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Histoire des flagellants

Des châtiments et flagellations volontaires

Le bon et le mauvais usage des flagellations (Chapitre II)



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Jacques Boileau, Histoire des flagellants où l’on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations parmi les chrétiens..., traduite du latin par l’abbé J.-J. Granet et préfacée par François Granet, Éd. F. Vander Plaats, Amsterdam, 1701 (in-12°).


CHAPITRE II

Où l’on prouve qu’il n’y avait personne sous l’ancienne Loi, qui s’infligeât lui-même des châtiments volontaires, ni qui les reçût par la main d’un autre : mais qu’on les imposait pour l’expiation des crimes, et que la Loi en tempérait la rigueur par un certain nombre de coups.

Il est parlé de flagellations dans le Vieux Testament au chapitre V de l’Exode, où il est dit, que les ministres de Pharaon, qui exigeaient des Israélites une certaine quantité de briques par jour, les battirent, et que ceux-ci se plaignaient de leur injuste procédé. v. 14. Ceux donc qui étaient commis sur les ouvrages des enfants d’Israël, furent battus de verges par les exacteurs de Pharaon, qui leur disaient Pourquoi n’avez-vous pas rendu ni hier, ni aujourd’hui la même quantité de briques que vous faisiez auparavant ?

v. 15. Alors ces gens qui commandaient aux enfants d’Israël pour les faire travailler, vinrent crier à Pharaon, en lui disant : Pourquoi traitez-vous ainsi vos serviteurs ?

v. 16. On ne nous donne point de paille, et on nous commande de rendre le même nombre de briques qu’auparavant. Nous sommes battus de verges, nous qui sommes vos serviteurs, et on tourmente injustement votre peuple.

Il n’est pas besoin d’aucun raisonnement pour faire voir que la punition dont il s’agit ici n’était pas volontaire de la part de ceux qui la souffraient.

Le second passage est tiré du Lévitique chap. XIX, 20 où Dieu défend la fornication sous peine du fouet : Si un homme (y est-il dit) dort avec une femme, et abuse de celle qui était esclave et en âge d’être mariée, mais qui n’a point été rachetée à prix d’argent, et à qui on n’a point donné la liberté ; ils seront battus tous deux, et ils ne mourront pas, parce que ce n’était pas une femme libre. Les termes hébreux qu’on a traduit, ils seront battus, sont rendus par les LXX Interprètes, on les punira, et ce châtiment se faisait avec des courroies de peau de boeuf, c’est-à-dire des écourgées, selon la remarque de Vatable. Il paraît assez de cette version que les israélites ne se châtiaient pas eux-mêmes, et qu’ils ne souffraient pas ces coups volontairement.

Le troisième passage qu’on allègue est pris du chap. XXV du Deutéronome, où le nombre des coups de fouet, dont on devait punir certains criminels, est fixé à quarante coups. v. 2 : Si celui qui aura fait la faute mérite d’être battu, les juges ordonneront qu’il soit couché par terre, et qu’il soit battu devant eux. Le nombre des coups se réglera sur la qualité du péché ; (v. 3.) en sorte néanmoins qu’il ne passera point celui de quarante de peur que votre frère ne s’en aille ayant été déchiré misérablement devant vos yeux. Qui ne voit ici que cette punition ne s’exécutait point par la personne même qui l’endurait, et que l’esprit des Israélites était fort éloigné de ces cruelles flagellations que la plupart des moines se donnent aujourd’hui avec des cordes remplies de noeuds, ou hérissées de pointes de clous et d’aiguilles ? Du moins ce passage nous apprend, que Dieu défendait aux Israélites de voir leur frère trop maltraité en leur présence, et qu’il ne s’agit pas ici de ne se point faire d’incision devant l’idole de Moloch, ni aux funérailles d’une personne morte, mais qu’il n’était pas permis de soutenir la vue d’une plus longue exécution, quoique le criminel la méritât. D’ailleurs on peut inférer de ces paroles, que si la Loi de Dieu défendait l’excès du châtiment à l’égard même des coupables qui avaient mérité le fouet, elle désapprouve à plus forte raison qu’on s’écorche et qu’on se déchire impitoyablement soi-même à coups de verges et de discipline. La loi naturelle nous ordonne de ne point faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fît. mais la Loi de Moïse nous commande ici, de ne point faire à nous-mêmes ce qu’elle ne veut pas que nous fassions à l’égard des autres. Cela posé, on doit conclure de toute nécessité qu’il est défendu par la loi divine de se meurtrir et de se fouetter jusqu’au sang, et que c’est une pratique honteuse que Dieu lui-même a en horreur.

Comment serait-il possible qu’un pauvre frère qui vit dans les monastères, ou les cloîtres réformés, n’eût le visage pâle et abattu ? puisqu’ils se disciplinent trois ou quatre fois la semaine, et que les coups retentissent de toutes parts, pendant qu’on chante d’une voix lente et mélodieuse le Ps. 51 Miserere et le 130 De profundis avec l’antienne Salve Regina. Il serait inutile d’objecter ici que la Loi de Moïse est abrogée, et qu’aucun chrétien n’est soumis à ses préceptes judiciaires, ni aux châtiments qu’elle impose. La Loi dont il est ici question, est tirée du droit naturel, qu’il ne faut jamais violer, et que nous sommes obligés de suivre avec la même exactitude que ceux qui vivaient du temps de Moïse.

Il est dit, 2 Maccabées, chap. III., que du temps d’Onias, souverain sacrificateur et sous le règne de Seleucus, c’est-à-dire l’an du monde 3828 et 176 ans avant Jésus-Christ, Heliodore, sur le point d’enlever le trésor du temple pour l’usage du roi d’Asie, son maître, eut une apparition de deux jeunes hommes qui le battirent vigoureusement, et dont les Juifs avaient obtenu le secours par leurs ardentes prières à Dieu. v. 26 : Deux autres jeunes hommes parurent en même temps pleins de force et de beauté, brillants de gloire, et richement vêtu, qui se tenant aux deux côtés d’Héliodore, le fouettaient chacun de son côté, et le frappaient sans relâche. Il est aussi rapporté au chap. VII du même Livre, v. 1, que sept frères avec leur mère furent battus de fouets et de nerfs, parce qu’ils ne voulaient point manger de la chair de pourceau. Mais il n’y a personne qui ne voie d’abord, qu’ils enduraient ces coups de fouets malgré eux, et que Dieu permet ces afflictions pour ramener son peuple de ses égarements, ou se venger de ses perfidies, comme il parait de ce qui est dit 2. Macca. ch. VI, v. 13 : Car c’est la marque d’une grande miséricorde de Dieu envers les pécheurs, de ne les laisser pas longtemps vivre selon leurs désirs, mais de les châtier promptement.

v. 14. En effet le Seigneur n’agit pas à notre égard, comme à l’égard des autres nations, qu’il souffre avec patience, se réservant à les punir dans la plénitude de leurs péchés, lorsque le jour du Jugement sera arrivé : v. 15 et il n’attend pas de même pour nous punir, que nos péchés soient montés à leur comble.

v. 16. Ainsi il ne retire jamais sa miséricorde de dessus nous et parmi les maux dont il afflige son peuple pour le châtier, il ne l’abandonne point.

On objecte en 5e lieu que David, ou plutôt Asaph dit au Ps. LXXII, v. 14 : Je ne laisse pas d’être frappé de plaies tout le jour, et je suis châtié dès le matin. Mais cela ne signifie pas que le Prophète se déchirât à coups de fouet tout le long du jour, ou chaque jour ; les coups dont il était battu, se doivent prendre ici dans un sens figuré, pour les tribulations et les misères, qui sont presque toujours le partage des Justes dans ce monde. Aussi David s’écrie-t-il Ps. XXXVIII, v. 18 : Je suis préparé aux châtiments, et ma douleur est toujours présente devant mes yeux. Et Salomon, Prov. chap. III, v. 12 dit, que l’Eternel châtie celui qu’il aime. Pour les paroles du Ps. LXXII : Je ne laisse pas d’être frappé etc., St Augustin les paraphrase de cette manière : les fléaux de Dieu ne s’éloignent pas de moi, je m’acquitte de mon devoir, et je suis battu ; c’est-à-dire : il ne se passe aucun jour que je ne souffre quelque affliction. C’est là le véritable sens de ce passage ; d’où il est plus clair que le jour, que la coutume de se fouetter volontairement et de se déchirer le cuir à coups de verges, ou de discipline était inconnue aux anciens sous la Loi de Moïse, et qu’une pareille fantaisie ne leur était jamais montée dans l’esprit. Il est vrai que Philon Juif et Eusèbe de Césarée L. VIII et IX de sa Préparation Evangélique, témoignent que les Esséens, ou Thérapeutes soit qu’ils fussent du nombre des premiers chrétiens ou une secte des Juifs, étaient fort célèbres par leurs macérations. Mais de quelle manière qu’ils s’y prissent pour mater la chair, il est certain qu’ils n’y employaient pas les coups ni la discipline.

Cependant on ne saurait désavouer, que, depuis que les rabbins Mayr et Asse le fils eurent compilé le Talmud de Babylone, c’est-à-dire l’an 476 après la naissance de notre Sauveur, les Juifs fascinés, je ne sais par quelle superstition, admirent entre leurs coutumes, une espèce de discipline volontaire, mais qu’ils ne se donnaient pas eux-mêmes. Il paraît du moins du traité intitulé Malkos Chap. III, p. 22, qu’après avoir achevé leurs prières et confessé leurs péchés, qui était un exercice qu’ils avaient reçu de leurs ancêtres, ils se frappaient les uns les autres dans leur synagogue, avec des écourgées. Jean Buxtorf le père, auteur protestant, dans son livre de la Synagogue Judaïque imprimé à Bâle en l’année 1661, Chap. XXV, p. 521, nous explique au long cette coutume, et dit qu’il y a toujours deux Juifs qui se retirent dans quelque coin de leur école ; que l’un deux s’étend tout de son long à terre, le visage tourné vers le Nord, et le dos vers le Midi, ou tout au contraire, la tête vers le Midi, et le dos vers le Nord ; que l’autre lui donne trente-neuf coups sur le dos avec un nerf de boeuf, ou une courroie ; et que cependant celui qui est battu confesse ses péchés, et se donne un coup sur la poitrine, à la répétition de chacun des treize mots qu’il y a dans le texte hébreu du v. 38 du Ps. LXXVIII : cependant Dieu ne laisse pas d’être plein de miséricorde à leur égard ; il leur pardonnera leurs péchés, et ne les perdra pas. Il a fait un effort pour détourner sa colère, et il n’a pas allumé contre eux toute sa fureur. Puis donc que celui qui frappe l’autre répète trois fois ces treize mots, et qu’à la prononciation de chacun il donne un coup, il s’ensuit que le nombre des coups revient à trente-neuf, suivant le précepte de la Loi. Buxtorf ajoute que cela fait, l’agent se met d’abord à la place du patient ; qu’il en est traité de la même manière ; qu’ils se châtient ainsi pour leurs péchés ; et qu’ils se frottent les uns les autres, comme font les ânes. D’ailleurs quand on demande aujourd’hui aux rabbins, d’où vient qu’ils ne permettent de frapper que trente-neuf coups, quoique la Loi du Deuter. XXV, 3 en ordonne expressément quarante, ils répondent que les anciens Juifs se servaient d’un fouet composé de trois courroies de velin, dont il y en avait deux fort courtes, mais que la troisième était si longue, qu’elle faisait le tour du corps de celui qu’on fouettait ; qu’ils en donnaient treize coups, et que s’ils en eussent donné un au-delà, ils auraient alors excédé le nombre prescrit par la Loi de deux : ce que Moise avait défendu, Deuter. XXV, 2, 3 en ces termes : Le nombre des coups se réglera sur la qualité du péché ; en sorte néanmoins qu’il ne passera point celui de quarante.

Voir en ligne : Chapitre III : Je mate et réduis mon corps en servitude

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après l’ouvrage de Jacques Boileau, Histoire des flagellants où l’on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations parmi les chrétiens..., traduite du latin par l’abbé J.-J. Granet et préfacée par François Granet, Éd. F. Vander Plaats, Amsterdam, 1701 (in-12°).



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