Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Confessions érotiques > Confession sexuelle d’un Russe du Sud > Aventures, réflexions et rêveries érotiques

Navigation



Confession sexuelle d’un Russe du Sud

Aventures, réflexions et rêveries érotiques

Études de Psychologie sexuelle (10)



Mots-clés :

« Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 192


J’avais un peu moins de treize ans en rentrant à Kiev comme élève de la quatrième classe du gymnase. Au point de vue des études, cette année fut, pour moi, encore plus désastreuse que l’année précédente. J’étais incapable de concentrer mon attention sur les livres scientifiques qui, du reste, m’intéressaient de moins en moins. Mes notes devenaient de plus en plus mauvaises, j’étais parmi les derniers élèves de la classe. Mes parents s’expliquaient mes échecs par cette circonstance que j’étais trop jeune (entre treize et quatorze ans) pour la quatrième classe : pourtant plusieurs de mes camarades avaient le même âge que moi. Quoi qu’il en soit, mes notes de l’année et celles de l’examen ne me permirent pas cette année de passer dans la classe suivante et je dus redoubler, chose que j’avais considérée auparavant comme très honteuse. C’est donc toujours dans la quatrième classe que je passai la quatorzième année de ma vie, et j’avais prés de quinze ans en entrant en cinquième. Non seulement force me fut de redoubler la cinquième classe aussi, mais je ne pus satisfaire aux épreuves nécessaires pour être reçu dans la sixième classe (j’avais alors prés de dix-sept ans). Or, comme on ne peut en Russie rester trois ans de suite dans la même classe, je dus sortir du gymnase. On me fit entrer dans l’école dite réale (gymnase sans latin ni grec), mais là aussi je subis des échecs. On trouva le moyen de me préparer a un examen qui me permit de retourner au gymnase classique (qui a plus d’importance, car il confère plus de droits), dans la sixième classe. J’avais alors dix-huit ans. Mais j’échouai à l’examen nécessaire pour passer dans la septième classe. J’avais alors près de dix-neuf ans. J’essayai de redoubler la sixième classe, mais les notes continuaient à être si mauvaises que, découragé, je quittai le gymnase définitivement au milieu de l’année : j’avais dix-neuf ans et demi. Pendant toutes ces années ma santé fut assez mauvaise, j’interrompais souvent mes études à cause de maladies de la poitrine et de névralgies, et cela ne contribuait pas à des succès scolaires. À l’âge de dix-sept ans, j’avais perdu ma mère qui avait eu tardivement un enfant et était morte d’une fièvre puerpérale contractée par suite de la négligence du médecin accoucheur, qui ne s’était pas suffisamment désinfecté après avoir visité une malade. L’enfant était mort aussi quelque temps après.

Ma vie sexuelle pendant toute cette période a été très active (de treize à vingt ans). En rentrant des vacances dont j’ai parlé plus haut, nous changeâmes de nouveau de logement et je ne revis plus jamais la petite Sarah. Mais je repris les relations sexuelles avec des collégiennes de bonne volonté, quelquefois je couchais avec des servantes quand elles étaient jeunes et jolies. Pendant les grandes vacances, quand nous les passions au village, j’avais à ma disposition, pour ainsi dire, tout un harem. Et enfin, je trouvai toujours des dames prêtes à « m’éclairer sexuellement ». Je pratiquais toujours avec succès la méthode qui consistait à feindre mon innocence, ma naïveté absolue. Je voyais que c’était un moyen presque infaillible pour « allumer » les dames et leur donner des idées libidineuses. C’est étonnant ce qu’elles aiment à donner l’enseignement en cette matière ! Chacune désire être la première initiatrice. Mais, en même temps, ces dames étaient jusqu’à un certain point honteuses de ce qu’elles faisaient, à en juger par cette circonstance que toutes me disaient qu’elles faisaient cela pour mon bien, pour me « détourner de l’onanisme et des méchantes femmes » ; hypocrisie qui ne pouvait me donner le change. Mon expérience me fait croire que l’inclination pour les enfants impubères ou les adolescents à peine pubères n’est pas plus rare chez les femmes que chez les hommes.

Feindre l’innocence n’était pas seulement, pour moi, un moyen plus sûr d’atteindre mon but ; c’était aussi une source de plaisirs particuliers. En effet, j’éprouvais et j’éprouve encore une volupté intense à entendre une femme et surtout une jeune fille parler des choses sexuelles. On sent, en effet, quand elles en parlent, qu’elles sont érotiquement excitées, qu’un frémissement parcourt leurs parties génitales. Pendant que les femmes me décrivaient, par exemple, le coït, je me figurais que leur clitoris devait être en érection et que leur vulve commençait à sécréter le mucus. De plus, les femmes ne parlent pas de ces choses de la même façon que les hommes : elles emploient rarement le mot propre, mais se servent, le plus souvent, de circonlocutions, d’euphémismes, de métaphores qui, par leur nature même, ont un caractère pittoresque, imagé, suggestif et excitent la pensée bien plus que les termes techniques et exacts. Les très jeunes filles surtout, ne connaissant pas le vocabulaire érotique technique (scientifique ou populacier) ou n’osant pas l’employer, sont obligées de faire des efforts d’imagination pour décrire nettement les choses, inventent des comparaisons, suggèrent des images frappantes, se troublent et rougissent tout cela est très excitant. Chacune raconte les choses à sa manière, par conséquent au moyen d’images nouvelles ; or la nouveauté des sensations, des images, des mots même, est un élément essentiel de l’acuité des sensations sexuelles : un livre pornographique monotone cesse d’être excitant au bout de quelques pages ; il ne faut pas qu’il raconte des aventures semblables et en termes semblables.

Chez moi, comme, sans doute, chez toutes les personnes nerveuses, l’imagination constitue l’élément le plus important du plaisir sexuel. Je ne puis pas jouir si le ne me représente la jouissance éprouvée par la femme. Il me serait impossible de faire l’amour à une femme endormie ou évanouie. Et l’idée seule qu’une femme éprouve une émotion sensuelle suffit pour me faire moi-même jouir (bien que cette jouissance n’aille pas jusqu’à l’éjaculation). L’idée de la jouissance masculine m’est, au contraire, indifférente : les émotions érotiques de l’homme n’éveillent en moi aucune sympathie.

Les idées ou (si l’on veut) les préjuges spiritualistes rendent les jouissances sexuelles plus aiguës et plus variées. C’est ce que Huysmans (en parlant de l’art de Rops) a exprimé avec exagération et grosso modo en soutenant que la grande et profonde luxure n’est pas possible sans le diable, et ce que Renan fit remarquer avec une finesse exquise en glorifiant le christianisme comme le maître des voluptés érotiques plus subtiles que celles de l’Antiquité. Voilà ce qu’oublient les nombreux auteurs qui flétrissent le christianisme au nom de l’érotisme triomphant et des droits de la chair. La titillation purement physique dans les relations sexuelles n’est rien ou presque rien à côte de l’excitation psychique et du prurit mental : or le christianisme a précisément exaspère ce côté psychique de la jouissance charnelle ; il a ouvert une carrière immense à l’imagination sexuelle, et il me semble que, chez l’homme civilisé, les plaisirs sexuels tirent toute leur valeur et tout leur attrait de l’imagination ; sans elle, l’acte sexuel n’est ni plus ni moins agréable que la défécation ou, tout au plus, que le boire et le manger pour les personnes non gourmandes. La pudeur féminine est un aphrodisiaque pour l’homme, mais seulement quand elle se laisse vaincre par la volupté de la même personne. Quand je suis au lit avec une femme comme il faut, ce qui m’excite le plus, c’est cette idée qu’il se passe quelque chose de paradoxal, d’invraisemblable : voilà une femme qui considère comme quelque chose de terrible le fait de montrer certaines parties de son corps ; elle les cache à tout le monde, surtout aux hommes, elle les considère comme honteuses, elle n’ose pas les nommer… Et pourtant, cette même femme les montre maintenant à un homme et à celui-la précisément à qui elle devrait s’obstiner le plus à ne pas les montrer, car c’est l’homme qu’elle aime, c’est-à-dire celui qui l’intimide et la trouble le plus et celui qui les regarde de l’oeil le moins indifférent, le plus lascif ; et cet homme, non seulement regarde ces parties, il les touche, les manie, les excite par des attouchements ; il les touche non seulement avec la main, mais avec une partie du corps qui est également honteuse aux yeux de la femme et que celle-ci, normalement, a peur non seulement de toucher, mais de voir, de nommer, à laquelle elle ne devrait jamais penser (telle est, du moins, la convention), et le contact n’est pas seulement superficiel, l’homme introduit sa partie la plus honteuse dans la partie la plus honteuse de la femme… Et cette violation de la pudeur est d’autant plus piquante qu’elle est temporaire. Une heure plus tôt ou une heure plus tard, la femme a été ou sera habillée, cachera soigneusement presque toutes les parties de son corps et rougira rien qu’à entendre le nom de la chose qui lui causa tant de plaisir… Combien diminuerait le plaisir sexuel sans tout ce conventionnalisme — absurde en apparence — de la pudeur féminine !

Pour les mêmes raisons, les sécrétions voluptueuses de la femme ont pour l’imagination la plus grande valeur symbolique ou fétichiste. Rien ne m’excite autant que la vue, le contact ou la seule idée du mucus vulvo-vaginal. C’est que c’est le signe visible et tangible de la sensualité, de la volupté de la femme. L’érection des organes sexuels féminins est à peine visible ; en revanche, grâce au liquide sexuel, il y a une preuve évidente et matérielle que la femme est érotiquement excitée, qu’elle a « des sens », comme disent les Français, que c’est un être terrestre comme nous autres ou que, si c’est un ange, c’est un ange qui quelquefois déchoit… Par toutes les forces de mon imagination, je me transporte dans les parties sexuelles de la femme, je me représente la jouissance qu’elle éprouve et cela décuple ou centuple ma propre jouissance directe. Dans tout cela, il y a des éléments non seulement sensitifs, mais moraux (ou, si vous aimez mieux, immoraux) éthico-affectifs et intellectuels. Mais je reviens à mon récit.

Ainsi, pendant cette période de sept ans (de l’âge de treize à celui de vingt ans), j’ai eu de fréquentes satisfactions sexuelles. Il y eut cependant, pour des raisons accidentelles, des périodes d’abstinence. J’avais alors des pollutions nocturnes (à raison d’une ou de deux par semaine). Quand il n’y avait pas d’excitation extérieure mes besoins génésiques se calmaient et s’endormaient peu à peu, je me sentais la tête plus libre, l’énergie intellectuelle et physique accrue, mais, par suite de quelque stimulus accidentel (rencontre d’un livre ou d’une image pornographique, d’une nudité féminine, une conversation avec quelque dame qui essayait de m’éclairer sexuellement, etc.), mes ardeurs se réveillaient de nouveau et je retournais aux mêmes plaisirs épuisants. Je ne me sentais pas heureux. D’une part, mes continuels échecs scolaires m’humiliaient et me décourageaient profondément, malgré la bonté avec laquelle mes parents les supportaient. D’autre part, rien ne m’intéressait autour de moi que la femme et, quand je n’avais pas d’aventures érotiques, je m’ennuyais mortellement. je ne m’adonnais plus aux exercices physiques ; à la campagne, je ne chassais et ne montais à cheval que rarement. Mes camarades du gymnase, à mesure qu’ils grandissaient, vivaient d’une vie de plus en plus intellectuelle. La plupart se passionnaient pour la politique, lisaient la littérature révolutionnaire clandestine, s’affiliaient aux sociétés socialistes secrètes, communiaient dans la religion communiste, anarchiste et terroriste. Ils lisaient des livres sérieux : Spencer, Mill, Buckle, Renan, Louis Blanc, Taine, Marx, Lassalle, Laveleye, Proudhon, Darwin, Häckel, Summer Maine, Morgan, Engels, Tarde, F.-A. Lange, Büchner, Letourneau, etc. (je parle des jeunes gens de quinze a vingt ans.) Moi, je me contentais de savoir les noms des auteurs qu’ils lisaient quand j’essayais de lire ces livres, je m’endormais au bout de quelques pages. Mes camarades discutaient à perte de vue sur les questions morales, philosophiques, sociales (non sur les questions religieuses car tous étaient athées et matérialistes)… Ces discussions glissaient sur moi comme l’eau sur les vitres. Je n’y prenais pas part. Les romans m’intéressaient davantage, mais, lorsqu’ils étaient par trop sérieux, ils m’ennuyaient aussi. Mes deux états habituels étaient, ou l’excitation érotique directe, ou la prostration mélancolique accompagnée de rêveries souvent également érotiques. Quand je me remettais à travailler pour le gymnase avec une certaine énergie, c’était pendant les intervalles d’abstinence sexuelle mais, comme je l’ai dit, cela ne durait guère. Je ne me masturbais jamais, ayant horreur de cet acte et ne sachant même pas exactement comment cela se faisait. De peur d’une masturbation involontaire, je ne mettais même jamais mes mains sur mes parties sexuelles. Mais j’avais des remords a cause de mes relations sexuelles si nombreuses. Ce qui contribuait à augmenter ma dépression morale, c’était la nécessité où je me trouvais de mentir souvent à mes parents pour cacher mes escapades. Il m’en coûtait de plus en plus de mentir, à mesure que j’avançais en âge. Je n’ai jamais été un enfant menteur, on me considérait même comme exceptionnellement véridique et, pourtant, tant que je fus enfant, je mentis sans la moindre gêne intérieure quand il fallait cacher mes petits péchés. L’amour véritable de la vérité, la répulsion pour le mensonge ne me vinrent qu’avec l’âge. Combien fausse est l’idée que l’enfant est naturellement véridique ! Combien douteuse me parait l’existence de très jeunes enfants « incapables de mentir » ! C’est comme si l’on disait qu’il y a des enfants incapables de juger les actes injustement ! Malheureusement, ces fausses idées sont encore très répandues, même dans les milieux instruits.

Mes aventures érotiques de la longue période dont je parle n’eurent rien de notable. Elles furent dans le genre de celles que j’ai racontées déjà. Elles étaient facilitées par le libéralisme des moeurs russes, qui fait que les jeunes gens et les jeunes filles jouissent d’une complète indépendance, se font des visites auxquelles personne n’est présent, se promènent seuls tant qu’ils veulent, rentrent chez eux à n’importe quelle heure de la journée, etc. Nous avions une liberté de mouvements aussi complète que celle des grandes personnes, les uns en profitaient pour faire de la politique, d’autres et j’étais du nombre pour faire l’amour. Je n’allais jamais voir les prostituées, comme faisaient la plupart de mes camarades. J’avais peur des maladies vénériennes et les femmes publiques que je rencontrais dans la rue me paraissaient dégoûtantes. Je me contentais donc des collégiennes et des dames « comme il faut » de bonne volonté. Une de ces dernières, une amie de ma mère, ayant, un jour, appris de ma bouche hypocrite que j’ignorais la différence des sexes (j’avais alors un peu moins de quatorze ans), se retira du cabinet de travail de son mari, où nous étions seuls, dans la chambre à coucher qui se trouvait à côté et me dit de n’y entrer que lorsqu’elle m’appellerait. Au bout de quelques minutes, elle m’appela, en effet, et je la vis couchée sur le lit, absolument nue. Après m’avoir laissé contempler sa nudité, elle me dit de me déshabiller, de me coucher auprès d’elle, et m’« enseigna » l’acte sexuel. Elle ne risquait rien du reste, il n’y avait personne dans la maison et le mari ne pouvait rentrer à ce moment-là. Avec cette dame j’ai eu depuis l’occasion de coïter plus d’une fois.

Voir en ligne : Confession sexuelle d’un Russe du Sud (11) : Passe-temps « hygiéniques » avec Nadia

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après la « Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris