraillements répétés. Le clitoris, volumineux comme dans les cas d’onanisme habituel, est en partie découvert, rouge, facilement turgescent. De plus, continue Tardieu, l’intromission complète du membre viril n’étant pas possible, toutes les parties composant la vulve et la membrane hymen elle-même sont refoulées : d’où un infundibulum formé aux dépens du canal vulvaire et capable de recevoir l’extrémité du pénis.

Ces cas, que nous venons de rapporter, et que Tardieu considérait comme fréquents, sont rares, d’après nous. Nous n’avons constaté qu’un très petit nombre de fois l’ensemble décrit plus haut, et dans ces circonstances, les enfants approchent de la puberté et les manoeuvres du violateur (c’est l’expression que nous avons adoptée pour caractériser d’un seul mot l’auteur de l’attentat, de même que les Italiens disent stupratore) ont toujours lieu d’arrière en avant, c’est-à-dire que la verge est introduite à la partie postérieure des cuisses, le gland dirigé vers la partie inférieure de l’abdomen de l’enfant.

Le procédé de coït adopté par la plupart des violateurs qui commettent des attentats sur des petites filles rappelle le procédé de coït des peuples primitifs, ainsi que nous l’avons indiqué dans une communication à la Société d’Anthropologie de Lyon en 1883.

Très rarement il y a tentative d’introduction du membre viril dans les organes génitaux. Cette introduction est d’ailleurs rendue presque impossible, soit par la différence de proportion entre les parties, soit par la position réciproque du coupable et de la victime. Les violateurs, avec une uniformité vraiment curieuse, adoptent presque toujours un même procédé de coït auquel j’ai donné le nom de coït externe ou périnéal. Dans quelques cas, l’enfant, tournant le dos au violateur, est placée sur les genoux de celui-ci ou prise à bouchon sur un lit, la verge introduite à la partie supérieure des cuisses, frottant celles-ci et le périnée par des mouvements donnés au corps de l’enfant : c’est le coït more ferarum. Mais, le plus souvent, l’enfant est mis sur le rebord d’un lit, d’une commode, d’une table, d’un siège, et le coupable, debout ou à genoux en face de l’enfant introduit la verge à la partie postérieure des cuisses, relevées et parfois croisées, formant avec le périnée un espace clos. Dans ce cas encore, le violateur imprime des mouvements au corps de la victime toujours passive et inconsciente : c’est l’attitude du coït pour certains peuples primitifs, les Arabes, par exemple.

Dans son excellente thèse, un de nos brûlants élèves, le docteur A. Kocher, a parfaitement décrit la position relative des acteurs dans l’accomplissement de l’acte conjugal.

L’Arabe coïte à genoux, il place sur ses bras ou sur ses épaules les jambes de la femme, la partie postérieure des cuisses appliquées contre ses parois abdominales, sa poitrine, et saisissant le bassin, il secoue violemment sa victime passive. Rien n’arrête l’Arabe, dit Kocher, ni l’étroitesse des organes génitaux, ni les pleurs, ni les cris de sa victime ; il est devant la porte, elle résiste, il l’enfonce grâce à la position adoptée, il n’est plus obligé de perdre son temps et sa force à contourner le pubis, il va droit devant lui se frayant un sanglant passage. Chevers signale des viols nombreux commis dans des conditions semblables par les musulmans de l’Inde.

Les récits ou les confidences de quelques voyageurs qui ont habité chez les sauvages nous ont appris que le procédé de coït adopté par ces hommes primitifs est celui qui était encore en usage du temps de Lucrèce et qu’il décrit vers la fin du Livre IV :

Et quibus ipsa modis tractetur blanda voluptas,
Id quoque permagni refert : nam more ferarurn.
Quadrupedumque magis ritu plerumque putantur
Concipere uxores, quia sic loca sumere possunt
Pectoribus positis, sublatîs semina lumbis.

En résumé, dans le coït externe ou périnéal, la verge est parfois introduite d’avant en arrière. Le coït périnéal antérieur ne s’observe que très rarement. Le plus souvent, la victime tourne le dos ou est placée en face de son violateur, la verge introduite à la partie supérieure des cuisses d’arrière en avant. Le coït périnéal postérieur est le procédé le plus souvent employé dans les attentats sur les petites filles.

On comprend très bien que, dans ces deux cas, si le coupable n’a pas de maladies vénériennes quelconques, sa verge étant absolument propre, l’examen de la petite fille pourra être négatif. Mais quand l’examen est assez rapproché de l’attentat, on peut trouver de la rougeur de la vulve et même, quand les frictions sont répétées sur les lèvres, que l’organe du violateur présente de la matière sébacée ou autres matières sécrétées, il peut se produire une inflammation superficielle, une vulvite. Le sperme devra être soigneusement recherché sur les cuisses et sur la chemise de l’enfant, surtout du coté du pan antérieur.

Après avoir fait voir l’extrême fréquence de ces attentats, les conditions dans lesquelles ils se produisent, il nous reste à discuter quelle place ils doivent occuper parmi les attentats aux moeurs.

Penard a démontré, d’une façon très-brillante, que, pour la pratique médico-légale, il est indispensable de différencier les degrés des attentats aux moeurs. La loi, en effet, ne précise pas ce qu’il faut entendre par les mots : outrage à la pudeur, attentat à la pudeur, tentative de viol.

Tout en admettant, avec Tardieu que la définition exacte de l’attentat à la pudeur n’appartient pas au médecin-légiste, il faut bien cependant reconnaître que l’expert a l’obligation de savoir la signification généralement adoptée afin de bien comprendre ce qu’on lui demande et de préciser les points qu’il a à traiter.

Il est nécessaire que les magistrats et les médecins adoptent un langage uniforme, intelligible à tous et acceptent une définition précise de ce qui constitue la nature du délit ou du crime. Le Code pénal, dans les art. 331 et 332, ne définit pas l’attentat à la pudeur avec ou sans violences.

Pour les enfants et jusqu’à la treizième année, la violence n’est pas nécessaire pour constituer un crime. Mais l’art. 332 dit que si le viol a été commis sur la personne d’un enfant au dessous de 15 ans accomplis, le coupable subira le maximum de la peine des travaux forcés à temps. Ainsi que nous l’avons fait voir, sur des enfants de quatre à dix ou douze ans, c’est-à-dire pendant cette période de la vie enfantine qui présente le maximum des attentats, bien rarement le viol se constate. On peut même dire, qu’à cet âge, il est impossible.

Ce qui est fréquent, alors, c’est l’attentat que nous appelons le coït externe. Ne laissant pas de trace, cet attentat parait avoir été tenté ou consommé sans violences, et il semble que le violateur doit, dans ces circonstances être atteint par l’article 331. Mais, nous demandons si les conditions dans lesquelles cet acte est consommé, ne le font pas rentrer dans l’application de l’article 332.

Pour les enfants comme pour les adultes il y a emploi de la violence c’est-à-dire de la force. L’enfant ne résiste pas, ne se débat pas toujours, parce qu’il est passif et inconscient. Mais il faut une intervention active et persistante du violateur ou de l’auteur de l’attentat pour mettre la victime dans la position la plus appropriée, la maintenir dans cette attitude et presque toujours lui faire exécuter les mouvements qui déterminent ces frictions répétées, nécessaires pour amener l’éjaculation.

Le point difficile et délicat que je veux préciser et mettre en évidence, c’est que cette série d’actes dont je viens de parler laisse rarement des traces et par conséquent ces marques durables qui, dans le langage ordinaire, veulent dire traces de violences.

Cette distinction est nécessaire bien qu’elle n’ait pas été signalée par les auteurs qui nous ont précédé dans cette étude. Toulmouche, Tardieu, Penard ont observé l’attentat dans les conditions dont nous venons de parler et par exemple les observations 7, 8 et 23 de l’Étude médico-légale sur les attentats aux moeurs sont tout à fait caractéristiques. Mais ces médecins-légistes n’ont pas attaché une grande importance à cette étiologie commune la plupart des cas, et surtout n’ont pas insisté sur ce fait, qui doit être connu de tous, c’est que des attentats à la pudeur, fréquents, longtemps répétés, peuvent ne laisser absolument aucune trace.

D’ailleurs, la définition de l’attentat essayée par ces auteurs le prouve bien. Pour Tardieu, on doit entendre, d’une manière générale tout acte attentatoire à la pudeur, quelle qu’en soit la nature, consommé ou tenté, avec ou sans violence, sur une personne de l’un ou de l’autre sexe, mais sans défloration s’il s’agit d’une vierge ou sans intromission complète s’il s’agit d’une femme qui n’est plus vierge.

Pour Penard, l’attentat à la pudeur, en ce qui concerne le point de vue matériel, c’est-à-dire la lésion des organes sexuels, est l’ensemble de tous les désordres possibles, en tant, toutefois, que la membrane hymen restera complètement intactes

On le voit, pour ces deux auteurs qui se préoccupent de l’état de la membrane hymen, dans l’attentat à la pudeur, il y a le plus souvent coït dans l’intérieur des parties, un coït interne plus ou moins complet. Nous disons, au contraire, que, sur les petites filles, le coït est externe et se fait en dehors ou au voisinage des organes génitaux.

Dans sa classification graduelle du crime : attentat à la la pudeur, tentative de viol, viol, Penard voyait trois degrés nettement définis et qui devaient être acceptés et compris du magistrat qui prépare l’instruction, du médecin qui exécute une commission rogatoire, du juré qui apprécie le fait, du juge qui applique la loi.

À mon tour, je dis qu’il y a un quatrième degré d’attentats aux moeurs à ajouter aux précédents. C’est le coït externe. Si sur des jeunes filles, sur des femmes on est appelé à constater les attentats à la pudeur, la tentative de viol, le viol s’accompagnant de signes assez caractéristiques, sur les petites filles, à cause des conditions dans lesquelles l’acte s’accomplit, la question de violence se pose.

On a dit que, dans la plupart des cas d’attentats à la pudeur, sinon toujours, il suffit de constater exactement les lésions matérielles qui existent ou leur absence, pour en déduire la possibilité ou l’impossibilité de faits qui s’y rapportent. Nous venons de faire voir que ce principe est faux en ce qui concerne les attentats à la pudeur sur les petites filles puisque l’absence de lésions matérielles ne permet pas de conclure à l’impossibilité de faits qui, la plupart du temps, ne doivent pas laisser de traces.

Nous avons essayé de montrer les difficultés d’interprétation des articles 331 et 322 de notre code pénal dans les cas de coït externe sur de toutes petites filles. Il nous semble que le code pénal autrichien, article 127, est plus en rapport avec les variétés d’attentats aux moeurs sur les enfants. Voici comment la législation autrichienne les définit : Le coït illégal, accompli sur une femme, qui se trouve dans un état où elle n’a ni la volonté ni la conscience de résister à une action attentatoire à sa pudeur, même si cet état n’est pas le fait du coupable, ou sur une jeune fille âgée de moins de quatorze ans, est considéré comme viol et puni comme tel.

Dans les attentats sur les petites filles, les procédés criminels ne sont pas aussi variés que les écarts déréglés de l’imagination. II existe au contraire une uniformité, une constance extraordinaire dans le mode d’accomplissement d’un crime de plus en plus fréquent. Nous terminons en demandant aux juristes et aux magistrats si notre législation pénale est bien en rapport avec les faits établis par la pratique médico-judiciaire.

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’article de Alexandre Lacassagne, « Attentats à la pudeur sur les petites filles », Archives d’Anthropologie criminelle et des sciences pénales, t. I, Éd. G. Masson, Paris, 1886, pp. 59-68.



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