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Éloge du sein des femmes

Des laids tétons

Ouvrage curieux (Chapitre V)



Auteur :

Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre V : « Des laids tétons », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.


CHAPITRE V
DES LAIDS TÉTONS.

Il est possible que ce chapitre ne plaise pas à toutes les femmes ; mais sera-ce leur faute ? sera-ce la nôtre ? N’y en aura-t-il pas beaucoup qui voudront en appeler de notre jugement ? Nous touchons la corde sensible, et nous sommes de plus en plus effrayés des précautions à prendre pour ménager l’amour-propre. Comment un sein doit-il être, pour être laid ? Voyons ce qu’en ont dit les différents auteurs qui ont traité cette belle matière. C’est à présent que je sens tout ce qu’a de pénible l’emploi d’historiographe des tétons ; que ne puis-je sauter à pied-joints sur ce maudit chapitre ! Pourquoi ne marche-t-on pas toujours sur des fleurs dans cette vie ? Pourquoi ? pourquoi ?… Eh, mon Dieu ! tous ces pourquoi-là allongeraient mon chapitre ; hâtons-nous de glisser sur les difficultés, courons dans une mauvaise route, pour nous reposer et nous rafraîchir, quand nous serons arrivés à son terme.

Je compte d’abord pour laids tétons, ceux d’une taille énorme, par exemple, ceux de Mme de Bouillon, du Roman comique, qui en avait la valeur de vingt livres distribuées à poids égaux sous chaque aisselle.

Ceux de Paquette, à qui Le Pays dit : « Pour votre gorge et vos tétons, ils ne sont pas blancs ; mais, certes, il y a de la chair et si les tétons s’achetoient à la livre, vous pourriez vous vanter d’être plus riche que votre maîtresse. »

Le Poëte sans fard drape compétemment une femme, qui avait des tétons aussi gros que des pis de vache. Il lui dit :

Philis, tu demandes pourquoi
Je ne sens point d’amour pour toi ?
La raison est, que tes mamelles
Te vont jusques sous les aisselles ;
Que ton nez est des plus punais,
Et que ta bouche sent mauvais !
Je crois d’ailleurs, ô vieille vache !
Puisqu’enfin tu le veux savoir,
Que tout ce que l’habit me cache
Est encor plus vilain que ce qu’il laisse voir.

Je mets encore au nombre des tétons dégoûtants, ceux qui ressemblent à la suie, comme ceux de Tisiphone : Despréaux, dans son Dialogue des morts, fait ainsi faire à Sapho, l’un des personnages du Grand Cyrus [1], le portrait de cette blonde du royaume de Pluton :

« Vous croyez que je ne connois pas Tisiphone ; c’est une de mes meilleures amies. Vous ne serez peut-être pas fâché que je vous en fasse le portrait. L’illustre fille dont j’ai à vous parler, a quelque chose de si furieusement beau, elle est si terriblement agréable, que je suis épouvantablement empêchée, quand il vous en faut faire la description. Elle a les yeux vifs et perçans, petits, bordés d’un certain incarnat qui en relève étrangement l’éclat. Comme elle est naturellement propre, est-elle aussi naturellement négligée ; et cette négligence fait qu’on peut voir souvent sa gorge, qui est toute semblable à celle d’une Amazone, à la réserve que les Amazones n’avaient qu’une mamelle brûlée, et que l’aimable Tisiphone les a toutes deux. Ses cheveux sont longs et annelez, et semblent autant de serpenteaux qui se jouent autour de sa tête, et qui se viennent jouer sur son visage. »

De plus, je trouve laids des tétons, quoique beaux, quand la personne qui en est pourvue est trop coquette, ou plutôt impudique. Ce caractère efface toutes les beautés qu’elle pourrait avoir. Telle était la Macette, à laquelle le satyrique Regnier, plutôt par ironie que sérieusement, donne des éloges plaisants, quand il lui dit, pour la louer, que ses cheveux sont aussi dorés qu’une orange, plus frisés qu’un chardon ; que le soleil n’est auprès du brillant de ses yeux, qu’un cierge de la Chandeleur, et que sa mine de poupée prend les esprits à la pipée et les appétits à la glu. Ensuite, lui parlant de ses tétons qui ne marquent que de la lascivité, il s’exprime ainsi :

Les Grâces, d’amour échauffées,
Nud-pieds, sans juppes, décoiffées,
Se tiennent toutes par la main,
Et d’une façon sadinette
Se branlant à l’escarpolette,
Sur les ondes de votre sein.

Outre cela, je déclare que des tétons me paraissent laids, quelque bien tournés qu’ils puissent être, quand le sexe les fait servir de prétexte pour être infidèle. Une Cloris dit à une Philis, dans Regnier que je viens de citer :

La foi n’est plus aux cœurs qu’une chimère vaine,
Tu dois, sans t’arrêter à la fidélité,
Te servir des amans comme des fleurs d’été,
Qui ne plaisent aux yeux qu’étant toutes nouvelles :
Nous avons de nature au sein doubles mamelles,
Deux oreilles, deux yeux et divers sentimens,
Comment ne pourrions-nous avoir divers amans ?
Je connois mainte femme à qui tout est de mise,
Qui changent plus souvent d’amant que de chemise.

Pour voir la laideur d’un téton dans toute son étendue, on n’a qu’à lire l’épigramme que voici, faite par Marot, sur le laid tétin :

Tetin qui n’a rien que la peau,
Tetin fine, tetin de drapeau,
Grand’tetine, longue tetasse,
Tetin, doy-je dire bezace ;
Tetin au grand vilain bout noir,
Comme celui d’un entonnoir.
Tetin qui brimballe à tous coups
Sans estre esbranlé, ne secous,
Bien se peut vanter qui te taste,
D’avoir mis la main à la paste.
 
Tetin grillé, tetin pendant,
Tetin flestry, tetin rendant
Vilaine bourbe en lieu de laict,
Le diable te fit bien si laid.
 
Tetin pour tripe reputé,
Tetin, ce cuide-je, emprunté
Ou desrobbé en quelque sorte,
De quelque vieille chevre morte,
Tetin propre pour en enfer
Nourrir l’enfant de Lucifer.
 
Tetin boyau long d’une gaule,
Tetasse à jetter sur l’espaule,
Pour faire (tout bien compassé)
Un chaperon du temps passé,
Quand on te void, il vient à maints
Une envie dedans les mains,
De te prendre avec les gants doubles,
Pour en donner cinq ou six couples
De souflets sur le nez de celle
Qui te cache sous son aisselle.
 
Va, grand vilain tetin puant,
Tu fournirois bien en suant
De civettes et de parfums
Pour faire cent mille defuncts.
Tetin de laideur despiteuse,
Tetin, dont nature est honteuse,
Tetin des vilains le plus brave,
Tetin, dont le bout toujours bave,
Tetin fait de poix et de glus :
Bran, ma plume, n’en parlez plus,
Laissez-le là, ventre Saint-George,
Vous me feriez rendre ma gorge.

Bon Dieu ! le vilain objet !… hélas ! le suivant, peint par Benserade, n’est pas plus gracieux ; pourquoi des poëtes se plaisent-ils ainsi à tremper leurs plumes dans l’ordure ? c’est qu’il faut des ombres aux tableaux.

Pendantes et longues mamelles,
Où les perles et l’oripeau,
N’imposent à pas un chapeau ;
Molles et tremblantes jumelles.
Tetasses de grosses femelles,
A couvrir d’un épais drapeau,
Peau bouffie et rude, moins peau
Que cuir à faire des semelles,
De vieille vache aride pis :
Que ne puis-je dire encor pis
D’un sein qui tombe en pourriture !
Sein d’où s’exhale par les airs,
Un air qui corrompt la nature ;
Sein propre à nourrir des cancers.

Clément Marot et Benserade ne sont pas les seuls qui se soient occupés de décrire les vilains tétons ; Rabelais, dans son épître à une vieille, Motin, Regnier, Sygognes, Maynard, se sont plu à nous détailler ces horreurs.

Maynard passant en revue tout le corps d’une vieille ridée, arrivé à ses tétons, s’écrie :

Vos tetins, dont la peau craquette
Comme laurier qu’au feu l’on jette,
À toucher ne sont point plus doux
Que le dessus d’un vieux registre,
Et comme un bissoc de belistre,
Ils vous tombent sur les genoux.

Un peu plus loin, Sygogne, dans sa satyre contre une vieille sorcière, dit :

Vostre estomach faict en estrille
Pourroit encor servir de grille,
Vos flancs de herse on de rateau,
Et de vos pendantes mamelles
Un bissac ou des escarcelles
Pour mettre l’argent du bordeau.

En voilà assez sur ce sujet peu ragoûtant ; nous renvoyons les lecteurs amoureux de ces sortes d’écrits, au Cabinet satyrique ; ils trouveront là-dedans de quoi se satisfaire.

Les tétons sont la dernière beauté qui vient au sexe, et la première qui est confisquée : il est peu de ces femmes privilégiées qui les conservent comme Ninon et Gabrielle B… C’est pour cela qu’elles en ont un soin tout particulier, et qu’elles confient leurs enfants au sein mercenaire des nourrices.

Malgré cela, vingt ans de mariage gâtent les tétons les mieux faits. Ils ne sont pas non plus à l’épreuve de la vieillesse. Comme elle ternit le teint le plus vif, qu’elle éteint les yeux les plus brillants, elle amollit les tétons les plus rebondis. C’est ce que nous apprennent ces stances contre une dame qui avait vieilli à la cour, et qui se voulait marier :

Quoi ! vous vous mariez ! douce et tendre mignonne,
Et ne l’avez encore été !
Je ne vois rien du tout dessus votre personne,
Qui ne prêche la chasteté.
 
Pour de l’âge, on sait bien que vous n’en manquez guère,
Votre visage étant garant
Que ce qu’on fait pour vous, se pouvoit fort bien faire
Du règne de Henri-le-Grand.
 
Vous éloignant d’ici, les beautés de la reine
Ont purgé ce noble séjour :
De même qu’un torrent, votre sortie entraîne
Toute l’ordure de la Cour.
 
Celui qui vous épouse, en témoignant sa flamme,
N’établit pas mal son renom :
Qui s’est bien pu résoudre à vous prendre pour femme,
Ira bien aux coups de canon.
 
Comme vous n’êtes plus qu’une vieille relique.
Objet de la compassion.
Dès qu’on dit que sur vous un sacrement s’applique,
On pense à l’Extrême-Onction.
 
Qui se lie avec vous espère un prompt veuvage,
Ou, peut-être, ce pauvre amant
Entend que le contrat de votre mariage
Passe pour votre testament.
 
Vous seriez bien sa mère, et la foi conjugale
Est mal placée entre vous deux :
L’inceste est en effet une chose si sale,
Que le portrait en est hideux.
 
Les plus intemperez de votre bonne grâce,
Ne donneroient pas un teston,
Et l’on doit s’avouer qu’on est à la besace,
Quand on vous touche le téton.
 
Souffrez ce petit mot, sans traiter de satire,
Un stile si franc et si doux :
Vous êtes en un point où l’on ne peut médire,
Quelque mal qu’on dise de vous.

Urbain Chevreau [2], dans ses stances sur une vieille amoureuse, p. 150 de ses poésies, édition de 1656, in-12, décrit ainsi sa gorge :

Cependant, vous vous ajustez,
Et votre gorge aux libertés
Semble encor faire des menaces :
Mais chaque jour nous regrettons
Qu’il n’en reste plus que les traces :
Et que vous ayez des besaces
Où vous avez eu des tétons.

Antoine Legrand nous démontre le pouvoir des ans d’une manière très-pathétique :

« L’arrière-saison, dit-il, a ses plaisirs : son utilité égale bien les incommodités qu’elle nous apporte. Elle est l’attente des laboureurs, et la récompense des vignerons ; si elle dépeuple les campagnes et leurs collines, elle remplit leurs caves de vin, leurs greniers de grains et leurs granges de moissons. Mais, dès qu’une femme approche de la vieillesse, que ses cheveux prennent la couleur des cendres, que les rides sillonnent son front, que ses yeux commencent à jetter de la cire, que ses joues lui tombent sur le menton et que ces deux montagnes de lait deviennent une double besace pleine de sang ; elle cesse d’être le souhait des hommes, ses amants en ont horreur : ceux qui la recherchaient auparavant la haïssent. »

Tout le monde connaît la réponse ingénieuse et maligne de Voltaire à une dame qui présumait trop de sa gorge. Deguerle, auteur de l’Éloge des perruques, l’a mise en vers. La voici :

Dans certain cercle assez galant,
Certaine dame fort coquette,
Allait chantant
Papillonnant
En débitant
Mainte sornette.
L’espiègle, comme une autre, avait été jeunette
Un demi-siècle auparavant.
Vieille, laide et coquette ! autant
Vaudroit, ma foi, singe en cornette.
Un gros chanoine, aux yeux dévots,
Du vénérable sein de la Vénus antique,
Lorgnoit en tapinois les vieux débris jumeaux,
Qu’agitait avec art maint soupir méthodique,
Sous la gaze trop véridique.
-- Fripon, dit l’éternelle, où vont donc vos regards ?
Ces petits coquins-ci feront damner votre âme
Voltaire l’entendit : — Petits coquins, madame
Dites plutôt de grands pendards.

La voici autrement :

LA MÉTAMORPHOSE.
 
Gertrude à vingt ans fut jolie :
Elle avoit deux petits tettons
Qu’Ariste aimoit à la folie
Et nommoit ses petits frippons.
Ariste fit un long voyage,
Et revint après vingt-cinq ans.
Je laisse à penser quel ravage
Chez Gertrude avoit fait le temps.
Sur les frippons, par habitude,
Ariste jeta ses regards :
-- Ah ! mes petits frippons, Gertrude,
Sont devenus de grands pendards.

Après avoir parlé des femmes qui ont une laide gorge, il est à propos de parler de celles qui n’en ont pas du tout. Un renard pris au piège, au moment où il se propose de croquer une poule, un créancier qui se repaît avec volupté de l’espérance de faire saisir les meubles d’un malheureux débiteur et trouve la maison vide, éprouvent moins d’humeur et de surprise qu’un galant qui, après mille efforts pour découvrir et dévorer de son œil furtif une belle gorge, n’en trouve que la place.

Le citoyen Mercier de Compiègne, auteur de la traduction du Vendangeur, de Rosalie et Gerblois, de Gérard de Velsen, etc., raconte ainsi dans un volume de ses Soirées de l’Automne, la vengeance d’un galant, qui avait éprouvé un pareil échec :

LE FICHU MENTEUR.
CONTE.
 
Près d’une ci-devant beauté,
Dorval fatiguant sa visière,
Cherchoit si le double hémisphère
Apparoîtrait à son œil enchanté.
Vains efforts ! la recherche avide
Que trompe un gros fichu menteur,
N’offre à ses regards que du vide
Dont enrage l’observateur.
Bref, il n’étoit resté le moindre atôme
A la dame de ses appas.
Pour se venger, que fait notre homme ?
Où fut logé ce qu’il ne trouve pas,
Adroitement une carte est glissée ;
De l’action la dame embarrassée
Lui dit : Dorval, que faites vous ?…
-- Ah ! de grâce, point de courroux !
Il ne faut pas que ceci vous étonne,
Je voulois voir un mien ami,
Mais, hélas ! n’y trouvant personne,
Ainsi que l’usage l’ordonne,
Je laisse ma carte chez lui. »

Voir en ligne : Les tétons des Anglaises et des négresses (Chapitre VI)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre V : « Des laids tétons », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.

Notes

[1Boileau en a fait une maligne application à Mlle de Scudéri même, l’auteur de ce roman, à laquelle tous les auteurs d’alors donnaient le nom de Sapho. Le poëte Le Brun nous retrace les écarts de Boileau, dans ses vers contre la citoyenne Th… P… auteur de Sapho et de Camille, et autres femmes auteurs.

[2Le recueil de ses poésies est rare. Il s’y trouve quelques morceaux faibles, mais on le lit avec plaisir. Voyez ses épigrammes et son Remède d’amour, dans le recueil intitulé : le Furet littéraire ou les Fleurs du Parnasse, 1 vol. in-12.



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