Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Romans érotiques > Le Rêve d’un Flagellant > Comédie intime et joyeuse

Navigation



Le rêve d’un flagellant

Comédie intime et joyeuse

Roman érotique (Chapitre VIII)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).


VIII
COMÉDIE INTIME ET JOYEUSE

Au matin, en face de leur café au lait fumant, les deux amies n’étaient pas aussi courageuses. C’était maintenant Marguerite qui hésitait. Elle se disait que l’homme avec son caractère altier était bien capable de la fouetter également, voire en présence du vieux monsieur qui ne semblait point mépriser ce spectacle délicat.

Elle se figurait la honte qui l’envahirait si elle se voyait dénudée et fessée en présence de ces deux inconnus.

Non, décidément elle préférait se tenir à l’écart et offrit à la compagne une promenade dans les champs, où certainement il leur viendrait une idée plus pratique.

Sime acquiesça, une gêne l’oppressait, elle manquait d’énergie pour s’offrir encore ce jour-là à une correction vigoureuse. Sa croupe brûlait toujours des coups de la veille et des stries bleuâtres subsistaient sur les joues rebondies et fermes.

Elles partirent donc, d’un pied léger, la frimousse au vent, l’esprit momentanément libéré des soucis parce que l’espérance leur restait.

Mais leur imagination vagabondait dans le rêve bleu, elles pensaient aux délires de l’amour, dans les bras de l’homme préféré. Avec une belle franchise, elles parlèrent de ces délices, augmentant ainsi l’énervement qui lentement montait en elles.

Parfois leur regard se troublait d’une buée, un spasme rapide les secouait et une contraction de l’être intime leur arrachait un soupir.

Elles se trouvaient dans un petit bois tout voilé de mystère. Elles auraient pu se croire seules, au milieu d’un vaste univers tout peuplé de grands arbres frissonnants.

Sournoise, Marguerite proposa :
- On va jouer à monsieur Jean et à mademoiselle Sime.

Simone s’esclaffa :
- Oui, mais tu seras Sime, pour une fois.

Rite baissa les paupières et accepta. En vérité, elle ne demandait pas autre chose.

L’amie aussitôt entra dans son rôle et prit une mine sévère.
- Mademoiselle… je vais vous fesser… on n’entre pas chez les gens comme un moineau borgne.
- Voui, mossieu, susurra Rite, s’efforçant de garder son sérieux.
- Je vais vous fesser devant ce vieux monsieur qui a des besicles sur un grand nez.

Et, d’un index vengeur, elle montrait un chardon. Elle choisit une badine souple, mais de bonne grosseur, puis s’approcha de la compagne.

Celle-ci, en présence de ce bâton menaçant, commença à trembler réellement :
- Oh ! non… rien qu’avec la main, Sime.

Simone la toisa :
- Quoi donc… on rouspète ?…

Elles éclatèrent de rire.

Simone reprit son sérieux :
- Assez de manières, mademoiselle, amenez votre postère.

Et, d’une main vigoureuse, elle saisit la jeune fille, la pliant en avant, l’obligeant à s’appuyer à un arbre.

Puis, lentement, elle releva les jupes, découvrit un pantalon d’un joli bleu d’azur, par la fente duquel sortait un petit pan de chemise malicieux.

Ce fut à lui que Simone s’attaqua tout d’abord. Elle le tira d’une traction énergique, régulière. Un peu de chair blanche apparaissait dans le triangle du linge.

Marguerite tremblait, autant de peur que d’émoi, elle s’attendait à quelque chose d’extraordinaire, non encore éprouve.

Sime ne se hâtait point, ayant remonté la chemise, elle écarta minutieusement les côtés de la culotte et peu à peu la croupe surgit, ronde, crispée, une fossette mutine sous chaque joue.

De la paume elle caressa cette chair tentante, comme pour juger du grain de l’épiderme. Et ce frôlement arrachait à l’autre des frissons de crainte. Elle pensait en même temps au bâton solide qui allait la mordre là, durement, cruellement.
- Bouge plus, intima Simone.

Et, relevant la badine, elle en appliqua un coup furieux sur le postère qui recula, s’effaça, brûlé intimement par la violence du heurt.

La pauvrette gémit :
- Ouille, tu me fais mal !

Évidemment. L’amie s’en doutait même, aussi eut-elle un sourire moqueur.

Derechef elle brandit le stick et vivement, tandis que la croupe revenue à sa position première s’offrait bien, la cingla.

Encore, Marguerite frémit, elle se tordit, fléchissant sur les jambes, les genoux restant serrés. Pourtant cette fois elle ne dit rien, suivant la douleur qui lentement entrait en elle.

Une troisième cinglade la redressa à demi, secouée de passion, une souffrance au ventre, un râle dans la gorge. Mais elle ne se plaignit point et se replaça d’elle-même afin de se présenter encore à la meurtrissure qui bientôt la torturerait.

Simone ne riait plus, ses yeux brillaient, un rictus mauvais plissait son joli visage. Elle fixait la chair qui se boursouflait, se barrait de trois traits écarlates.

Puis elle se rapprocha, se mettant tout à côté de la suppliciée, appuyant sa menotte gauche sur les reins, afin de creuser la taille, et ainsi d’obliger la croupe à se présenter mieux.

Marguerite, haletante, attendait ; cette solution de continuité, dans la fustigation, glissait en son être une nervosité troublante, elle aspirait aux coups et en avait peur. Elle se tordit :
- Tape… tape donc ! supplia-t-elle.

Aussitôt le bâton recommença son office, il frappa sans trop de hâte, par intervalles réguliers, mordant à chaque fois la chair, étendant sur la peau jadis blanche, un nuage rouge.

Rite gémissait tout bas, disait sa peine, en phrases hachées et crues, d’une naïveté enfantine. Ce mal qui la pénétrait, elle ne savait plus si elle devait le haïr ou l’aimer, tout se brouillait dans son esprit, il ne subsistait plus qu’un émoi morbide, une sensation bizarre qui lentement l’affolait.

Mais Simone agissait avec science, par degrés, la flagellation s’activait, devenait plus rapide, les coups s’espaçaient moins, claquant dans le silence du bois, avec un son mat et sans interruption.

Les plaintes de la flagellée se faisaient aussi plus sourdes, les mots qui venaient à ses lèvres, plus incompréhensibles. Elle se secouait comme pour chasser le martèlement furieux qui la poursuivait sans répit. Elle sentait une chaleur intense parcourir son corps entier, activant la circulation du sang dans ses artères, faisant sursauter son coeur dans sa poitrine oppressée.

Assurément, elle aurait pu fuir, nul lien ne la retenait, pourtant elle restait là, cambrant sa taille souple, supportant sans fléchir la bastonnade infernale.

La fustigation s’activait encore, le bâton ne se levait plus qu’à peine, cinglant vigoureusement l’extrémité supérieure des cuisses qui se crispaient.

Simone ne sentait point la fatigue ; elle s’acharnait, cherchant à meurtrir efficacement, épiant l’endroit le plus sensible pour le cingler à nouveau plus intensément.

Elle se penchait en avant, le sang aux joues, les yeux brillants d’une folie passagère. Elle surveillait l’amie avec une sournoiserie féline, prévoyant la solution de cette torture habile.

Mais Rite enfin ne put supporter davantage, elle s’écroula à genoux, les mains à terre, la figure dans les paumes. Le pantalon s’était légèrement refermé ; d’une traction vive, Simone l’ouvrit davantage et s’apprêta à continuer la fustigation. Quand par hasard elle leva les yeux.

Un cri lui échappa : là, à trois pas, derrière un buisson, un paysan l’oeil allumé, la face gaillarde les contemplait.

Éperdue, elle s’enfuit, lâchant le bâton, abandonnant l’amie dans cette position désastreuse.

Et celle-ci attendait la suite de la flagellation qu’elle ne jugeait pas terminée.

Elle s’immobilisait, impatiente et nerveuse.

Mais soudain une grosse patte calleuse s’abattit sur la croupe tendue et une gifle claqua, audacieuse et narquoise.

Étonnée, Marguerite tourna la tête et, à son tour, aperçut le paysan qui « rigolait » franchement et s’apprêtait à administrer une seconde gifle sur ce postère rutilant.

Ce fut chez elle plus que de l’effroi, de la terreur ; elle se redressa vivement et, avant que l’autre eût pu prévoir son intention, elle prit sa course à travers bois.

La pensée que l’homme l’avait vue en cette posture ridicule la remplissait de honte ; elle se le figurait déjà répétant l’anecdote par tout le village, y ajoutant des détails grivois sur son anatomie intime.

Machinalement, elle se dirigea vers la route et, quand elle l’atteignit, elle trouva Sime essoufflée, assise au bord du fossé.

Elle tomba auprès d’elle et, s’effondrant sur la poitrine de l’amie, elle éclata en sanglots.

La compagne cherchait bien à la consoler, mais c’était difficile, le fait restait, patent, inéluctable : un étranger avait assisté à cette scène d’une intimité joyeuse.

Et alors, ma foi, elles pleurèrent toutes les deux, n’ayant d’autre moyen d’apaiser l’énervement qui les secouait.

Puis, brusquement, elles repensèrent à l’homme ; elles eurent la conviction absolue qu’il s’était lancé à leur poursuite. Sans nul doute, il allait surgir à son tour, réclamant le prix de son silence.

À cette idée, elles se dressèrent d’un bond et, se prenant par la main, se mirent à courir sur la route large de toute la vitesse de leurs jambes.

Ce ne fut que l’essoufflement incoercible qui les contraignit à modérer cette allure. Néanmoins elles continuèrent à marcher très vite, la main dans la main, n’osant regarder derrière elles de peur d’apercevoir le paysan à leurs trousses.

Et ainsi elles atteignirent l’auberge et, penaudes, se faufilèrent sous une tonnelle où brisées de fatigue elles s’écroulèrent dans des fauteuils.

Mais une fois là, l’une en face de l’autre, elles se regardèrent et comme deux augures éclatèrent de rire.

Après tout, c’était vraiment trop bouffon, cette aventure extraordinaire, cette exhibition fortuite, à un inconnu, d’un postère dénudé et turgescent.

Pourtant Marguerite avait encore des frissons de honte, elle se figurait que si l’homme apparaissait subitement elle ne saurait où se cacher pour lui dérober son émotion.

Simone la prit dans ses bras et l’embrassa aux lèvres en murmurant :
- Ma pauvre Rite !

C’était là mince consolation.
- T’aurais pas pu me prévenir au lieu de te sauver comme une folle, rétorqua la flagellée déconfite.
- Je n’y ai même pas songé. En voyant la bobine rigoleuse de ce type, j’ai eu une frousse épouvantable et j’ai filé sans penser à rien.

Ensemble, elles haussèrent les épaules ; le mal n’avait plus aucun remède, il fallait le cacher du voile de l’oubli et, pour cela, nul mieux que des caresses perfides ne pouvait réussir.

Elles restèrent là, lèvres contre lèvres, émues et pâmées, écoutant les battements affolés de leur pauvre petit coeur aimant.

L’aubergiste les réveilla d’un appel de sa bonne voix sonore et les avertit qu’elle leur servait à déjeuner. Et devant un plat fumant, en face d’un vin grenat à l’arôme parfumé, elles oublièrent le passé et mangèrent gaiement, de leurs quenottes blanches et aiguës.

Et elles jacassèrent, du ton flûté qui leur était habituel, ayant une raillerie pour tout et pour tous. Leur cervelle d’oiselet les empêchait de s’appesantir longtemps sur un ennui ou un tourment, la gaieté toujours reprenait le dessus. C’était en riant franchement que Marguerite se caressait parfois la croupe d’une main dolente, en affirmant :
- C’que j’ai mal tout de même. On dirait que je me suis assise sur un fourneau tellement ça me cuit.

Sime avait un mouvement désinvolte :
- Ça ne fait rien on recommencera.

Rite se fit sournoise :
- Et toi… t’iras au château ?

Le front de la jeune fille se rembrunit, l’émoi lui revint, elle baissa les yeux et murmura :
- Non… j’peux pas… j’ai l’croupion encore tout malade d’hier. Aujourd’hui, sûr, il m’arracherait la peau.
- Il ne te battrait peut-être pas ?
- Voir… il m’a promis une rossée dans son jardin, toute nue, devant le vieux lunettes et son valet de chambre.

L’autre s’esclaffa :
- C’que je rigolerai si j’voyais ça…

En réponse, une gifle traversa la table et vint s’appliquer sur sa joue avec un bruit infernal.

Et si tu vois ça… est-ce que tu rigoleras, grande tourte ?

Rite se frottait le visage de trois doigts timides.
- T’es tout de même une sale bête… on n’peut rien te dire.
- J’veux qu’on m’respecte, j’suis une demoiselle de bonne famille.

Mais Marguerite avait mal, sa joue la brûlait, elle en eut de la colère, c’était logique. Or donc, sous la table, hypocritement, elle déclencha un superbe coup de pied dans les chevilles de l’amie trop violente.

Sime blêmit :
- Si j’me r’tenais pas, tu vois, j’te casserais la bouteille sur le nez…

Par bonheur elle se retint et se contenta de hausser les épaules d’un air supérieur :
- T’es une dinde, j’t’en veux pas.
- On est quitte, pas vrai ?
- Jusqu’à la prochaine fois.

Elles se turent déjà réconciliées, lancées sur une nouvelle plaisanterie et le repas se termina ainsi.

Ensuite elles sortirent, mais elles errèrent au hasard, ne sachant pas où aller, brusquement sans intérêt pour leurs plaisirs ordinaires. Le château seul les attirait, autant l’une que l’autre ; chez Simone, c’était le coeur qui la harcelait ; chez Marguerite, l’imagination.

Et, insensiblement, elles se rapprochèrent et lorsqu’elles furent près de la clôture elles n’hésitèrent plus.

La brune, toujours plus audacieuse, fut la première à se glisser par la brèche ; la blonde la suivit docilement.

Tout d’abord, elles n’osèrent se rapprocher de l’habitation, mais elles ne purent longtemps maîtriser leur curiosité et, furtives, elles se glissèrent de ce côté.

Elles l’atteignaient presque lorsque le bruit de bois mort écrasé leur fit tourner la tête et Simone reconnut, en un promeneur solitaire, le vieillard à besicles qui avait si volontiers assisté à la correction. À ce souvenir un peu de rose monta à ses joues, mais elle se remit vite, reprenant son aplomb habituel. Le vieillard, lui aussi, avait levé la tête et en apercevant la jeune fille il avait souri.
- Que faites-vous par ici, petites ? interrogea-t-il doucement. Vous savez pourtant ce qui vous y attend.

Simone n’hésita pas longtemps ; elle devina un allié en ce brave à l’apparence débonnaire.

Câline, elle se glissa contre lui et tout bas demanda :
- Pourquoi Monsieur Jean est comme cela avec moi ?
- Tiens, vous savez déjà son nom, petite futée.

On me l’a dit au village… Mais vous n’avez pas répondu à ma question.
- Que voulez-vous que je vous dise, mon enfant. Jean est avec vous comme il serait avec toute autre femme présentement. Il a beaucoup souffert et se refuse à croire davantage à l’amour.
- Il a tort, fit-elle en rougissant et en baissant timidement les paupières.

Le vieillard sourit :
- C’est aussi mon avis… Ah ! si vous pouviez le guérir, jolie petite fille, quelle bonne chose vous feriez !
- Si vous croyez que c’est facile !
- À vaincre sans péril…
- Oui, mais ignorez-vous que je l’ai vu trois fois et que les trois fois j’ai été battue comme plâtre.
- C’est un incident.
- Et que dit-il de moi ?… questionna-t-elle malicieusement, s’appuyant, mutine et câline, sur l’épaule de l’homme.
- Hélas, il ne m’en parle jamais, c’est ce qui me déplaît.

Marguerite intervint :
- C’t’un loufoque alors ?

Simone lui jeta un regard terrible :
- C’est toi qu’est une loufoque…

Le vieillard les sépara :
- Ne vous tutoyez pas, mes enfants. Jean n’est pas fou… il est seulement très triste… Mais revenez, petite fille… ayez du courage… peut-être finirez-vous par lui réveiller le coeur.
- Et tout-à-l’heure vous vous étonniez que je sois là ?

Il sourit malicieusement :
- J’ignorais encore que vous portiez tant d’intérêt à mon pauvre ami.

Encore une fois Simone rougit jusqu’à la nuque. Elle prit un petit air hautain pour affirmer :
- Oui… c’est ça… il m’intéresse.., voilà tout !
- Parfaitement… Et vous venez maintenant jusqu’au château ?

La jeune fille eut certainement une hésitation, mais Rite la rappela sur-le-champ à la réalité en lui touchant légèrement la croupe.

Alors, elle se souvint que sa pauvre chair était encore douloureuse et, avec un soupir, elle répondit :
- Non, Monsieur… un autre jour.

Elle lui tendit la main qu’il serra affectueusement :
- Écoutez, mon enfant, voici en deux mots l’histoire de Jean : Il avait épousé une jeune fille pauvre qu’il idolâtrait et se croyait aimé. Or, il était indignement trompé, il le fut même durant plusieurs années. Sa femme avait un amant depuis bien avant son mariage. Lorsque la catastrophe arriva, il souffrit atrocement. Maintenant il est guéri, mais dupé une fois il a juré de ne plus l’être une seconde. Pour le convaincre, ce sera évidemment très difficile. Mais vous me paraissez une mâtine et j’ai confiance en vous.

Sur ces mots ils se séparèrent et les deux amies s’éloignèrent. Elles étaient songeuses, Simone rêvait d’être l’ange qui sauverait Jean de son chagrin.

Marguerite interrompit sa songerie :
- Alors, tu crois que tu l’auras ton misanthrope ?
- Peut-être, fit Sime, avec une lueur dans ses prunelles brunes pailletées d’or.

Elle se disait que la patience et la ténacité arrivaient au bout de bien des tâches ardues. Mais elle savait en même temps ce qu’il faudrait supporter avant d’atteindre la récompense souhaitée. Cela ne lui faisait pas peur… au contraire peut-être.

Cette conversation l’avait tranquillisée, elle se savait un allié dans la place et qui la favoriserait. Certainement il parlerait d’elle à Jean et ainsi l’habituerait peu à peu à l’idée qu’elle l’aimait sincèrement.

Le jour suivant, au matin, son premier soin fut de courir au miroir et de scruter minutieusement sa croupe, encore marquée de traces pâles.

À priori, elle acceptait la correction cruelle puisque c’était là l’unique moyen de revoir celui qu’elle aimait. Même elle avait hâte de se retrouver auprès de lui, quel que fut son supplice.

Mais vraiment elle ne pouvait encore se rendre au château, sa pauvre chair meurtrie n’aurait pas résisté à une nouvelle flagellation.

Marguerite, qui s’était réveillée, l’épiait moqueusement :
- Paraît qu’il tape fort, le monsieur, ironisa-t-elle.

Simone rougit :
- Un peu ; si t’en recevais autant tu ne ferais plus la crâneuse malgré ton pétard rond comme une citrouille.

Rite resta songeuse, cette réflexion certainement lui donnait des idées grivoises et, sans vergogne, elle s’avouait qu’elle aurait souhaité être à la place de l’amie. Pourtant, l’idée de marcher sur ses brisées ne lui vint pas, son affection tendre l’en empêchait.

Elles se vêtirent et descendirent. Sime était morose, la pensée de devoir remettre au lendemain sa visite au château l’attristait.

L’autre essaya de l’amuser, ce fut en vain, elle répondait à peine, son front poli barre d’une ride soucieuse.

Marguerite s’en moqua, mécontente d’être auprès d’une compagne silencieuse.

Pour toute réponse elle lui envoya une gifle qui résonna par tout le jardin.

Rite, boudeuse, se frotta la joue, mais ne se rebella point. Après tout, cette claque ne la meurtrissait guère, à peine si son visage la piquait légèrement.
- T’en as des arguments ! grommela-telle.
- Ce sont les miens… si ça ne te plaît pas… j’vais recommencer !

Et déjà sa menotte se levait. Instinctivement la blonde se recula. Cette crainte visible excita la brunette énervée, elle éprouva soudain le besoin de faire mal, d’entendre un cri, une plainte, qui, semblait-il, aurait un peu apaisé sa propre peine.

Vivement, elle saisit l’amie aux cheveux de la main gauche et lui ramena la tête en avant ; puis à plusieurs reprises, sagement, posément, elle la claqua à la joue. En même temps, elle épiait sa souffrance, regardait les grands yeux bleus qui se remplirent de larmes.

Alors, elle fut satisfaite et son humeur changea ; elle eut un grand éclat de rire et ouvrant les bras elle étreignit sa compagne douce, l’embrassant aux lèvres, par petits coups savants.
- T’es une grande bête ! souffla-t-elle. Mais je t’aime bien… T’es contente, hein ?

L’autre lui rendit ses baisers et à travers les pleurs, sourit encore.
- Faut tout de même que tu sois méchante… pour me battre ainsi quand je ne t’ai rien fait.

Sime évita de s’expliquer, au reste, quelle explication aurait-elle pu donner, autre qu’un besoin morbide de se détendre.

Elles sortirent et errèrent par les champs, mais malgré tout elles n’avaient point de gaieté. Simone, le boute-en-train ordinaire, avait perdu brusquement toute son exubérance.

Elle pensait à Jean, le jeune homme sévère et malheureux. Elle se demandait pourquoi elle l’aimait ainsi, le connaissant à peine. Mais ce sentiment était en elle plus fort que le raisonnement le plus judicieux. Par sa force, son énergie, et aussi par sa froideur devant l’appel des sens, il l’avait attirée, puis prise tout entière. La souffrance venue de sa main n’était plus une souffrance, mais une sorte de bienfait qui l’émouvait, sans qu’elle se rendit compte pourquoi.

Après le déjeuner elle remonta subrepticement dans sa chambre pour, encore une fois, étudier sa croupe.

Mais non c’était impossible, elle ne pouvait retourner ce jour-là, elle n’aurait jamais le courage de supporter énergiquement la douleur. Et elle voulait se montrer stoïque, tout accepter de la main de l’aimé, afin de lui prouver d’une façon tangible son amour passionné.

De nouveau de méchante humeur, elle redescendit et, boudeuse, se vautra dans le jardin sur une chaise longue et refusa de sortir.

Sachant ce qu’il lui en coûterait si elle récriminait, Marguerite se tut, s’emparant d’un livre pour tromper son ennui. L’après-midi s’écoula ainsi et, le soir, les deux amies se retrouvèrent côte-à-côte dans le grand lit blanc.

En une minute de naïve expansion, Simone se pelotonna dans les bras de sa camarade et éclata en sanglots :
- Que je suis malheureuse ! balbutia-t-elle.

Évidemment, on ne pouvait en douter ; Rite fit de son mieux pour la consoler, ayant des caresses sournoises, des baisers lascifs qui apaisèrent momentanément leur émoi.

Et, de nouveau, Sime sourit :
- T’es une dinde… mais une bonne copine… assura-t-elle.

Rite fut flattée.

Voir en ligne : Le rêve d’un flagellant : Nudité rose (Chapitre IX)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris