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Les Délices du fouet

Caresses brutales et flagellation

Essai sur la flagellation et le masochisme (I)



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Lord Dryalys (Jean de Villiot), Les Délices du fouet, précédé d’un Essai sur la flagellation et le masochisme, Éd. Charles Carrington, série « Phase de psychologie contemporaine », Paris, 1907.


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Courte dissertation sur le plaisir : on le prend où on le trouve. — Amour de la honte et des coups. — Relations étroites entre la honte et la volupté. — Caresses douces et caresses brutales. — Idée de la flagellation.

Il est un vieil adage qui, en amour plus qu’en tout autre chose, devrait faire loi.

Tout le monde le connaît, on le cite vingt fois par jour et malgré cela on n’en tient aucun compte. Nul mieux que lui pourtant ne mérita de faire partie de cette Sagesse des Nations qu’on nous représente comme le plus merveilleux monument qu’ait élevé le jugement des hommes, et nul plus que lui n’est, dans la pratique, foulé aux pieds.

Cet adage est le suivant : « Des goûts et des couleurs, il ne faut jamais discuter. »

J’ai dit qu’en amour plus qu’en tout autre chose, les hommes devraient suivre le sage conseil qu’il renferme. En effet, l’amour est peut-être, de tous les sentiments qu’éprouve le moi, celui qui est le plus complexe dans son essence et le plus varié dans ses manifestations. II n’est pas un homme qui aime de la même façon exactement que son voisin et cela pour des causes multiples : tempérament physique, compréhension de l’idéal, moralité, etc., etc., toutes choses si particulièrement dissemblables chez les individus de notre espèce.

Pour nous en tenir à des généralités, prenons un homme quelconque. Il aura fait son idéal d’une femme douce de coeur et de visage, au maintien chaste, au parler timide, aux grands yeux bleus de gazelle effarouchée. Avec celle-là seule il vibrera, qui se rapprochera le plus de l’image tracée par son imagination ; les autres types de femme le laisseront froid. Près de lui, un de ses congénères s’est créé un idéal d’un tout autre genre. Il voit celle qu’il aimera grande, forte, énergique de voix et de visage, il admire ses gestes prompts, le feu de son regard, la lourde torsade de sa chevelure brune…

Faut-il donc, parce que les sens de ces deux hommes ne vibrent pas de la même façon, que chacun d’eux taxe l’autre d’aberration mentale ou même de folie ? C’est pourtant ce qui se passe journellement. On voit partout des gens qui traitent certains de leurs contemporains de « dégénérés » parce qu’ils ne comprennent pas le plaisir de la manière qu’eux-mêmes trouvent normale, qu’ils ne subissent pas l’attirance de la femme au moyen des mêmes vibrations.

Je ne vais certes pas jusqu’à excuser certaines passions qui, comme la nécrophilie, par exemple, détonnent par trop et forcent à classer dans la catégorie des malades ceux qui en sont affligés ; mais il ne faudrait pas non plus taxer Guy de Maupassant de folie parce que, de toutes les parties du corps de la femme, il préférait la nuque. Dans ces conditions, Armand Silvestre et bien d’autres seraient des fous sous prétexte qu’ils ont préféré le côté pile au côté face des dames !…

M’est avis que la sage nature, soit dit en passant, a ainsi diversifié les goûts afin que chacun puisse trouver sa chacune sans nuire à son voisin… On m’objectera que mon raisonnement ne tient pas debout parce que, si la nature en avait ainsi voulu, la jalousie n’existerait pas alors que, bien au contraire, on n’entend parler que de vinginces !… À cela je répondrai simplement ceci : que, dans les trois quarts des cas, ce n’est point la passion qui est en jeu, dans une affaire de jalousie, mais bien plutôt l’intérêt et l’orgueil et que le quatrième quart sert d’exception, ce qui confirme la règle.

Tout cela m’entraîne hors du but où je voulais arriver, savoir l’affirmation que les goûts de chacun sont respectables, pourvu toutefois que leurs manifestations extérieures ne gênent pas les voisins. Or, s’il est une passion qui ne gêne personne, sauf peut-être ceux qui s’y livrent, c’est bien l’algophilie passive ou active, c’est-à-dire l’amour de la douleur subie ou infligée.

Le second cas serait peut-être quelque peu dangereux si nous vivions encore aux temps barbares où la loi du plus fort était la seule connue et respectée : mais on ne nous fera jamais croire qu’à notre époque et en Europe occidentale comme en Amérique, l’homme ou la femme à qui, par passion, un de ses semblables inflige une souffrance quelconque, ne la subit pas de son plein gré, tout au moins si elle est coutumière. La liberté individuelle a trop de garanties pour qu’il en soit autrement, et il n’y a plus que dans les mauvais romans imprimés en Hollande ou ailleurs, élucubrations qui ne reposent même pas sur la plus petite vraisemblance, que l’on puisse encore trouver des directrices de pensions torturant leurs jolies élèves pour en jouir et arrachant le sang ; sans aucun prétexte ou sous un prétexte idiot, aux croupes juvéniles qui leur sont confiées.

Le premier cas est plus intéressant dans ce sens qu’il est, sinon le plus commun, tout au moins le plus facile à satisfaire. Pourtant, je me hâte de le dire, il n’est pas le plus naturel, bien qu’il ait avec le second une parenté beaucoup plus étroite qu’on ne le croirait au premier abord. Je les examinerai parallèlement sous le nom de masochisme pour le premier cas, de sadisme pour le second, bien que le mot sadisme soit peut-être un peu gros.

La manifestation principale de ces deux passions est la flagellation.

Il est un sentiment étrange qu’on rencontre chez diverses races d’animaux supérieurs, notamment la race humaine : c’est la honte. Les dictionnaires définissent la honte de la manière suivante : confusion, trouble de l’âme causé par la crainte du déshonneur.

L’homme dont l’honneur est compromis publiquement éprouve cette confusion ; il se cache de ses semblables ou, tout au moins, s’efforce de les fuir le plus qu’il peut. Le chien à qui l’on a coupé les oreilles ou la queue l’éprouve également. Il baisse la tête, rampe, jette autour de lui des regards obliques et craintifs. Celui d’Alcibiade dut connaître ce trouble. La femme que l’on surprend dévêtue, l’enfant que l’on vient de fouetter ressentent de la honte, quoique à un point de vue différent.

La honte peut donc avoir une cause physique ou une cause morale, souvent l’une et l’autre à la fois. Elle se traduit par un embarras significatif, une timidité qui fait baisser les yeux et surtout par une rougeur intense qui couvre le visage et s’étend, dans certains cas, à quelques autres parties du corps. On peut dire que la honte est le résultat d’une humiliation morale ou physique. Or il existe un autre sentiment dont le nom, chez la femme principalement, est presque le synonyme du mot honte : c’est la pudeur. Instinctivement, la femme cache la nudité de ses parties inférieures et médianes. Si, par hasard, cette nudité se trouve dévoilée aux regards d’un homme, les signes extérieurs de la honte apparaissent immédiatement et, nous devons le reconnaître, sont loin de l’enlaidir.

Le geste pudique a été de tout temps admiré par le sexe laid, peut-être à cause de la grâce qu’il ajoute encore à l’ensemble déjà si gracieux de la femme, mais surtout — à mon humble avis du moins — à cause de l’excitant prodigieux qu’il semble contenir. Aussi nombre de sculpteurs et de peintres se sont-ils complus à nous représenter ce geste sous toutes ses formes. De là les Diane surprise par Actéon et quantité d’autres oeuvres qui ne cesseront jamais de flatter l’oeil et, par suite, les sens. Mais, précisément, si les peintures et sculptures, pâles copies de la vérité, agissent ainsi sur nos nerfs, combien le geste pudique ne nous excitera-t-il pas chez un sujet vivant ? Il est donc tout naturel que des « artistes », c’est le mot, des artistes en passion, aient suscité la honte afin de jouir de ses manifestations.

Il y a quantité d’humiliations qui, chez la femme, provoquent la honte, depuis les reproches jusqu’à l’avilissement causé par les châtiments corporels. De tous ces derniers, le fouet, tel qu’on le donne aux enfants, est le plus propre à offenser la pudeur et à froisser l’orgueil individuel. Logiquement, ceux qui aiment à jouir de la confusion d’une femme devaient en arriver à la fouetter ; c’est peut-être là une des genèses de la flagellation passionnelle. Qu’y a-t-il de plus humiliant, en effet, que de se voir dépouillée de ses vêtements sur une partie du corps qui est plus pudique que tout autre et que, pour cette raison sans doute, on a qualifiée de honteuse, et d’y être battue ? À cette humiliation, se joint celle de voir niés sa sagesse de grande personne et le respect qu’on lui doit comme telle, de se voir considérée comme un enfant sans raison avec lequel on emploie les arguments frappants… Je doute qu’il y ait mieux comme humiliation complète, aussi est-ce là le moyen idéal employé la plupart du temps par les amateurs de jouissances raffinées.

Comme ces lignes ne sont qu’une suite d’idées absolument personnelles, que personne n’est obligé d’épouser, je puis exposer d’autre part un raisonnement qui me paraît logique et qui concourt également à l’explication de l’algophilie active.

Il est des caresses brutales. L’antithèse qui existe entre ces deux mots n’est qu’apparente. Tous ceux qui ont, si peu que ce soit, habité la campagne, ont pu constater que le dicton : jeux de mains, jeux de vilains, est toujours exactement vrai. La tendresse des jeunes paysans pour les belles filles des champs se manifeste par des bourrades dans les côtes et de larges tapes sur les croupes rebondies. On se pince, on se tord les mains, et filles et garçons semblent trouver dans ces rudesses un plaisir extrême.

Cette façon de caresser me semble être un vieux reste de la brutalité ancestrale dont nos arrière-grands-pères, les animaux, nous offrent partout un exemple saisissant. Qui n’a vu l’étalon en train de saillir une jument ? C’était un spectacle dont se repaissait fort Voltaire qui l’offrit un jour à un poétique bas-bleu lequel, d’ailleurs, s’empressa de s’évanouir. L’étalon se jette sur la proie qu’on lui offre, mais celle-ci, hennissante, commence à ruer afin de blesser, si possible, son fougueux amant. Puis, lorsque ce dernier est vainqueur et que, de ses lourds sabots, il froisse les côtes de son épouse éphémère, il saisit entre ses dents puissantes la crinière de sa victime et, pendant le spasme, la mord parfois jusqu’au sang.

Les amours des félins sont plus instructives encore. La chatte qui hurle au mâle veut du sang. Il s’engage, entre elle et son chevalier, une sorte de duel dans lequel les coups de griffes acérées ne sont pas épargnés au vainqueur. Nul doute qu’aux temps préhistoriques, alors que l’homme n’était encore que ce Pithécanthropus dont on commence à peine à soupçonner l’existence, les rapports entre mâle et femelle se dussent régler de la même façon. Quel a été le but de la nature en voulant allier ainsi la douleur à la volupté ? Je suppose que ç’a été de rendre cette dernière plus puissante en augmentant l’éloignement des contraires. Toujours est-il que les effets de cette cause se font encore sentir. Comme preuve publique, nous avons cette coutume arabe qui veut que le marié déchire sa femme vierge et expose, au lendemain de sa nuit de noces, un linge blanc taché du sang de l’hymen. La même coutume se retrouve dans certaines îles océaniennes (Sandwich, par exemple), ce qui en prouve l’antique universalité.

De la brutalité dans les caresses au plaisir d’humilier, d’une part, de fouetter, d’autre part, il n’y avait qu’un pas, vite franchi. De ces deux sentiments qui, je le répète, sont naturels chez la plupart des hommes, quoi qu’en disent nos hypocrites officiels, est née la flagellation passionnelle.

Voir en ligne : Psychologie du masochisme et du flagellant sadique (II)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Lord Dryalys (Jean de Villiot), Les Délices du fouet, précédé d’un Essai sur la flagellation et le masochisme, Éd. Charles Carrington, série « Phase de psychologie contemporaine », Paris, 1907.



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