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La Flagellation à travers le monde

Autres amours

Le fouet à Londres (Deuxième partie : chapitre VIII)



Auteur :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


VIII
AUTRES AMOURS

Cependant la santé d’Ethel reprenait le dessus, son appétit était revenu, elle avait même des fantaisies dans l’ordonnance des repas. Son teint était moins pâle, elle prenait goût à divers petits ouvrages.

Le jeune Robert, car on lui avait donné le nom de son père, tout en l’appelant du gentil diminutif de Bob, était un aimable baby ; il riait, suivait du regard la lumière, sa petite mère prétendait même être déjà connue de lui. Et c’étaient des baisers, des folies, à n’en plus finir !

Ethel était fière d’avoir un garçon, jenny heureuse d’avoir un petit-fils. Quant au lieutenant, dont le départ était prochain il était désormais tranquille, et après avoir fait quelques molles démarches et quelques froides prières pour emmener sa femme, il s’était gaiement conformé au diagnostic du docteur Farmer, appuyé d’un de ses confrères de Londres, qui avait avec lui décidé que la faiblesse de la jeune mère lui rendait impossible en ce moment le voyage de l’Inde. Elle resterait donc. Depuis qu’elle avait son petit Bob, elle ne rêvait rien au-delà.

Le lieutenant partit, ne laissant derrière lui ni regrets ni larmes.

Le temps était beau, ces dames, tout occupées de l’enfant, de divers embellissements de l’habitation, ne s’aperçurent même pas de l’absence de Robert. Il envoya de ses nouvelles à chacune des escales ; son voyage était superbe, ils avaient eu quelques paquets de mer, mais à part cet incident, la vie de bord lui convenait à merveille et sa santé était parfaite.

Tout allait donc pour le mieux.

Ethel était encore bien fatiguée, elle ne pouvait supporter la plus courte marche. Étendue la plus grande partie du temps, elle lisait ou travaillait. Le docteur avait conseillé l’air du dehors. Sur sa chaise-longue, elle regardait de la terrasse sa mère promenant elle-même le petit Bob sur la lisière du parc et dans les allées sablées. Le temps s’écoulait ainsi rapidement. Lady Farmer tenait souvent compagnie à la jeune femme, puis le révérend Gowerson qui, mieux que personne, apportait la gaieté et le sourire dans cet intérieur ami.

Gowerson était consulté surtout sur le chapitre des toilettes, des romans, des arrangements intérieurs ; la serre lui semblait-elle bien disposée ? Sur tout on voulait son avis. Toujours le révérend Gowerson. Il sentait donc sa présence indispensable chez Lady Helling, non que son roman d’amour en fût toujours au même chapitre, non. Les choses avaient suivi l’influence du temps et s’étaient passablement modifiées. Jenny recevait très rarement Daniel Gowerson ; elle avait d’ailleurs pour ses démonstrations un médiocre enthousiasme ; il l’avait, avant la possession, trop longuement, trop patiemment désirée ; il lui était apparu comme un être obsédant d’amour, presque ennuyeux, et ces impressions, doublées de la crainte d’être espionnée par le grand Maurice, que son insatiable ambition rendait toujours redoutable, elle évitait avec Daniel toute occasion de solitude pouvant lui faciliter la demande de ce qu’elle appelait une audience privée.

Il ne se passait presque pas de jour depuis son installation à *** sans que Maurice n’abusât de la situation que son audace avait su s’y acquérir. La vision de cette fortune conquise par le lieutenant le hantait. Comment ne parvenait-il pas, lui, le sommelier, établi en cette maison depuis des années et enfin devenu l’amant de Lady Helling, à pousser ce rêve jusqu’à une réalité qui rendrait sa situation plus stable, lui faisant gravir les marches de l’office au salon, à lui qui déjà avait ses entrées dans la chambre ?

L’intempérance habituelle de Maurice rendait son cerveau plus accessible à cette folie des grandeurs. Il devenait de plus en plus indiscret et ses relations avec Jenny, relations forcées pour elle, n’étaient plus un secret pour personne. Et toujours il nourrissait l’espoir d’un événement analogue à celui ayant obligé au mariage de la jeune fille et qui obligerait celui de la mère. Ce serait, selon lui, Maurice qui serait le maître de tout. Jenny était riche avant Ethel, puisque, en plus de la fortune de son mari, elle était riche de chez elle. Mais toujours cet espoir était déçu, la santé de Jenny se maintenait dans un équilibre parfait.

Maurice, voyant ainsi ses projets de fortune s’éloigner, impossibles à atteindre, devenait taciturne. Jenny commençait à trouver que cela durait trop, que c’était assez subir les caresses de ce drôle dont elle avait peur. Il la voulait, elle le savait et passait outre, par crainte d’un scandale, mais voici maintenant qu’il devenait terrible. Quelle vengeance avait-il donc à tirer d’elle ? Que pouvait-elle de plus ? N’en supportait-elle déjà pas assez, malgré ses reproches ? Maurice prenait du pied chaque jour dans sa maison, il arrivait parfois à moitié ivre et Dieu sait ce qu’il lui fallait absorber pour atteindre ce résultat !

Parfois, se ressouvenant de la vigoureuse fessée qui l’avait rendu maître de Jenny, il se livrait sur elle à des voies de fait qui menaçaient de donner à la malheureuse l’idée fixe de partir de chez elle sous le prétexte d’un court voyage, et de n’y plus rentrer, puis de vendre même ses meubles.

Elle cherchait en sa tête un moyen d’arriver à se délivrer de ce misérable, de briser les chaînes odieuses de cet esclavage révoltant.

La pensée de laisser son coffret à bijoux à la portée de ce malandrin lui réussit à merveille.

Il y avait là une fortune. Maurice, voyant irréalisables ses ambitions de paternité, en vint un jour à se dire qu’après tout, mieux valait tenir que voir venir et que, fatigué d’être serviteur, puisqu’il trouvait à sa portée la possibilité de se retirer riche et de se faire servir à son tour, il était bien juste, oui, juste, qu’il en profitât.

Donc, un matin, rentrant de promenade, Jenny qui avait, après le départ de sa femme de chambre, laissé le coffret bien en évidence, monta dans sa chambre et courut au meuble qu’elle trouva fermé à clé, mais la clé ôtée de la serrure.

Elle comprit tout.

La recherche de cette clé donnerait au voleur le temps et la distance. Elle appela le révérend Gowerson, qui déjeunait ce jour-là chez elle, et le pria de briser sans retard le coffret, bien que le poids des objets qu’il contenait d’habitude fût à peu près son poids actuel.

L’exaspération de Maurice, ses colères, sa violence, les excès de boisson auxquels il se livrait chaque jour davantage, les vols innombrables dont elle le savait pertinemment l’auteur, tout lui répondait de l’irrésistible attraction d’une fortune laissée si complètement à sa portée.

Jenny et Gowerson n’obtinrent pas sans peine le résultat de leur travail ; le coffret était solide et le révérend le brisait à regret, ne pouvant croire à l’accusation portée par son amie.

Lady Helling ne s’était pas trompée.

Le coffret contenait du gravier pris dans les allées du jardin. Le révérend était surpris du sang-froid de cette femme qui paraissait trouver tout simple d’avoir deviner juste et qui constatait la disparition de deux cent mille francs de pierreries avec le plus grand calme, avec une sorte d’inexplicable satisfaction.

Non seulement, en effet, Lady Helling estimait ne pas payer trop cher la disparition du sommelier, mais encore, elle jugeait lucidement que la justice prévenue à temps mettrait le coupable sous les verrous et lui restituerait ses valeurs.

Le docteur Farmer arrivait. Il fut aussitôt mis au courant du vol et, emmenant dans son automobile le révérend Gowerson, ils allèrent sans perdre une minute prévenir les autorités.

Heureuse de tenir enfin sa vengeance, Lady Helling, pour pousser rapidement les choses, ne regarderait à aucun sacrifice. Elle retourna donc à Londres pour mener à bien les poursuites de la justice, confiant Ethel aux bons soins du docteur Farmer et à la fidèle affection de Daniel Gowerson.

Le coupable arrêté, à l’instant où il s’embarquait pour l’Amérique, fit l’aveu de son vol et, dans sa colère, jeta sur la réputation de Lady Helling, toute la boue qu’il put ramasser dans les souvenirs de son ignoble pensée. Maladroit dans ses arguments, défendu par un jeune avocat sans autorité, il s’attira l’antipathie de l’auditoire tandis que Lady Helling, dont la cause plaidée par un maître de la parole, évoquant la générosité, les bonnes oeuvres sans nombre et surtout la confiance, l’imprudente confiance de sa cliente, eut le respect et l’admiration de tous.

Maurice fut condamné à deux ans de travaux forcés, libérant ainsi l’existence de Jenny qui, par son fait, devenait intolérable et semée de dangers sans nombre et toujours renaissants.

Ce fut dans la maison un soulagement pour tout le monde. Chaque jour on s’aperçut d’indélicatesses coutumières qui risquaient de faire accuser à faux les autres domestiques. Personne ne le plaignit, à l’issue du procès.

Lady Helling reprit dès lors goût à l’existence et renoua ses relations mondaines. Elle se sentait libre, heureuse, sortie de ses continuels tourments. Sa fille était mariée, sa santé ne lui causait plus d’inquiétude ; elle se reprocha d’avoir laissé dans l’oubli certaines de ses vieilles amitiés ; elle prit plaisir à se retrouver entourée d’hommages et de distractions. Elle prolongerait donc son séjour dans la capitale et formait le projet de voyager dans la saison d’été.

Ethel ne paraissait pas s’ennuyer. Elle savourait la joie de se sentir libre, sa santé retrouvée. Maintenant les promenades ne la fatiguaient plus, elle passait son temps gaiement, entourée d’amis. Le révérend Gowerson venait souvent, prolongeant ses visites amicales.

Recevant régulièrement des nouvelles de son mari, Ethel ouvrit son coeur à son aimable confident qui la conseillait sur bien des choses, et personne ne savait comme lui le regret qu’éprouvait la jeune femme de se sentir liée à cet homme qu’elle n’aimait plus — l’avait-elle aimé jamais ? — et qu’elle n’estimait pas, sachant que son devoir à elle était de lui obéir alors qu’elle en aurait le moins envie, tandis qu’elle savait fort bien quel cas il faisait d’elle, puisqu’il n’avait consenti à régulariser la situation cruelle qu’il lui avait faite que pour jouir de ses rentes et vivre en grand seigneur.

Gowerson écoutait Ethel avec le plus affectueux intérêt et sentait chaque jour s’accroître sa sympathie pour les malheurs de la jeune femme et, à son insu, son affection acquérait un caractère de tendresse dont il ne songeait pas à prendre ombrage. Se méfie-t-on jamais de soi ?

Ils allaient dans le parc, elle, nonchalamment appuyée sur son bras, lui, heureux de la douce confiance, de la confiance sans bornes qu’elle mettait en lui.

Ces deux jeunes gens, de nature aimante et sincère, de tempérament semblable, eussent été frère et soeur sans se ressembler davantage. Au physique, leur type différent les rendait admiratifs l’un de l’autre ; lui, brun et élancé ; elle, blonde et de formes moelleuses. Ethel, en effet, reprenait peu à peu sa taille ronde et souple ; son sourire était revenu ; elle avait puisé dans ses souffrances mêmes une apparence plus posée, plus grave, était, en un mot, devenue une vraie femme, plus sensible encore et meilleure. Lady Helling était souvent le sujet de leur conversation et la tendresse admiratrice que chacun d’eux portait pour elle en son coeur créait un trait d’union pour leurs âmes.

Le docteur Farmer, qui professait une très médiocre estime pour le lieutenant Master, se frottait les mains et mordillait sa moustache en observant chaque jour l’intimité croissante de ce jeune couple dont la candeur ne savait encore rien déchiffrer de leurs propres sentiments, tandis que lui, qui connaissait par expérience le révérend, se disait qu’un beau jour, ce tendre feu, en train de couver sous la cendre, pourrait bien se déclarer en incendie.

Ce jeu innocent dura longtemps.

Ethel n’avait plus goût à rien ; elle prenait un livre, le reposait, puis le reprenait, le parcourait un instant pour l’abandonner bientôt, choisissait un ouvrage qu’elle quittait pour un autre, puis pour un autre encore, sortait, alors qu’elle avait projeté de se reposer, restait étendue, alors qu’elle comptait faire de l’exercice. Son esprit devenait changeant, elle éprouvait un insurmontable ennui. Au fond, à la vérité, et bien qu’elle fût loin de s’en douter, elle était possédée par une aspiration d’amour qui la faisait rêveuse et l’énervait.

Daniel, lui, amoureux platonique — on ne se refait pas ! —, tout en subissant les même influences, n’était point encore dans la période la plus courageuse qui, précédemment nous l’avons vu, lui avait si pleinement réussi.

Ethel souffrait et la pensée de plaisirs dont elle était sevrée réellement depuis le départ de Margaret qui, en somme, avait surtout occupé son coeur, cette pensée la torturait.

Souvent, elle ne parvenait à s’endormir que vers le matin, obsédée par le souvenir de ces joies dont la privation lui devenait cruelle. Elle résolut de lui écrire. Après tout, personne ne veillait plus sur sa conduite. Margaret était une fille audacieuse ; si elle pouvait la revoir, lui donner un rendez-vous dans un endroit voisin, choisi par elle, elles retrouveraient leur belle vie d’autrefois. Cette pensée la rendit folle de désirs ; elle mit son projet à exécution, adressant la lettre chez Miss Helen Beddoes.

Elle pensait que jamais on n’avait eu de nouvelles de son amie, tandis que Jenny était au contraire au courant de tous les événements qui avaient marqué le séjour de Margaret chez Miss Helen, événements qu’elle avait cachés, n’ignorant rien, même son départ dont cependant les intentions et les suites demeuraient inconnues, Margaret ayant quitté *** sans vouloir qu’aucune indiscrétion pût révéler le choix d’une retraite d’où devait résulter pour elle un absolu changement d’existence, qu’elle voulait ignorée de tous.

Libre ! libre ! s’était-elle dit joyeusement en quittant Miss Beddoes et l’Angleterre.

Voir en ligne : Chapitre IX : Margaret à Paris

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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