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Thérèse philosophe

Confession de Thérèse sur ses chatouillements excessifs

Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (4)



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Jean-Baptiste de Boyer Marquis d’Argens, Thérèse philosophe ou Mémoires pour servir à l’histoire du père Dirrag et de mademoiselle Éradice, Paris, 1748.


Thérèse se procure machinalement des plaisirs charnels

J’ai dit que, lorsque le père Dirrag fut sorti de la chambre de Mademoiselle Éradice, je me retirai chez moi. Dès que je fus rentrée dans ma chambre, je me prosternai à genoux pour demander à Dieu la grâce d’être traitée comme mon amie. Mon esprit était dans une agitation qui approchait de la fureur, un feu intérieur me dévorait. Tantôt assise, tantôt debout, souvient à genoux, je ne trouvais aucune place qui pût me fixer. Je me jetai sur mon lit. L’entrée de ce membre rubicond dans la partie de Mademoiselle Éradice ne pouvait sortir de mon imagination, sans que j’y attachasse cependant aucune idée distincte de plaisir, et encore moins de crime. Je tombai enfin dans une rêverie profonde pendant laquelle il me sembla que ce même membre, détaché de tout autre objet, faisait son entrée en moi par la même voie. Machinalement, je me plaçai dans la même attitude que celle où j’avais vu Éradice, et machinalement encore, dans l’agitation qui me faisait mouvoir, je me coulai sur le ventre jusqu’à la colonne du pied du lit, laquelle, se trouvant passée entre mes jambes et mes cuisses, m’arrêta et servit de point d’appui à la partie où je sentais une démangeaison inconcevable. Le coup qu’elle reçut par la colonne qui la fixa me causa une légère douleur, qui me tira de ma rêverie sans diminuer l’excès de la démangeaison. La position où j’étais exigeait que je levasse mon derrière pour tâcher d’en sortir. De ce mouvement que je fis en remontant et coulant ma moniche le long de la colonne, il résulta un frottement qui me causa un chatouillement extraordinaire. Je fis un second mouvement, puis un troisième, etc., qui eurent une augmentation de succès : tout à coup j’entrai dans un redoublement de fureur. Sans quitter ma situation, sans faire aucune espèce de réflexion, je me mis à remuer le derrière avec une agilité incroyable, glissant toujours le long de la salutaire colonne. Bientôt un excès de plaisir me transporta, je perdis connaissance, je me pâmai et m’endormis d’un profond sommeil.

Au bout de deux heures, je m’éveillai, toujours ma chère colonne entre mes cuisses, couchée sur mon ventre, mes fesses découvertes. Cette posture me surprit : je ne me souvenais de ce qui s’était passé que comme on se rappelle le tableau d’un songe. Cependant, me trouvant plus tranquille, l’évacuation de la céleste rosée me laissant l’esprit plus libre, je fis quelques réflexions sur tout ce que j’avais vu chez Éradice et sur ce qui venait de se passer en moi, sans en pouvoir tirer aucune conclusion raisonnable. La partie qui avait frotté le long de la colonne, ainsi que l’intérieur du haut de mes cuisses qui l’avait embrassée, me faisaient un mal cruel. J’osai y regarder malgré les défenses qui m’avaient été faites par mon ancien directeur du couvent. Mais jamais je n’osai me déterminer à y porter la main, cela m’avait été trop expressément interdit.

Sa mère la réconcilie avec Madame C*** et Monsieur l’Abbé T***

Comme je finissais cet examen, la servante de ma mère vint m’avertir que Madame C*** et Monsieur l’abbé T*** étaient au logis où ils devaient dîner, et que ma mère m’ordonnait de descendre pour leur faire compagnie. Je les joignis.

Il y avait quelque temps que je n’avais pas vu Madame C***. Quoiqu’elle eût bien des bontés pour ma mère, à qui elle avait rendu de grands services, et qu’elle eût la réputation d’une femme très pieuse, son éloignement marqué pour les maximes du père Dirrag, pour ses exhortations mystiques, m’avait fait cesser de la fréquenter afin de ne pas déplaire à mon directeur : il n’était pas traitable sur l’article, et ne voulait point que son troupeau se confondît avec celui des autres directeurs, ses concurrents. Il craignait sans doute les confidences, les éclaircissements. Enfin, c’était une condition préalable très recommandée par Sa Révérence et très exactement observée par tout ce qui formait son troupeau.

Cependant, nous nous mîmes à table. Le dîner fut gai. Je me sentais beaucoup mieux que de coutume : ma langueur avait fait place à la vivacité, plus de maux de reins. Je me trouvais toute autre. Contre l’ordinaire des repas de prêtres et de dévotes, on ne médit point de son prochain à celui-ci. L’abbé T***, qui a beaucoup d’esprit et encore plus d’acquis, nous fit mille jolis petits contes qui, sans intéresser la réputation de personne, portèrent la joie dans le cœur des convives.

Après avoir bu du champagne et pris le café, ma mère me tire en particulier pour me faire de vifs reproches sur le peu d’attention que j’avais eue depuis quelque temps à cultiver l’amitié et les bonnes grâces de Madame C***.
- C’est une dame aimable, me dit-elle, à qui je dois le peu de considération dont je jouis dans cette ville. Sa vertu, son esprit, ses lumières, la font estimer et respecter de toutes les personnes qui la connaissent. Nous avons besoin de son appui. Je désire et je vous ordonne, ma fille, de contribuer de tous vos efforts à l’engager à nous le conserver.

Je répondis à ma mère qu’elle ne devait pas douter de ma soumission aveugle à ses volontés. Hélas ! la pauvre femme ne soupçonnait guère la nature des leçons que je devais recevoir de cette dame, qui jouissait en effet de là plus haute réputation.

Nous rejoignîmes, ma mère et moi, la compagnie. Un instant après, je m’approchai de Madame C*** à qui je fis mes excuses sur mon peu d’exactitude à lui rendre mes devoirs. Je la priai de me permettre de réparer cette faute, j’essayai même d’entrer dans le détail des raisons qui me l’avaient fait commettre. Mais Madame C*** m’interrompit sans me permettre d’achever :
- Je sais, me dit-elle avec bonté, tout ce que vous voulez me dire. N’entrons point en matière sur des sujets qui ne sont point de notre ressort : chacun croit avoir ses raisons, peut-être sont-elles toutes bonnes. Ce qui est certain c’est que je vous verrai toujours avec grand plaisir. Et pour commencer à vous en convaincre, ajouta-t-elle en élevant la voix, je vous emmène souper ce soir avec moi. Vous le voulez bien ? dit-elle à ma mère… À condition que vous serez de la partie avec Monsieur l’abbé. Vous avez l’un et l’autre vos affaires, nous vous y laisserons vaquer. Pour moi, je vais me promener avec Mademoiselle Thérèse. Vous savez l’heure et le lieu du rendez-vous. Ma mère fut enchantée. Les maximes du père Dirrag n’étaient point du tout de son goût : elle se flatta que les conseils de Madame C*** changeraient mes dispositions pour le quiétisme dont on le soupçonnait. Peut-être même agissaient-elles de concert. Quoi qu’il en soit, elles réussirent bientôt au-delà de leurs espérances.

Thérèse rend compte à Madame C*** de ce qu’elle a vu chez Mademoiselle Éradice, des plaisirs qu’elle a goûtés à son retour et de la douleur qui lui en reste

Nous sortîmes donc, Madame C*** et moi. Mais nous n’eûmes pas fait cent pas que la douleur que je ressentais devint si vive que j’avais peine à me soutenir. Je faisais des contorsions horribles. Madame C*** s’en aperçut :
- Qu’avez-vous, me dit-elle, ma chère Thérèse ? Il semble que vous vous trouviez mal.

J’eus beau dire que ce n’était rien, les femmes sont naturellement curieuses : elle me fit mille questions qui me jetèrent dans un embarras qui ne lui échappa point.
- Seriez-vous, me dit-elle, au nombre de nos fameuses stigmatisées ? Vos pieds ont peine à vous porter et vous êtes toute décontenancée. Venez, mon enfant, dans mon jardin où vous pourrez vous tranquilliser.

Nous en étions peu éloignées. Dès que nous y fumes rendues, nous nous assîmes dans un petit cabinet charmant, qui est sur le bord de la mer.

Après quelques discours vagues, Madame C’** me demanda de nouveau si effectivement j’avais des stigmates et comme je me trouvais de la direction du père Dirrag.
- Je ne puis vous cacher, ajouta-t-elle, que je suis si étonnée de ce genre de miracles que je désire ardemment de voir par moi-même s’il existe en effet. Allons, ma chère petite, dit-elle, ne me cachez rien : expliquez-moi de quelle manière et quand ces plaies ont paru. Vous pouvez être assurée que je n’abuserai pas de votre confiance, et je pense que vous me connaissez assez pour n’en pas douter.

Si les femmes sont curieuses, les femmes aiment aussi à parler. J’avais un peu de ce dernier défaut. D’ailleurs, quelques verres de vin de Champagne m’avaient échauffé la tête. Je souffrais beaucoup. Il n’en fallait pas tant pour me déterminer à tout dire. Je répondis d’abord tout naturellement à Madame C*** que je n’avais pas le bonheur d’être du nombre de ces élues du Seigneur, mais que ce même matin j’avais vu les stigmates de Mademoiselle Éradice, et que le très révérend père Dirrag les avait visités en ma présence. Nouvelles questions empressées de la part de Madame C*** qui, de fil en aiguille, de circonstances en circonstances, m’engagea insensiblement à lui rendre compte, non seulement de ce que j’avais vu chez Éradice, mais encore de ce qui m’était arrivé dans ma chambre et des douleurs qui en résultaient.

Pendant tout ce narré singulier, Madame C*** eut la prudence de ne pas témoigner la moindre surprise : elle louait tout pour m’engager à tout dire. Lorsque je me trouvais embarrassée sur les termes qui me manquaient pour expliquer les idées de ce que j’avais vu, elle exigeait de moi des descriptions dont la lascivité devait beaucoup la réjouir dans la bouche d’une fille de mon âge et aussi simple que je l’étais. Jamais, peut-être, tant d’infamies n’ont été dites et ouïes avec autant de gravité.

Dès que j’eus fini de parler, Madame C*** parut plongée dans de sérieuses réflexions. Elle ne répondit que par monosyllabes à quelques questions que je lui proposai. Revenue à elle-même, elle me dit que tout ce qu’elle venait d’entendre avait quelque chose de bien singulier, qui méritait beaucoup d’attention, qu’en attendant qu’elle pût m’apprendre ce qu’elle en pensait et quel était le parti qu’il convenait que je prisse, je devais d’abord songer à soulager la douleur que je ressentais en bassinant avec du vin chaud les parties qui avaient été meurtries par le frottement de la colonne de mon lit.
- Gardez-vous bien, me dit-elle, ma chère enfant, de rien dire à votre mère ni à qui que ce puisse être, et encore moins au père Dirrag, de ce que vous venez de me confier. Il y a dans tout ceci du bien et du mal. Rendez-vous chez moi demain vers les neuf heures du matin, je vous en dirai davantage. Comptez sur mon amitié : l’excellence de votre cœur et de votre caractère vous l’ont entièrement acquise. Je vois votre mère qui s’avance, allons au-devant d’elle et parlons de tout autre chose.

Monsieur l’abbé T*** entra un quart d’heure après. On soupe de bonne heure en province : il était alors sept heures et demie, on servit, nous nous mîmes à table.

Pendant le souper, Madame C*** ne put s’empêcher de lâcher quelques traits satiriques sur le père Dirrag. L’abbé en parut surpris, il l’en blâma avec délicatesse.
- Pourquoi, poursuivit-il, ne pas laisser tenir à chacun la conduite qui lui convient, pourvu qu’elle n’ait rien de contraire à l’ordre établi ? Jusqu’à présent, nous ne voyons rien du père Dirrag qui s’en éloigne ! Permettez-moi donc, madame, de n’être pas de votre avis jusqu’à ce que des événements justifient les idées que vous voulez me donner de ce père.

Madame C***, pour ne pas être obligée de répondre, changea adroitement le sujet de la conversation. On quitta table vers les dix heures. Madame C*** dit quelque chose à l’oreille de Monsieur l’abbé, qui sortit avec ma mère et moi et nous reconduisit chez nous.

Ce que c’est que Madame C*** et Monsieur l’abbé T***

Comme il est juste, mon cher comte, que vous sachiez ce que c’est que Madame C*** et Monsieur l’abbé T***, je pense qu’il est temps de vous en donner une idée.

Madame C*** est née demoiselle. Ses parents l’avaient contrainte d’épouser à quinze ans un vieil officier de marine qui en avait soixante. Celui-ci mourut cinq ans après son mariage, et laissa Madame C*** enceinte d’un garçon qui, en venant au monde, faillit perdre la vie à celle qui lui donnait le jour. Cet enfant mourut au bout de trois mois, et Madame C*** se trouva, par cette mort, héritière d’un bien assez considérable. Veuve, jolie, maîtresse d’elle-même à l’âge de vingt ans, elle fut bientôt recherchée de tous les épouseurs de la province. Mais elle s’expliqua si positivement sur le dessein où elle était de ne jamais courir les risques dont elle avait échappé comme miraculeusement en mettant au monde son premier enfant, que même les plus empressés abandonnèrent la partie.

Madame C*** avait beaucoup d’esprit, elle était ferme dans ses sentiments, qu’elle n’adoptait qu’après les avoir mûrement examinés. Elle lisait beaucoup, et aimait à s’entretenir sur les matières les plus abstraites. Sa conduite était sans reproche. Amie essentielle, elle rendait service dès qu’elle le pouvait. Ma mère en avait fait d’utiles expériences. Elle avait alors vingt-six ans. J’aurai l’occasion par la suite de vous faire le portrait de sa personne.

Monsieur l’abbé T***, ami particulier et en même temps directeur de conscience de Madame C***, était un homme d’un vrai mérite. Il était âgé de quarante-quatre à quarante-cinq ans, petit, mais bien fait, une physionomie ouverte, spirituelle, soigneux observateur des bienséances de son état, aimé et recherché de la bonne compagnie, dont il faisait les délices. À beaucoup d’esprit, il joignait des connaissances étendues. Ses bonnes qualités généralement reconnues lui avaient fait obtenir le poste qu’il remplissait, et que je dois taire ici. Il était le confesseur et l’ami des gens de mérite de l’un et de l’autre sexe, comme le père Dirrag l’était des dévotes de profession, des enthousiastes, des quiétistes et des fanatiques.

Madame C*** envoie Thérèse à confesse auprès de Monsieur l’abbé T***

Je retournai le lendemain matin chez Madame C*** à l’heure convenue.
- Eh bien ! ma chère Thérèse, me dit-elle en entrant, comment vont vos pauvres petites parties affligées ? Avez-vous bien dormi ?
- Tout se porte mieux, madame, lui dis-je, j’ai fait ce que vous m’avez prescrit. Tout a été bien bassiné. Cela m’a soulagée, mais j’espère au moins de n’avoir pas offensé Dieu. Madame C*** sourit, et, après m’avoir fait prendre du café :
- Ce que vous m’avez conté hier, me dit-elle, est de plus grande conséquence que vous ne pensez. J’ai cru devoir en parler à Monsieur T***, qui vous attend actuellement à son confessionnal. J’exige de vous que vous alliez le trouver et que vous lui répétiez mot à mot tout ce que vous m’avez dit. C’est un honnête homme et de bon conseil, vous en avez besoin. Je pense qu’il vous prescrira une nouvelle façon de vous conduire, qui est nécessaire à votre salut et à votre santé. Votre mère mourrait de chagrin si elle apprenait ce que je sais, car je ne puis vous cacher qu’il y a des horreurs dans ce que vous avez vu chez Mademoiselle Éradice. Allez, Thérèse, partez et donnez une confiance entière à Monsieur T***, vous n’aurez pas lieu de vous en repentir.

Je me mis à pleurer, et je sortis toute tremblante pour aller trouver Monsieur T*** qui entra dans son confessionnal dès qu’il m’aperçut.

Conseils salutaires que ce confesseur donne à Thérèse

Je ne cachai rien à Monsieur T***, qui m’écouta attentivement jusqu’au bout sans m’interrompre, que pour me demander de certaines explications sur les détails qu’il ne comprenait pas.
- Vous venez, me dit-il, de m’apprendre des choses étonnantes. Le père Dirrag est un fourbe, un malheureux qui se laisse emporter par la force de ses passions, il marche à sa perte et il entraînera celle de Mademoiselle Éradice. Néanmoins, mademoiselle, il faut les plaindre plutôt que de les blâmer. Nous ne sommes pas toujours maîtres de résister à la tentation, le bonheur et le malheur de notre vie se décident souvent par les occasions. Soyez donc attentive à les éviter : cessez de voir le père Dirrag et toutes ses pénitentes, sans parler mal des uns ni des autres. La charité le veut ainsi. Fréquentez Madame C***, elle a pris de l’amitié pour vous, elle ne vous donnera que de bons conseils et de bons exemples à suivre.

« Parlons présentement, mon enfant, de ces chatouillements excessifs que vous sentez souvent dans cette partie qui a frotté à la colonne de votre lit : ce sont des besoins de tempérament aussi naturels que ceux de la faim et de la soif. Il ne faut ni les rechercher ni les exciter, mais dès que vous vous en sentirez vivement pressée, il n’y a nul inconvénient à vous servir de votre main, de votre doigt, pour soulager cette partie par le frottement qui lui est alors nécessaire. Je vous défends cependant expressément d’introduire votre doigt dans l’intérieur de l’ouverture qui s’y trouve : il suffit, quant à présent, que vous sachiez que cela pourrait vous faire tort un jour dans l’esprit du mari que vous épouserez. Au reste comme ceci, je vous le répète, est un besoin que les lois immuables de la nature excitent en nous, c’est aussi des mains de la nature que nous tenons le remède que je vous indique pour soulager ce besoin. Or, comme nous sommes assurés que la loi naturelle est d’institution divine, comment oserions-nous craindre d’offenser Dieu en soulageant nos besoins par des moyens qu’il a mis en nous, qui sont son ouvrage, surtout lorsque ces moyens ne troublent point l’ordre établi dans la société. Il n’en est pas de même, ma chère fille, de ce qui s’est passé entre le père Dirrag et Mademoiselle Éradice : ce père a trompé sa pénitente, il a risqué de la rendre mère en substituant à la place du feint cordon de saint François le membre naturel de l’homme, qui sert à la génération. Par là il a péché contre la loi naturelle qui nous prescrit d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. Est-ce aimer son prochain que de meure, comme il l’a fait, Mademoiselle Éradice dans le hasard d’être perdue de réputation et déshonorée pour toute sa vie ? L’introduction, ma chère enfant, et les mouvements que vous avez vus de ce membre du père dans la partie naturelle de sa pénitente, qui est la mécanique de la fabrique du genre humain, n’est permise que dans l’état du mariage. Dans celui de fille, cette action peut nuire à la tranquillité des familles et troubler l’intérêt public, qu’il faut toujours respecter. Ainsi, tant que vous ne serez pas liée par le sacrement du mariage, gardez-vous bien de souffrir d’aucun homme une pareille opération en quelque sorte d’attitude que ce puisse être. Je vous ai indiqué un remède qui modérera l’excès de vos désirs et qui tempérera le feu qui les excite. Ce même remède contribuera bientôt au rétablissement de votre santé chancelante et vous rendra votre embonpoint. Votre figure aimable ne manquera pas de vous attirer alors des amants qui chercheront à vous séduire. Soyez bien sur vos gardes et ne perdez point de vue les leçons que je vous donne. C’en est assez pour aujourd’hui, ajouta ce sensé directeur, vous me trouverez ici dans huit jours à la même heure. Souvenez-vous au moins que tout ce qui se dit dans le tribunal de la pénitence doit être aussi sacré pour le pénitent que pour son confesseur, et que c’est un péché énorme que d’en révéler la moindre circonstance à personne. »

Thérèse fait une heureuse découverte en se bassinant la partie qui distingue son sexe

Les préceptes de mon nouveau directeur avaient charmé mon âme. J’y voyais un air de vérité, une sorte de démonstration soutenue, un principe de charité, qui me faisaient sentir le ridicule de ce que j’avais ouï jusqu’alors.

Après avoir passé la journée à réfléchir, le soir, avant de me coucher, je me préparai à bassiner les parties meurtries. Tranquille sur les regards et sur les attouchements, je me troussai et, m’étant assise sur le bord de mon lit, j’écartai les cuisses de mon mieux et m’attachai à examiner attentivement cette partie qui nous fait femmes. J’en entrouvris les lèvres et, cherchant avec le doigt l’ouverture par laquelle le père Dirrag avait pu enfiler Éradice avec un si gros instrument, je la découvris sans pouvoir me persuader que ce fut elle. Sa petitesse me tenait dans l’incertitude, et je tentais d’y introduire le doigt lorsque je me souvins de la défense de Monsieur T***. Je le retirai avec promptitude. En remontant le long de la fente, une petite éminence que j’y rencontrai me causa un tressaillement. Je m’y arrêtai, je frottai, et bientôt j’arrivai au comble du plaisir. Quelle heureuse découverte pour une fille qui avait en elle une force abondante de la liqueur qui en est le principe !

Je nageai pendant près de six mois dans un torrent de volupté sans qu’il m’arrivât rien qui mérite ici sa place.

Ma santé s’était entièrement rétablie. Ma conscience était tranquille par les soins de mon nouveau directeur qui me donnait des conseils sages, et combinés avec les passions humaines. Je le voyais régulièrement tous les lundis au confessionnal, et tous les jours chez Madame C***. Je ne quittais plus cette aimable femme. Les ténèbres de mon esprit se dissipaient, peu à peu je m’accoutumais à penser, à raisonner conséquemment. Plus de père Dirrag, pour moi, plus d’Éradice.

Que l’exemple et les préceptes sont les grands maîtres pour former le cœur et l’esprit ! S’il est vrai qu’ils ne nous donnent rien et que chacun ait en soit les germes de tout ce dont il est capable, il est certain du moins qu’ils servent à développer ces germes et à nous faire apercevoir les idées, les sentiments dont nous sommes susceptibles et qui, sans l’exemple, sans les leçons, resteraient enfouis dans leurs entraves et dans leurs enveloppes.

Cependant ma mère continuait son commerce en gros, qui réussissait mal. On lui devait beaucoup et elle était à la veille d’essuyer une banqueroute de la part d’un négociant de Paris capable de la ruiner. Après s’être consultée, elle se détermina à faire un voyage dans cette superbe ville. Cette tendre mère m’aimait trop pour me perdre de vue pendant un espace de temps qui pouvait être fort long : il fut résolu que je l’accompagnerais. Hélas ! la pauvre femme ne prévoyait guère qu’elle y finirait ses tristes jours, et que je retrouverais dans les bras de mon cher comte la source du bonheur des miens.

Il fut déterminé que nous partirions dans un mois, temps que j’allai passer avec Madame C*** à sa maison de campagne, éloignée d’une petite lieue de la ville. Monsieur l’abbé y venait régulièrement tous les jours, et y couchait lorsque ses devoirs le lui permettaient. L’un et l’autre m’accablaient de caresses, on ne craignait pas de tenir devant moi des propos assez libres, de parler de matières de morale, de religion de sujets métaphysiques, dans un goût bien différent des principes que j’avais reçus. Je m’apercevais que Madame C*** était contente de ma façon de penser et de raisonner, et qu’elle se faisait un plaisir de me conduire, de conséquence en conséquence, à des preuves claires et évidentes. Quelquefois seulement j’avais le chagrin de remarquer que Monsieur l’abbé T*** lui faisait signe de ne pas pousser si loin ses raisonnements sur certaines matières. Cette découverte m’humilia : je résolus de tout tenter pour être instruite de ce que l’on voulait me cacher. Je n’avais pas, jusqu’alors, formé le moindre soupçon sur la tendresse mutuelle qui les unissait. Bientôt, je n’eus plus rien à désirer, comme vous allez l’entendre.

Vous verrez, mon cher comte, quelle est la source où j’ai puisé les principes de morale et de métaphysique que vous avez si bien cultivés et qui, en m’éclairant sur ce que nous sommes dans ce monde, assurent la tranquillité d’une vie dont vous faites tout le plaisir.

Thérèse se cache dans un bosquet, d’où elle découvre les amours de Madame C*** avec l’abbé T***

Nous étions alors dans les plus beaux jours de l’été. Madame C*** se levait ordinairement vers les cinq heures du matin pour aller se promener dans un petit bosquet au bout de son jardin. J’avais remarqué que l’abbé T*** s’y rendait aussi lorsqu’il couchait à la campagne, qu’au bout d’une heure ou deux ils rentraient ensemble dans l’appartement où couchait Madame C***, et qu’enfin l’un et l’autre ne paraissaient ensuite dans la maison que vers les huit à neuf heures.

Je résolus de les prévenir dans le bosquet et de m’y cacher de manière à pouvoir les entendre. Comme je n’avais pas l’ombre du soupçon de leurs amours, je ne prévoyais point du tout ce que je perdais en ne les voyant pas. Je fus donc reconnaître le terrain et m’assurer une place commode à mon projet.

Le soir, en soupant, la conversation tomba sur les opérations et les productions de la nature.
- Mais qu’est-ce donc que cette nature ? dit Madame C***. Est-ce un être particulier ? Tout ne serait-il pas produit par Dieu ? Serait-elle une divinité subalterne ?
- En vérité, vous n’êtes pas raisonnable de parler ainsi, répliqua vivement l’abbé T*** en lui faisant un clin d’œil. Je vous promets, dit-il, dans notre promenade, demain matin, de vous expliquer l’idée que l’on doit avoir de cette mère commune du genre humain. Il est trop tard pour toucher de cette matière. Ne voyez-vous pas qu’elle accablerait d’ennui Mademoiselle Thérèse, qui tombe de sommeil ? Si vous voulez m’en croire, l’une et l’autre, allons nous coucher. Je vais finir mes heures et je suivrai de près votre exemple.

Le conseil de l’abbé fut rempli : chacun se retira dans son appartement.

Le lendemain, dès la pointe du jour, j’allai me camper dans mon embuscade. Je me plaçai dans des broussailles qui étaient derrière une espèce de bosquet de charmille orné de bancs de bois peints en vert et de quelques statues. Après une heure d’impatience, mes héros arrivèrent et s’assirent précisément sur le banc derrière lequel je m’étais gîtée.
- Oui en vérité, disait l’abbé en entrant, elle devient tous les jours plus jolie, ses tétons sont grossis au point de remplir fort bien la main d’un honnête ecclésiastique, ses yeux ont une vivacité qui ne dément pas le feu de son tempérament, car elle en a un des plus forts, la petite friponne de Thérèse ! Imagine-toi qu’en profitant de la permission que je lui ai donnée de se soulager avec le doigt, elle le fait au moins une fois tous les jours ! Avoue que je suis aussi bon médecin que docile confesseur. Je lui ai guéri le corps et l’esprit.
- Mais, l’abbé, reprit Madame C***, auras-tu bientôt fini avec ta Thérèse ? Sommes-nous venus ici pour nous entretenir de ses beaux yeux, de son tempérament ? Je soupçonne, monsieur l’égrillard, que vous auriez bien envie de lui éviter la peine qu’elle prend de s’appliquer elle-même votre recette. Au reste tu sais que je suis bonne princesse, et j’y consentirais volontiers si je n’en prévoyais pas le danger pour toi. Thérèse a de l’esprit, mais elle est trop jeune et n’a pas assez d’usage du monde pour oser s’y confier. Je remarque que sa curiosité est sans égale. Il y a de quoi faire par la suite un très bon sujet, et, sans les inconvénients dont je viens de parier, je n’hésiterais pas à la meure de tiers dans nos plaisirs. Car convenons qu’il y a bien de la folie à être jaloux ou envieux du bonheur de ses amis dès que leur félicité n’ôte rien à la nôtre.

Définition du ridicule de la jalousie

- Vous avez bien raison, madame, dit l’abbé. Ce sont deux passions qui tourmentent en pure perte tous ceux qui ne sont pas nés pour savoir penser. Il faut distinguer cependant l’envie de la jalousie. L’envie est une passion innée dans l’homme, elle fait partie de son essence : les enfants au berceau sont envieux de ce qu’on donne à leurs semblables. Il n’y a que l’éducation qui puisse modérer les effets de cette passion que nous tenons des mains de la nature. Mais il n’en est pas de même de la jalousie considérée par rapport aux plaisirs de l’amour. Cette passion est l’effet de notre amour-propre et du préjugé. Nous connaissons des nations entières où les hommes offrent à leurs convives la jouissance de leurs femmes comme nous offrons aux nôtres le meilleur vin de notre cave. Un de ces insulaires caresse l’amant qui jouit des embrassements de sa femme, ses compagnons l’applaudissent, le félicitent. Un Français, en même cas, fait le moue, chacun le montre du doigt et se moque de lui. Un Persan poignarde l’amant et la maîtresse, tout le monde applaudit à ce double assassinat.

« Il est donc évident que la jalousie n’est pas une passion que nous tenions de la nature : c’est l’éducation, c’est le préjugé du pays qui l’a fait naître. Dès l’enfance, une fille, à Paris, lit, entend dire qu’il est humiliant d’essuyer une infidélité de son amant. On assure à un jeune homme qu’une maîtresse, qu’une femme infidèles blessent l’amour-propre, déshonorent l’amant ou le mari. De ces principes sucés, pour ainsi dire, avec le lait, naît la jalousie, ce monstre qui tourmente les humains en pure perte pour un mal qui n’a rien de réel.

« Distinguons cependant l’inconstance de l’infidélité. J’aime une femme dont je suis aimé, son caractère sympathise avec le mien, sa figure, sa jouissance font mon bonheur. Elle me quitte : ici, la douleur n’est plus l’effet du préjugé, elle est raisonnable, je perds un bien effectif, un plaisir d’habitude que je ne suis pas certain de pouvoir réparer avec tous ses agréments. Mais une infidélité passagère, qui n’est que l’ouvrage du plaisir, du tempérament, quelquefois celui de la reconnaissance, ou d’un cœur tendre et sensible à la peine ou au plaisir d’autrui, quel inconvénient en résulterait-il ? En vérité, quoi qu’on dise, il faut être peu sensé pour s’inquiéter de ce qu’on nomme à juste titre un coup d’épée dans l’eau, d’une chose qui ne nous fait ni bien ni mal.
- Oh ! je vous voir venir, dit Madame C*** en interrompant l’abbé T***. Ceci m’annonce tout doucement que, par bon cœur ou pour faire plaisir à Thérèse, vous seriez homme à lui donner une petite leçon de volupté, un petit clystère aimable qui, selon vous, ne me ferait ni bien ni mal. Va, mon cher abbé, continua-t-elle, j’y consens avec joie : je vous aime tous deux, vous gagnerez l’un et l’autre par cette épreuve à laquelle je ne perdrai rien. Pourquoi m’y opposerais-je ? Si je m’en inquiétais, tu conclurais avec raison que je n’aime que moi, que ma satisfaction particulière, qu’à l’augmenter aux dépens même de celle que tu peux goûter ailleurs, et c’est ce qui n’est point : je sais faire mon bonheur indistinctement de tout ce qui peut contribuer à augmenter le tien. Ainsi tu peux, mon cher ami, sans craindre de me désobliger, houspiller de ton mieux la moniche de Thérèse, cela fera grand bien à cette pauvre fille. Mais, je te le répète, prends garde à l’imprudence…
- Quelle folie ! reprit l’abbé. Je vous jure que je ne pense point à Thérèse. J’ai voulu simplement vous expliquer le mécanisme par lequel la nature…
- Hé bien ! n’en parlons plus, répliqua Madame C***. Mais, à propos de nature, tu oublies, ce me semble, la promesse que tu m’avais faite de me définir ce que e’est que cette bonne mère. Voyons un peu comment ta te tireras de cette démonstration, car tu prétends que tu démontres tout.

Voir en ligne : Thérèse perd sa virginité (5)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean-Baptiste de Boyer Marquis d’Argens, Thérèse philosophe ou Mémoires pour servir à l’histoire du père Dirrag et de mademoiselle Éradice, publié à Londres en 1782-1783.



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