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La flagellation en Russie

Aventure d’une dame après un bal à Saint-Pétersbourg

Curiosités et Anecdotes sur la flagellation (1900)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.


La flagellation en Russie
(SUITE).
APRES LE BAL.
Anecdote historique.

AVENTURE D’UNE DAME APRÈS UN BAL À SAINT-PÉTERSBOURG.

Il fut un temps pendant le règne du czar Nicolas où la voix publique désignait unanimement comme étant la plus belle femme de Saint-Pétersbourg, Madame Vera Lobanoff jeune épouse d’un seigneur terrien immensément riche qui possédait un vaste domaine et des centaines de serfs dans l’une des provinces du Sud de la Russie.

Monsieur Lobanoff avait une demeure magnifique à Saint-Pétersbourg et le couple y vivait la plus grande partie de l’année.

C’était un homme gros et lourd, de trente-cinq ans, d’allure assez avenante mais ayant une figure aux traits grossiers et sensuels. Il était tout à fait sans éducation, avait des goûts plutôt bas et comme il menait une vie de débauche effrénée, il négligeait complètement sa charmante femme que souvent il traitait brutalement.

Vera Lobanoff était de haute naissance mais sa famille était très pauvre et ses parents l’avaient, contre son gré, décidée à prendre pour époux ce rustre inélégant et brutal, mais elle ne l’avait jamais aimé et même après quelques années de cette vie misérable qu’il lui faisait traîner, s’était mise à le haïr cordialement.

Son époux, de son côté, n’avait aucune affection pour elle, mais montrait une violente passion sensuelle à son égard car il ne pouvait qu’admirer quand même la perfection de ses traits aussi beaux qu’au premier jour de leur mariage, son corps admirable et sa taille svelte que n’avaient point gâtée les travaux de la maternité.

Toutes les fois que Lobanoff passait la nuit à la maison, il partageait le lit de sa femme et, dans la journée, sans consulter que son caprice, il exigeait d’elle toutes les satisfactions sensuelles imaginables.

Elle se prêtait docilement à ses exigences, non seulement par l’habituelle soumission d’une femme russe pour son mari, mais aussi par la crainte qu’elle avait de sa brutalité car il n’eut pas hésité à la frapper, si elle n’avait pas obéi.

Vera Lobanoff avait alors vingt-cinq ans. C’était une grande et superbe blonde ; sa peau était d’une blancheur de lys, ses yeux d’un bleu très sombre, sa bouche exquise de forme et ses lèvres délicatement rouges recouvraient deux rangées de perles ; ses sourcils étaient parfaitement arqués et ses cils longs et recourbés faisaient comme une frange de soie quand elle baissait ses paupières. Ses cheveux étaient d’un blond doré, d’une finesse extrême et très longs, lui descendant plus bas que la ceinture.

Son corps était parfait de formes, ses reins ronds et fermes, sa taille svelte et ses hanches bien développées. Ses mains étaient très fines, avec des doigts longs et des ongles, en amande, très roses.

Une aussi belle et aimable créature ne pouvait manquer d’avoir autour d’elle un grand nombre de galants et, bien entendu, elle n’en manquait pas, certains même étaient du plus haut rang, mais son vainqueur était un grand et beau jeune homme, de deux ans plus âgé qu’elle, Fedor Marylski.

C’était un gentilhomme pauvre et d’un tempérament énergique et aventureux. Il avait fini par s’affilier aux nihilistes et était devenu membre d’une de leurs sociétés les plus dangereuses.

Vera aima Fedor avec autant d’amour qu’elle avait de haine pour son mari. Non seulement, elle était devenu sa maîtresse, de corps et d’âme, mais elle l’avait suivi dans la voie périlleuse où il était engagé et membre de la même société secrète, ignorant d’ailleurs le danger qu’elle courait d’être envoyée en Sibérie, elle s’était donnée toute entière aux intrigues et aux complots des compagnons de son amant.

Comme elle avait un esprit très avisé, une intelligence très vive et disposait de beaucoup d’argent, elle était devenue très vite l’une des têtes du parti et entretenait une correspondance suivie avec les chefs des nihilistes répandus dans toute la Russie.

N’ayant aucun lien familial qui put entraver ses démarches et lui prendre son temps, elle se livrait sans retenu à ses occupations dangereuses et comme elle avait accès dans tous les salons de la haute société pétersbourgeoise, elle pouvait, n’ayant pas encore éveillé le moindre soupçon, être du plus grand secours pour ses amis. Elle savait de suite, en effet, tout ce qui se passait à la cour et dans les autres cercles et put souvent les prévenir et les sauver d’une arrestation imminente.

Tout se passa bien pendant quelque temps. Fedor ne venait jamais à la maison de Madame Lobanoff, mais il la rencontrait à chaque instant en divers endroits et il se passait peu de jours sans qu’ils puissent se ménager quelques instants de liberté pour s’aimer à leur aise.

Malheureusement pour Vera, son amant était un suspect et comme on avait, bien entendu, fini par remarquer son assiduité après d’elle, des soupçons ne tardèrent pas à s’élever sur la nature de leurs relations où l’on pressentait la politique pouvoir tenir sa place à côté de l’amour et la police mise en mouvement s’attacha à ses pas. Comme en Russie les espions se rencontrent dans tous les rangs de la société, Vera n’était pas à l’abri même et surtout dans les milieux aristocratiques où elle fréquentait.

On ne fut donc pas longtemps à découvrir qu’elle entretenait une correspondance suivi avec des nihilistes, et la police finit ainsi par découvrir le secret de ses multiples déconvenues.

Madame Lobanoff, cependant, continuait à vivre dans une bienheureuse ignorance des soupçons qui planaient sur elle, et ne s’arrêtait pas de mener de front les doubles occupations de révolutionnaire et d’amoureuse.

Sur ces entrefaites, un bal de cour fut annoncé comme devant avoir lieu au Palais d’hiver ; elle reçut une invitation. Fedor devait l’y rencontrer et lui confier une lettre très compromettante qui ne pouvait être confiée à la poste et qu’elle passerait elle-même à son destinataire : Alexis Dancovich, un des chefs du parti nihiliste. Rien n’était plus dangereux que d’accomplir une telle mission, mais elle en avait bien souvent accompli de semblables et tandis que ses servantes empressées autour d’elle la paraient pour le bal, elle ne pouvait réprimer de furtifs sourires à la pensée du nouveau tour qu’elle allait jouer à la police impériale.

Quand sa toilette fut terminée et que ses domestiques l’eurent laissée, elle alla se placer devant une grande psyché pour juger de l’effet de sa toilette. Elle portait une robe très riche en satin ivoire, soutachée de galons de soie et à longue traîne ; le corsage en était très décolleté et laissait voir les trésors de sa blanche poitrine. Elle portait au cou un magnifique collier de perles fines qui luttaient de blancheur avec les tons de lys de sa peau et, à ses poignets arrondis plusieurs bracelets étincelants de pierres précieuses. Sa longue et luxuriante chevelure d’or était enroulée en fines tresses derrière sa tête ; elle avait de longs gants de chevreau et faisait jouer dans sa main un large éventail rouge en plumes d’autruches.

Madame Lobanoff sourit à son reflet ; elle savait qu’elle était parfaitement belle et la douce émotion qui l’emplissait à l’idée de voir son amant dont elle était privée depuis près d’une semaine mettait dans ses yeux une lumière qui ajoutait à sa beauté.

Elle était d’un tempérament ardent, voluptueuse au possible et la pensée d’un tête-à-tête probable avec Fedor, n’y eut-elle la joie que d’échanger quelques rapides et brûlants baisers, la secouaient toute de frissons de plaisir.

S’enveloppant d’un grand manteau de martre zibeline, elle descendit et bientôt, frileusement blottie dans sa voiture qui filait comme une flèche, attelée de trois magnifiques pur-sang, elle se fit conduire au Palais d’Hiver.

Son mari ne l’y accompagnait pas et même ne devait pas paraître au bal. Il considérait ces fêtes officielles comme fastidieuses et y préférait les parties qu’il organisait avec ses compagnons de débauche. Il dînait justement ce soir-là en leur compagnie avec des demoiselles du corps de ballet qui, vers la fin du diner, très émoustillées par le champagne consentiraient volontiers à leur donner le spectacle d’un ballet suggestif, sans tutus et même… sans chemise.

L’heure était assez avancée quand Madame Lobanoff arriva au bal et les salons étincelants pouvaient à peine contenir la foule qui s’y pressait.

Bien des jolies femmes étaient là mais elle les éclipsa toutes. Dès son entrée elle attira tous les regards, tandis qu’elle s’avançait avec grâce, sous les feux des lustres qui faisaient scintiller sur sa poitrine et sur ses bras nus les perles et joyaux dont elle était parée.

Fedor la guettait et dès qu’il l’aperçut, il vint vers elle et s’inclinant lui offrit son bras et le beau couple, marchant avec lenteur dans les salons magnifiquement décorés, passa par une suite de nombreux appartements et finit, ayant depuis longtemps, laissé derrière eux tous les danseurs, par gagner un boudoir au bout duquel se trouvait une profonde alcôve, remplie de plantes tropicales aux larges feuilles et de bruyères arborescentes.

Ils y entrèrent et Fedor tira les larges et épais rideaux qui fermaient l’alcôve, les dérobant ainsi tous deux aux regards indiscrets.

L’endroit était plongé dans une obscurité relative et les deux amants unirent leurs lèvres dans un long et passionné baiser puis ils s’étendirent côte à côte sur le divan qui garnissait le fond de ce petit réduit.
- Ma bien-aimée ! comme vous êtes belle ce soir, dit Fedor, qui passant son bras autour de la taille de Vera, lui baisant les yeux, les joues et les lèvres tandis que sa main restée libre s’égarait pour des caresses plus ardentes, entre les deux seins délicats et fermes de sa maîtresse.
- N’ai-je pas amené, mon amour dans un délicieux petit coin, lui demanda-t-il ?
- Oui, bien-aimé, lui répondit-elle à mi-voix.

C’était en effet un réduit bien commode et Vera se sentit mordue au cœur par le désir intense d’une possession plus complète.

Elle se blottit sur sa poitrine et lui rendit ses baisers avec violence.
- Vera ! lui dit Fedor je dois partir demain pour régler des affaires qui font partie de nos plans et j’ai voulu vous avoir à moi tout ce soir.
- Oh ! Fedor, répondit-elle, comment pouvez-vous y songer ?… Quelqu’un peut venir…
- Non, personne ne viendra, lui dit-il.

Leurs lèvres se joignirent… Fedor avait les mains de Vera dans les siennes, tremblantes et moites. Il les lui fit mettre à son cou puis la saisit à la taille, resserrant son étreinte.

Elle résistait doucement et finit par lui dire :
- Mais vous allez froisser ma robe et je ne pourrai plus me présenter au bal.
- Vous aurez le plaisir de danser, ma chérie, et un autre plaisir encore si vous le voulez bien. Nous pourrons le goûter ensemble. Il n’en coûtera rien à votre parure. Faites seulement comme je vous le dirai.

Et, rapidement, avec des mots chuchotés et entrecoupés de mille baisers, il lui apprit cette pose que prennent parfois des amants blasés et qu’une Reine de France dut se résigner à prendre pour permettre, sur l’avis des médecins, à son auguste époux, l’accomplissement fructueux du devoir conjugal.

Pendant ce petit discours, Vera souriait et elle se prêta de bonne grâce aux exigences de son amour si bien que sa coquetterie put sans être froissée, lui laisser goûter les plaisirs défendus.

Ils retombèrent tous deux sur le divan, s’embrassant à pleines lèvres.
- Maintenant, ma chérie, dit Fedor, causons de nos affaires. Tous nos plans sont dressés et dans dix jours nous frapperons le premier coup pour la conquête de la liberté. J’ai sur moi une lettre pour Alexis Dancovich qui tient en mains toute l’affaire. La lettre est de la plus haute importance et contient les détails les plus minutieux. Il faudra que vous la lui remettiez après-demain au plus tard.
- Je le puis aisément, répondit Vera. Donnez-moi cette lettre et retournons dans les salons où nous ferons un tour de valse.

Fédor tira de sa poche un petit portefeuille de velours, y prit une lettre et la remit à Vera qui la mit dans son corsage.
- Oh ! heureuse lettre, dit Fédor, en riant et en l’embrassant.

Elle se mit à rire également, lui frappant doucement la joue avec son éventail et se levant tous les deux, ils se rendirent, bras dessus bras dessous, dans les salons.

Quelques secondes après leur départ, un homme qui se trouvait blotti derrière les larges pots placés dans l’alcôve, se releva du coin où il s’était caché.

Cet homme était revêtu d’un impeccable habit de soirée et avait toutes les allures d’un gentleman ; c’était cependant un espion.

Il ne s’était trouvé là que fortuitement au moment où les deux amants avaient fait leur apparition, mais dès qu’il les avait reconnus, les sachant tous deux suspects, il s’était caché, pensant bien qu’il surprendrait quelque secret important.

Il n’avait pas été déçu, car bien que l’obscurité l’eut empêché de rien apercevoir… il avait tout entendu et un sourire assez narquois se dessinait sur ses lèvres quand il sortit de sa cachette, surtout en pensant à l’amoureuse comédie qui s’était jouée si près de lui.

Il se réjouissait surtout à la pensée qu’il venait de découvrir un dangereux complot des nihilistes, peut-être dirigé contre de la vie de l’Empereur et comme il savait que Madame Lobanoff avait en mains à l’heure actuelle une lettre importante il se dit qu’il fallait agir de suite et prévenir ses chefs, sachant bien que son zèle serait récompensé.

Il passa rapidement à travers les divers appartements, parvint jusqu’à la salle du bal et se fraya un chemin, en écartant doucement les danseurs, jusqu’à ce qu’il fut arrivé auprès d’un homme de haute taille, à la barbe et aux cheveux gris, vêtu d’un uniforme vert sombre, qui se tenait appuyé contre la muraille regardant vaguement d’un air ennuyé les couples tourbillonnant devant lui.

C’était le Colonel Orloff, le chef de la police secrète, un homme dont la puissance n’était contrebalancée que par celle de son maître, l’Empereur Nicolas.

L’espion lui dit quelques mots à voix basse ; les yeux du Colonel s’allumèrent d’un rapide éclair, et il se mit à causer avec animation avec son subordonné.

Puis, l’espion ayant reçu ses instructions, le Colonel Orloff se promena quelque temps dans le bal, ne quittant pas des yeux Madame Lobanoff et roulant dans son esprit les projets qui l’occupaient pour l’arrestation des nihilistes.

Peu de temps après, il quitta la salle de bal, et se dirigeant vers une autre partie du palais, alla faire son rapport au Czar.

Il alla ensuite donner des ordres à ses officiers de police, prit ses derniers arrangements, puis partit tranquillement.

Il était trois heures du matin, et les invités commençaient à partir, mais Madame Lobanoff ne paraissait pas s’apercevoir de l’heure avancée. Elle s’était délicieusement amusée. Elle avait goûté une volupté intense avec son amant. Elle avait dansé jusqu’à épuisement, et son orgueil, délicieusement chatouillé par les mille compliments qu’elle recevait sur sa personne et sur sa toilette, lui disait qu’elle était bien la reine du bal.

Elle était à ce moment assise sur un divan entouré par une foule d’admirateurs et elle riait et causait avec animation, donnant spirituellement la réplique aux propos qu’on lui lançait.

Elle finit cependant par se lever, un sourire de triomphe dans ses yeux sombres, repoussa d’un mouvement onduleux et plein de grâce la traine de sa robe et saluant ses amis, elle prit le bras de Fédor et quitta la salle de bal.

Fédor la conduisit à l’appartement des dames et la quitta, après une poignée de mains chaleureuse et une dernière recommandation au sujet de la lettre dont elle avait le dépôt.

Dès qu’elle fut prête, elle descendit jusqu’au vestibule et quand sa voiture eut été annoncée, elle y monta, rabattit sur sa tête le capuchon de son manteau et se blottit dans un coin contre les soyeux coussins. Comme il faisait nuit noire, elle ne remarqua pas qu’un étranger était assis sur le siège à côté de son cocher.

Dès que la voiture se fut mise en marche, elle s’endormit et tandis que l’élégant et rapide attelage filait doucement à travers les rues sombres et silencieuses, elle reposait tranquillement, et ne se réveilla qu’au bruit que l’on fit en ouvrant brusquement la portière tandis que la lueur d’une lanterne la frappait en plein visage.

Elle se leva, pensant qu’elle était arrivée à sa demeure, mais en regardant autour d’elle, elle s’aperçut qu’elle était dans une cour qui lui était inconnue. À moitié endormie, elle se frotta les yeux, et au moment même un homme portant le costume d’un sergent de police, lui dit : « Madame, veuillez descendre. »

Surprise et indignée, elle répondit : « Je ne descendrai pas. Dites à mon cocher de me conduire chez moi de suite. »
- Madame, vous devez descendre et me suivre immédiatement, lui répondit le sergent d’une voix impérative, on vous en dira la raison tout à l’heure. »

Dans une étrange confusion d’esprit, elle descendit de voiture et suivit l’homme qui la conduisit après l’avoir fait passer par une porte massive, par un long corridor et enfin l’introduisit dans un appartement bien éclairé.

La pièce dans laquelle elle se trouvait était vaste et nue ; les murs en était blanchis et le plancher couvert de paillassons. Les fenêtres étaient fermées avec des volets de fer, il y avait là trois ou quatre bancs, plusieurs chaises de bois et quelques pupitres. Un homme en uniforme était assis à une table, occupé à écrire dans un grand registre. Il leva les yeux et Madame Lobanoff reconnut le colonel Orloff, le chef de la police secrète.
- Ah ! madame Lobanoff, dit-il. Je vous attendais. Donnez une chaise à Madame, ajouta-t-il se tournant vers le sergent qui apporta immédiatement une chaise à Vera. Celle-ci s’y laissa tomber prise d’un indéfinissable sentiment de terreur.
- Où suis-je ? Pourquoi m’a-t-on amené ici ? demanda-t-elle d’une voix tremblante.
- Vous êtes au bureau de police, Madame, lui répondit le colonel Orloff et vous allez savoir de suite pourquoi vous y avez été amenée.

Elle ne put retenir un frisson mais garda le silence car elle ne soupçonnait en aucune façon qu’on ait pu trouver quelque chose contre elle.

Le colonel continua :
- Vous étiez surveillée par nous pendant quelque temps et nous connaissons toutes vos relations secrètes avec les nihilistes. Maintenant donnez-moi la lettre que vous avez sur vous.

Vera eut comme un éblouissement. Elle se sentit envahir par un effroi terrible à la pensée que tous ses complots étaient connus, frémit de la tête aux pieds et devint d’une grande pâleur, mais comme elle se dit que si elle refusait de donner la lettre, on la lui prendrait de force, elle la tira après un moment d’hésitation de sa poitrine et la tendit au sergent qui l’apporta à son chef.

Celui-ci la lut attentivement un sourire de satisfaction sur son visage. Il tenait en mains, ayant cette lettre, tous les fils du complot. Faisant signe au sergent de s’approcher, il lui donna des ordres à voix basse. Le sergent s’inclina et sortit.

Pendant ce temps Madame Lobanoff se tenait toute pâle et tremblante sur la chaise, serrant convulsivement ses mains et fixant ses regards terrifiés sur le colonel.

Celui-ci se tournant enfin vers elle lui dit :
- Cette lettre est de la plus haute importance.

Elle me donne tous les détails du complot et les noms de tous les coupables. Avant deux heures, vos amis Fedor Marylski et Alexis Dancovich seront entre nos mains et dès demain prendront le chemin de la Sibérie.

Le cœur de Vera lui sauta dans lu poitrine, elle se dit que son sort serait pareil et la pensée des horreurs de l’exil eu Sibérie la glaça. Elle frissonna puis éclata eu sanglots. Des larmes abondantes coulèrent sur ses joues et elle se cacha le visage dans ses mains, prise d’un absolu désespoir.

Le colonel Orloff continua :
- J’ai reçu des instructions en ce qui vous concerne, Madame. Sa Majesté impériale le Czar a bien voulu dans sa clémence ne pas vous envoyer en Sibérie…

Vera tressaillit en entendant les mots… mais vous n’en recevrez pas moins votre châtiment. Sa Majesté a donné l’ordre de vous infliger une peine corporelle. Vous recevrez donc vingt-quatre coups de verge et cela de suite, ici-même, sur votre croupe nue.

Madame Lobanoff en entendant prononcer cette sentence sévère et honteuse, ne put en croire ses oreilles ; cela lui parut pire que l’exil.

Elle se dressa toute droite, laissant tomber son manteau de dessus ses épaules, ses joues si pâles devinrent écarlates, ses yeux se dilatèrent d’horreur tandis que sa poitrine se soulevait et s’abaissait comme si elle étouffait.
- Oh ! s’écria-t-elle. Vous ne ferez point subir une pareille torture et un tel affront à une femme de ma position.
- Une femme de votre position ! répéta le colonel Orloff. Laissez-moi vous dire, Madame, que des femmes d’une position beaucoup plus élevée que la vôtre sont venues ici et y ont été fouettées pour s’être mêlées d’intrigues politiques.

Cela était vrai et Madame Lobanoff n’était pas sans avoir entendu quelques bruits sur ces traitements infligés à des dames de la haute aristocratie. Toute son assurance tomba et elle comprit qu’elle devait perdre tout espoir. Elle regarda autour d’elle comme une bête traquée cherchant à s’échapper, les couleurs vives de son visage s’en allèrent, et elle devint blanche comme un linge. Un voile obscurcit ses yeux, ses oreilles bourdonnèrent, ses jambes tremblèrent sous elle et elle faillit s’évanouir.

Le colonel Orloff toucha un timbre et quatre hommes en uniforme entrèrent aussitôt dans la pièce. L’un d’eux était un médecin et les trois autres des gardiens de prison. Un de ces derniers portait une verge du modèle de celles que l’on emploie dans toutes les prisons de la Russie.

Un intense sentiment d’horreur envahit Madame Lobanoff à l’idée que son corps serait exposé devant tous ces hommes, ses joues redevinrent pourpres, elle se mit à pleurer amèrement et se tordit les mains comme agonisant de honte. Le colonel fit un signe et l’un des gardiens, un géant de plus de six pieds de haut, s’approcha, saisit les bras de Madame Lobanoff et les faisant passer par dessus ses épaules la souleva ainsi de terre étendue sur son dos.

Il se courba légèrement en avant si bien qu’elle se trouva ainsi dans la position voulue pour recevoir convenablement les coups.

Saisie de rage, pleine de dégoût et de terreur, elle se débattit démesurément pour délivrer ses poignets de la robuste étreinte de l’homme mais ce fut en vain. Le gardien, écartant un peu les jambes se campa solidement inébranlable comme un roc et Madame Lobanoff voyant que tous ses efforts étaient inutiles, s’arrêta.

Un second gardien s’approcha alors pour la dévêtir. Relevant la longue traîne de sa robe, il la plaça sur le cou de la victime, puis ce fut le tour des soyeux jupons, de la chemise délicate et fine, jusqu’au pantalon dont la fente largement ouverte laissait voir la croupe blanche. Comme il fallait mettre celle-ci complètement à nue, l’homme passa ses mains brutales sous le ventre de Vera, y dénoua les cordons qui retenaient le pantalon et tira celui-ci en le rabattant sur les jambes.

Quand Madame Lobanoff se sentit nue depuis la ceinture jusqu’aux genoux, son visage devint cramoisi, ainsi que son cou et ses épaules. Elle recommença à se débattre et la honte et la frayeur la firent crier.

Enfin, lassée, elle s’arrêta, et resta tranquille sur le dos du gardien qui la maintenait solidement. Sa longue chevelure s’était dénouée et pendait de tous côtés lui cachant en partie le visage. Elle serrait ses cuisses étroitement tandis que sans arrêt de violents sanglots soulevaient sa poitrine.

Le corps de Madame Lobanoff eut pu servir de modèle à un sculpteur. Les deux hémisphères de sa croupe que sa position mettait en relief, ses cuisses magnifiques telles deux colonnes d’albâtre et ses mollets puissants qui semblaient vouloir faire craquer les bas de soie qui les enveloppaient, toute cette partie de son corps dénudé montrait quelle femme exquise de formes elle était. Les jarretières qui maintenaient ses bas étaient de satin bleu et ses bottines à haut talon étaient de satin blanc.

Tout était prêt pour le supplice. Le gardien qui portait la verge vint se placer à droite de la victime, attendant pour commencer, le signal de son chef.

La verge dont il allait se servir avait trois pieds de long, et se composait de six branches dures et souples couvertes de bourgeons. L’aspect de cet instrument était terrible et bien certainement la flagellation qui allait être infligée à Madame Lobanoff ne serait pas une plaisanterie. Pauvre femme ! quelques heures auparavant, son beau corps se tordait dans les spasmes de la volupté et dans quelques secondes, elle allait se tordre encore de douleur.

Le Colonel Orloff fit un signe et le gardien levant son bras très haut laissa retomber la verge qui siffla dans l’air et vint s’abattre sur la chair ferme et rebondie. Celle-ci frémit sous le coup. La victime fit entendre un cri sourd, elle s’agita convulsivement et un même temps une longue raie rouge apparut sur sa chair fine et blanche.

La verge terrible maniée par un bras puissant s’élevait et s’abaissait avec une régularité effrayante sur cette pauvre chair tremblante. Les raies pourpres se dessinaient maintenant dans toutes les directions et Madame Lobanoff tordait tout son corps à chaque coup.

À mesure que s’avançait le châtiment, la couleur de la peau devenait d’un rouge plus sombre, les raies à leur tour paraissaient livides et formaient des ecchymoses en relief sur la chair. Les marques pourpres faites par les bourgeons apparaissaient de plus en plus nombreuses et quand les douze premiers coups eurent été donnés, la peau déchirée en plusieurs endroits laissait couler de larges gouttes de sang.

Les gardiens changèrent de place ; celui qui tenait relevés les vêtements de la victime vint se placer à gauche ; celui qui tenait la verge vint à droite pour donner, de ce côté, les douze autres coups, de sorte que chaque partie de la croupe reçut part égale. De nouveau la verge siffla dans l’air. À chaque coup qui tombait sur son corps endolori, les cris de la malheureuse devenaient plus violents et ses tortillements de hanches et les soubresauts de ses reins ressemblaient à des convulsions. Le gardien qui la frappait, parfaitement insensible continuait froidement sa besogne sans donner le moindre signe d’émotion. Il avait l’air d’un automate. On lui avait ordonné de fouetter sévèrement cette femme, il accomplissait consciencieusement cet ordre.

Swish !… Swish !… Swish !… La verge tombe et la femme poussant des cris d’agonie jetant ses jambes de tous côtés et à un moment elle écarte, en suant, ses cuisses à tel point qu’il s’en faut de peu que la verge n’aille la frapper à un endroit affreusement sensible.

Swish !… Swish !… Swish !… les raies livides se rapprochent l’une de l’autre, se croisent et s’entrecroisent, les cris de la victime deviennent de plus en plus violents et ses soubresauts et ses tortillements deviennent si furieux que le gardien qui la maintient sur son dos est sur le point de perdre son équilibre mais le dernier coup venait de tomber.

On ne la relâcha pas de suite. Criant sur le dos du gardien, elle continue à remuer les jambes et à crier.

La surface entière de sa croupe était cramoisie, couverte d’un réseau de longues raies livides. Le sang qui coulait des endroits déchirés descendait jusqu’à ses cuisses dont la blancheur marmoréenne contrastait étrangement avec la couleur ardente des fesses.

Vera avait reçu une flagellation des plus sévères et elle avait enduré une souffrance aiguë à un tel point que si elle n’avait pas été jeune et vigoureuse, elle se serait certainement évanouie.
- Lâchez-la ! commanda le colonel Orloff.

L’homme qui retenait les vêtements les laissa retomber, et celui qui la tenait sur son dos desserrant son étreinte lui lâcha ses poignets, mais dès que ses pieds touchèrent le plancher, elle sentit ses jambes se dérober sous elle et elle tomba, continuant à gémir et à crier.

Le médecin prit une timbale qu’il remplit d’eau fraîche et passant son bras autour de la taille de Vera il la releva un peu et lui tendit la timbale qu’elle vida avec avidité. Puis il lui tâta le pouls, essuya son front couvert d’une sueur froide et lui baigna le visage d’eau fraîche. Il se tourna ensuite vers le Colonel Orloff et lui dit nonchalamment :
- La voilà remise.

Les premiers effets sont passés et elle va pouvoir regagner son domicile.

Le colonel répondit par un signe de tête et le docteur et les trois gardiens quittèrent la pièce, laissant Madame Lobanoff qui gisait sur le plancher, gémissant et sanglotant.

Le colonel la regarda sans manifester dans ses regards la moindre pitié puis se remit à écrire.

Après un moment ses douleurs se calmèrent un peu, bien que sa peau déchirée par endroits continuât à brûler et à la faire gémir, mais à sa souffrance corporelle venait s’ajouter un sentiment intense de honte à la pensée qu’elle s’était ainsi trouvée nue devant plusieurs hommes en même temps qu’elle se sentait dégradée par le châtiment spécial qu’elle avait subi.

Elle demeurait donc comme inanimée sur le plancher, le visage dans ses mains faisant entendre une plainte monotone.

À la fin le colonel Orloff perdit patience et il lui dit durement : « Madame, il y a assez longtemps que vous êtes ici à pleurer. Levez-vous et rajustez vos vêtements. »

Elle se leva lentement, une chaleur lui monta au visage et prenant son pantalon qu’elle avait rejeté au loin, au milieu de ses convulsions, elle se détourna un peu et le revêtit. Puis de ses mains tremblantes elle refit comme elle put les tresses dénouées de sa longue chevelure.
- Madame Lobanoff, dit le colonel Orloff à la pauvre femme tremblante et gémissante qui se tenait devant lui, vous venez de recevoir une dure leçon. J’espère qu’elle vous profitera. Nous continuerons à vous surveiller et si vous persistez à faire partie d’une société secrète ou à servir de truchement pour l’échange de correspondances entre les nihilistes, vous serez probablement déportée en Sibérie. Mais, en supposant même que vous soyez encore assez heureuse pour échapper à un tel sort, vous serez conduite ici de nouveau et y recevrez une flagellation plus sévère encore. Maintenant, vous pouvez partir.

Il toucha un timbre et le sergent de police entra.
- Conduisez Madame Lobanoff à sa voiture, dit le colonel.

Le sergent prit le manteau de Vera, le lui plaça sur les épaules et lui faisant signe de le suivre quitta la pièce.

Elle marchait derrière lui à pas comptés, des larmes coulaient abondantes sur ses joues. Chaque mouvement lui arrachait une plainte et la pression même de ses vêtements sur la chair endolorie la faisait souffrir.

Sa voiture l’attendait dans la cour et ni son cocher ni son valet de pied n’avaient le moindre soupçon de ce qui avait pu arriver à leur maîtresse.

Le sergent aida Madame Lobanoff à monter dans sa voiture et dit au cocher de la ramener chez elle. La lourde porte fut ouverte et les chevaux partirent au galop.

Vera ne pouvait s’asseoir. Elle se mit à genoux, appuyant sa tête sur les coussins, pleurant sans s’arrêter, de douleur et de honte. Un quart d’heure après, elle était chez elle.

En arrivant, elle descendit de voiture avec peine et gravit lentement les escaliers jusqu’à sa chambre à coucher où elle trouva une de ses femmes qui l’attendait. À sa grande joie elle apprit que son mari n’était par rentré.

Elle renvoya la domestique et se déshabilla elle-même. Son pantalon était taché par le sang qui coulait encore. Elle remplit un bassin d’eau fraîche et baigna quelques minutes sa pauvre croupe saignante et endolorie. Ce bain la rafraîchit et calma un peu sa souffrance.

Après s’être changée avec précaution, elle enferma son pantalon taché dans un tiroir, mit son peignoir et s’étendit sur le lit enfouissant son visage dans les oreillers pour y pleurer à son aise avec rage, avec passion.

Elle finit cependant par se calmer et complètement à bout de forces malgré les rappels cuisants qui de temps à autre la secouaient des pieds à la tête, elle s’endormit.

Vers onze heures du matin, elle fut réveillée par sa domestique qui lui apportait comme d’habitude une tasse de thé et dès qu’elle fut seule, elle sortit du lit, vint vers la psyché et relevant son peignoir et sa chemise, regarda par dessus son épaule sa pauvre croupe meurtrie.

La vue en était horrible et Madame Lobanoff frissonnant ne put retenir un cri d’épouvante.

La couleur cramoisie avait fait place à du rose clair, les raies livides faisaient encore saillie de place en place. Des cicatrices rouges s’étaient formées aux endroits où la peau était déchirée et toute la surface de la croupe étaient couverte d’ecchymoses.

Elle passa sa main sur sa chair meurtrie, ce qui la fit crier. Le moindre mouvement d’ailleurs lui arrachait une plainte.

Les larmes s’échappèrent de ses yeux, son visage s’empourpra, son cœur battit avec violence tant la colère en même temps que la honte l’agitaient à la vue des marques dont elle était couverte à la suite de sa torture cruelle et indécente ; ce qui la consolait un peu c’était de penser qu’elle n’était pas la seule « dame » à Saint-Pétersbourg qui ait enduré un tel traitement. Se sentant trop faible et incapable de s’habiller, elle retourna se coucher pour essayer de dormir encore.

Mais elle ne goûta pas longtemps son repos car cinq minutes après, la porte s’ouvrit et son mari entra dans la chambre, vêtu de la plus rudimentaire façon, de sa seule chemise de nuit. Marchant vers le lit, il dit :
- Eh bien ! Vera, je suis tout heureux de vous trouver enfin éveillée. Je suis venu plusieurs fois déjà et vous dormiez. J’espère que je suis un mari bien complaisant car je n’ai pas interrompu votre sommeil et cependant je mourais du désir de vous embrasser, ajouta-t-il en riant.

Vera fut effrayé de l’entendre parler ainsi car elle ne désirait pas que son mari s’aperçoive du châtiment qu’elle avait enduré.

S’écartant donc de lui, elle lui dit d’une voix faible.
- Vous ne pouvez pas me toucher aujourd’hui.

Son mari fronça méchamment les sourcils et lui répondit d’un ton colère.
- C’est absurde ! Je ne vous crois pas. Vous voulez vous moquer de moi.

Il s’approcha près du lit, voulut la prendre dans ses bras.

Elle se débattit ce qui lui donna de vives douleurs si bien qu’elle se mit à crier.
- Oh ! laissez-moi. Je suis vraiment très malade.

Il la regarda alors et s’aperçut qu’elle était en effet très pâle et que ses paupières étaient rouges et gonflées.
- En effet, dit-il en grommelant. Qu’avez-vous donc ?

Elle comprit qu’elle ne pouvait se dérober et les joues brûlantes, les yeux baissés, elle lui raconta ce qui lui était arrivé cette nuit même au poste de police.

Il l’écoutait attentivement et quand elle eut fini, il la fixa quelques secondes, mais au lieu de s’indigner d’un tel traitement infligé à sa femme, ou de ressentir quelque pitié à l’idée de ce qu’elle avait pu souffrir, il parut s’en amuser.

Eclatant de rire, il lui dit : « Cela vous fera du bien. Je connaissais vos intrigues avec les nihilistes et je me doutais bien qu’il vous en cuirait quelque jour. Vous n’êtes pas la seule femme du monde qui ait eu une entrevue aussi désagréable avec le colonel Orloff ; mais vous vous en êtes en somme tiré à bon compte car on pouvait vous envoyer en Sibérie. »

Puis, il ajouta : « Laissez-moi voir » et la retournant, il lui releva la chemise et inspecta sa croupe défigurée.
- Eh ! bien, ils vous ont arrangé d’une drôle de façon, lui dit-il. Vous ne pourrez pas vous asseoir avant quelque temps. Mais il ne faut pas que je ressente de ce fait une privation quelconque et que cela vous plaise ou non, je vous veux à moi.
- Oh ! non, non ! cria-t-elle. Je souffre trop. Votre contact me causerait une torture intolérable.

La frayeur de la femme semblait l’amuser.
- Mais je ne toucherai pas à votre endroit sensible, obéissez-moi seulement ou sinon je vous pincerai.

Et le brutal la contraignit à céder à ses désirs, la soumettant sans scrupule aux raffinements de sa volupté bestiale, n’essayant même pas de lui épargner la plus légère fatigue. Il semblait, au contraire, prendre un cruel plaisir à contempler sur son visage les signes de la douleur qu’il lui causait.

Quand il se fut ainsi satisfait, il la laissa. Madame Lobanoff alors put s’étendre à son aise et dormir.

À une heure elle se leva, prit un bain, s’habilla elle-même en partie et s’enveloppa d’un peignoir de soie. Elle se sentait trop faible et souffrait trop pour quitter la chambre où elle passa la journée très mal à son aise et gémissant à tout moment. Elle ne pouvait ni lire ni se remuer, ni s’asseoir, si bien qu’elle se coucha le plus tôt possible, tout heureuse à la pensée que son mari ne lui tiendrait pas compagnie.

Le lendemain elle se réveilla un peu réconfortée. Les marques livides commençaient à disparaitre de sa chair était devenue moins sensible. En quelques jours, la peau se cicatrisa tout à fait et dix jours suffirent pour lui rendre sa finesse et sa blancheur.

Son mari venait chaque matin lui rendre une visite intéressée sous le fallacieux prétexte de prendre des nouvelles.

Madame Lobanoff cessa de faire partie d’une société secrète, elle rompit entièrement avec les nihilistes et abandonna les intrigues politiques de toutes sortes. Rien n’aurait pu la décider à s’exposer de nouveau aux coups de la terrible verge.

Elle ne revit jamais Fedor Marylski à la mémoire du quel elle resta fidèle pendant quelque temps. Pourtant elle finit par accepter les consolations d’un nouvel amant, un jeune officier de la garde impériale.

Plusieurs années elle continua d’être une des beautés en vue de la capitale de l’empire russe mais elle n’oublia jamais sa visite au Bureau de Police la nuit de Bal au Palais d’Hiver.

Voir en ligne : Une visite dans une prison en Sibérie

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.



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