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La flagellation dans les plaisirs du mariage et dans la médecine…

De l’Utilité de la Flagellation

… et dans les fonctions des lombes et des reins



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Jean-Henri Meibomius, De l’utilité de la flagellation dans les plaisirs du mariage et dans la médecine et dans les fonctions des lombes et des reins…, Traduit du latin par Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne, Paris, 1795. (In-12).


DE L’UTILITÉ DE LA FLAGELLATION
DANS LA MÉDECINE ET DANS LES PLAISIRS DU MARIAGE
ET DES FONCTIONS DES LOMBES ET DES REINS.

Voici enfin, mon cher Cassius, le petit traité que je vous ai promis dans une orgie bachique. Vous vous convaincrez, en le lisant, que l’usage de la flagellation n’est pas aussi extraordinaire qu’il le paraît au premier coup d’oeil. Je me souviens très bien de l’engagement que j’ai pris de vous communiquer mes réflexions sur cet objet. Ce fut lorsque nous nous trouvâmes dernièrement à table chez notre ami commun Martinus Gerdesius, conseiller du prince et votre collègue, mais je ne me rappelle pas précisément à quelle occasion, je vous dis que les coups et la flagellation servaient quelquefois à la guérison de plusieurs maladies, ce qui vous parut un paradoxe. Quoi qu’il en soit, je vais vous démontrer que l’expérience a confirmé la bonté de ce remède, en m’appuyant sur l’autorité des médecins qui l’ont enseigné et pratiqué.

Titus, disciple d’Asclépiade [A] [1] qui vivait sous le règne d’Auguste, comme je l’ai dit dans mon ouvrage intitulé : Vies des médecins (livre 2, de l’âme, que les Maniaques doivent être fouettés pour leur rendre le bon sens).

Coelius Aurelianus, (livre I, des passions lentes, chap. 5), dit que les personnes attaquées de la mélancolie érotique, ou qui sont dans le délire, doivent être aussi fouettées, quand les autres moyens n’ont rien fait, et que dans plusieurs individus, cette opération a guéri l’aliénation d’esprit.

Rhasès, (livre I, de la continence, chapitre IV), d’après un célèbre médecin juif dont il invoque le témoignage, ordonne de lier la personne attaquée de la manie érotique et de la frapper à grands coups de poing ou de verges, si les autres remèdes ont été infructueux, et d’administrer ce topique à plusieurs reprises, si le bien ne s’opère pas dès la première fois ; une seule hirondelle, pour me servir de ses termes, ne faisant pas le printemps.

Antoine Gaignier pense [2] comme Rhasès, et Valescus de Tarente s’exprime ainsi [3] :

« Si le malade est jeune, il faut le frapper sur les fesses à grands coups de verges, et si l’érection ne se fait pas, l’enfermer dans un cul de basse fosse, l’y tenir au pain et à l’eau jusqu’à ce qu’il demande pardon de son invergence, et lui faire observer un régime rigoureux. »

Si nous en croyons Sénèque, (livre 6, des Bienfaits, chapitre 8), la flagellation dissipe la fièvre quarte, parce que le mouvement réchauffe et divise l’humeur âcre, épaisse et noire, qui était stagnante dans les viscères, comme le dit fort bien Juste Lipse dans ses commentaires.

Jérôme Mercurialis [B] [4] nous apprend que plusieurs médecins ont ordonné la flagellation à des personnes maigres, pour les engraisser et leur donner de l’embonpoint.

Galien [5] citant à ce sujet les stratagèmes des marchands d’esclaves, qui se servaient de ce moyen pour les faire paraître plus brillants de fraîcheur et d’embonpoint, ne laisse aucun doute sur l’efficacité de ce remède [6]. Il est certain qu’il fait gonfler la chair et attire à elle les aliments. Personne n’ignore que la flagellation avec des orties vertes a le plus grand succès pour raffermir les membres et rappeler la chaleur et le sang dans les parties qui en sont privées.

Coelius Aurelianus [7] et Thémison, (liv. I des Passions lentes), veulent que ce soit avec de la férule.

Elidaeus de Padoue [8] n’hésite pas d’ordonner la flagellation avec des orties vertes sur les membres tendres et délicats des petits enfants, pour hâter l’éruption de la petite vérole.

Thomas Campanella [C], que nous avons autrefois connu à Naples, semble mettre en avant une opinion nouvelle et inadmissible, en attribuant à la flagellation la vertu de guérir les obstructions du bas-ventre. Il raconte [9] que le prince de Venuse [10] ne pouvait aller à la garde-robe sans avoir été préalablement fustigé par un valet gagé pour remplir cette fonction, ajoutant qu’il serait dangereux de retenir sa respiration pendant qu’on se ferait administrer ce remède ; et j’en conviens.

Il est des personnes qui ne peuvent goûter les plaisirs de l’amour, si elles ne sont aiguillonnées par la fustigation. Cette cérémonie étrange les embrase des feux de la lubricité, jusqu’à les faire écumer, et fait dresser vers le ciel cette partie qui constitue la virilité, de manière que son oscillation suit le nombre et le son des coups appliqués, pour ainsi dire en cadence ; et voilà précisément ce que vous rejetiez comme une plaisanterie et une chose incroyable, quand j’en parlai la première fois. Je vais pourtant mettre en usage, mon cher Cassius, tout ce que je crois capable de vous en convaincre en m’étayant du témoignage des auteurs les plus dignes de foi, pour vous prouver que ceci n’est point une innovation, et que le caprice n’a aucune part à cet usage, et j’y joindrai les raisons et les exemples, d’après lesquels divers médecins et moi avons trouvé la chose vraisemblable. Je ne m’étendrai cependant pas beaucoup dans ce moment-ci sur la nécessité d’employer les orties vertes, pour en frapper les parties génitales.

Menghus Faventinus [11] assure qu’elles ont une propriété merveilleuse pour allonger, tendre, grossir et ériger le membre viril, qui, par une parcimonie de la nature, ferait craindre la stérilité.

Pétronne vous apprendra, si vous le consultez, combien elles sont utiles pour guérir l’impuissance, et rendre aux amants leurs forces éteintes par de trop fréquentes jouissances, en faisant parler Encolpe de cette manière :

« Cette partie de mon corps, par laquelle j’étais autrefois un Achille, était alors entièrement morte et plus froide que la neige et semblait s’être retirée au fond de mes entrailles, sillonnée de mille rides. Ma verge ressemblait à du cuir détrempé dans de l’eau, etc. »

Je ne fais ici que transcrire l’auteur qui continue ainsi :

« Enothée, prêtresse de Priape, lui ayant promis de la lui rendre aussi dure que de la corne, mêle du cresson alénois avec de l’avrône, en forme un onguent qu’elle applique sur ses testicules, et armant ses mains d’une poignée d’orties vertes, l’en frappe légèrement au-dessous du nombril, sur les reins et sur les fesses. »

Mais pour revenir à la grande et véritable flagellation, écoutons ce que raconte à ce sujet Jean Pic, comte de la Mirandole [D], qui vivait, il y a 150 ans. Il fait ainsi, (livre 3, chap. 27, de son ouvrage contre les astrologues), l’histoire d’un de ses amis :

« Je connais, dit-il, et il existe encore, un homme dont le tempérament amoureux et les excès n’ont peut-être jamais eu d’exemple. Il ne peut caresser une femme, malgré la violence de ses désirs, s’il n’est auparavant fustigé. En vain sa raison lui fait regarder comme un crime ce raffinement de volupté, sa fureur pour ce cruel plaisir est telle qu’il encourage lui-même, et accuse de mollesse et de lâcheté celui qui le fouette, lorsque la fatigue ou la pitié lui font ralentir ses efforts. Le patient n’est au comble de ses plaisirs, qu’en voyant ruisseler le sang dont une grêle affreuse de coups a couvert les membres innocents du libertin le plus effréné. Ce malheureux réclame ordinairement pour ce service, avec les plus instantes supplications, la main de la femme avilie dont il veut jouir, lui donne lui-même les verges qu’il a fait tremper dès la veille dans le vinaigre, et lui demande à genoux la faveur insigne d’être ainsi déchiré. Plus elle frappe avec violence, plus elle acquiert de droits à son amour et à sa reconnaissance, en lui rendant des feux qu’il n’avait plus, jusqu’à ce que la dernière période de la souffrance et l’épuisement total de ses forces, lui fassent goûter la plénitude de la volupté en égale proportion. Trouvez un seul homme pour qui le comble de la douleur, et cette espèce de torture doivent être celui du plaisir, et si d’ailleurs il n’est pas entièrement corrompu, lorsque, de sang-froid, il connaîtra sa maladie, il rougira de ses excès et les détestera. »

Jusqu’ici, c’est Pic de la Mirandole qui a parlé, mais la même chose est rapportée par Thomas Campanella déjà cité, et Jean Névisan [E] (livre I de ses Sylves Nuptiales, art. 130). Si je ne me trompe, l’homme dont parle Coelius Rhodiginus [F] (livre 2, chap. 15 de ses anciennes leçons), avait ce goût-là de commun avec l’ami de Pic de la Mirandole ; et d’après Coelius, André Tiraqueau [G], art .V de son Traité des lois du Mariage. Mais écoutons Coe1ius [12].

« Des personnes dignes de foi, dit-il, assureront avoir connu, il y a quelques années, un homme qui, par un contraste bien étonnant et qu’on aura peine à croire, joignait au physique le plus froid et le plus inhabile aux plaisirs de Vénus, l’imagination la plus érotique et le génie le plus ardent. Il n’avait d’aptitude, de chaleur et de force pour la lutte amoureuse, qu’à proportion des coups de verge qu’il avait reçus, et vous n’eussiez pu savoir lequel lui causait le plus de volupté, ou de la volupté elle-même, ou de la douleur qui en était la source et l’agent : à moins que la juste proportion de la seconde ne le conduisit à la perfection des délices de la première. Il s’abaissait jusqu’aux prières pour être frappé de verges qu’il avait fait durcir, depuis la veille, dans du vinaigre. La rage qu’allumaient en lui les désirs, le portait à accabler de reproches et d’injures celui qu’il avait chargé de cet office, dès qu’il frappait trop mollement, et lui faisait remarquer comme imparfaite, infructueuse et nulle, toute séance qui n’était pas terminée par une effusion de sang. Cet homme est, je crois, le seul qui, également avide de plaisirs et de souffrances, ne savourait l’un qu’au moyen de l’autre, et pour qui les plaies les déchirements et l’effusion de sang fussent et le prélude et le complément des titillations et de la jouissance. »

Othon Brunsfels [H] médecin célèbre, dans son Onomastic. Medic., rapporte l’anecdote suivante : de son temps vivait à Munich, résidence des ducs de Bavière, un homme qui ne pouvait s’acquitter envers sa femme du devoir conjugal s’il n’était pas auparavant fustigé à toute outrance.

Un fait qui s’est passé sous nos yeux tout récemment et à Lubeck même, vient à l’appui de ce que j’ai déjà raconté.

Un citoyen de cette ville, marchand de beurre et de fromage, demeurant sur la place des moulins, fut, entre autres crimes dont on le chargeait, accusé d’adultère, dénoncé aux magistrats et le procès fait, condamné au bannissement. Une fille de joie avec laquelle cet homme avait depuis longtemps un commerce libertinage, traduite devant les sénateurs chargés de la justice criminelle et qu’on nomme die Gerichts herren, avoua qu’il n’avait jamais été habile à consommer l’acte de la génération, sans être auparavant fustigé, et qu’après une première course, il lui était impossible d’aller plus loin, si elle ne réitérait l’opération douloureuse et salutaire en doublant la dose [13]. Le coupable nia d’abord le fait ; mais pressé par des interrogatoires fréquents et sévères, il fut contraint de tout avouer. J’ai pour garants de la vérité de cette anecdote, les juges eux-mêmes, Thomas Storning et Adrien Moller, mes amis, et qui, comme vous le savez, vivent encore. Il y a très peu de temps qu’une personne occupant une des premières places à Amsterdam, fut accusée d’avoir une liaison de débauche avec une fille que pourtant il ne pouvait exploiter sans avoir été préalablement excité par une ample flagellation. L’affaire ayant été portée devant les tribunaux, la perte de son emploi fut le châtiment de sa lubricité, et longtemps après son aventure, il était encore la fable de la ville.

Ainsi, vous ne voudrez, ni ne pourrez, je crois, vous refuser à l’évidence des preuves dont je m’environne pour vous persuader. Tâchons donc de rendre raison, s’il est possible, d’une chose qui paraît, au premier coup d’oeil, si extraordinaire.

Si vous consultez les astrologues, ils allégueront l’influence des astres, et diront qu’une puissance occulte et particulière du ciel, est l’unique cause de cette manie aussi extraordinaire que dépravée de certains êtres. Ils vous diront sans doute, avec Pic de la Mirandole, que la planète de Vénus présidant à la conception de l’homme a été croisée et pour ainsi dire frappée par les rayons opposés d’un autre astre, dont elle a contracté la malignité.

Francisc. Junctinus [J] [14] fait sur cela un très long commentaire ; mais le ciel et les astres étant des causes universelles, et ne pouvant produire dans tel ou tel autre individu des effets si particuliers, Pic de la Mirandole les rejette avec raison et cherche une cause plus immédiate. Il attribue donc le goût dépravé de son ami à une longue habitude, et continue ainsi son histoire :

« Lui demandant l’origine d’une passion aussi inouïe, il me répondit qu’il la devait à un enfant. Ce début piquant de plus en plus ma curiosité, sur les instances réitérées que je lui fis, pour qu’il m’en développât davantage les causes principales et accessoires, il ajouta qu’il avait passé ses premières années de collège avec des enfants très débauchés, parmi lesquels le plaisir de se fouetter était très commun et qui attachaient un certain prix à se rendre réciproquement ce service qui prostituait leur pudeur. »

Coelius est du même avis que Pic de la Mirandole, dont il n’a fait que copier l’anecdote, en adoptant son opinion sur les causes de cet étrange dérèglement.

« Ce qui n’est pas moins surprenant, ajoute ce dernier, c’est que cet homme connaissait toute la turpitude de cette habitude infâme et bizarre, la détestait sincèrement et la réprouvait avec toute la sévérité d’un juge inflexible ; mais la force de l’habitude l’emportant sur sa raison, il se livrait à son invincible penchant, dans l’instant même qu’il le condamnait. Cette habitude s’était invétérée et avait jeté des racines d’autant plus profondes, qu’elle avait été contractée dès l’âge le plus tendre, et s’était considérablement accrue par les charmes du plaisir qu’il avait trouvé à se fouetter, dans le commerce criminel de ses camarades. Exemple frappant de l’importance de l’éducation, qui montre combien elle est précieuse et combien elle décide de nos moeurs et de notre condition, pour le reste de la vie. »

J’avoue, lui dis-je, que l’habitude est si puissante qu’elle devient, pour ainsi dire, une seconde nature. Aristote [15] l’a dit, et Ennius après lui l’a répété dans ces termes :

« Un long usage devient coutume ; cette coutume s’accroît par les réflexions, devient habitude, et cette habitude, par succession de temps, devient enfin pour les hommes une seconde nature. »

Galien, (dans son traité de l’habitude, chap. 2 et 3), a démontré avec beaucoup d’élégance, avec quelle force et quelle tyrannie l’habitude maîtrise toutes nos actions en l’appelant une seconde nature [16]. Peut-être aussi que, dans le fait mentionné dans Coelius et Pic de la Mirandole, l’habitude a pu, par succession de temps, faire beaucoup à la chose ; mais il n’en est pas de même des hommes de Munich et de Lubeck, cités par Brunsfels et moi. Pourquoi, dit Campanella, qui a déjà parlé plus haut, l’ami de Pic de la Mirandole est-il le seul des compagnons de ses premières fredaines, qui en ait conservé le souvenir et la dangereuse habitude, et pourquoi ceux-ci n’ont-ils pas la même ardeur que lui pour la fustigation ?

Les effets et les vices d’une habitude quelconque sont uniformes et doivent être particuliers à chacun des individus qui l’ont adoptée. Il n’est pas vraisemblable que ceux dont nous avons parlé, se soient ainsi prostitués dès leur première enfance, en cherchant à se faire une faible image des plaisirs qu’ils ne connaissaient pas, par des flagellations réciproques.

Je félicite au contraire notre vertueuse Allemagne d’ignorer ces raffinements honteux de la débauche, ces pollutions, ces attouchements impurs et scandaleux entre les enfants d’un même sexe ; ou quand, par hasard, quelqu’un s’en est rendu coupable (si tant est qu’on en puisse citer un exemple) d’en punir sévèrement les auteurs et en effacer l’opprobre au milieu des flammes. Quintilien, dans sa déclamation pour le soldat Marianus dont un tribun avait voulu faire son Ganymède, s’exprimait ainsi jadis, en parlant de nos ancêtres : « Les Germains ne connaissent pas même le nom de ce crime abominable, et l’on vit plus saintement sur les bords de l’Océan [17]. » Nous en avons parlé plus amplement dans nos commentaires sur le serment d’Hyppocrate, (chap. 19).

L’influence des planètes et celle de l’habitude n’étant point capables de donner à la flagellation la vertu d’exciter à l’amour, voyons enfin à lui chercher une autre cause plus directe et plus naturelle : il faut donc pour cela reprendre les choses de plus haut, et remarquer premièrement que cette flagellation ne se fait que sur le dos ; vérité dont la déposition de la courtisane de Lubeck et autres ne permettent pas de douter ; les parties génitales de l’homme étant de nature par leur délicatesse et leur extrême sensibilité, à ne pouvoir endurer des coups de verges, et à plus forte raison jusqu’à l’effusion de sang. C’est donc ordinairement sur le dos que se fait cette opération.

Les lombes occupent la plus grande partie du dos. Cette partie a pour base cinq vertèbres qui, placées au-dessous de celles de la poitrine, se prolongent et aboutissent à l’os sacrum. Elles sont couvertes au dehors de muscles et d’une peau épaisse et grasse, et au dedans des muscles qui l’enveloppent et forment sa partie haute, nommés par les Grecs psoas, d’un muscle de même nom, et par les latins pulpa (de palpare). Ils soutiennent les reins de droite et de gauche, remplissent, par leur étendue, l’espace de quatre vertèbres et se joignent à la veine cave et à la grande artère. De la veine cave et de la grande artère, les reins [18] reçoivent les grands vases, qu’on nomme émulgents, spermatiques ou lombaires. Il y en a un de chaque côté. Viennent ensuite la veine et l’artère dont les ramifications s’étendent sur toute la substance de ces vases. À droite de la veine cave et sous l’émulgente, la veine droite séminaire prend naissance, et l’artère séminaire qui, partant de la grande artère, descend dans le testicule droit. À gauche, l’artère séminaire descendant du tronc de la grande artère, et la veine séminaire de la veine gauche émulgente, se rendent dans le testicule gauche. Ces parties sont composées d’une infinité de nerfs qui prennent leur source dans la moelle de l’épine, et par lesquels les sucs contenus dans les vertèbres sont filtrés dans les reins dont ils pénètrent non seulement l’enveloppe, mais encore la substance. De la cavité des reins, les canaux uretères se prolongent jusqu’à la vessie à laquelle ils sont attachés.

Toutes ces parties ayant la même tâche à remplir dans l’acte de la génération, on les a désignées sous la dénomination de lombes, et c’est le sentiment de Marsilio Cagnati [K], (livre 4, chapitre 7 de ses diverses leçons). Les auteurs ont fait d’assez exactes recherches sur les fonctions assignées à chacune de ces parties, savoir les os, les muscles, les reins et les vases, et tous sont d’accord. Cagnati [19] dit qu’elles concourent, chacune selon son emploi, à élaborer la semence et perfectionner l’ouvrage de la génération, suivant les lois immuables de la nature, Jérôme Montuus [20] et André Tiraqueau, le plus célèbre de vos jurisconsultes, (livre 15, de son traité de la loi des mariages, art. 40, 41 et 42), sont du même avis après l’examen le plus scrupuleux de cet objet. Consultez l’Écriture sainte, toute l’antiquité, les auteurs sacrés et profanes, tous n’ont qu’une voix sur la destination des lombes, des reins et des flancs. Plusieurs passages de l’Écriture sainte nous prouvent que les lombes sont les instruments de la génération. On lit dans la Génèse, (chap. 35, verset XI) : « des rois sortiront de vos lombes ». Dans l’épître de St. Paul aux Hébreux, (chap. 7, vers. 5) : « vous êtes les enfants d’Abraham et sortis de ses lombes », et (verset 10) : « Lévi sortit du même endroit ».

Basile le grand, (dans son commentaire sur Ésaïe, chap. XVI), dit que dans plusieurs passages de l’Écriture, l’expression de lombes est employée pour désigner les membres servant à la génération.

Origène [L], (Homélie I), commentant le verset 109, psaume 37 : « mes lombes sont remplis d’illusions », l’explique ainsi :

Les lombes étant les réservoirs de la semence, le psalmiste indique la nature du péché, en se servant du nom de la partie qui sert à le commettre. L’expression de ceindre ses reins était passée en proverbe chez les Hébreux, pour signifier la continence et l’éloignement des voluptés charnelles. Jehovah, livre de Job [21] dit en y faisant allusion : « Ceins tes reins comme un homme courageux », c’est-à-dire réprime la luxure en homme courageux.

Isidore [M] (livre XI, chap. I de ses Origines), dit qu’il faut l’interpréter ainsi : que le moyen de résister et le préservatif contre la luxure doit être appliqué aux parties dont la rébellion et la complexion brûlante nous portent à ce crime. Voyez Suidas, au mot Psoa.

Saint Jérôme (dans son commentaire sur Nahum, chap. II, v. I), parle ainsi : « Regarde ton chemin, affermis tes lombes et arme-toi de courage ».

Saint Mathieu, (chap. 3, vers. 4), dit en parlant de St.-Jean-Baptiste : « Il portait une ceinture de peau autour des reins ». St. Grégoire de Nazianze, (discours 42), et Nicétas (dans ses commentaires sur idem), nous disent la même chose. C’est aussi dans le même sens qu’il faut interpréter Esaïe [22], Jérémie [23], St. Paul [24] et Salomon qui dit en parlant de la femme forte et chaste : « elle a ceint ses lombes de courage » [25]. St.-Pierre [26] dit « ceindre les reins de son âme », ce que Montuus, déjà cité, traduit par « écarter de son âme toute pensée impure et lascive. » Si je ne me trompe, les Romains ont fait allusion à ces allégories, lorsqu’ils ont dit, être ceint, porter la ceinture, pour désigner la sagesse, la modestie et la pureté virginale, et délier sa ceinture, pour être, au contraire, l’emblème de la dissolution des moeurs, comme je l’ai plus amplement décrit dans la vie de Moecènes.

On observe encore aujourd’hui dans les Gaules l’usage de ceindre d’un ruban, cordon ou écharpe de soie, ceux à qui l’on décerne le triomphe littéraire, et qu’ils portent comme un monument glorieux des talents qui les distinguent du vulgaire. Ce qui, selon François Ranchin [27], dénote surtout dans les médecins, la nécessité d’être chaste. La ceinture annonce la contraction des reins, leur inaction, et partant la sagesse qui réprime la rébellion et l’effervescence des lombes qui nous portent à la débauche. C’est ce qui a fait croire aux anciens que Diane, déesse de la chasteté, portait toujours une ceinture. La délier était chez eux le premier effet du mariage, et annonçait la désertion de la fleur virginale [28] et cette commission était donnée à l’époux.

La ceinture ayant de tout temps été l’emblème de la virginité, une femme ne doit plus la porter. Nos élégantes et nos impures nous en imposent donc bien effrontément, en ceignant leurs tailles, même à 40 ans, d’un large ruban bleu, noir, aurore ou coquelicot. C’est ainsi que la manie des modes nous fait perdre de vue, lors même qu’elle conserve celles que nous avons reçues des anciens, leur sagesse qui cachait toujours des maximes de morale et des emblèmes de vertu dans tout ce qu’ils adoptaient, pour tous les détails qui ont rapport à la vie et au vêtement.

Aëtius [29] dit [30] que les plaisirs du mariage sont funestes à ceux qui ont les reins ou les lombes faibles, et nommés pour cela Elumbes, c’est-à-dire éreinté, érené.

Eustathe a fait passer ce mot en proverbe, en disant efflanqué comme un âne de Mysie. Elumbis, qui se erigere non potest. En italien, dilumbato ; en espagnol, flaco ; en anglais, he that hath feble loynes. Hadrianus Junius, (cent. 6 ad. 48), donne le nom d’âne de Mysie aux éreintés ; ce qui a fait dire à Pétronne que les personnes ruinées par leurs fréquents sacrifices à Vénus, ont les reins lâches, c’est-à-dire sans ceinture. « Encolpe, dit-il, avait publié partout qu’il avait la goutte et les reins de la plus grande faiblesse. » Catulle, (épigramme XVI), parle de ceux qui ne peuvent donner un mouvement souple et facile à leurs lombes endurcis. Et Martial, au contraire, (livre 5, épigramme 79), dit : « donner à ses lombes souples et lascifs un tremblement voluptueux. »

L’auteur anonyme de l’épigramme XVIII du Priapeia, s’exprime ainsi : « Quand la courtisane Téléthuse agitera-t-elle voluptueusement sur toi ses reins souples et lubriques ? »

Le mot fluctuare peint le mouvement d’oscillation et la manière de s’agiter et de se soulever de bas en haut, comme les flots, en grec, ricnoustai, en latin crissare [31].

C’est de là qu’on a donné le nom de ricnoma à une sorte de danse grecque fort lascive [32]. Telle est de nos jours celle que nous appelons la bergamasque, qui ne se danse que sur les théâtres, ou par des personnes masquées. Juvénal paraît y faire allusion, lorsqu’il parle, (satyre 2), des jeunes Romaines, dont on applaudissait l’adresse à se laisser doucement aller à terre, en agitant leurs fesses avec un tremblement voluptueux.

Arnobe, (livre 2) : « Une troupe lubrique formait des danses dissolues, sautait en désordre et chantait, tournait en dansant et à certaine mesure, soulevant les cuisses et les reins, donnait à leurs fesses et à leurs lombes un mouvement de rotation qui aurait embrasé le spectateur le plus froid [33]. » Voyez dans les Lettres grecques celle qui est intitulée, Megara à Bacchides sur la Thryallide.

Perse fait allusion à cette danse, lorsqu’il dit des vers licencieux qui remplissent l’esprit de l’auditeur des idées les plus voluptueuses :

« Qu’il fait beau voir là nos grands de Rome s’agiter de lascive manière, et murmurer d’une voix tremblante, lorsque ces vers libidineux pénètrent jusqu’au siège des plaisirs (les lombes) et qu’une molle prononciation chatouille leurs sens ! »

Juvénal, (satyre 6, vers 314), dit, en parlant des flûtes des prêtresses de la bonne déesse :

« On sait à présent ce qui se passe aux mystères de la bonne déesse, quand la flûte agite ces ménades, et fait trembloter voluptueusement leurs reins ; lorsqu’également ivres de sons et de vin, elles laissent voler leurs cheveux en tourbillons et invoquent Priape à grands cris. »

Isidore prétend que mot lombe, lumbus, vient de libido, désir, parce que c’est dans les lombes que résident chez les hommes la cause de leurs désirs et l’aiguillon de la volupté.

Nicolas Perrot, dans son ouvrage intitulé Cornucopia [O] leur donne la même étymologie. Il fait dériver lumbi de lubendo, en intercalant une lettre, comme on le pratique assez ordinairement : ainsi de cubo on fait cumbo ; de pago, pango ; de grago, frango, etc. Voyez le savant Matth. Martinius, dans son lexicon etymologicum.

Les lombes et les reins qui en forment la plus grande partie ont tous deux les mêmes fonctions, pour peu que vous fassiez attention à leur conformation. On voit dans le livre des Rois, (ch. 7 v. 12), qu’ils servent à la génération. « Le fils qui est sorti de tes reins. »

Tertullien [P] dans son traité de la résurrection de la chair, nomme les reins « les réservoirs de la semence ».

Le prêtre Hésychius (ou autrement dit, par corruption, Isicius) dans ses commentaires sur le Lévitique, (liv. I), dit que les reins sont les dispensateurs de la liqueur séminale dans le coït ; et plus loin : « c’est dans les reins que se forment et se conservent les fluides destinés il la génération. »

St.-Augustin, (psaume 7, v. 2), dit que par les reins, on entend les plaisirs de l’amour.

St. Jérôme commentant Nahum, dit que tout ce qui a rapport au coït émane du ministère des reins, et répète à peu près la même chose (dans son commentaire sur Ézéchiel, chap. 16).

On lit dans Jérémie [34] et dans l’Apocalypse [35], « sondant les reins et les coeurs » : ce que Nicolas de Lyre [Q] explique par, examinant et punissant nos concupiscences et nos mauvaises pensées, l’Écriture sainte désignant par le coeur, nos pensées, et par les reins, les mouvements de la chair. C’est par cette raison que David [36] prie le Seigneur de brûler ses reins et son coeur, expression adoptée par l’Église dans ce passage d’un hymne :

« Brûlez nos reins et nos coeurs, ô mon Dieu, du feu de l’Esprit saint, afin que nous vous servions purs et chastes de corps et de coeur, et que nous nous rendions dignes de votre amour par l’innocence de notre vie. »

On voit dans l’Exode (XII, v. 2), qu’il était prescrit aux Israélites qui mangeaient l’agneau pascal, de ceindre leurs reins, et tous les théologiens s’accordent à entendre par là qu’ils devaient se garder de toute action et pensée charnelle.

Ausonne, (épigramme 13), dit, « se servir de ses reins », pour se livrer à la volupté : « Sers-toi de tes reins. » On dit chez nous, en badinant, que ceux qui sacrifient à la déesse de Cythère, purgent leurs reins.

Hyppocrate, (dans son traité des maladies internes), Aristote (dans ses problèmes [37]), Galien [38], Aëtius [39], dans Tétrabiblos, Avicennes [40] [R], et quantité d’autres médecins, nous apprennent que les jouissances trop fréquentes ruinent les reins ; ce qui a fait dire à Fulgence [S] dans sa mythologie [41] que les reins sont consacrés à Vénus.

Fulgence, (liv. 5 de sa mythologie), dit dans la fable de Thétis et Pelée, d’après la physiologie de Démocrite, que les payens avaient consacré chaque partie de notre corps à une divinité particulière : la tête à Jupiter, les bras à Junon, les yeux à Minerve, la poitrine à Neptune, la ceinture à Mars, les reins à Vénus, et les pieds à Mercure [42].

Varron, celui des Romains qui avait le plus d’érudition, au jugement de Quintilien [43], si vous voulez remonter à la source pour trouver la véritable étymologie du mot, fait dériver Renes du grec Upo tou rein, c’est-à-dire « ruisseaux d’où coule l’humeur obscène », nom qu’il donne au fluide séminal, ne vous y trompez pas, si nous devons en croire Isidore [44] et Lactance [45]. Il ne faut donc pas entendre par humeur obscène, cette sérosité saline contenue dans la vessie, ainsi que plusieurs l’ont cru. Isidore expliquant Varron, dit que les veines et la moelle de l’épine, filtrent dans les reins une liqueur claire et subtile qui, détachée et provoquée par la chaleur que communique l’acte vénérien, descend des reins dans les testicules, et personne ne peut, avec un peu de bon sens, imaginer qu’il s’agisse ici de l’urine.

Les Hébreux, par le mot reins, désignant la concupiscence, emploient deux mots qui signifient en français désirer ardemment. Les reins étant situés dans les lombes, vers les parties latérales de la région supérieure du bas-ventre, on les a cru nécessaires à la génération.

Dans Ovide, (livre I des amours, Élégie XII), la plus chaste des femmes, ou du moins qui passait pour telle, voulant éprouver la vigueur de ses prétendants, leur montre un arc et leur ordonne d’essayer de le bander.

« Pénélope éprouvait la force de ses amants en les défiant de bander un arc de corne, afin de voir celui d’entr’eux qui avait les reins les plus forts. »

Pénélope le dit elle-même, dans l’épigramme 69 du Priapeia, où le poète la fait parler ainsi à ses galants assemblés.

« Personne ne bandait mieux que mon cher Ulysse, l’arc que je vous présente, soit l’effet de la force des reins (laterum) ou de l’adresse. Puisque je l’ai perdu, essayez de le bander, et celui que je trouverai vraiment homme, mâle et vigoureux et digne de le remplacer, sera mon époux. »

Martial, (liv.VII, épig. 57), dit : essayer ses reins, pour éprouver ses forces aux combats de Vénus.

Ovide, (liv. II, élégie 10 des amours), dit : « donner de la force aux reins » pour « exciter à la volupté ».

« La volupté donnera à mes reins tout ce qui peut ranimer mes forces. »

Apulée, (livre VIII), appelle industrie, souplesse des reins, l’avantage précieux d’une vigoureuse construction, pour la lutte amoureuse. Parlant des débauches des prêtres de la déesse Syrienne, « ils amènent, dit-il, souper avec eux , un paysan d’une taille et d’une force de reins extraordinaires. »

Juvénal et Ovide disent : ménager ses reins, s’abstenir des plaisirs de l’amour. Le premier, (sat. VI), dit en parlant d’un Catamite [46] :

« Que ne laisses-tu dormir auprès de toi cet enfant soumis, paisible et désintéressé, cet enfant qui jamais ne te reproche d’avoir ménagé tes flancs, et de ne pas le caresser autant qu’il le désirerait. »

Et le second, (livre II, de l’art d’aimer) :

« Ne ménagez pas vos flancs, c’est d’eux que dépendent la fidélité de votre maîtresse, la paix et le bonheur de vos amours. »

Martial, (livre XI, épigramme 105), emploie l’expression de « rompre ses reins », pour fournir trop souvent la carrière amoureuse.

« Et tu prolonges jusqu’au grand jour les transports libidineux qui épuisent et rompent tes reins. »

Et plus loin, (Livre XIII, épig. 99) :

« Bassus, tu te romps les reins, mais avec des jeunes gens bien fournis de poils. »

Tibulle ou quelqu’autre auteur, dans ses Iambes à Priape, s’exprime ainsi :

Dans mes vaisseaux enflés, la liqueur prolifique
Trop longtemps ménagée, irrite mes transports,
Et rien ne peut calmer ma fureur érotique
Que la tendre Vénus, secondant mes efforts,
Sur le sein d’une belle amoureuse et lubrique,
N’ait, en brisant mes reins, dégagé leurs ressorts.

Pétronne, (dans sa satyre), dit, arracher les flancs :

Je craignais que Giton ne m’arrachât les flancs.

Il donne en plusieurs endroits, aux flancs de ceux qui se sont ruiné le tempérament, les épithètes de fatigués, invalides, épuisés, desséchés et morts.

Ovide, (livre III, des amours, Élégie X), dit :

« J’ai vu sortir de chez vous, votre adultère épuisé, traînant à peine ses flancs desséchés et sans vie. »

Catulle, (Épigramme 7) :

« Pourquoi ne nous montres-tu pas tes flancs épuisés. »

Priape, s’exprime ainsi, (Épigr. 25 du Priapeia), déjà cité :

« Vous voyez comme je suis arrangé et dans quel état déplorable la débauche m’a conduit. Je suis absolument ruiné, pâle et décharné. Mes flancs sont entièrement épuisés, une toux affreuse m’arrache la poitrine et je crains de cracher ma vie avec cette salive dangereuse. »

Suétone, dans la vie de Caligula, (chap. 37), dit que Catulle, jeune homme de maison consulaire, reprocha à ce monstre de lubricité « d’avoir assouvi sur lui sa brutale passion et de lui avoir épuisé les reins par ses criminels embrassements. »

Dans Apulée, (livre VIII), le jeune homme qui servait aux plaisirs infâmes de la déesse Syrienne, dit à l’âne qui venait le remplacer dans cette fonction :

« Puisses-tu vivre longtemps, plaire à tes nouveaux maîtres, et me donner le temps de réparer mes forces et mes reins qu’ils ont épuisés. »

Tous les passages que j’ai déjà cités rendent la chose aussi claire que les rayons du soleil dans un beau jour d’été, pour me servir ici des expressions de Plaute.

Nous ne pouvons donc regarder comme nouvelle et suspecte, une opinion adoptée et conservée par le suffrage unanime de toute l’antiquité et le témoignage des saintes Écritures, que les lombes, les parties voisines, et les reins sont les instruments de la génération. Or une chose généralement reconnue et avouée des savants, comme disent vos jurisconsultes, mon cher Cassius, ne peut être absolument fausse. Il n’y a de probable, dit Aristote, (liv. I de ses topiques, chap. I, texte 7), que ce qui paraît tel à tout le monde ou au plus grand nombre, et surtout, à ceux dont on connaît la prudence et le génie, et qui se sont illustrés par les profondes connaissances. Il est donc important d’en chercher la raison avec la plus scrupuleuse attention, et d’établir, quand nous l’aurons trouvée, comment les coups de verges appliqués sur le dos ou sur les lombes, subtilisent, embrasent les esprits et nous rendent habiles à savourer les délices de la jouissance [47].

Marsilius Cagnatus et Montuus attribuent tout aux lombes, puisqu’ils sont composés des parties ci-devant détaillées, c’est-à-dire, des vertèbres, des muscles, des reins, des veines, des artères et des nerfs, en donnant néanmoins le premier rang aux veines et aux artères spermatiques qui fournissent la matière de la semence, contiennent le fluide qui commence à blanchir et à s’épaissir, est déjà sperme, ou va le devenir, et de là le transmettent dans les testicules. Ce fluide étant trop abondant dans les veines et les artères, s’y trouvant gêné, et cherchant à se répandre au-dehors, excite des picotements agréables, le prurit vénérien, des irritations, le besoin de s’en décharger et des pollutions nocturnes, surtout chez les personnes qui, se couchant sur le dos, communiquent trop de chaleur aux parties génitales. Barth, Montagnana [48], le philosophe Nemesius [T] [49], Joh. Matthæus [50], Garyopontus, médecin latin moderne [51], et Senner [U] [52], notre professeur et notre ami, homme respectable, lorsqu’il vivait, Pierre Lauremberg, (in Procestriis annotat. anat. Lib I cap. IV), et enfin Gaspard Hoffmann, disent tous la même chose, quoiqu’ils ne s’expliquent pas de la même manière.

B. Montagnana, dit en examinant un passage d’Avicenne [53], qu’il faut remarquer pourquoi ce médecin attribue l’impuissance à la faiblesse des reins ; et après avoir dit que la matière séminale acquérait le dernier degré de perfection, en raison du degré de chaleur et de force répandues dans les testicules, il ajoute qu’elle doit nécessairement être préparée dans les régions supérieures, dans les parties où la digestion se fait le plus promptement, comme dans le foie et les reins, et par conséquent ou plus éloignée ou plus rapprochée, suivant la constitution de chaque individu. Il conclut enfin qu’il est impossible que la véritable semence se forme et acquière toutes les qualités requises, si les parties où elle doit s’élaborer, c’est-à-dire le foie et les reins, sont vicieuses, mal organisées et n’ont pas entre elles un ordre et une connexion uniformes.

Nemesius croit que les reins n’épanchent dans les testicules qu’une sérosité saline qui n’excite seulement dans ces parties que le prurit et la chaleur du désir, et remplissent ainsi leur ministère dans l’acte de la génération. « Les reins, dit-il, servent à épurer le sang, et ne sont dans le coït qu’une cause irritante et secondaire. » Les veines qui se rendent dans les didîmes, puisent dans les reins un acide qui irrite le désir, de même que les humeurs âcres qui se glissent entre cuir et chair, y causent des démangeaisons. L’enveloppe de ces corps glanduleux étant plus tendre et plus délicate que la peau du reste du corps, cet acide irrite et aiguillonne plus vivement les organes de la volupté, et c’est cette âcreté mordicante qui procure les pensées lascives, provoque la fureur amoureuse et opère l’éjaculation de la semence. Voilà mot pour mot ce que dit Isidore ci-dessus cité, et Joh. Matthæus ne diffère de lui, qu’en ce qu’il attribue plus de faculté au rein gauche qu’au droit : « la veine gauche séminaire, dit-il, étant placée avec l’émulgente, près du rein gauche, fournit un sang mêlé d’une substance aqueuse et salée, qui occasionne le prurit, et sert de stimulant à la jouissance. »

Lauremberg donne aux reins l’emploi de la génération, et ne s’explique pas autrement que Garyopontus.

Il définit les reins un tissu de muscles et de nerfs étroitement liés aux corps caverneux qui contiennent une liqueur séminale. Il leur attribue l’opération de la spermatose, et croit que c’est en eux que le fluide régénérateur est contenu et élaboré. C’est aussi l’opinion de Sennert, quoiqu’il en donne une toute autre raison, en s’expliquant plus clairement et d’une manière qui approche plus de la vérité anatomique que celle de Garyopontus, qui ne paraît pas la connaître beaucoup. Sennert dont l’exemple est suivi par Hoffmann, prétend que les reins ne servent pas seulement à communiquer une irritation voluptueuse aux parties de la génération, mais encore à perfectionner le fluide séminal et à le transmettre. Il infère de là, premièrement que les reins ont un parenchyme particulier, qui ne diffère pas beaucoup de la substance du coeur et du foie, et c’est aussi le sentiment d’Arétée [54].

On ne peut refuser à ce parenchyme particulier la faculté que lui donne Gallien [55] d’élaborer le sang, faculté qui lui est commune avec le parenchyme de tous les autres vaisseaux. Kariesatos et Jean Beverovicius, (chap. 2 de son livre sur la pierre de la vessie), l’ont démontré d’une manière évidente. La veine émulgente étant la plus considérable de celles qui prennent naissance dans la veine cave, et voiturant dans les reins plus de sang qu’il n’en faut pour les alimenter, et l’artère étant aussi trop grande pour filtrer et dépurer les sérosités, il est vraisemblable que la nature qui ne fait rien sans dessein, n’a donné tant de capacité à ces vases, que pour les faire concourir à ses vues, dans une opération particulière. Il conclut donc que cette opération n’a d’autre but que de porter dans les reins le sang des artères qui, se mêlant ensuite dans leur substance avec le sang des veines et y changeant de nature, forme la base de la composition de la semence qui descend ensuite dans les testicules. Ce qui confirme l’opinion de Sennert, c’est que des diverses conformations des reins et des vases dans lesquels la nature se plaît à créer des bizarreries pour s’amuser, il résulte qu’il y a des hommes plus amoureux les uns que les autres, et d’une complexion beaucoup plus vigoureuse. Salomon Albert et Jean Riolan [56] nous en offrent des exemples. Tous deux faisant la dissection d’un criminel, disent lui avoir trouvé trois émulgentes et les veines spermatiques dans chaque côté, qui sortaient des émulgentes. Sal. Albert infère de là que cette prodigieuse abondance de vaisseaux et de semence devait nécessairement opérer chez cet homme l’insatiable salacité et les désirs sans cesse renaissants dont il se plaignait encore quelques instants même avant son supplice. Riolan écrit que le sien fut pendu pour trigamie, parce que son trop plein d’existence et de force l’avait contraint à épouser trois femmes à la fois [57].

Philippe Salmuth ayant fait la dissection de deux hommes morts du mal vénérien, trouva que les reins du dernier étaient trois et même quatre fois plus grands que ceux des hommes ordinaires. Sennert demande ensuite, dans le cas où cette opinion serait rejetée, d’où proviennent les sels volatils qui affectent l’odorat à l’approche de plusieurs animaux non châtrés, qui s’exhalent de toutes les parties de leur corps, mais dont la perception est beaucoup plus sensible dans les reins et surtout des adultes, ce qui rie se rencontre pas dans les individus de l’âge le plus tendre, ou qui n’ont pas encore été accouplés. Il ajoute encore, d’après Oribase [58], que la surabondance de liqueur séminale trop longtemps retenue dans les vaisseaux nuit aux reins ; que les médecins regardent comme la preuve de l’excessive chaleur de ces parties, le penchant au libertinage, les songes lascifs et les pollutions nocturnes qui en sont le résultat. Les physiciens disent de plus que la qualité de la semence dépend de la constitution des reins. De même qu’une érection fréquente marque la chaleur des reins, de même une longue continence et l’éloignement des plaisirs de l’amour désignent leur température glacée.

Alex. Trallien [59] et Arétée [60] nous apprennent que dans la gonorrhée simple, on diminue la force et la quantité du fluide séminal, en appliquant des remèdes qui ont cette vertu, sur les lombes, vers la région des reins.

Pline [61] vient encore à l’appui de Sennert, et dit que des lames de plomb attachées sur les lombes et les reins, tempèrent par leur fraîcheur les transports de la passion amoureuse, et il cite à ce sujet l’exemple de l’orateur Licinius Calvus qui se servit avec succès de ce remède pour arrêter un flux involontaire de semence.

Galien [62] rapporte que les athlètes ceignaient pareillement leurs reins de ces lames de plomb, pour empêcher les pollutions nocturnes et amortir les feux de l’amour ; il ne trouve pas de meilleur remède au priapisme qu’un emplâtre d’huile rosat épaissi avec de l’eau froide et appliqué sur les lombes.

Coelius Aurelianus [63] outre les lames de plomb, ordonne des éponges imbibées à froid avec le marc de raisin.

Aëce [64] et Théodore Priscien [65] recommandent non seulement l’application des lames de plomb sur les lombes et les rafraîchissants, mais encore défendent de se coucher sur le dos, pour ne pas augmenter le mal, par l’extrême chaleur que cette position communique à ces parties.

Oribase [V] [66] et Paul Eginæte [67] sont du même avis. Ce dernier défend même dans la gonorrhée simple, tout médicament qui provoque les urines comme très nuisible aux reins qui sont placés dans la région des lombes.

Avicenne [68] l’a prouvé, et cite entre autres symptômes de l’épuisement et de la défection des reins, le défaut d’érection dans le coït. Il donne pour cause de la faiblesse de ces parties, la trop fréquente émission des molécules organiques, et nous apprend [69] que le seul moyen de leur rendre toute leur vigueur, est l’abstinence des plaisirs qui les en ont privées.

Aaron, médecin célèbre, cité par Rhasès [70] dit aussi qu’il faut attribuer le défaut d’érection, au foie et aux reins.

Aristote [71] dit, qu’excepté l’homme, aucun des animaux n’est sujet au flux involontaire de la semence, parce qu’ils ne se couchent point sur le dos.

On en excepte pourtant les chevaux de course dont les lombes et les reins échauffés par le mouvement que leur communique le cavalier, les rendent plus enclins à l’acte vénérien. Voilà l’origine de la coutume qu’observaient les dames d’Athènes, pendant les Thesmophories [72] d’éviter les caresses de leurs époux, et de coucher seules.

Ovide en parle ainsi, (livre II de ses métamorphoses, fable IX) : « Elles mettaient au nombre des choses défendues les plaisirs de l’amour, et les attouchements des hommes dont elles se sevraient pendant neuf jours. »

Elles dressaient leurs lits avec les branches et les feuilles de l’agnus-castus [73]. Le Vitex est un arbrisseau dont l’odeur combat les pensées amoureuses et écarte les songes lascifs. C’est pourquoi elles jonchaient leurs couches solitaires, des feuilles de cet arbrisseau, pour altérer la force et la chaleur du fluide séminal, rafraîchir leurs reins et les parties voisines, et émousser les aiguillons de l’amour. Voyez à ce sujet Dioscoride [74], Pline [75], Aelien [76] et Galien [77].

On emploie aussi pour donner la vigueur nécessaire aux exercices de Vénus, les reins de certains animaux, et principalement du bouc.

Aëce, déjà cité, recommande l’usage de la chair du scinc-marin [78], prise de ses reins ou des environs, comme très propre à opérer l’érection de la verge. Peut-être est-ce une espèce d’analogie et une conformation semblable à ceux de l’homme, qui a fait attribuer aux reins de cet animal la propriété de les aider et de les exciter à remplir le devoir de la génération ; de même que l’on ordonne à ceux qui sont inhabiles à s’en acquitter, entre autres médicaments, les frictions, les emplâtres chauds, non seulement sur les parties honteuses mais encore aux reins, les diurétiques violents, comme les cantharides, et le soin de se coucher sur le dos, pour maintenir la région des lombes dans un degré de chaleur nécessaire pour rappeler les forces languissantes, rendre la semence prolifique, et précipiter sa descente dans les testicules. Rhasès [79] dit que toutes les fois que l’on se frottera les reins avec des médicaments chauds, le membre viril augmentera de grosseur et de fermeté, et l’érection sera complète.

Misish, médecin arabe, (dans sa somme de Rhasès), dit aussi que le seul moyen de s’exciter aux plaisirs de l’amour est de donner beaucoup de chaleur au dos, comme celui de diminuer la fougue d’un tempérament lascif est, en prenant cette sage précaution en sens inverse, de l’en priver, en se couchant sur des feuilles froides. Nous concluons donc de tout ceci, que les lombes sont les premiers instruments de la génération, selon leur constitution et l’emploi que la nature leur a confié ; et suivant Cagnati, les veines et les artères y portent la matière et les esprits ; que le premier organe des reins est le parenchyme [80] où le fluide séminal commence à s’élaborer, à devenir prolifique et recevoir enfin dans les vases séminaires le degré de perfection qui lui est nécessaire : c’est l’opinion de Sennert et la nôtre. Il ne faut pourtant pas rejeter celle de Nemesius, d’Isidore, de Mattheus et de Lauremberg, qui prétendent qu’il se mêle à ce fluide une certaine sérosité saline, une humeur mordicante filtrée des reins dans les testicules, et dont l’effet est de causer le prurit vénérien et l’érection avec de violents désirs de la jouissance. Ce que le grammairien Papias a répété, sur leur autorité, dans son vocabulaire.

Nous avons, je crois, suffisamment prouvé que la flagellation sur le dos ou sur les lombes est du plus grand effet pour rendre la vigueur éteinte par les excès de la volupté, et vous ne devez plus être surpris que ces hommes que la débauche a mis au rang des bêtes, ces monstres épuisés de luxure, et victimes d’un honteux désordre, aient cherché dans l’opération douloureuse de la flagellation, un remède à l’épuisement, à la faiblesse de leurs reins, et à la perte totale de leurs forces, sans parler de ceux qui, moins coupables à la vérité, ne doivent ces accidents qu’à un trop violent amour pour une épouse, ou à un physique froid, vicieux et mal organisé. Il est probable que la flagellation donne aux parties relâchées et refroidies, une commotion violente, une irritation voluptueuse qui les embrase et se communique à la semence ; ajoutez à cela que le sentiment aigu de la douleur des parties frappées, subtilise et précipite le sang avec plus d’abondance, attire les esprits, et fournissant aux parties de la génération une chaleur excessive, procure à l’homme libidineux qui cherchait en vain le plaisir, le moyen de consommer l’acte de la génération, malgré la nature même, et de multiplier ses jouissances criminelles au-delà des bornes qu’elle a assignées à ses forces [81].

Voilà mon avis, mon cher Cassius ; mais, direz-vous, cet expédient honteux n’est mis en usage que par les libertins dont vous m’avez parlé, afin que remédiant à l’extinction de leurs facultés, fruit de leurs excès de débauche, ils puissent les continuer, et se vautrer de plus belle dans la fange du crime. Je demande donc maintenant si cette fustigation ne devient pas un remède aussi innocent que quantité d’autres employés tous les jours, et si la conservation de l’espèce ne le rend pas non seulement excusable, mais même nécessaire, lorsqu’il s’agit d’un homme qui, voulant savourer les voluptés d’une jouissance permise, et se reproduire dans un second lui-même, n’éprouverait avec une épouse aimable et tendrement aimée, que le désespoir de l’impuissance, et dont tous les efforts seraient vains pour consommer le mariage, par la faiblesse et le défaut de chaleur des parties que nous avons détaillées ci-dessus, et qui serait précisément le coursier dont parle Virgile, (livre 3 de ses géorgiques) :

Quand des ans ou des maux il sentira le poids,
Des travaux de l’amour dispense sa faiblesse ;
Vénus ainsi que Mars demande la jeunesse.
Pour son corps dévoré d’un impuissant désir,
L’hymen est un tourment et non pas un plaisir,
Vieux athlète, son feu dès l’abord se consume :
Tel le chaume s’éteint au moment qu’il s’allume. [82]

De sorte qu’il ne pourrait, je ne dis pas s’acquitter totalement envers sa créancière, mais même payer la moitié de la dette. Pourquoi non, mon cher Cassius ? Je sais que vous n’êtes aucunement dans le cas de recourir à un remède de cette nature, et je suis prêt à l’affirmer par serment et sous peine de privation des plaisirs de l’amour pendant la cinquantaine. Je sais depuis longtemps, comme votre médecin, et je ne me trompe pas, que vous êtes pourvu des plus brillantes qualités pour remplir les devoirs d’époux ; les règles infaillibles de mon art, et la connaissance qu’il me donne de votre constitution physique, me permettent et me font même un devoir d’en juger. J’ai d’ailleurs pour garant de la vérité de mes conjectures, un témoin irrécusable et au-dessus de toute exception, qui depuis peu commence à se remuer dans les entrailles de votre douce et tendre moitié, et pour qui j’implore les faveurs de Lucine, au temps marqué pour son élargissement. Pour ce qui est de communiquer à d’autres le remède que je vous indique, s’il en est qui aient besoin du ministère d’un homme qui, d’un bras vigoureux, leur décharge sur le dos une ample provision de coups de verges, je ne le défends à personne, et ne leur envie pas ce plaisir. Non seulement ceux qui habitent le temple des Muses, comme on le dit ordinairement des savants, doivent être inaccessibles à la jalousie, mais plus encore les médecins.

L’envie, dit Scribonius Largus, (dans une lettre à C. Julius Callistus), est un crime affreux qui déshonore les hommes, et doit être en horreur à tout l’univers, et principalement aux médecins ; car si leur âme n’était pas le séjour de l’humanité et de la tendre pitié, qui sont le premier devoir, la base et le but de leur profession, ils devraient être l’objet de la haine et du mépris des dieux et des hommes.

C’est uniquement pour vous être agréable, ô l’ami de mon coeur, et satisfaire votre curiosité, que je me suis hasardé de traiter ce sujet et de vous dire mon avis, un peu librement à la vérité. Quel que soit son sort, tirez-en le meilleur parti possible, continuez-moi l’amitié dont vous m’honorez, pardonnez à ces plaisanteries innocentes, qui cependant conduisent à des réflexions importantes et sérieuses, et conservez précieusement une santé qui m’est aussi chère que la mienne.

Adieu.

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage singulier de Jean-Henri Meibomius, De l’utilité de la flagellation dans les plaisirs du mariage et dans la médecine et dans les fonctions des lombes et des reins…, Traduit du latin par Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne, Paris, 1795. (In-12).

Notes

[2Pract. Tract. 15 cap. 12.

[3Philonium, lib. I. c. XI.

[4Lib. IV de artegynmastica, cap. IX.

[5Meth. med., lib. XIV, c. XVI.

[6Combien de nourrices, sans avoir consulté Jérôme Mercurialis, ni Galien, ont recours à ce stratagème qu’elles connaissent par tradition, et claquant les enfants sur les fesses, avant de les rendre à leurs mères, trompent par cet embonpoint factice et momentané, la confiance des tendres parents qui leur ont livré ces intéressantes créatures.

[7Lib. II. Chr. c. I.

[8Consil. Med. 282.

[9Lib. III. Medicinalium. c. V. art. XII.

[10Venuse, aujourd’hui Venosa, ville de l’Italie méridionale, dans la Basilicare, près Naples, au pied de l’Apennin. Elle fut la patrie d’Horace.

[11Pract. part. II cap. de passion, memb. génital.

[12Tamerlan, ce fameux empereur d’Asie, qui se faisait appeler « le Fils de Dieu », fut père de cent enfants et vainqueur de cent peuples, se faisait fustiger par esprit de débauche.

Lucien, tome 3, de la traduction de Perrot d’Ablancourt, parle d’un certain Pérégrinus qui avait le même goût. Ce philosophe se fouettait en public au milieu de tout un peuple, et se débarrassait d’une surabondance de liqueur séminale aussi effrontément que Diogène : ce qui leur fit donner à tous deux le nom de « cynique ». Ce même Pérégrinus, surnommé « Protée », se fit chrétien, ensuite apostat, et finit par se brûler publiquement aux jeux Olympiques.

Lorsque sur un bûcher Pérégrin las du jour,
D’un trépas éclatant cherche la renommée,
Un Cynique orgueilleux s’évapore en fumée.
(Racine. Poème de la Religion, chant 4, page 133, vers 3O6).

[13Sénèque parle aussi d’une courtisane qui n’employait d’autre moyen que la fustigation pour réveiller l’amour de son galant, lorsqu’il se refroidissait.

[14Chap. 6 de Judiciis Nativ.

[15Libr.de Memor. et reminisc. c. 3 libr. 7 et c. 10 Ethic.

[16Liv. 2, la Tempérance, chap. 4 et liv. 3 de Simpl. c. 19.

[17Vossius pense que les déclamations attribuée ici à Quintilien l’orateur, ne sont ni de lui ni de son grand-père, quoique ce dernier en ait laissé 145. Il les attribue au jeune Posthume qui prit, dit-on, le nom de César et d’Auguste dans les Gaules, avec Posthume son père, l’an 260 de J.C.

[18Le mot de REINS, en latin REN, RENES , vient du grec Reein, qui signifie couleur, parce que c’est des reins que l’urine coule. Ils sont deux, et ressemblent à ces légumes appelés phaséoles. Leur substance est rouge et dure, couverte d’une membrane déliée et d’une autre grasse, qui est un replis du péritoine. Leur longueur est de 4 ou 5 travers de doigt, leur largeur presque de trois et leur épaisseur de deux. Les Grecs nomment encore les reins OURETERES, c’est-à-dire canaux uretères, parce qu’ils y sont contenus, comme il est dit plus bas.

[19Lib. 2. de anim. texte 35.

[20Pract. Part. I. lib. IV, chap. dernier.

[21Chap. 39, v. III, et c. XL. v. II.

[22C. 32 v. II.

[23Chap. I, vers 17.

[24Épitr. aux Éphésiens, c. IV v. 14.

[25Prov. ult. vers 17.

[26Épit. I. vers. XIII.

[27Commentaires sur le serment d’Hyppocrate.

[29Horace nomme les grâces decentes, pudicas, lorsqu’elles ont leur ceinture, et solutis zonis, quand il veut qu’elles président à ses orgies et aux mystères de la voluptueuse déesse d’Amathonte. Voyez l’ode XXX. liv. I. O Venus, regina Gnidi, Paphique, etc.

[30Disc. 3, chap.100, de son Tetrabiblos.

[31Indecenter flecti, curvari, s’agiter, se plier, se courber d’une manière indécente et lubrique.

[32Les 0-Taïtiens ont une danse semblable, et les Espagnols ont le fendengo. Voyez le voyage en Espagne par le marquis de Langle, tome I, page 145.

[33« Nous valons bien les Romains pour la débauche. Nous avions, il y a cent ans, les danses de caractère, la fricassée, et les rondes de société. Nous avions les danses lascives que les princes du sang et la reine faisaient exécuter à Brunoy, à Trianon et à Compiègne, par les acteurs et actrices qui jouaient le théâtre gaillard, pour ranimer leurs majestés épuisées. »

[34Chap. 17, vers. 10.

[35Chap. 2, vers. 20.

[36Ps. 26, vers. 2.

[37Section IV, probl. 2.

[38Lib. VI. comment. VI.

[39Disc. 3, c. VIII. lib. I.

[40Liv. III, fen. XII. trait. II. c. XI.

[41Liv. III.

[42« C’est ainsi que les anciens mettaient la morale à la portée de tout le monde, par des emblèmes ingénieux, et sous le manteau du culte religieux. »

[43Institut, orator. lib 10, cap. I.

[44Orig. lib. 10. chap. I.

[45Ouv. de dieu, chap. 14

[46Les anciens nommaient Catamiti, Ganymedes, Concubini ces jeunes garçons qui tiraient un grand profit de la prostitution de leurs corps. Péronne leur a fait donner le nom de Gitons, et depuis, les favoris de nos rois furent appelés Mignons, de mi qui signifie mon, et de nino, mot espagnol qui veut dire petit enfant et caressé (Ménage et Furetière.)

[47Nous ne pouvons mieux faire pour appuyer les observations faites jusqu’ici par Meibomius, sur l’utilité de la flagellation, que de citer M. l’abbé Chappe d’Auteroche, de l’Académie des Sciences. Ce savant abbé mourut en Californie, quelques jours après son observation du passage de Vénus sur le soleil, en 1760. Il avait accompagné dans cette importante mission, MM. de la Condamine, l’abbé de la Caille, Joseph de Jussieu, Godin des Odonnais, Couplet, Lemonnier, Bougues, Verguin, Morainville, Clairaut et le Camus.

Il remarque dans son voyage en Sibérie, fait par ordre du Roi, (tome I, page 339), que les coups de verges que l’on donne dans les bains de vapeur, en Russie, donnent de l’activité aux fluides et du ressort aux organes. La flagellation, dit-il, anime les passions et nous devons en croire cet estimable littérateur, qui voyageant en philosophe, ami de l’humanité, s’est attaché à observer tout ce qui peut influer sur la population.

Le lecteur qui désirerait de plus grands détails sur cette matière, peut consulter l’excellent ouvrage de l’abbé Boileau, qui a pour titre Histoire des flagellants, où l’on fait voirie bon et le mauvais usage des flagellations, etc. Amsterdam 1701, in-12.

[48Consil. med. 37.

[49De la nature de l’homme, chap 27.

[50Quoest med. 90.

[51Pract. lib. 3. cap. 34.

[52Pract. lib. 3. c. I. sect. 1. part. VII.

[53Lib. XIIX. Fen. 3. c. de renibus et ren. calc.

[54Lib. 2. c. III. de morbis diut.

[55Lib. 6. de decret. Hippocr. et Plat.

[56Antrop. liv. 2. chap. 27.

[57Tel était de nos jours Mirabeau l’aîné, député à l’Assemblée constituante. (note de l’édition de 1795)

[58Lib. 6. cap. XXXIX collect.

[59Médecin et philosophe du sixième siècle. Liv. 2. chap. 9.

[60Liv. 2. de ses Chron. chap.7.

[61Liv. 34. Chap. 18.

[62Liv. 5 de tuend. valct. c. ult lib. 6 de loc. adf. c. ult. et lib. 14 méthod. méd. cap. 7.

[63Liv. 5 Tard, pass. cap. 5.

[64Tetrabiblos I. disc. III. chap. 32 et 33.

[65Liv. 2 c. XI.

[66Synops. Lib. 9. c. 39 et 40.

[67Lib. 3. c. 55 et 56.

[68Lib. 3. Fen. XIIX. c. IX.

[69Cap. XI.

[70Liv. 2 de la Continence.

[71Problèm. Sect. 10. Prob. 19.

[72Les Thesmophories étaient des sacrifices et des fêtes en l’honneur de Cérès Thesmophore ou Législatrice, pendant toute la durée desquelles on s’envoyait par toute la Sicile des gâteaux faits avec du miel et de la graine de Sésame. On donnait à ces gâteaux la figure des parties naturelles de la femme, pour lesquelles les Syracusains avaient tant de vénération et d’amour qu’ils les portaient en cérémonie à ces fêtes célèbres. Les Romains, lorsque leurs moeurs furent dépravées, firent construire des vases dont ils se servaient à leurs repas et auxquels ils donnaient la figure de la partie virile pour laquelle ils avaient tant de passion. Ce qui a fait dire à Juvénal, (satire 2) : Vitreo bibit ille Priapo : Celui-là boit dans un priape de cristal. La Sésame est une espèce de blé, selon Pline, et de légume selon Columela, que les apothicaires d’Italie nomment Gingeoline. Il ressemble au millet. Son huile est fort estimée et a la vertu de rendre stérile. Pline dit qu’il fût apporté des Indes. Ses feuilles sont rouges et ses fleurs vertes. Sa graine est blanche et renfermée dans de petits boutons, comme celle du pavot et sa racine est blanche pareillement. On n’en sème guère, parce qu’on prétend qu’il rend la terre stérile. Son nom en latin est Sesamum.

[73L’agnus-castus, nommé par les Grecs chaste, par les Latins, Vitex, est un arbrisseau qui ressemble beaucoup à notre Saule d’Amérique. Il croit sur le bord des rivières et des torrents. Ses branches sont noueuses, longues et flexibles, ses feuilles assez ressemblantes à celles de l’olivier, ce qui l’a fait nommer par Mathiole oilvoe agnus, mais plus molles. Ses fleurs sont purpurines et quelquefois blanches. Son fruit est comme le poivre, chaud et astringent. Il y en a de blanc et de noir.

Arnaud de Villeneuve exagère les propriétés de l’agnus-castus avec une confiance qui étonne dans un homme instruit. Il assure que le moyen le plus sûr de conserver sa chasteté, est de porter habituellement un couteau dont le manche serait fait avec le bois de cet arbrisseau. Le préjugé des anciens sur ce végétal s’est perpétué jusqu’à nous, et l’on fait encore dans les monastères, usage intérieurement et extérieurement des semences et des feuilles de cet arbrisseau, en se faisant une ceinture de ses branches ou une émulsion de sa semence avec l’eau de nénuphar. Voyez ce que rapporte à ce sujet M. de Lignac dans son traité de l’homme et de la femme considérés physiquement dans l’état du mariage, Lille, 1773. in-12, tome I, p. 100 et s.

[74Liv. I Chap. CXVI.

[75Lib. XXIV. cap. IX.

[76De anim. lib. IX. c. XVI.

[77Lib. VI. de Simp. med. fac. chap. 34.

[78Le scinc-marin est une espèce de petit crocodile terrestre, que sa qualité anti-vénéneuse a fait entrer dans le fameux Mithridate, et sa vertu aphrodisiaque dans l’électuaire Diasatyrion. Ce lézard en Égypte et en Arabie, ne se nourrit que de plantes aromatiques.

Les paysans d’Égypte portent de ces lézards au Caire, d’où par Alexandrie, on les transporte à Venise et à Marseille, pour les disperser dans toutes les pharmacopées de l’Europe. Les Arabes et les Égyptiens s’en servent pour s’exciter à l’amour. Les Européens le rejettent, parce qu’il rend maniaque ; au reste le scinc-marin résiste au venin, et augmente la semence.

Dioscoride recommande la chair qui est autour de ses reins. Galien dit que ce sont les reins mêmes qu’il faut employer. Pline veut que ce soit la dépouille et les pattes. M. Lemery s’est déterminé pour l’usage des reins, qu’il ordonne de réduire en poudre, il en fixe la dose à 72 grains. On ne saurait enfin être trop en garde contre la violence de ce remède.

[79Lib. XI, Contin. c. V.

[80Mot grec qui signifie engendré par la masse et l’épaississement d’un suc. Le foie est le premier de tous les parenchymes.

[81Rabelais faisant allusion à cette manière de se procurer des forces pour la lutte amoureuse, dit se frottez-le cul au panicaut, vrai moyen d’avoir au cul passion.

Une femme en mélancolie
Par faute d’occupation,
Frottez-moi lui le cul d’ortie,
Elle aura au cul passion.
Extrait du Ducatiana.

(Le Panicaut est une espèce de chardon qu’on appelle à cent têtes, en latin eryngium. Ses feuilles sont bonnes à manger, lorsqu’elles sont tendres et confites dans le sel. Elles sont aromatiques, et de viennent en croissant, épineuses et piquantes.)

Nous ne pouvons nous refuser au plaisir d’ajouter encore une preuve aux observations de Meibomius, en faisant part à nos lecteurs d’une anecdote, non seulement étroitement liée au sujet que nous traitons, mais encore intéressante par la réputation de celui qui en est le héros. Il s’agit d’un chevalier romain, gouverneur d’Égypte, ami d’Auguste et de tous les beaux esprits de son temps, d’un poète charmant qui a servi de modèle aux Barth… aux Dorat, aux Parny, aux Chabanon, enfin de Cornelius Gallus, l’ami de Virgile, Horace, Tibulle et Catulle qui, comme ces derniers, a chanté l’amour au milieu de ses extases, et qui, au rapport de Pline, mourut d’une douce mort, ou plutôt s’endormit pour toujours sur le sein de celle qui faisait le bonheur de sa vie. M. de Lignac nous apprend que ce favori des Grâces ne devait les transports et les faveurs enivrantes d’une jeune fille passionnée pour lui, qu’au fouet qu’elle recevait fréquemment d’un père rigoureux qui, croyant la punir par ce châtiment, des fautes que lui faisait commettre un tempérament trop lascif, ne travaillait au contraire qu’à l’augmenter et servait ainsi, sans le savoir, les vues du voluptueux poète. Ce trait m’en rappelle un autre dont j’ai été le témoin. Un écolier de rhétorique, et mon condisciple, menacé du fouet par le régent, trouva le moyen de s’y soustraire par cette réponse hardie et indécente : « Vous me rendriez un grand service, je n’osais vous le demander, mais vous devriez savoir qu’à mon âge on ne le craint plus. »

[82Trad. de l’abbé de Lille.



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