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Éveline

Baisée dans les water-closet

Aventures et intrigues d’une jeune Miss du grand monde (VI)



Mots-clés :

Éveline. Aventures et Intrigues d’une jeune Miss du grand monde, traduit de l’anglais Evelina, Chez tous les Marchands de Nouveautés, Paris, 1907.


CHAPITRE VI
Prosper — Mon duel — Sir Edward — Mon mariage — Départ pour l’Angleterre — La maladie de mon mari — Notre retour à Londres

Lorsque je revins à moi, je me trouvai dans mon lit, entourée par mes parents, deux docteurs et plusieurs domestiques. Mon premier mouvement fut de m’élancer hors du lit.
- Bonté du Ciel ! Vous voulez donc vous tuer, ma chère enfant ?
- Où est-il ? Je veux aller le voir.
- Tranquillisez-vous, ma chérie, Robert sera très bien soigné.
- Mais c’est en me défendant, père, qu’il a été blessé et il est de mon devoir de le soigner.
- Les chirurgiens sont en train de panser sa blessure, mon Éveline, attendez au moins que cela soit fini.

Devant mes instances, on consentit enfin à me laisser vêtir et à me rendre auprès de Robert que je trouvai presque sans connaissance ; à mon approche cependant il ouvrit les yeux, me reconnut, et m’adressa un regard d’amour et de résignation. Je m’assis près de son lit, décidée, quoiqu’on puisse dire et faire, à le soigner moi-même, et pendant trois jours et trois nuits, je le veillai.

Le quatrième jour, la balle fut extraite et les chirurgiens déclarèrent qu’ils avaient bon espoir de le sauver. Je me retirai alors dans ma chambre où je m’endormis d’un sommeil qui dura quarante-huit heures ; ma première question en me réveillant, fut pour demander des nouvelles de mon pauvre ami, on m’apprit que la guérison n’était plus qu’une question de jours, et je tombai à genoux pour remercier le Ciel d’avoir préservé les jours du brave garçon qui m’avait défendu au péril de sa vie. Au bout d’une semaine, en effet, il était hors de tout danger, et je commençais à réfléchir aux moyens de punir son lâche agresseur.

Pour remplacer Robert, mon père avait pris un jeune Suisse du canton de Vaud, âgé de dix-sept ans. Ce garçon était joli, grand pour son âge et avait été hautement recommandé pour son honnêteté à mon père. Il servait à table et je m’étais souvent divertie de sa gaucherie, et de la facilité avec laquelle il rougissait quand ma mère le grondait ; il me regardait alors comme s’il voulait réclamer ma protection, et je l’encourageais, autant que possible, par des douces paroles et des regards tendres ; aussi m’avait-il voué une adoration, volant au-devant de mes désirs, et buvant dans mon verre les gouttes de vin que j’y laissais.

La diversion, causée par la maladie de Robert et les réflexions auxquelles je me livrais pour punir M..., m’avaient détournée des plaisirs charnels, mais il était impossible à mon tempérament de rester plus longtemps sans subir les embrassements d’un homme, et j’étais indécise de savoir si j’irais trouver Thompson, ou si je donnerais un rendez-vous à mon cordonnier, quand par hasard je rencontrai Prosper sur les escaliers. Sa vue me fit frissonner et la pensée d’initier ce garçon naïf et innocent aux mystères de Cythère me sembla délicieuse.
- Est-ce que Sophie est là, Prosper ?
- Non, mademoiselle.
- Voulez-vous me monter un peu d’eau chaude ?
- Avec plaisir, mademoiselle.

Je montai dans ma chambre, où Prosper revint bientôt me rejoindre avec l’eau que je lui avais demandée ; je m’assurai que personne ne l’avait vu entrer et je le priai de fermer la porte.
- Prosper, savez-vous délacer des bottines ?
- Je n’ai jamais essayé, mademoiselle.
- Les femmes de votre village n’en portent donc pas ?
- Mais non, mademoiselle, elles portent des sabots la semaine et de gros souliers le dimanche pour aller à la messe.

Comme il se tenait devant moi, je remarquai une certaine protubérance dans son pantalon qui me fit espérer que Prosper serait un délicieux compagnon de plaisirs pour une fille d’une complexion aussi amoureuse que la mienne. L’idée que je serais la première femme qu’il posséderait fit battre mon sang avec une violence inouïe. Je m’assis sur mon lit qui se trouvait un peu élevé, et je mis mon pied sur sa cuisse afin qu’il pût le déchausser ; par hasard, mon pied nu se trouva posé sur la protubérance que j’avais remarquée, le garçon rougit jusqu’aux oreilles et trembla de tous ses membres.
- Avez-vous une bonne amie, Prosper ?
- Non, mademoiselle.
- Voudriez-vous être mon bon ami, Prosper ?
- Mademoiselle se moque de moi.
- Retirez ma bottine et frottez-moi la jambe.

Tout en disant ceci, de mon pied nu, je pressai légèrement l’endroit où se trouvait la protubérance.
- Plus haut, Prosper, encore plus haut, lui dis-je, pendant que sa main devenue plus hardie avançait petit à petit vers la grotte mystérieuse.

Je frottai doucement son vit à travers son pantalon avec mon pied ; le jeune garçon, ému, troublé, les yeux égarés de plaisir, toucha enfin le centre des plaisirs ; je lui jetai mes bras autour du cou et lui dis :
- M’aimez-vous, Prosper ?
- Plus que ma vie.

Nos lèvres se joignirent, je retombai sur mon lit, l’attirant sur moi, et je pense que c’est la nature qui lui enseigna le reste.

Quel plaisir divin de posséder les premiers embrassements d’un jeune garçon, comme il est doux de guider sa main inexpérimentée, de recevoir cette liqueur dont l’émission le transporte dans les régions de l’extase, de le garder sur sa poitrine après le sacrifice, de sentir qu’on ne fait qu’un corps, qu’une âme avec lui !

Ah ! pieuses dames qui passez vos jeunes années à chanter des cantiques en l’honneur du Seigneur, je n’envie pas vos destinées, je n’envie pas vos joies divines et votre espérance d’un monde meilleur, où vous serez les épouses célestes d’un céleste époux ; je me sens indigne d’un amour si divin, je cherche mon bonheur parmi les mortels et vivre et jouir avant de mourir, voilà toute ma philosophie, je laisse le reste pour l’autre vie.
- M’aimerez-vous toujours, Prosper ?
- Jusqu’à la fin de ma vie, mademoiselle.
- Faites attention, Prosper, de m’être fidèle et de ne pas courir après les filles ; maintenant, il faut vous en aller, car il serait dangereux de rester plus longtemps, mais venez ce soir vers minuit, j’huilerai les gonds de la porte, vous la pousserez doucement et n’oubliez pas de la fermer au verrou quand vous serez entré. Donnez-moi un baiser avant de partir, mon bien-aimé, allez maintenant.

Le soir, au dîner, Prosper fut encore plus maladroit que d’habitude, donnant du sel pour du pain, un couteau pour une assiette, de l’eau pour du vin ; ma mère le réprimanda, le pauvre garçon rougit et était près de pleurer, quand il rencontra mon regard qui lui donna un peu de courage, mais je fus vraiment contente quand le dîner fut fini.

Le soir, nous recevions ; Prosper entra bien une cinquantaine de fois dans le salon sans savoir pourquoi. Sir Edward était constamment à mes côtés, et moi-même je m’étais tellement habituée à lui, qu’à l’heure habituelle de son arrivée je me tournais vers la porte à chaque instant. Ce soir-là, Sir Edward fut particulièrement attentif auprès de moi, et Prosper l’envoyait à tous les diables. Quant à moi, j’étais sur des charbons ardents, craignant que cet observateur perçant ne s’aperçût de la singularité de la conduite de Prosper et n’en tirât des conclusions ; aussi je mis une ardeur et une attention à sa conversation qui l’occupèrent entièrement.

L’heure du départ était enfin arrivée et je voyais la figure de Prosper s’illuminer à mesure que nos invités se retiraient ; Sir Edward fut le dernier à se retirer, causant encore jusque sur le pas de la porte, et je crus que Prosper, dans son désir de le voir partir, allait l’aider en le poussant un peu.

Avez-vous jamais, aimable lectrice, attendu un jeune et ardent amoureux dans votre lit ? Avez-vous jamais palpité à chaque pas qui s’approchait de votre porte ? Avez-vous jamais été dans cet état languissant et amoureux, produit par des désirs brûlants et passionnés ? Avez-vous senti, entre vos cuisses, une brûlure cuisante adoucie par les délices voluptueux ? Si vous n’avez pas senti tout cela, vous ne me comprendrez pas.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

La nuit suivante, j’allai voir Thompson dont j’avais besoin pour ma vengeance sur M... Il se plaignait d’avoir été négligé, mais je l’assurai que je le négligerais encore à moins qu’il ne promît d’exécuter fidèlement mes commandements ; il me le jura. Je lui révélai alors que c’était le duc de M... qui m’avait attaquée dans les Champs-Elysées et que je voulais me venger ; Thompson m’offrit de lui donner une bonne leçon de boxe, mais je refusai, lui disant que pour le moment je ne voulais qu’une chose, c’est qu’il lui portât un cartel de ma part.
- De votre part, mademoiselle, quelle folie ! que voulez-vous dire ?
- Oui, de ma part, je veux me battre avec lui et le tuer, si possible.
- Grand Dieu ! mais c’est de la démence !
- Ce sera comme cela, Tompson, ou vous ne me toucherez plus de votre vie.
- Mais, supposez qu’il vous tue, que deviendrai-je ? Je ne me le pardonnerais jamais.
- Quelle bêtise ! Tenez, Thompson, prenez ces deux mille francs et, demain matin, vous vous procurerez un habillement complet pour un jeune gentleman et une paire de pistolets avec de la poudre et des balles. Puis vous irez porter ce billet au duc ; voilà ce que je lui écris : « M. C... ayant appris que le duc de M... a lâchement attaqué la sœur de M. C..., il espère que ce gentleman ne lui refusera pas la satisfaction qu’il réclame pour une insulte aussi grossière. Le duc de M... étant inférieur à M. C... au maniement du pistolet, est prié d’apporter ses pistolets demain au point du jour, à l’entrée du parc de Neuilly dans le bois de Boulogne. »
- Et vous avez réellement l’intention, ma chère Éveline, de vous battre avec lui ?
- Mais certainement, j’y suis tout à fait décidée. Ne vous occupez pas des détails, ayez seulement les chevaux prêts un peu avant le jour, je viendrai ici vous prendre.
- Quel sera mon rôle dans cette occasion ? Je ne me suis jamais battu avec des pistolets.
- Savez-vous charger un pistolet ?
- Je sais charger un fusil.
- C’est la même chose. Vous conviendrez avec l’autre témoin des conditions du duel, souvenez-vous que la distance ne doit pas être plus de douze pas, et que nous devons faire feu ensemble.

J’eus beaucoup de peine à décider Thompson, qui me fît objections sur objections, craignant les suites d’une pareille escapade, mais j’étais si résolue, si déterminée, le menaçant de ne jamais lui reparler s’il ne m’obéissait pas et lui promettant de si douces caresses s’il cédait à mes désirs, qu’il finit par consentir, à condition que je passerais la nuit avec lui. Ce fut une nuit délicieuse, je me fis provocante, agaçante, tendre, amoureuse, et laissai mon amoureux ravi, enchanté de sa belle maîtresse. Avant de le quitter, je lui fis encore promettre d’exécuter mes ordres et de m’apporter la réponse du duc dans l’après-midi.

Ce jour-là, je passai l’après-midi avec mon père aux bains, le soir j’allai au bal, et, de midi à trois heures, je reçus Prosper dans ma chambre.

À cinq heures, j’étais aux écuries où je trouvai Thompson l’air abattu et découragé ; la veille, il avait trouvé le moyen de me faire passer l’acceptation du duc.

J’eus encore à soutenir une lutte avec ce pauvre garçon qui craignait pour moi les conséquences d’une si grosse folie, mais je ne l’écoutai pas, je me sentais un courage surhumain. Je consentis à lui donner une preuve de mon amour avant de partir, et je lui promis d’aller le retrouver le soir s’il ne m’arrivait rien de fâcheux.

Nous montâmes alors à cheval et partîmes pour le lieu du rendez-vous ; arrivés les premiers, nous n’eûmes pourtant pas longtemps à attendre, car le duc apparut bientôt. Après avoir attaché nos chevaux, nous nous mîmes à la recherche d’un endroit propice à notre dessein.

Plusieurs contestations eurent lieu de la part du duc, qui prétexta ma grande jeunesse pour demander une plus grande distance, mais je lui fis honte d’être moins courageux qu’un enfant, et les conditions du duel furent établies comme je le désirais.

Ce ne fut pas long, au commandement de feu, j’ajustai le duc d’une main ferme et d’un œil intrépide, et je pressai la gâchette. Je sentis une légère secousse sur mon chapeau, pendant que la balle de mon pistolet allait blesser le duc à l’épaule. Rassurés sur le peu de gravité de sa blessure, nous reprîmes nos chevaux et rentrâmes au galop à l’hôtel où personne n’était encore éveillé. Je donnai un baiser à Thompson, l’avertis que j’irais le rejoindre la nuit prochaine, puis je me rendis dans ma chambre, où je me couchai et m’endormis sans être vue d’aucun domestique.

À onze heures, comme nous nous promenions à cheval, mon père et moi, dans les Champs-Elysées, nous fûmes rejoints par Lord S....
- Je vous félicite, Sir John, dit-il à mon père.
- De quoi donc, Monsieur ?
- Mais du courage de votre fils.
- De mon fils, mais en vérité, j’espère que le garçon fera honneur à mon nom.
- Je me suis laissé dire qu’il avait blessé le duc de M... ce matin en duel.
- Mais c’est impossible, mon fils est à Eton.
- Pas du tout, il est à Paris.
- Est-ce que votre frère est à Paris, Éveline ?
- Pas que je sache, mon père.
- Vous voyez, on vous a mal informé ; qui vous a dit cela ?
- Le duc de Guiche et tenez, justement, le voici.

Le duc s’approcha et confirma la nouvelle, disant la tenir du duc lui-même, et avoir vu le cartel écrit par mon frère, l’avoir même sur lui. Mon père désira le voir ; après l’avoir lu, il remercia ces messieurs, disant qu’en effet son fils devait être à Paris incognito, et retourna immédiatement à l’hôtel. À peine fûmes-nous revenus que mon père me fit appeler.

Il avait reconnu mon écriture et ne pouvait revenir de mon audace et de mon courage ; tour à tour, il m’accablait de compliments, fier d’être le père d’une enfant aussi hardie, puis me faisait des reproches sur ma témérité, et enfin remerciant le Ciel d’avoir épargné mes jours et à lui la plus cruelle peine qu’il pût ressentir.

Tous les baisers, toutes les caresses qu’il me donnait irritèrent nos désirs, bientôt nous n’eûmes qu’une pensée, mais nous n’osions pas nous y livrer, car ma mère pouvait entrer d’un moment à l’autre ; j’eus l’idée de lui dire de venir me retrouver au water-closet. J’appuyai une de mes jambes sur le siège, pendant qu’il me le mettait par-derrière, nous eûmes un moment de délices inexprimables.

Dans l’après-midi, je repassai à la boutique de mon cordonnier, comme je le lui avais promis, pour voir sa fille qui était jolie comme un amour, je lui fis comprendre que je l’attendrais le soir, rue du Mont-Blanc.

En effet, le soir, à peine entrée, je me trouvai saisie dans les bras de mon cordonnier, qui, sans me laisser le temps de me retourner, me porta sur le sofa et enleva mes habits ; il s’agenouilla devant moi et me fit minette, pendant ce temps je caressais son vit ; il se leva enfin après m’avoir procuré une douce jouissance, et enfonça son dard, je croisai mes jambes sur ses reins, de mes mains restées libres, je maniais ses couilles pendant que ma langue cherchait la sienne à travers ses dents ; le dernier spasme nous secoua en même temps d’une immense volupté. Nous soupâmes comme la première fois, puis, après m’avoir encore une fois prouvé son amour, il me quitta, disant qu’il était obligé de s’en aller, car sa femme était très jalouse. Je le laissai aller, car je ne voulais pas brouiller son ménage, mais mes désirs n’étaient pas satisfaits, je bouillais de luxure ; aussi, à peine rentrée, je me déshabillai et courus aux écuries ; mais une voix m’arrêta, c’était celle de Sophie.

Il me trompait encore, ah ! le traître ! je jurai de ne jamais lui pardonner, et me dirigeai vers la chambre de Prosper ; avant d’entrer, j’écoutai à la porte et j’entendis la voix de ma mère.

Quoi ! celui-là aussi. Je me décidai à aller chez John, le valet ; j’ouvris la porte bien doucement, mais à la lueur de la lune, je vis la cuisinière française dans ses bras. Ciel ! mais cette maison est maudite, c’est le temple de Vénus ! Irai-je retrouver Robert ? mais j’éloignai de moi cette pensée qui pouvait être si fatale au pauvre garçon à peine remis de sa blessure. Mais que faire, mon sang irrité brûlait, mes entrailles pantelaient de désirs, je m’habillai de nouveau et je sortis, je me dirigeai vers la rue Royale, j’entrai dans un cabaret encore ouvert, où une demi-douzaine de cochers buvaient.

Je leur offris une bouteille de vin et fus bientôt au mieux avec eux. Lorsqu’ils furent un peu familiers, je leur offris une douzaine de bouteilles s’ils voulaient monter avec moi dans un cabinet particulier ; la nouveauté du fait les étonna, mais ils acceptèrent et se disputèrent à savoir qui passerait le premier ; je leur proposai de tirer au sort, ce à quoi ils consentirent.

Je m’assis sur le sofa, et les faisant mettre autour de moi en rond, j’examinai tous leurs membres, afin de m’assurer qu’ils n’avaient aucune maladie ; rassurée, je les subis tous les uns après les autres, ce fut une des plus délicieuses nuits que j’ai jamais passées ; à trois heures du matin seulement je rentrai à l’hôtel.

En descendant déjeuner, je rencontrai Prosper ; j’avais l’habitude de l’embrasser quand je le rencontrais seul, mais ce jour-là, je passai devant lui sans le regarder, et je n’eus pas l’air de le voir de toute la journée, mais je remarquai que maman lui parlait plus doucement que d’habitude. Le soir, Sir Edward vint faire une visite, le hasard voulut que nous fussions seuls, il prit ma main que je tentais de retirer, mais il la retint d’une manière expressive ; la sensation était agréable, mais je n’eus pas le choc électrique que mes amoureux me donnaient.

Je vis bien qu’il voulait me parler de son amour que j’avais deviné, et en effet, il me demanda si j’avais pour lui assez d’affection et d’estime pour l’épouser, mais, avant de répondre, je voulus lui poser quelques questions, lui demandant de répondre en toute sincérité.
- Eh bien, sir Edward, maintenant que vous connaissez mes qualités et mes défauts, si je consens à devenir votre femme, serez-vous indulgent pour moi ?
- Autant qu’il me sera possible, ma bien-aimée.
- Si la violence de mes passions m’entraînait hors du droit chemin, me pardonneriez-vous ?
- Oui, à condition que les sens seuls soient coupables, et non le cœur.
- Mais par cette indulgence, sir Edward, vous risqueriez d’être le père d’un intrus.
- Non, car je demanderai à mon Éveline une stricte fidélité jusqu’à ce qu’elle soit enceinte.
- Et vous croyez réellement, sir Edward, être un mari aussi bon et aussi indulgent ?
- J’en suis sûr, Miss Éveline.
- Eh bien ! sir Edward, je consens à être votre femme, dans la joie comme dans la douleur je vous aimerai et vous chérirai.
- Cher ange ! Voulez-vous me permettre de sceller nos serments sur vos lèvres roses ?

Pour toute réponse, je lui tendis mes lèvres.

Je fixai d’abord un délai de six mois à notre mariage, mais Sir Edward ne voulut aucunement entendre parler de cela, et, de concession en concession, je consentis à me marier dans trois jours.
- Tout de suite, lui dis-je en riant, même avec mes rubans roses (c’était la couleur que j’avais donnée à Prosper).
- Telle que vous êtes, fut la réponse.

Nous nous embrassâmes de nouveau et nous nous séparâmes.

Le soir, Prosper entra dans ma chambre, mais je le reçus fort mal.
- Qui vous a permis d’entrer, Prosper ?
- J’avais cru, mademoiselle, d’après la couleur de vos rubans...
- Mes rubans, quelle effronterie, vous n’êtes pas digne de mes bontés.
- Mais qu’ai-je fait ?
- Qui donc était avec vous cette nuit ?
- Ah ! mademoiselle, je vous assure que ce n’est pas ma faute, elle m’a forcé.

Il sortit, mais je l’entendis tomber sur le tapis, sangloter et gémir. La pitié me prit en pensant qu’il pouvait prendre mal ; je me levai et allai le trouver, et, après lui avoir fait promettre de m’être fidèle, je consentis à ce qu’il vint coucher avec moi.

Cinq embrassements délicieux me convainquirent du repentir du pauvre Prosper. J’obtins de lui qu’il me procurât encore une petite vessie d’agneau pleine de sang, dont j’allais avoir besoin pour ma première rencontre avec Sir Edward.

Deux jours après, j’épousai Sir Edward et nous partîmes immédiatement pour l’Angleterre par Rouen et Dieppe.

Voir en ligne : Chapitre VII : Un amour exquis et incestueux

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS d’après le roman érotique anonyme, Éveline. Aventures et Intrigues d’une jeune Miss du grand monde, traduit de l’anglais Evelina, Chez tous les Marchands de Nouveautés, Paris, 1907.



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