Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Romans érotiques > Journal d’une enfant vicieuse > Comment je suis courtisée par le fils, par le père et par le Saint-Esprit

Navigation



Journal d’une enfant vicieuse

Comment je suis courtisée par le fils, par le père et par le Saint-Esprit

Livre II : Chapitre II



Auteur :

Madame de Morency (Hugues Rebell), Journal d’une enfant vicieuse, imprimé par Isidore Liseux et ses amis (Éd. Charles Carrington), Paris, 1903.


CHAPITRE II
Comment je suis courtisée par le fils, par le père et par le Saint-Esprit

Ma tante, sur les conseils de monsieur le Curé, a résolu de me mener chaque matin à la messe, pour m’exciter, dit-elle, au travail et à la piété. Elle m’a dit, que pour aller à l’église, je devais revêtir une robe simple et négliger toute parure, mais le moyen de ne pas avoir quelque coquetterie quand on se sent regardée par tous les jeunes gens de l’endroit ! Je crois bien que ces visites à l’église n’auront point le résultat qu’elle espère. J’ai, au couvent, assez goûté de la religion pour en être à jamais rassasiée. Et puis ces vieilles bigotes ont tant de ridicules ! Valentine, dont le père est athée, m’a répété à ce sujet des paroles qu’elle avait entendues dans sa famille, et qui m’ont beaucoup donné à réfléchir. Comme beaucoup de bons esprits, aujourd’hui, monsieur Helvetius et monsieur de Voltaire, disait-il, jugent ainsi, je me passerais fort bien de la religion, des prêtres et des églises.

Pour le moment, à la messe, je joue comme il est nécessaire mon rôle de point de mire des hommes. À défaut de bijoux, j’ai soin de me mettre au corsage et dans les cheveux quelques fleurs du jardin de ma tante ; j’ai pu faire venir, de Paris, de la poudre et de l’essence à la maréchale, et ainsi fleurie et parfumée je m’embaume et me respire moi-même. Ma tante aussi m’a fait faire une nouvelle robe. Ce m’a été un grand amusement de livrer ma taille, mes hanches, mes jambes à la couturière qui me prenait la mesure. Avec tout cela, j’ai tourné la tête à un fils du bailli, assez joli garçon, mais qui n’a pas la figure qui me plaît chez un homme. Il m’a écrit une lettre passionnée qu’il m’a passée à l’église en me donnant de l’eau bénite. J’ai pris la lettre en rougissant et parce que c’était le seul moyen de ne pas me faire remarquer. Seulement, l’autre jour, il était avec la fille de la vachère, elle avait la main dans sa culotte et lui il lui tenait le cul à pleines mains. Est-ce ainsi qu’il entend me faire la cour ? Je ne l’aime pas, et cependant je serais heureuse de le voir quelquefois. Mais comment échapper à la surveillance de ma tante ? Je me suis contentée de lui sourire en clignant de l’œil du côté de ma tante pour lui dire combien il était difficile de tromper mon Argus. A-t-il compris ? Il ne m’a plus écrit depuis.

8 août.

Il y a eu aujourd’hui un concert chez le docteur. On m’a invitée à chanter, et, malgré ma timidité, j’ai fini par accepter. J’ai été surprise de voir le fils du bailli qui était assis devant le clavecin pour m’accompagner. Est-ce le plaisir de chanter devant une nombreuse assistance, ou ce qu’il y a dans la musique de passionné et d’enivrant ? Toujours est-il que j’ai mis dans mon chant tout le sentiment dont je suis capable, et que j’ai tiré des larmes aux assistants. Quand je me suis dérobée aux félicitations de tous les invités, mes joues étaient en feu et humides de larmes, mon coeur battait plus fort et mes jambes tremblaient sous moi. Ma tante était aussi fière que si c’était elle qui avait remporté ce triomphe. Le fils du bailli est venu me baiser la main, et le docteur m’a donné un verre de son vieux vin de Syracuse.

Faut-il le dire ? À peine rentrée chez moi, mon démon de luxure m’a reconquise. J’avais envie de me soulager ; je suis allée m’enfermer dans les latrines, et bien assise sur le siège, je me suis amusée à me chatouiller le bouton, tandis que mon derrière ouvert laissait tomber lentement la charge de mon ventre. Est-ce étrange ! Moi qui aime tant les fins parfums, l’odeur infecte que j’exhalais en ce moment me faisait jouir, non moins que l’excitation que je me donnais par-devant. De même j’ai pris plaisir à m’essuyer longuement les parois de l’orifice, me chatouillant le trou embrené de mon derrière. Puis j’ai eu envie encore, je me suis replacée, et les efforts que je faisais pour me soulager le ventre et le frottement de mon bouton me causaient tant de plaisir que je me suis encore tordue de jouissance, et j’ai failli tomber dans les latrines. Quand je me suis relevée j’étais toute humide par-devant ; ma robe avait de l’ordure et le siège des lieux d’aisance aussi. Mon coeur battait précipitamment j’ai eu hâte d’aller me changer.

Comme je sortais toute rouge de la garde-robe, ma tante m’a rencontrée et remis une lettre de monsieur le Curé.

Elle était ainsi conçue :

« Ma chère enfant, je suis étonné que depuis plus de trois mois que vous êtes parmi nous, la pensée ne vous soit pas venue encore de vous confesser. J’ai fait part de ma surprise à madame votre tante qui m’a dit combien elle tenait à vous voir remplir vos devoirs religieux. C’est à sa prière que je vous invite à venir au sacré tribunal de la pénitence. S’il vous est désagréable de vous mêler à la foule de mes paroissiens, venez donc dans la soirée, de trois à quatre heures, à mon presbytère : je vous y attendrai.

« Votre dévoué pasteur,
« Louis PLANCHETEAU, curé. »

Cette lettre m’épouvante. Quoi ! me confesser ! et à un prêtre qui a ri de me voir fouetter, et qui va savoir tout ce que j’ai commis en secret ! Je ne crois guère au silence que peut garder ce prêtre, et je m’imagine que celui-là va tout dire à ma tante. Je sais bien que je puis lui conter des mensonges, ou même sans cela ne lui rien dire, mais je suis une si mauvaise menteuse, et je dissimule si mal même mes secrets ! Lorsque le curé me demandera : « Est ce bien tout ? » je rougirai, je me trahirai et il devinera que j’ai menti. Je pourrais à la rigueur ne pas aller à confesse, mais ma tante m’y contraindrait. Puis, j’ai beau partager avec Valentine les idées de son père, à certains moments les préjugés que m’a donnés l’éducation sont plus forts que les raisonnements. Décidément, il faudra demain aller voir monsieur le curé.

11 août.

Par cette chaude nuit je ne pouvais dormir, je me tournais et me retournais dans mon lit : alors je me suis levée, j’ai couru à ma fenêtre qui donne sur la campagne et je l’ai ouverte. Le ciel est d’une limpidité admirable ; la lune brille au-dessus des grands feuillages sombres et immobiles. Toute la campagne disparaît dans un brouillard lumineux. Que Valentine n’est-elle ici, avec moi, sa nature sensible et rêveuse me ferait si bien goûter le charme de cette belle nuit. Moi, je ne suis qu’une fille passionnée qui est malheureuse seulement de ne pas avoir près d’elle un homme qui l’aime. Ah ! si je n’avais pas dédaigné les hommages du fils du bailli ? Mais qu’est-ce que ce bruit que j’entends au-dehors, au-dessous de mes fenêtres, quelqu’un monte ? Je suis sur le point de crier quand j’aperçois justement le jeune homme auquel je pensais. Il monte à l’échelle appuyée contre le mur de ma fenêtre, lorsqu’il m’aperçoit, il m’envoie un baiser, puis, comme je veux lui fermer la fenêtre, il me fait un signe de la main qui me paralyse et met le doigt sur sa bouche comme pour m’imposer silence. Je suis maintenant indignée de son audace, furieuse qu’il ose venir chez moi ainsi, me compromettre sans y avoir été encouragé, ce n’est que la frayeur et l’émotion qui m’ont empêchée d’appeler au secours, puis je me sens dominée par ses gestes impératifs et par ses yeux, qui, dans cette nuit, apparaissent blancs dans son visage sombre.

À peine est-il sur le haut de l’échelle qu’à voix basse je le supplie de se retirer, lui disant qu’il peut me perdre à jamais, que ma tante couche à côté de moi, que son imprudence est ridicule, que d’ailleurs je ne l’aime pas. Mais il me répondit ces simples mots :
- Moi je vous aime et je vous veux.

Ses regards brillent, et avant que j’aie pu l’en empêcher, il enjambe l’appui de la fenêtre et entre dans ma chambre.

Je ne sais pourquoi je l’ai aimé en ce moment-là seulement, mais j’ai tout de même continué à me défendre.
- Voyons, lui ai-je dit, tremblante de peur, vous êtes fou ce soir. Laissez-moi, laissez-moi.

Je pense bien qu’il était ivre ; cette expédition était si extraordinaire ! Mais sans être le moins du monde découragé de ma défense, il m’a pressée contre lui et m’a poussée vers mon lit, où je suis tombée. Alors j’ai senti qu’il essayait de m’entrer dans le corps un objet qui m’a paru énorme ! J’ai poussé un cri, et pour me défendre j’ai serré les cuisses qu’il a inondées presque aussitôt d’une dégoûtante matière.

Retirez-vous, lui ai-je dit, vous me faites horreur. J’ai pu me dégager et je l’ai vu la culotte baissée, tenant contre le ventre ce long et gros instrument de chair qui m’avait tant surprise dans les dessins des livres que j’avais lus le jour de mon remède. Intéressée malgré tout, par cette partie de son corps, je l’ai considérée attentivement et j’ai pu voir une eau visqueuse qui s’en dégouttait et dont il venait de m’arroser. Au même instant j’ai entendu du bruit dans la chambre à côté. Il l’a entendu comme moi, car je n’ai pas eu besoin de lui demander à partir de nouveau, il a sauté sur son échelle et est descendu au plus vite ; j’ai fermé la fenêtre précipitamment et me suis couchée.

Par bonheur personne n’est venu dans ma chambre, je me suis alors relevée pour considérer mes cuisses et les laver. L’odeur de cette eau visqueuse m’excitait, d’un autre côté, j’étais plus honteuse que lorsque ma tante me donnait le fouet. Je me sentais irrémédiablement humiliée et souillée, et je ne me sentais plus la même qu’auparavant. Oubliant alors les opinions du père de Valentine, j’ai pris la résolution d’aller à confesse le lendemain et de tout dire à monsieur le curé dans le besoin extrême que j’avais d’un confident.

Je ne pus pourtant découvrir la raison pour laquelle le curé, dont j’avais peur la veille, me semblait maintenant l’homme indiqué pour remplir ce rôle auprès de moi.

12 août.

Monsieur le curé, comme il me l’avait dit, m’attendait au presbytère. Il m’a reçue avec beaucoup de politesse et m’a conduite dans sa chambre. Là il m’a fait agenouiller sur un prie-Dieu et m’a demandé l’aveu de mes pêchés. Avec une honte qu’on peut imaginer, j’ai tout dit, jusqu’à mes singuliers et sales plaisirs. Quand j’eus tout avoué, j’éprouvai une sorte de soulagement et je le regardai. Il avait le visage très rouge et souriait étrangement.
- Mon enfant, me dit-il, vos péchés sont abominables. La miséricorde de Dieu, cependant, est infinie, et, en vertu du pouvoir qu’il confère à ses ministres, j’ai le droit de vous donner l’absolution. Mais il va vous falloir, auparavant, souffrir une humiliante pénitence, car le corps qui s’est souillé avec tant de délices doit être mortifié. Vous allez recevoir la discipline. Baissez la tête jusqu’à terre pour mieux vous humilier et tendez-moi sans voile ces parties où le démon a fait sa demeure.

Je dus lever ma robe et mes jupes et exposer à sa vue mon derrière. Ma confusion était extrême et si j’eusse pensé que j’en serais réduite là, je ne serais certainement pas venue au presbytère : je préférerais encore recevoir le fouet des mains de ma tante que de celles du curé.

Cependant le prêtre avait pris un martinet et après quelques coups qui ne me firent pas grand mal, il m’en donna plusieurs qui me cinglèrent les fesses si violemment que je ne pus me retenir de lui crier :
- Grâce ! Grâce ! mon père, fis-je.
- Ne pouvez-vous mieux supporter votre pénitence ? me répondit-il.

Sa voix était si changée, il paraissait maintenant si irrité contre moi, que je relevai un peu la tête et la détournai vers lui. Je vis alors qu’il avait relevé sa soutane, baissé sa culotte et qu’il présentait à mon derrière le même objet, rouge, gonflé, énorme, que la veille m’avait laissé voir le fils du bailli. Très effrayée je me relève aussitôt, et sans prendre même la peine de me rajuster, je cours à la porte fermée, je tourne vivement la clef et je me précipite dans le corridor. Le prêtre me suivait et essaya de m’arrêter par des gestes et des imprécations mais je ne l’écoutais pas.

En toute hâte je descendis l’escalier, traversai le jardin et me sauvai vers la maison en courant.

Ma tante fut très étonnée de me voir arriver toute haletante et me demanda des explications auxquelles je ne sus répondre que par ces mots : « Ce curé est un misérable ! un misérable ! » Explication qui naturellement ne parvint pas à la satisfaire.

Mais, dans la soirée, le curé, qui avait repris ses manières douces et affables, vint trouver ma tante et demanda à l’entretenir quelques instants. Au risque de me faire surprendre, je me glissai dans le salon par une petite porte qui communiquait avec l’office, et je restai cachée derrière un rideau. Comme ils étaient à l’autre extrémité de la pièce et qu’ils parlaient bas, presque tout le temps que dura leur conversation, je ne pus surprendre que quelques mots, mais je distinguai ces paroles du prêtre :
- Il faut la marier. Son tempérament l’exige.

Paroles auxquelles ma tante répondit :
- J’aurais pensé qu’il valait mieux la mettre au couvent. Cependant, si vous jugez, monsieur le curé, que l’état de religieuse ne lui convient pas, je me rangerai à votre avis.

Ainsi on voulait me marier ! J’allais être libre. Je n’avais déjà plus de haine pour le prêtre qui parlait ainsi à ma mère. Je lui pardonnais tout, mais je ne pouvais me pardonner à moi-même de lui avoir livré mon secret.

Jamais je ne me serais figuré l’époux que ma tante m’avait choisi sans s’occuper de mes goûts, sans savoir si mes yeux ne s’étaient pas déjà fixés sur un ami. Quand elle me dit que le bailli avait demandé ma main et qu’elle la lui avait accordée, que le mariage était pour ainsi dire décidé, mes jambes ne me portèrent plus, je crus que j’allais m’évanouir ; mais après ce premier moment de défaillance, je sentis le sang me monter à la face. La colère me souleva. Quoi, le bailli serait mon mari, ce vieil homme, laid, mal soigné, qui bégayait d’une voix nasillarde et dont les yeux insolents semblaient fureter dans votre pensée avec méchanceté ! Le bailli dont ma tante elle-même s’était moquée avec moi ! Le bailli dont le fils avait osé, la semaine précédente encore, se porter sur moi à des violences abominables ! Non, ce ne pouvait pas être, ma tante voulait rire. Cependant, elle reprit tout tranquillement :
- Vous semblez étonnée de ce choix, mon enfant ? Oh ! oui, je suis étonnée. J’aimerais mieux mourir que d’épouser cet homme-là.

La face de ma tante s’empourpra.
- Vous mourrez donc, car vous l’épouserez.
- Jamais m’écriai-je.
- Vous l’épouserez ou vous quitterez cette maison. Ne savez-vous pas que vous êtes ici par charité, que votre mère en mourant n’a laissé que des dettes ! Je payai votre éducation, et vous devriez me montrer de la reconnaissance pour tous les soins que je vous ai donnés depuis votre enfance ; au lieu de cela, vous vous emportez contre moi, et au moment où je vous annonce que j’ai réussi à vous procurer le parti le plus avantageux, le plus brillant du pays. Oui, brillant ! Le bailli n’est pas tout jeune, c’est vrai, mais c’est un homme vigoureux d’excellentes façons, et qui saura vous rendre heureuse. D’ailleurs je suis bien décidée à ne plus m’occuper de vous si vous refusez l’homme que je vous ai choisi. Je vous donne la fin de la semaine, c’est-à-dire quatre jours pour vous décider.

Là-dessus ma tante sortit et m’enferma dans ma chambre. Je compris qu’elle ne me laisserait pas même la liberté de m’enfuir, qu’elle me contraindrait à ce mariage répugnant. Un moment je songeai à m’échapper en liant mes draps à l’appui de ma fenêtre, cela était possible la nuit, mais il fallait, pour sortir du jardin, avoir la clef de la grille, trouver une échelle ; pour cela passer dans la cuisine où couchait la domestique, une nouvelle fille, Benjamine, qui était fort mal disposée pour moi. Je renonçai vite à mon projet et m’abandonnai au désespoir. Je me jetais sur mon lit, je pleurais, je me frappais la tête contre les murs, je voulais me tuer et je n’osais pas. À un moment je déchirai ma robe, ma chemise, mes jupons. Je m’égratignai la face, je donnai des coups dans les meubles, j’arrachai et je piétinai des tableaux. Quand ma tante, en revenant l’après-midi m’apporter mon repas, vit ce que j’avais fait, elle ne se contint plus.
- Misérable ! s’écria-t-elle, et elle s’élança sur moi, me souffleta. Je lui crachai à la face. Elle fut tellement surprise et indignée qu’elle en resta un instant immobile. Mais comme mon audace m’avait saisie moi-même, elle profita de cette apparente timidité pour se jeter sur moi et me pousser contre le lit.
- Je vais vous traiter comme une enfant révoltée que vous êtes ! me criait-elle en me poussant toujours.

Je me heurtai à un fauteuil où je tombai assise ; alors elle m’empoigne par la ceinture vigoureusement, essaie de me retourner sur le ventre. Je me cramponnais aux bras du fauteuil de toutes mes forces, et je lui lançai des ruades qu’elle esquiva. Vivement elle me prit une jambe, la souleva, tandis que l’autre battait l’air inutilement, et ayant une de mes fesses à sa disposition, elle la dégagea de la chemise et des jupes, m’appliqua à nu de fortes claques, puis à la fissure même ; puis, laissant tomber la jambe droite, elle levait la gauche et me claquait l’autre fesse avec l’autre violence.
- Ah ! vous l’aurez, vous l’aurez, le fouet ! criait-elle, comme une enfant indisciplinée que vous êtes.

Je serrais les dents de rage, étouffant mes cris, écrasée de honte d’être ainsi châtiée. Mais à un moment je me dis que je n’étais plus une enfant, que je ne devais pas souffrir une pareille humiliation. Mes mains quittèrent le fauteuil où j’essayais de coller mes fesses inutilement ; je me relevai brusquement, la saisis moi-même à la croupe et lui enfonçai mes doigts et la mordis à la faire crier. En vain essayait-elle de se dégager, je la tenais bien, je la mordais et l’égratignais ferme. En revanche, le mouvement que je venais de faire avait découvert, tendu et mis à sa disposition, mon pauvre derrière sur lequel s’abattirent aussitôt ses paumes ou ses poings. C’était une lutte sans merci. J’étais cramponnée à ses reins tandis qu’elle était courbée sur mes fesses. Je la mordais, elle grondait, m’injuriait, tapant plus fort, et c’était mon tour de hurler. Nos cris et nos tapes allaient en s’alternant. Tout en me tenant et me serrant bien par le ventre, elle me portait jusqu’à l’escalier où elle se mit à appeler.
- Benjamine ! Benjamine ! Montez vite et apportez les houssines et des cordes !

À ce mot de « houssines », je sentis déjà sur mes fesses le vent et la piqûre de ces baguettes épineuses que ma tante avait coupées pour battre ses tapis. Je me dis qu’entre ces deux femmes je ne pourrais pas me défendre et qu’elles allaient m’enlever la peau. Je me débattais et luttais de toutes mes forces, espérant échapper à l’étreinte de ma tante avant que Benjamine n’arrivât avec les houssines. Mais ma tante était beaucoup plus forte que moi, et je ne résistais plus que par entêtement quand Benjamine entra dans la chambre.

Elle eut un cri de surprise en voyant ma tante acharnée contre mon cul, mais le désordre de ma chambre l’étonna davantage.
- Elle a donc tout brisé ?
- Oui, mais elle va le payer, et bien ! Venez me la tenir que je la fouette !

Benjamine cherchait à me prendre le corps, mais prudemment, en se gardant de mes ruades aussi bien que de mes dents et de mes ongles. Enfin elle me saisit les deux mains, les unit, me passa un noeud coulant autour et serra. La corde entra dans mes chairs. Alors, me tirant, malgré ma résistance, elle m’amena sur le lit qui était au milieu de la chambre et où je dus aller tomber le ventre en avant. Benjamine tirait toujours sur la corde qui me coupait la peau, elle m’attira de telle façon que je n’eus bientôt plus que le bas du corps sur le lit ; j’avais la tête en bas et si je ne roulais pas à terre, c’est que ma tante était en train de m’attacher par les jambes avec une corde fixée au pied du lit. Elle me rejeta ma chemise et mes jupons sur la tête au point de m’étouffer, et comme si elle eût redouté mes cris. Ainsi dénudée aux yeux de Benjamine, j’eus, dans l’attente des coups, un moment horrible d’humiliation. Enfin les houssines sifflèrent. Te bondis, échappai l’étreinte de Benjamine, m’étalant toute sous la douleur.
- Voulez-vous ne pas montrer comme cela le trou de votre derrière, dit ma tante en me claquant les fesses de la main.

J’entendis le rire ignoble de la servante, mais au moment même, les houssines me cinglèrent en travers des fesses, atteignant à la fois l’anus et ma petite fente. Ce fut une méchanceté atroce. J’eus un cri qui dut être entendu du village, et je me tordis sur le lit ; mais, sans prendre garde à mes gémissements ma tante me ramenait, par une claque brutale sur une fesse, à une position propice au châtiment, et me cinglait cette fois le gras des chairs. Le châtiment eût continué encore longtemps quand j’entendis un pas monter l’escalier. Ma tante s’arrêta bien vite, dit à Benjamine de me détacher. File jeta les houssines, rabattit elle-même ma chemise et mes jupes, me saisit par la robe, m’attira et me mit debout. Mon corps tremblait de longs sanglots.
- Voulez-vous vous taire ? me chuchota ma tante à l’oreille.

On frappait en ce moment à la porte entrouverte.
- Vous êtes ici, madame ? demanda la voix nasillarde du bailli.
- Oh, monsieur le bailli ! fit ma tante, n’entrez pas dans cette chambre qui est bien en désordre. Je vais vous conduire au salon ou au jardin.
- Comment ! dit le bailli en redescendant vous fouettez encore mademoiselle Rose ?
- Vous avez entendu ses cris ? fit ma tante un peu ennuyée d’être surprise à me donner le fouet.
- J’aurais été sourd si je ne les avais entendus, reprit le bailli, et qu’avait donc fait cette charmante enfant ?
- Oh ! peu de chose, mais je tiens à ce qu’elle ne néglige point ses devoirs, et je punirai ses moindres fautes tant qu’elle sera sous ma règle. Plus tard ce sera vous, monsieur, qui aurez cette obligation.
- Croyez, madame, que ce n’est pas d’un époux comme moi qu’elle devra attendre de la sévérité.
- Mais c’est une enfant encore, monsieur. Elle a un bon naturel, je crois, mais il n’est pas encore formé. Voyons, Rose ! appela ma tante comme je restais dans ma chambre, venez avec nous au jardin.

Je n’aurais pas obéi, mais Benjamine me poussa dehors. Nous fîmes quelques pas dans les allées ; la première fessée m’avait causé une vive démangeaison et les houssines y avaient ajouté ici et là le picotement d’une blessure. Je ne pouvais pas m’empêcher de porter la main fréquemment à mon derrière et même de la glisser sous mes jupes. Ma tante, plusieurs fois, m’en fit l’observation à haute voix et sur un ton sévère.
- Voulez-vous tenir vos mains décemment ? Je rougissais et je retirais ma main devant les yeux brillants et le sourire narquois du bailli ; mais un moment après la démangeaison persistante la ramenait au même endroit. À un moment où le détour d’une allée nous séparait un peu du bailli, ma tante me dit à l’oreille :
- Si vous mettez ainsi votre main à votre derrière, je vous fouette dès que le bailli sera parti.

Cependant Benjamine vint la trouver et elle nous quitta en disant :
- Voulez-vous m’excuser, monsieur le bailli, je vous laisse avec Rose.

À peine s’était-elle éloignée :
- Ma pauvre enfant, dit-il, votre tante, je le vois, vous traite bien sévèrement.
- Oh oui ! Et j’étais toute prête à sangloter.
- Vous souffrez encore, n’est-ce pas ? Eh bien, voulez-vous me montrer la place, j’essaierai de soulager votre mal. N’ayez pas peur ! j’ai là justement un baume que j’allais porter à un petit palefrenier qui s’est écorché la jambe en tombant de cheval. Voyons, laissez-moi regarder… Je suis un peu médecin… et puis on vous a fait part de mes propositions n’est-ce pas ? Je ne suis plus un étranger pour vous, j’ai bien quelque droit.

J’essayais de me dérober.
- Oh ! laissez-moi, monsieur, de grâce, je vais appeler !

Il eut un ricanement, et avec une expression presque féroce dans les traits qui me fit peur :
- Et qui appellerez-vous donc, mademoiselle ?

Je me vis perdue. Je m’adossai contre le mur en pleurant, et comme il s’approchait je lui donnais des coups de genou.
- Voyons ! voyons ! dit-il, je ne vous ferai pas de mal. Laissez-moi voir.

Tout d’un coup, au moment où je m’y attends le moins, il m’étreint brutalement, me retourne le visage contre le mur, lève mes cotillons.
- Oh ! les belles grosses fesses ! dit-il, que d’embonpoint !… Comme elles sont rouges, grand Dieu !
- Monsieur, monsieur, laissez-moi, je vous prie !
- Je regarde où vous souffrez, ma chère enfant. Oh ! elle vous a frappée à l’endroit sensible, continuait-il. La pauvre enfant, elle saigne !

Et il entrouvrait mes fesses, mettait le doigt dans mon anus, il voulut l’insérer aussi plus bas dans ma petite fente, et comme il ne pouvait y pénétrer avant :
- Elle est bien pucelle, se dit-il comme à lui-même. Elle a beau être naïve, on ne sait jamais avec ces enfants-là mais maintenant je serais bien surpris que la tante m’eût trompé… Tiens, ajouta-t-il pour moi, où ai-je donc mis mon baume ? Je l’aurai sans doute oublié. Laissez-moi du moins, chère enfant, baiser ces belles choses si cruellement molestées, et que mes lèvres viennent adoucir la brûlure des verges.

Et mettant un genou en terre derrière moi, il posa son horrible bouche saliveuse entre mes fesses ; je me sentis mordre le cul sans pouvoir m’en défendre, mais sa langue odieuse voulut aussi caresser ma fente et le misérable osa pousser son museau entre mes cuisses, mais je ne lui laissai pas le temps de me baiser, je me détournai vivement et lui lançai un vigoureux soufflet. La violence de ce coup inattendu lui fit perdre l’équilibre et il tomba la tête sous mes jupes. Il se relevait à peine, la joue giflée fort rouge et les vêtements pleins de terre, quand ma tante revint. Elle surprit l’attitude où nous étions tous deux, moi, prête à le souffleter encore, lui, se relevant avec peine.
- Eh bien, qu’y a-t-il ? demanda-t-elle.
- Rien, répondit le bailli, une vivacité de jeunesse.
- Je vous prie de vous tenir avec monsieur le bailli, dit ma tante sévèrement, ou je recommence la correction de tout à l’heure. Elle vous a manqué, mon cher bailli ?
- Nullement. Elle est bien amusante, elle est exquise !
- Rentrez dans votre chambre, mademoiselle, dit ma tante.

Voilà donc toute la cour que l’on me faisait ! Ce n’était pas en femme ni en jeune fille qu’on me traitait, mais comme une enfant, comme une esclave, comme un animal dont on se sert pour ses plaisirs sans songer aux sentiments et aux impressions que vous pouvez lui causer. J’avais envie de mourir, de me tuer, si bien que le soir, au souper qu’on servit dans ma chambre, je ne voulus d’abord point toucher. Puis ma faim devint si grande après les émotions de la journée, que je mangeai. Je le dévorai plutôt ; rassasiée, j’eus plus de courage, et mes désirs de fuite me reprirent.

Voir en ligne : Chapitre III : « Mes » maris

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de Hugues Rebell, Journal d’une enfant vicieuse, imprimé par Isidore Liseux et ses amis (Éd. Charles Carrington), Paris, 1903, 164 pages.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris