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Le rêve d’un flagellant

Bis Repetita…

Roman érotique (Chapitre IV)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).


IV
BIS REPETITA…

Marguerite sournoise proposa à Simone :
- On retourne au château ?

L’autre froncillait son petit nez, une rougeur légère montait à ses joues, et elle haussait les épaules.

Non, assurément, elle ne se hasarderait plus en cet antre inhospitalier d’un philosophe mysogine. Elle savait ce que sa première audace lui avait coûté et se disait qu’un gentleman galant ne se conduit pas avec les visiteuses, comme ce cénobite de propriétaire.

Cette belle énergie dura exactement deux jours ; quarante-huit heures pendant lesquelles, pas une seconde, elle ne cessa de penser à ce jeune homme blond, au front pâle, aux yeux d’un bleu d’acier.

Quand elle se souvenait de la correction qui avait suivi, elle avait un frisson rapide qui la tordait, ses paupières se fermaient à demi et un sourire hypocrite glissait sous les cils bruns.

Puis une après-midi, comme elles finissaient de déjeuner sous la tonnelle fleurie, parmi les parfums enfiévrés de la nature ardente, Sime eut un beau geste de courage :
- On va entrer encore une fois dans le parc, susurra-t-elle sournoise, je n’ai rien vu l’autre fois.

Rite approuva, parce qu’elle approuvait toujours, surtout depuis la vigoureuse fustigation reçue sous le vieux chêne ombreux.

Et ce jour là, elles prirent le café beaucoup plus vite que d’ordinaire. Une fébrilité incompréhensible les tenaillait, elles avaient hâte d’être parties, comme si elles eussent espéré quelque chose d’imprévu et de suprêmement heureux.

Sur la route, elles ne se prirent même pas par le bras, marchant côte-à-côte, d’une allure rapide, cahotée. Et lorsqu’elles furent près de la haie, en face de l’ouverture agrandie en l’occasion précédente, elles eurent comme un soupir de soulagement.

Sime, la plus vive, passa la première ; Rite la suivit, plus nonchalamment, n’ayant pas accoutumé de mettre beaucoup de précipitation dans ses mouvements. Et quand elle eut franchi le passage, elle vit l’amie déjà loin en avant.

Essoufflée, elle s’élança a sa poursuite et la rattrapa. Près d’elle, malgré son propre émoi, elle fut frappée par l’aspect anormal de la compagne. Celle-ci était haletante, les yeux brillants, les lèvres humides.

Elle la poussa du coude :
- Dis… t’es drôle… c’ que t’as ?

Simone hocha la tête :
- Ça c’est mes oignons ! Si on te le demande, tu diras que ça ne regarde que la fille de mon père.

Insister après cela aurait été aussi messéant qu’inutile ; Rite le comprit et se tut, mais néanmoins resta particulièrement intriguée.

Quand elles atteignirent le vieux chêne, Sime autoritaire commanda :
- Attends-moi là ; quand je reviendrai, tu feras jouer la Marseillaise par la fanfare.

Et elle s’éloigna, l’oeil fier, la croupe roulante. En trois bonds de cabri, elle fut devant le château et, un sourire audacieux sur les lèvres, s’approcha de la fenêtre de la bibliothèque. Tranquille et sûre d’elle-même, elle appuya le bout de son nez sur le carreau, ce qui, comme dit Dickens, forma une large tache blanche du plus pittoresque effet.

Et, dans la pièce, elle aperçut le jeune homme, son fouetteur sévère et incivil. Il lisait, assis devant la lourde table.

L’hésitation, chez Sime, même pour exécuter une bêtise, ne durait jamais plus de trois secondes ; cette fois, elle fut plus brève encore. D’une main décidée, elle poussa le battant entrouvert, enjamba la balustrade et pénétra dans la chambre. De sa voix flutée, elle s’annonça :
- Jour, M’ sieu !

Il leva la tête et la vit. De l’étonnement se peignit sur son visage, bientôt suivi d’une mauvaise humeur évidente.
- Ça va bien ? poursuivit l’intraitable enfant, les mains au dos, la mine ingénue.
- Vous êtes revenue ? fit-il interloqué.
- Comme vous voyez… Dites donc, c’est chic chez vous.

Il ferma son livre et le repoussa. Après un court instant de réflexion, il se leva :
- Mademoiselle, vous n’ignorez pas que j’ai fermé ma porte à quiconque. Vous venez donc ici dans l’unique but de m’ennuyer, avouez-le.

Elle le toisa, audacieuse, les reins cambrés, ses lèvres sanguines pincées en un sourire malicieux.
- Tout juste, histoire de vous former le caractère.

Il fronça les sourcils :
- Et maintenant, voulez-vous vous retirer ?

Elle se fit candide :
- Mais pourquoi donc ? J’arrive seulement…
- Malgré la leçon de la dernière fois… vous persistez ?

Elle parut étonnée :
- … La leçon ?… Quelle leçon ?… Je ne me rappelle plus.

Pourtant un peu de rose monta à ses joues.

Il n’insista pas, immédiatement résolu.
- Vous vous lasserez la première, maugréa-t-il entre haut et bas.

D’un pas lassé, il s’en fut vers la fenêtre qu’il ferma. Ensuite il revint vers la table dont il ouvrit le tiroir, pour en extraire un paquet de cordes d’une teinte bleue foncée.

Sime commença à trembler ; ces préparatifs insolites la troublaient, malgré son audace. Dans sa poitrine, son coeur sursautait, sa respiration devenait saccadée.

Jean, paisiblement, marcha vers elle et la saisit par un bras.

Elle fit mine de se débattre, de se reculer. Il la fixa et elle ne bougea plus, pantelante et vaincue.

Ses doigts hésitants atteignirent le haut de la robe, dont ils tirèrent les pressions une à une, avec une lenteur maladroite. Simone tremblait, elle n’osait se figurer ce qui l’attendait.

Soudain la jupe coula jusqu’au soi, le long des hanches rondes et des mollets nerveux. Le jupon fut encore plus rapidement dégrafé et chût à terre à son tour.

Les yeux hagards, le pouls fiévreux, le visage écarlate, la pauvrette esquissa un pas en arrière.

Calme, il la serra au bras et la ramena à sa place pour, des deux mains, déboutonner la blouse de linon.

Et les épaules charnues et roses surgirent, un peu de la gorge ferme se dégagea au-dessus du cache-corset blanc, passé de rubans rouges. Ce pauvre cache-corset lui-même s’en alla à terre auprès du corsage et Simone, honteuse, paralysée par la peur, se vit en chemise et pantalon, au milieu de cette grande pièce silencieuse et sévère.
- Que… voulez… vous ? gémit-elle, apeurée.

Il ne répondit point et poursuivit sa besogne, déboutonnant la culotte, lâchant le cordon de la petite chemise transparente.

Le dernier vêtement, avec un frou-frou léger, glissa le long du corps souple et parfumé.

Et Sime, le visage écarlate, les paupières baissées, tout l’être secoué de frissons, fut nue en présence de l’inconnu qui la considérait placidement. Elle n’osait lever les yeux de crainte de rencontrer son regard. Pourtant, elle se sentait incapable d’aucune défense ; elle d’ordinaire si énergique, se voyait vaincue, toute volonté annihilée devant l’homme qui la dominait.

Il la poussa vers la table, et d’une démarche hésitante elle avança, trébuchant à chaque pas, comme si un obstacle subit fut venu heurter ses pieds finement chaussés.
- Couchez-vous là, fit-il, de cette voix monocorde qui agissait d’une façon si particulière sur les nerfs de la jeune fille.

Pour la première fois, elle osa le fixer et le vit impassible, le front creusé d’une ride mauvaise. Sa peur s’accrut, elle eut envie de fuir, au hasard, devant elle, en dépit de la légèreté de sa tenue. Il parut deviner ses pensées et murmura, ironique :
- Vous pouvez vous sauver… seulement vous êtes nue… pensez-y…

Elle baissa la tête, un sanglot montait à ses lèvres. Mais ce chagrin n’était causé maintenant ni par la honte, ni par la crainte. C’était la tranquillité de l’homme, son mépris pour sa chair tentatrice et jeune qui la bouleversait. Cela mettait en son cour une peine aiguë, toute nouvelle.

Il répéta froidement :
- Couchez-vous.

Et la saisissant aux aisselles, il la hissa sur la table, où il l’obligea à s’allonger.

Sans force, les membres amollis soudain, elle obéit, se pliant à ses désirs, sans une plainte.

La table, contre son corps, lui fit froid ; elle tressaillit et se redressa à demi ; mais d’une secousse, il là rejeta en avant.

Sous elle il passa un coussin de soie, afin de relever la croupe, tout en creusant la taille.

Une minute, il contempla son oeuvre, comme s’il eut réfléchi à quelque détail manquant. Puis il prit les cordes, qu’il dénoua lentement.

Pendant tout ce temps, Simone frémissait, se demandant avec angoisse quel tourment nouveau allait lui échoir ce jour-là. Elle aurait voulu détester son bourreau ; elle ne le pouvait pas, un lien mystérieux déjà l’enchaînait à lui, en faisant sa chose, fragile et veule.

Il la força à étendre les bras et les ligota à deux coins de la table ; ensuite il passa une cordelette en travers du dos, afin de le maintenir immobile. Cela formait un trait foncé sur l’épiderme rosé, comme une coupure énorme, creusée a même la chair. Les chevilles subirent le même sort que les poignets et la pauvrette se trouva entièrement immobilisée, le menton sur le chêne poli, la croupe haute largement offerte.

Cette mignonne croupe se crispait déjà de peur, elle ne formait plus qu’une unique mappemonde blanche et charnue, piquée à gauche d’un grain de beauté noir et narquois.

À côté d’une bibliothèque, il y avait un mince jonc, uni et souple. Jean s’en empara et revint vers sa victime en le faisant siffler dans l’air.

De nouveau Simone frémit, elle savait maintenant ce qui la menaçait et malgré tout, elle avait peur de la douleur inconnue.

La badine se leva et retomba avec un bruit bref, s’enfonçant dans les chairs qui se creusèrent profondément. Puis elles se remplirent, reprenant leur forme première, mais alors se barrèrent d’un trait violacé, qui lentement pâlit, pour enfin rester d’un rouge vif.

Le stick tournoya encore dans la main robuste de l’homme. Il s’arrondit, se raidit et tomba en travers de la croupe.

La première fois la pauvrette avait été secouée d’un frisson, à la reprise elle se tordit dans ses liens, avec un gémissement angoissé. En la frappant le bâton ne lui causait qu’une douleur vague, c’était seulement quelques secondes plus tard que la brûlure se précisait, devenant aiguë, pénétrant l’être d’une chaleur mauvaise.

Quelques coups suivirent, brefs, rapides, appliqués côte à côte, sur les joues tuméfiées qui tremblaient.

Simone haletait, jamais pareille souffrance ne l’avait mordue, c’était un feu violent, qui lui courait par tout le corps, s’infiltrant au plus intime d’elle-même. Puis les sensations changeaient brusquement, se développaient avec une acuité incompréhensible, exacerbant les nerfs qui se révoltaient.

Pourtant, elle ne parvenait à haïr le bourreau qui la maltraitait ainsi, elle ne savait pourquoi, mais sa conduite lui semblait presque naturelle. Par la correction du début, il s’était acquis le droit de la martyriser, de la ployer sous sa force virile.

Pas un mot de colère ne s’échappait de ses lèvres, ce n’étaient que plaintes sourdes, supplications enfantines.

Néanmoins, elle se tordait sous la bastonnade qui se poursuivait régulière et cruelle. Sa chair tuméfiée, paraissait devoir éclater sous la baguette maudite. Et celle-ci avec une aveugle fureur, s’appliquait avec ordre, marbrant les joues charnues de stries larges et placées côte à côte. Les balafres montaient de la base jusqu’aux reins, toutes exactement parallèles, au point que la malheureuse savait lorsque le stick sifflait, où il la frapperait cette fois.

Pour se débattre, elle creusait la taille, la haussait, la tournait de droite et de gauche, écartant où refermant ses cuisses tour à tour. Tout était en vain, la brûlure continuait à se manifester, féroce, tenace.

La flagellation résonnait dans la pièce, sur un mode assourdi, et c’était là à peu près le seul bruit qui troublait le silence angoissant.

Ce silence lui-même était une torture pour la pauvrette, elle aurait aimé entendre la voix de l’homme qui la torturait, dut-il lui crier des injures. Mais lui ne disait rien, taciturne et farouche, il frappait sans répit comme sans hâte, sachant sa victime entièrement en son pouvoir.

Toutefois, son énergie était à bout, des sensations diverses la bouleversaient, une piqûre interne lui faisait perdre la tête. Et soudain, comme un voile passa devant ses yeux, son cerveau se vida, elle eut l’impression d’être sur le point de perdre connaissance. Alors, elle implora, sérieusement, sincèrement :
- Plus ! Plus… Je m’évanouis.

Il comprit et cessa. Un sourire passa sur ses lèvres tandis qu’il replaçait le jonc à sa place habituelle.

Il revint vers la jeune fille et contempla une minute cette croupe turgide, si atrocement meurtrie. De la paume, il la caressa, la palpa, comme pour juger de son état de chaleur.

À ce contact Simone frissonnait, elle attendait haletante, quelque chose de nouveau, d’indéterminé encore dans son esprit. Elle tourna la tête et vit l’homme. À travers ses larmes, elle lui sourit doucement.

Il se recula, comme épouvanté, une lueur de folie dans les yeux. Son front se plissa profondément, sa bouche se fit amère et il marcha vers sa victime pour la détacher.

Les liens un à un glissèrent et Simone se retrouva libre. Pourtant elle ne bougea, vautrée, anéantie sur cette immense table, dont le bois était chaud de la tiédeur de son corps.

Un alanguissement morbide l’envahissait, la laissant veule, engourdie. Pourtant la souffrance persistait, mais plus sourde, plus intime, se répandant également par tout l’être.

D’un ton sec, il ordonna :
- Levez-vous.

Elle eut peur et d’un bond fut debout, tremblante, esclave obéissante et amoureuse. Il n’y avait plus de honte en elle maintenant et son regard implorateur s’accrochait à l’homme qui l’avait vaincue.

Il se détourna :
- Habillez-vous, dit-il, et partez.

En soupirant, elle s’empara de la fine chemise de linon et la fit couler doucement sur ses épaules, les bras en l’air, la taille cambrée, sa pauvre croupe meurtrie, orgueilleusement pointée. Ensuite se fut le tour du pantalon, puis du cache-corset. Mais tout cela venait avec une extrême lenteur, l’un après l’autre, comme à regret.

Sournoise, la jeune fille clignait un oeil curieux dans la direction de l’homme.

Il ne la regardait même pas et fouillait dans une bibliothèque à la recherche d’un livre. Un nouveau soupir gonfla sa poitrine et elle termina sa toilette. Timide, elle avertit :
- Je suis prête !

Il se retourna et montrant la fenêtre du doigt :
- Allez-vous-en, commanda-t-il, le verbe paisible.

Et elle partit tristement, le front bas, la gorge étreinte par un sanglot. Dehors, elle franchit le terre-plein en courant, mais une fois sous la futaie, elle s’écroula au pied d’un arbre, sur lia mousse épaisse.

Le visage enfoncé dans ses menottes crispées, elle pleura, longuement, amèrement, par petites quintes brèves. Tout son pauvre corps était secoué, et on percevait les râles plaintifs qui fluaient de ses lèvres.

Elle ne ressentait plus rien de la souffrance de sa croupe flagellée, il n’y avait plus qu’une immense désespérance en son coeur juvénile et naïf.

Longtemps elle resta là, morne et désemparée, ne pensant plus à rien, se désintéressant de l’heure qui avançait. Un souci unique la hantait : la froideur de l’homme qui l’avait méprisée. Pour cela elle aurait voulu le haïr, le maudire et pourtant c’était impossible. En elle un autre sentiment se faisait jour, qui pour la première fois de sa vie la terrassait, la laissant horriblement malheureuse. Et ce sentiment, elle se refusait à se l’avouer à elle-même, avec un naïf orgueil, se révoltant contre son coeur aimant, qui soudain s’échappait de la maîtrise de sa volonté.

Elle entendit un bruit léger auprès d’elle et un baiser très doux caressa sa joue. Pleine d’espérance, elle se redressa. Elle ne vit que Marguerite qui se penchait sur elle.

Une fureur la souleva contre l’innocente qui cherchait à la consoler, elle lui en voulait d’être là, tandis que c’était un autre qu’elle espérait. Alors elle se leva d’un bond, les poings crispés. De sa menotte nerveuse, elle saisit la compagne au bras et d’une secousse brutale, la jeta sur le sol.

Voir en ligne : Le rêve d’un flagellant : La demoiselle qui s’amuse toute seule (Chapitre V)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).



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