Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Le Salon de l’érotisme > Éloge du sein des femmes > Des tétons et de leurs charmes

Navigation



Éloge du sein des femmes

Des tétons et de leurs charmes

Ouvrage curieux (Chapitre I)



Auteur :

Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre I : « Des tétons, de leur pouvoir et de leurs charmes », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.


ÉLOGE DU SEIN DES FEMMES

CHAPITRE PREMIER
DES TÉTONS, DE LEUR POUVOIR ET DE LEURS CHARMES.

J’avais d’abord le dessein de faire un traité de la supériorité du teint blanc sur le brun, et ces deux chansons de Cl. Marot m’en avaient fourni l’idée :

DE LA BRUNE.
 
Pourtant si je suis brunette,
Amy, n’en prenez esmoy :
Autant suis ferme et jeunette,
Qu’une plus blanche que moy
Le blanc effacer je voy.
 
Couleur noire est toujours une,
J’ayme mieux donc estre brune
Avecques ma fermeté,
Que blanche comme la lune
Tenant de legereté.
 
POUR LA BLANCHE.
 
Pourtant si le blanc s’efface,
Il n’est pas à despriser :
Comme luy le noir se passe,
Il a beau temporiser.
 
Je ne veux point mespriser,
Ne mesdire en ma revanche :
Mais l’ayme mieux estre blanche
Vingt ou trente ans ensuivant
En beauté nayve et franche,
Que noire tout mon vivant.

Mais à quoi bon raisonner simplement sur les couleurs, lorsqu’il y a tant d’autres beautés plus solides chez les femmes ! ce serait mal employer son temps, et abuser de la bonté de mes lectrices. Ce n’est donc, ni de vos pieds mignons, ni de vos belles mains potelées, ni de vos yeux brillants, ni de votre joli petit nez, ni des autres parties de votre charmant ensemble, que je veux vous entretenir aujourd’hui. N’appréhendez pas que je puisse vous faire rougir. Je suis de l’avis de Marot, lorsqu’il dit :

Arrière ! mots qui sonnent salement,
Parlons aussi des membres seulement
Que l’on peut voir, sans honte, descouverts ;
Et des honteux ne souillons point nos vers.
Car, quel besoin est de mettre en lumière
Ce qu’est nature à cacher coustumière ?…

Ainsi, pour ne pas vous tenir plus longtemps dans l’incertitude, c’est l’éloge des tétons que je vais faire. Le sujet est beau, il est grand, il a exercé les génies les plus élevés. Le cavalier Marin appelle les tétons des belles, deux tours vivantes d’albâtre, d’où l’amour blesse les amants : il les compare à deux écueils, contre lesquels notre liberté vient faire agréablement naufrage : il les appelle deux mondes de beautés, éclairés par deux beaux soleils, c’est-à-dire les yeux. Un poète français, qui n’est guères moins ingénieux que le cavalier Marin, moins magnifique dans ses peintures, mais plus juste et plus gai, les appelle dans une de ses chansons, deux pommes, et il ajoute :

Heureux qui peut monter sans bruit
Sur l’arbre qui porte ce fruit !

Cyrano de Bergerac trouve mauvais que les écrivains modernes, qui veulent peindre une beauté parfaite, emploient l’or, l’ivoire, l’azur, le corail, les roses et les lis : il n’a pas plus raison de les tourner en ridicule, parce qu’ils clouent les étoiles dans les yeux des belles, et qu’ils dressent des montagnes de neige à la place de leur sein : en effet, ces expressions pompeuses sont dignes de ces grands objets, et le sein des femmes a des charmes encore au-dessus de ceux de leurs yeux. C’est ce que Cotin nous démontre par des vers sur une belle gorge :

Dans l’entretien délicieux
De la charmante Iris dont je suis idolâtre,
Va, pose, Amour, sur ses beaux yeux,
Le voile qu’elle a mis sur sa gorge d’albâtre.
 
Quand le printems a banni la froidure,
On ne voit point de si beaux lis
Aux jardins les plus embellis
Par les soins curieux qu’apporte la nature.
 
Depuis que de mon cœur je fis l’heureuse perte,
J’ai visité bien des climats,
En dépit des chaleurs, en dépit des frimats :
Et si je n’ai point fait de telle découverte.
 
Pour voir un objet sans pareil,
Il ne faut point courir sur tant de mers profondes,
Ni voir l’un et l’autre soleil,
Il faut voir ces deux petits mondes.
 
Pour rendre de mon sort tout l’univers jaloux,
Il suffit qu’à mes yeux leur blancheur on étale ;
L’Aurore n’offrit rien à l’amoureux Céphale,
De si charmant et de si doux.
 
Ah ! si, sans leur déplaire, on osait les toucher,
Et si deux belles mains n’y mettaient point d’obstacle,
Serait-ce point, par un miracle,
Amollir un cœur de rocher ?
 
Dans l’entretien délicieux
De la divine Iris, dont je suis idolâtre :
Amour, en ma faveur, viens mettre sur ses yeux
Le voile qu’elle a mis sur sa gorge d’albâtre.

Une belle gorge avait tant d’empire sur le cœur de Boursault, que pour en voir une, à travers la mousseline, il devenait amoureux jusques à la folie. C’est ce que prouvera ce beau fragment d’une lettre qu’il écrivait à son ami Charpentier :

« Je vous ai fait promettre qu’après dîner nous irions ensemble chez la belle brune, avec qui nous jouâmes hier au logis de Mme Deshoulières : je vous dispense de me tenir parole, à moins que vous ne me donniez caution bourgeoise pour la sûreté de ma personne. Ce n’est pas que je doive rien appréhender pour ma liberté. Délivré de la tyrannie d’une blonde qui m’a fait soupirer quinze ou seize mois pour rien, j’ai fait serment de ne tomber de ma vie en de pareilles fautes ; mais dans les tems de ma première servitude, il m’est échappé tant de sermens, j’en ai tenu si peu, que je n’ose plus me mettre au hasard de jurer de rien. Je trouvai hier votre brune si bien faite, ses yeux me parurent si brillans, sa bouche si petite, sa gorge, que je ne vis que par les yeux de la foi, est, je crois, si belle, que si vous n’eussiez arraché ma vue de dessus ses charmes, quand vous me fîtes souvenir qu’il était tems de nous en aller, je sentais déjà ce que je sentis la première fois que je commençai d’aimer. Mon cœur, que j’ai fait le gardien de ma franchise, m’a joué tant de tours, que, si tantôt je vous accompagne à la visite que vous avez dessein de rendre, je gage que j’en reviens aussi chargé d’amour, que si on le donnait pro Deo. »

Le même auteur, faisant à sa maîtresse le portrait d’une belle, marque bien expressivement la victoire assurée que remporte une belle gorge sur une âme masculine.

« En vérité, Babet, dit-il, si tu ne reviens bientôt de Bagnolet, tu cours risque de ne pas me trouver constant à ton retour. On me mena hier au bal, où je trouvai une jeune personne qui n’a pas moins de belles qualités que toi. Elle a les cheveux d’un blond cendré, tout-à-fait beau, mais qui n’approche pourtant pas de la couleur des tiens. Elle a le front grand et élevé, mais le tien l’est encore davantage. Ses sourcils qui ne paraissent presque point, parce qu’ils sont blonds, se montrent toutefois assez, pour faire remarquer que leur symétrie est la plus régulière du monde. Ses yeux, qui sont aussi noirs que les tiens sont bleus, sont si bien fendus, qu’ils ne jettent jamais un regard, sans faire une conquête. Ils ont autant de vivacité que les tiens ont de douceur, et ils semblent faits pour prendre de l’amour, comme les tiens pour en donner. On voit sur ses joues une nuance de blanc et d’incarnat si éclatante, qu’il semble qu’elle tienne des mains de l’art un présent qui ne vient que de celles de la nature, qui a pris tant de peine après elle, que, sans toi, qui es son chef-d’œuvre, elle serait le plus beau de tous ses ouvrages. Son nez, qui n’est ni trop grand ni trop petit, est justement comme il le faut, pour avoir beaucoup de ressemblance avec le tien : sa bouche, qui n’est pas si petite que la tienne, est plus petite qu’aucune autre que j’aie jamais vue. Elle a les lèvres si fraîches et si vermeilles, que, depuis ton absence, je n’ai rien envisagé de plus charmant. Ses dents sont si blanches et si bien rangées, que je lui faisais cent contes risibles, pour avoir le plaisir de les voir souvent. Le trou qu’elle a au menton me fait souvenir qu’elle en a encore aux joues, ce qui donne une merveilleuse grâce au reste de son visage. Pour sa gorge, on peut dire :

Que c’est là que l’Amour, pour lancer tous ses traits,
Entre deux monts d’albâtre est campé tout exprès.

« Je te jure, Babet, que je n’ai jamais rien vu de si aimable ; si mon galérien de cœur, qui n’échappe jamais d’une chaîne que pour tomber dans une autre, ne se contentait de la gloire de tes fers :

Ma constance ébranlée allait faire naufrage. »

N’est-ce pas la jolie gorge de Dorimène qui fait ainsi délirer Sganarelle, lorsqu’il dit :

« Où allez-vous, belle mignonne, chère épouse future de votre époux futur ? Eh bien ! ma belle, c’est maintenant que nous allons être heureux l’un et l’autre ! vous ne serez plus en droit de me rien refuser ; je pourrai faire avec vous tout ce qui me plaira, sans que personne s’en scandalise. Vous allez être à moi, depuis la tête jusqu’aux pieds, et je serai le maître de tout ! de vos petits yeux éveillés, de votre petit nez fripon, de vos lèvres appétissantes, de votre petit menton, de vos petits tétons rondelets, de votre, etc. Enfin toute votre personne sera à ma discrétion, et je serai à même pour vous caresser comme je voudrai. N’êtes-vous pas bien aise de ce mariage, mon aimable pouponne ? »

On croira peut-être que ce discours de Sganarelle est une gradation, et que ce qu’il laisse en blanc, est le plus fort objet de sa passion ; je le veux bien, mais en ce cas, il a le goût un peu trop terrestre et grossier. Tel est celui de l’auteur des vers suivants, à sa maîtresse, sur un mal de gorge :

Il est bien peu galant de vous prendre à la gorge,
Ce mal qui dedans vous regorge ;
C’est être à vous saisir un des plus maladroits ;
Si j’avois, comme lui, sur vous droit de m’étendre,
Et, comme lui, le choix de ce qu’on peut vous prendre,
Je vous saisirois bien par des meilleurs endroits.

Que dira-t-on de la pensée d’un autre auteur qui dit : l’amour ressemble à un jeu de paume ; quand une fille se laisse baiser la main, cela vaut quinze ; si elle souffre que l’on prenne un baiser sur ses lèvres, cela vaut trente ; si elle permet que ce soit sur la gorge, cela vaut quarante-cinq : il ne faut plus qu’un coup, et le jeu est gagné.

Je raconterai l’histoire suivante, parce qu’elle est vraie :

« On a souvent parlé de la force du sang, mais on n’a pas aussi souvent parlé de la gorge ; quoi-qu’avec beaucoup de raison, on appelle aujourd’hui les tétons, le boute-en-train. Le fait suivant prouve admirablement leur vertu, qu’on peut nommer de résurrection, et de résurrection de la chair. Dans la plupart des églises papistes où la superstition était dominante, il se faisait des cérémonies tout à fait extravagantes. La ville de… était un des plus fameux théâtres de ces représentations de mystères ridiculement fanatiques. C’était une coutume établie de temps immémorial, de représenter chaque année, dans la semaine sainte, les mystères de la passion. Pour aller au solide, sans s’amuser à la bagatelle, on ne manquait pas, le jour du vendredi saint, d’offrir aux dévots spectateurs une scène burlesque du crucifiement du Sauveur du monde. On choisissait pour cela un jeune homme de la ville, auquel on faisait porter une croix fort pesante, à laquelle on l’attachait avec des cordes au lieu de clous, et dans une nudité presque complète. Je dis presque, parce que l’impudeur n’était pas encore parvenue au point de dévoiler certaines parties qui doivent être cachées. On les voila donc chez notre jeune homme avec une ceinture de papier. Il faut remarquer que le jouvenceau était le corps du monde le mieux formé, le plus vigoureux en apparence, et de la plus belle carrure d’épaules. Et que la même coutume faisait choisir entre les plus belles filles de la ville, trois tendrons qu’on aurait pris pour des Vénus, pour représenter les trois Maries pleurantes au pied de la croix. On n’avait pas seulement égard aux traits réguliers du visage, ni à la finesse de la taille, on voulait qu’elles fussent encore richement pourvues du grand mobile de la tendresse, je veux dire fournies de tétons à l’Anglaise, que l’on laissait en pleine liberté d’émouvoir la copie du Christ. Or, l’année où se passa le fait que je raconte, le choix fut si bon (les prêtres se connaissent en attraits) que l’on mit sous la croix, dans le beau désordre de la douleur, les trois filles les plus ravissantes. On eût pris chacune d’elle pour Vénus, ou toutes trois pour les Grâces. Elles ne furent pas plutôt sous les yeux du crucifié, qu’elles firent miracle, je veux dire que, malgré la situation où il était, et la majesté de son personnage, les trois Maries produisirent l’effet le plus étonnant que puisse peindre la chronique scandaleuse. Notre Hercule galant, posté à l’avantage, avait en perspective une demi-douzaine de tétons capables, par leur systole et leur diastole, de subjuguer la vertu du plus froid anachorète, ce qui occasionna un incident très-comique et très-profane, car le crucifié, au lieu de prononcer du haut de sa croix des paroles dignes de celui qu’il représentait, prononça des turpitudes dignes de l’abolition éternelle d’une cérémonie aussi indécente, et telles en un mot qu’on peut les deviner. Enfin, n’y pouvant plus tenir, il ne put s’empêcher de crier : “Otez donc de devant mes yeux les trois Maries, ou le papier va crever.” Le scandale que fit naître une telle action, et des paroles qui compromettaient à ce point la religion, firent rentrer l’archevêque en lui-même, et lui firent comprendre qu’elles l’exposaient à la risée publique. Il supprima donc un usage, ou plutôt un abus qui tendait directement au mépris du culte, de manière qu’il n’en fut plus parlé depuis [1]. »

Un peintre peut venir à bout de représenter aux yeux toutes les grâces d’un beau visage. Il échoue ordinairement, quand il essaye de peindre une belle gorge. La Motte en pourrait être une preuve dans le portrait suivant :

Toi, par qui ta toile s’anime.
Peintre savant, prends ton pinceau :
Et qu’à mes yeux ton art exprime
Tout ce qu’ils ont vu de plus beau.
 
Ne m’entends-tu pas ? peins Silvie :
Mais choisis l’instant fortuné
Où, pour le reste de ma vie,
Mon cœur lui fut abandonné.
 
Au bal, en habit d’Espagnole,
Elle ôtoit un masque jaloux,
Plus promptement qu’un trait ne vole,
Je fus percé de mille coups.
 
Peins ses yeux doux et pleins de flamme,
D’où l’Amour me lança ses traits ;
D’où ce Dieu s’asservit mon âme,
En un instant et pour jamais.
 
Peins son front plus blanc que l’ivoire.
Siége de l’aimable candeur ;
Ce front, dont Vénus feroit gloire.
S’il y brilloit moins de pudeur.
 
Poursuis, peins l’une et l’autre joue,
La honte des roses, des lis ;
Et sa bouche où l’Amour se joue,
Avec un éternel souris.
 
Peins sa gorge… Mais non : arrête…
Ici, ton art est surmonté ;
Ah ! quelques couleurs qu’il apprête,
Tu n’en peux rendre la beauté.
 
Laisse cet inutile ouvrage ;
Ah ! de l’objet de mon ardeur
Il n’est qu’une fidelle image :
Que l’Amour grava dans mon cœur.

La pièce suivante prouve que la gorge des mortelles est digne de plus d’amour et d’admiration que celle des déesses même, et que ces dernières en conviennent, ce qui est plus extraordinaire encore :

Au temps de l’aimable saison,
Iris rêvant dans la prairie,
S’endormit sur un mol gazon
Tapissé d’une herbe fleurie.
Zéphire, charmé de son teint,
Qui d’un vif incarnat se peint,
Vint d’abord faire le folâtre,
Autour de sa gorge d’albâtre.
Jalouse d’un transport si doux,
Flore gronda son infidelle,
Et lui dit, pleine de courroux :
Me préférer une mortelle !
Zéphire qui se sentoit fort,
Reparti : Voyez cette belle !
Flore jeta les yeux sur elle,
Et convint qu’il n’avait pas tort.

Il n’est donc plus étonnant qu’en traduisant l’inimitable Anacréon, un de nos poètes français ait dit :

Que ne suis-je la fleur nouvelle
Qu’au matin Climène choisit,
Qui sur le sein de cette belle
Passe le seul jour qu’elle vit !

Le Poète sans fard a trouvé fort bon ce souhait, et l’a développé de cette manière :

Hélas ! trop cruelle Silvie,
Permettez au moins que j’envie
Le beau sort de certaines fleurs
Dont vous vous parez avec grâce,
Et dont votre beau teint efface
Toutes les plus vives couleurs.
Oui : je voudrois être la rose
Que vous placez sur votre sein.
D’une telle métamorphose
Quel est, direz-vous, le dessein ?
Le voici : par vos mains cueillie,
Mon destin seroit des plus doux ;
Je n’aurois qu’un seul jour de vie,
Mais je ne vivrois que pour vous.

Un poète anacréontique du dix-neuvième siècle, non moins grand admirateur de cette belle portion des charmes du sexe qui fait tourner la tête au nôtre, exprime ainsi le même souhait, d’être changé en rose [2] :

AIR : Je vais quitter ce que j’adore.
 
Vive, de la métempsycose
Le système consolateur,
Par lui mon esprit se repose
Sur un avenir enchanteur.
Que mon être se décompose,
L’espoir m’offre un riant tableau :
L’Amour, sous les traits d’une rose,
Me promet un être nouveau.
 
AIR : Une fille est un oiseau.
 
Oh ! comme je jouirais
De cette métamorphose !
Sur le sein d’une autre Rose
Comme je m’étalerais !
Centuplant pour plaire à Rose,
De mes doux parfums la dose,
Avec plaisir je m’expose,
À mourir sur ses attraits :
Mourir !… oui ; mais je suppose
Que je puis d’une autre chose
Prendre encor la forme après. (bis.)

Le plaisant et érotique Le Pays, dans la lettre suivante adressée à sa Caliste, souhaite aussi de mourir sur son sein :

« Quand je sortis hier de chez vous, j’en sortis avec une bonne résolution de m’aller tuer, afin d’avoir l’honneur de vous plaire une fois en ma vie, et de vous défaire pour jamais d’une personne incommode ; mais jusques ici je n’ai pas exécuté mon dessein, à cause de l’embarras où je me suis trouvé à choisir un genre de mort. J’eus d’abord envie d’imiter feu Céladon, d’amoureuse mémoire, et de m’aller précipiter dans la rivière ; mais j’eus peur que l’eau ne me rejetât sur les bords, aussi bien que lui, et que je ne fusse recueilli par quelques nymphes pitoyables qui, malgré moi, me sauvassent la vie. Il me prit aussi fantaisie de m’aller pendre à votre porte, à l’imitation du pendart Iphis ; mais je m’imaginai que ce seroit vous déshonorer que de faire un gibet de votre porte ; outre que c’est un genre de mort pour lequel j’ai eu de l’aversion dès le temps que j’étois petit enfant. Je pensai aussi à m’empoisonner, mais je crus que du poison ne seroit pas capable de m’ôter la vie, non plus qu’à Mithridate, à cause de la grande habitude que j’en ai faite. N’étant pas mort depuis si longtemps que je me nourris de crainte, de chagrin, d’inquiétude et de désespoir, qui sont les poisons du monde les plus violents, apparemment je ne pourrois pas mourir pour prendre de l’arsenic ou de l’antimoine. Je n’oubliai pas aussi qu’un poignard mis dans le sein étoit un bon expédient pour mourir : mais je crus que je ne devois pas choisir ce genre de mort qu’avoit choisi une femme qui mourut de regret d’avoir fait une chose que je meurs de regret de ne pouvoir faire. Mon désespoir est trop différent de celui de Lucrèce, pour ne pas mourir d’une mort différente. Enfin, Caliste, j’ai passé la nuit à chercher sans pouvoir trouver la mort dont je devois mourir. Au reste, ne croyez pas que ce soit la mort qui m’étonne, ce n’est que la manière de mourir qui m’inquiète : car, pour vous dire le vrai, après avoir vécu avec tant de chagrin, je voudrois bien mourir d’une mort qui me donnât un peu de plaisir. Je viens de penser à une qui seroit très-bien mon affaire : ce seroit, Caliste, de mourir entre vos bras, pâmé sur votre sein. Je sens bien en mon cœur que je n’ai pas d’horreur pour cette mort comme pour se noyer, s’empoisonner, se pendre ou se poignarder. Obligez-moi donc en me laissant mourir de cette sorte ; car, puisqu’enfin vous voulez que je meure, que vous importe que ce soit de douleur ou de plaisir ? »

Je serais tenté de croire qu’il y a, dans le charme attaché à une belle gorge, un talisman, de la magie et de l’enchantement ; ce qui pourtant détruit cette idée, c’est le sonnet suivant, adressé à des belles qui demandaient un secret, un sortilége et des paroles magiques pour se faire aimer :

Pourquoi me demander la ruse criminelle
Par quoi l’art des démons met les cœurs dans les fers ?
Vous, de qui la magie est blanche et naturelle,
Et fait qu’à vos appas tant de vœux sont offerts.
Par vos charmes vainqueurs l’esprit le plus rebelle
Rend grâces à l’amour des maux qu’il a soufferts,
La flamme de vos yeux est trop pure et trop belle
Pour unir sa puissance à celle des enfers
Ce beau sein qui fait naître et vos lis et vos roses
Forme un enchantement de tant de belles choses,
Que leur force invincible a droit de tout charmer
Mais pour vous mieux servir de leur pouvoir extrême,
Ajoutez seulement ces trois mots : je vous aime ;
Qui pourrait s’empêcher alors de vous aimer ?
 
LES DEUX SAINTS.
 
AIR : La Fête des bonnes gens.
 
Qu’en ce jour tout résonne,
Des chants dictés par nos cœurs.
Dérobons à l’automne
Ce qui lui reste de fleurs ;
Pour les belles, qu’on apprête
Des bouquets et des refrains ;
C’est aujourd’hui la fête,
La fête de tous les saints.
 
Tous les saints, ah ! Glycère,
C’est beaucoup pour un seul jour ;
Toi, qui n’adore guère
Que le plaisir et l’Amour,
Deux patrons, c’est bien honnête ;
Comme toi, je me restreins.
Et désormais je ne fête,
Ne fête que tes deux saints.
 
Ces deux saints que je chante
N’ont que des dehors flatteurs,
Et chacun d’eux m’enchante
Par de riantes couleurs.
Leur parure se compose
Du plus brillant des satins,
Ce sont deux boutons de rose
Qui couronnent tes deux saints.
 
Longtemps sans les connaître.
Je ressentis leur pouvoir ;
Il t’en souvient peut-être,
C’est toi qui me les fis voir.
A ce spectacle sensible,
Vers eux j’étendis les mains
Non, non, il n’est pas possible
De voir de plus jolis saints.
 
Quoiqu’ils soient, ma Glycère,
Presqu’aussi durs qu’un rocher,
Parfois à ma prière
Ils se sont laissé toucher ;
Jaloux de les voir encore,
Je donnerais, je le dis,
Pour ces deux saints que j’adore,
Tous les saints du Paradis.
 
FÉLIX.

Voir en ligne : Des beaux tétons (Chapitre II)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre I : « Des tétons, de leur pouvoir et de leurs charmes », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.

Notes

[1Évariste Parny, auteur, en l’an VII, du poème de la Guerre des Dieux, dans lequel on ne reconnaît plus le chantre délicatement voluptueux d’Éléonore, du Lendemain, et de la Journée champêtre, a fait usage de cette anecdote dans le deuxième chant de ce poème, première édition. Il l’a supprimée dans la seconde édition, et c’est peut-être un second tort. C’est dans cet Éloge qu’il a trouvé ce mystère qu’il fait jouer à la famille de Dieu : il n’a donc pas eu le mérite d’une grande invention dans ce poème.

Pensant que le lecteur en sera satisfait, nous reproduisons ce morceau, qui du reste tient ici naturellement sa place :

Du Paradis la troupe infatigable,
Pour terminer, joua la Passion,
Et joua bien. Les conviés, dit-on,
Goûtèrent peu ce drame lamentable.
Mais un malheur qu’on n’avait pas prévu
Du dénouement égaya la tristesse :
Bien flagellé, le héros de la pièce
Était déjà sur la croix étendu.
On choisissait pour ce rôle pénible
Un jeune acteur intelligent, sensible,
Beau, vigoureux, et sachant bien mourir,
Il était nu des pieds jusqu’à la tête :
Un blanc papier qu’une ficelle arrête
Couvrait pourtant ce que l’on doit couvrir.
Charmante encore après sa pénitence,
La Magdelène au pied de la potence
Versait des pleurs : ses longs cheveux épars,
Son joli sein qui jamais ne repose,
Du crucifié attirait les regards.
Il voyait tout, jusqu’au bouton de rose ;
Quelquefois même il voyait au-delà.
Prêt à mourir, cet aspect le troubla.
Il tenait bon ; mais quelle fut sa peine,
Quand le feuillet vint à se soulever !
« Otez, dit-il, ôtez la Magdelène !
Otez-la donc, le papier va crever. »
Soudain il crève ; et la Vierge elle-même
Pour ne pas rire a fait un vain effort.
« Le tour est bon, dit le Père suprême,
On le voit bien, le drôle n’est pas mort. »

[2Voy. Le Bouquet de roses, ou le Chansonnier des Grâces, première année, Favre, Palais-Égalité.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris