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Les délices du fouet

Baguettes magiques et rudes cinglades

Roman érotique (chapitre 16)



Auteur :

Mots-clés :

Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.


16

Il était près de neuf heures, lorsque le cab me ramena dans le centre de Londres, au retour de ma folle équipée de Richmond. L’heure du dîner était passée, depuis longtemps, au collège, et je me fis conduire au Café Royal, ayant grand besoin de me réconforter, après la forte secousse des verges et l’épuisante folie qui lui avait succédé. Les mets savoureux, arrosés d’un vin transparent, qui avait un parfum de framboise, me firent voir bientôt les choses sous leur aspect le plus agréable et rendirent moins sensible la douleur assez vive qui avait persisté sur la partie si sauvagement meurtrie par la tyrannique Fanny. Je ne songeais pas sans effroi à cette épouvantable scène, qui m’avait fait passer par tous les affres de l’enfer. Jamais je n’avais été fouetté avec une pareille barbarie et je me demandais comment j’avais pu supporter un supplice aussi cruel. Miss Fanny s’était affolée au point qu’elle semblait avoir perdu la notion des choses, et si elle n’était pas tombée, épuisée par la volupté délirante qui la secouait, elle m’eût certainement fouetté à mort.

En rentrant dans ma chambre, mon premier soin fut de constater dans la glace, les ravages des terribles instruments. Le bas de mes reins était dans un triste état, ne formant pour ainsi dire qu’une plaie. C’était l’occasion ou jamais de recourir à la fameuse pommade de concombres que la gentille Clémence m’avait recommandée.

Après une nuit calme et les bienfaisants effets du bain matinal, la douleur lancinante se transforma en un délicieux chatouillement ; l’excellente pommade opérait vraiment des miracles. Avec le retour de mes forces vitales et la cicatrisation de mes plaies, toute impression pénible s’effaça de mon esprit, et je ne conservai, de la terrible aventure, que l’image de la lumineuse idole qui avait présidé à la double fête. J’étais à peine habillé, quand le valet de chambre qui m’apportait mon courrier, vint me dire que M. le Censeur m’invitait à me rendre dans son cabinet.

Je me doutais bien du motif, et, prêt à faire face à l’orage, me rendis bravement auprès de l’important fonctionnaire.
- My Lord, me dit-il, nous n’avons pas eu l’honneur de vous voir hier à la visite collective du palais de Windsor. Est-ce exact ?
- Absolument exact, répondis-je.
- Vous voudrez bien me permettre, my Lord, de vous en demander la raison ?
- Oh ! c’est bien simple, j’avais un rendez-vous que je ne voulais pas manquer.
- Serait-il indiscret, my Lord, de vous demander si ce rendez-vous était avec une dame ?
- Non pas avec une dame, dis-je, avec une fée. Le censeur s’inclina en souriant et me dit :
- Tous mes compliments, my Lord ; mais, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je mettrai « dame » au lieu de « fée » dans mon rapport ; c’est plus conforme à notre langage administratif.
- Je m’en rapporte à votre intégrité.

Le censeur s’inclina à nouveau.
- Je vous remercie, my Lord, dit-il. Me permettrez-vous encore une question ? Pourquoi n’avez-vous pas demandé la permission de vous abstenir de la visite de Windsor, au lieu de disparaître sans rien dire ?
- Pour éviter de désobéir, en cas de refus. Je préférais prendre la responsabilité de ma fugue, cela me paraissait une faute moins grave.
- Je vous remercie de votre franchise, my Lord ; j’espère que M. le directeur en tiendra compte. Il avait proposé la note 5, peut-être baissera-t-il à 4 ; vous pouvez compter sur tous mes efforts dans ce sens.

Je remerciai à mon tour l’aimable censeur et, le lendemain samedi, à la distribution des notes, j’eus en effet le numéro 4.

Ce n’est pas sans une certaine émotion que je considérai le fatal bulletin vert, sachant ce qui m’attendait chez miss Bobby. Or, comment expliquer à ma sévère correspondante les marques de fouet sur ma peau ? Malgré là miraculeuse pommade, les traces des verges de la cruelle Fanny étaient encore fort apparentes ; je ne pouvais espérer les faire disparaître, et comment sortir de ce dilemme ?

Le dimanche matin, dès mon réveil, je sautai à bas de mon lit et courus à la glace pour m’inspecter une dernière fois. Je fus consterné de voir les fatales marbrures dont la provenance ne pouvait faire de doute pour personne. J’allais devoir subir, de la part de la sévère miss Bobby, un interrogatoire terriblement embarrassant. Il m’était pénible d’avouer à mon amie que je me procurais ailleurs les satisfactions qu’elle entendait me doser d’une façon méthodique, pour leur donner plus de prix et les rendre plus impressionnantes. Mon « infidélité » pouvait amener une rupture, qui me ferait un réel chagrin. Je me creusai la tête pour découvrir un moyen de me tirer d’affaire et il me vint une idée.

Je savais que les Parisiennes étaient de véritables artistes en maquillage, faisant disparaître, à l’aide du fard, toutes les imperfections de leur visage et fort probablement de toutes les autres parties de leur corps. Un maquillage soigné de mon postérieur tromperait certainement miss Bobby, qui n’y verrait que du feu. Ravi et fier de mon inspiration, je me mis en mesure de la mettre aussitôt en pratique.

À Londres, les pharmaciens ouvrent boutique pendant quelques heures, le dimanche. J’avisai un « droguiste » de première classe, dont la vitrine était bondée de boîtes de parfumerie.

Je fis une provision de poudre de riz blanche, rose et havane, de blanc gras, de rouge, sans oublier les houppes en duvet et les petites brosses douces. Bientôt, enfermé dans ma chambre, et réduit au costume d’Adam, je me mis activement au travail.

J’essayai d’abord d’un savant mélange de poudres de riz de différents tons et l’ayant posée avec une des houppettes, je l’estompai avec un peu de rose. L’effet en était merveilleux et je mirai dans la glace comme une frimousse de bébé joufflu. Mais il y avait un cheveu : en posant ma chemise sur ce duvet, délicat comme celui des ailes d’un papillon, il s’évanouissait et, après plusieurs essais, je dus abandonner cette méthode. Restait le blanc gras. Je fis une savante cuisine, en le délayant dans de l’eau et en le mélangeant avec des poudres de riz et du rouge ; puis, j’appliquai une forte couche avec une brosse, comme pour une peinture. Cette fois, j’étais tout à fait enchanté. C’était faire vraiment peau neuve, et quelle peau ! Un satin délicat d’un blanc de lys, avec un reflet rose tendre, que m’eut enviés plus d’une belle Callipyge. Pour faire sécher plus vite cette épaisse couche de peinture, j’étalai le chef d’oeuvre devant la fenêtre, où passait un chaud rayon de soleil.

Après une heure de patiente exposition, je jetai un dernier coup d’oeil dans la grande glace, et je fus saisi d’horreur. La peinture, en séchant, avait formé une croûte ; les couleurs s’étaient fanées, et mes rotondités, devenues livides, presque verdâtres, et toutes ridées, avaient l’air de deux ballons en baudruche dégonflés.

Cet insuccès me jeta dans un noir désespoir et me dégoûta complètement du maquillage. Une bonne ablution me débarrassa de l’affreuse croûte, et, comme l’heure de l’épreuve approchait, je me mis en route vers la demeure de miss Bobby.

Mes impuissants essais de maquillage et la promenade des houppettes sur ma peau, avaient produit un effet inattendu : une extraordinaire surexcitation des sens et un besoin impérieux d’être fortement fustigé. J’envisageai avec joie les sévérités prochaines de ma correspondante.

Une déception m’attendait. Je trouvai l’adorable jeune femme dans une attitude grave et digne, pleine de promesses ; mais quel ne fut pas mon étonnement en remarquant qu’elle ne me demandait pas ma note d’études.
- Assieds-toi là, Charley, fit-elle, en m’indiquant un siège, j’ai à te parler. Tu as écrit à ta tante en lui faisant un tableau effrayant de la correction que le clergyman t’a donnée. En voilà des histoires pour quelques coups de verges ! Comme c’est intelligent de ta part ! Sais-tu ce qui en est résulté ? Ta tante m’écrit qu’elle te dispense dorénavant de toute correction corporelle, et elle interdit formellement qu’on te fouette, soit au collège, soit ailleurs. C’est, dit-elle, une cruauté inutile et un genre de punition qui n’est plus de ton âge. Elle fait, d’ailleurs, des démarches pour ton émancipation immédiate, afin que tu entres en possession de ta fortune et arranges ta vie comme tu l’entends.

J’étais consterné de ce que j’avais fait et du résultat imprévu de ma lettre.
- Miss Bobby, dis-je, je vous en prie, ne tenez pas compte de ce que vous écrit ma tante. Je veux rester votre élève soumis, subir les punitions que vous jugerez utile de m’infliger et gagner, par ma bonne conduite, la permission d’embrasser vos divins petits pieds, ainsi que vous me l’avez promis.
- Je suis obligée de me conformer à la volonté de ta tante en ce qui concerne les punitions, répliqua mon inflexible maîtresse ; quant à la récompense, je ne te la refuserai pas, sois-en sûr. As-tu la note numéro un ? Donne ton bulletin.

Je lui tendis timidement le carré de papier vert et elle éclata d’un rire moqueur.
- Il est beau, ton numéro un ! combien je regrette de ne pouvoir te fouetter, j’avais justement des verges fraîches à ton intention.

L’évocation du divin culte que je désirais si ardemment célébrer, me fit perdre la tête. Je me jetai, affolé, aux pieds de la radieuse idole, avec des yeux suppliants où elle surprit mes désirs.

Elle se leva, effarouchée.
- Charley ! qu’est-ce qui te prend, nigaud ? Quand tu seras émancipé, je t’écouterai, mais, pour le moment, c’est ta tante qui commande. Les verges, n’y compte pas ; pour rien au monde je ne transgresserai les ordres de ta tante. Quant à la récompense, tu n’es pas du tout en voie de la mériter, du train où tu y vas.
- Je ferai une action d’éclat, miss Bobby, et, dimanche prochain, j’aurai la récompense, fis-je avec assurance.

Elle se remit à rire.
- Une action d’éclat ? Et que feras-tu ? tu sauveras une mouche en train de se noyer dans ta cuvette ?

Cette raillerie et l’expression moqueuse de miss Bobby m’excitèrent au plus haut point, et quand je me retrouvai dans la rue, je me décidai, puisque c’était dimanche, de recourir encore à la gentille maîtresse de piano, pour le soulagement rapide et certain de mes maux. L’enfant me reçut avec la même simplicité et grâce juvénile, et me fit goûter sa baguette magique, complétée par quelques rudes cinglades avec une fine cravache de dame, en raison de ma demande d’une secousse énergique.

Cette gracieuse virtuose était vraiment une providence.

Voir en ligne : Se perfectionner dans l’art de la flagellation (chapitre 17)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.



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