Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Romans érotiques > L’Ardente passion > Désir de torture et morsures de la chair

Navigation



L’Ardente passion

Désir de torture et morsures de la chair

Roman érotique (Chapitre VII)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.


VII

Louis s’était levé maussade, la terrible gouvernante, quoiqu’il eut veillé n’était venu le corriger. Il en concluait qu’elle se désintéressait de lui et en éprouvait un chagrin puéril.

En revanche, dès qu’ils se rencontrèrent en bas, elle lui sourit et il fut à demi consolé. Audacieux, il affirma :
- Je me suis couché à minuit !

Elle inclina la tête :
- Je sais…

Mais elle n’avoua pas le terrible combat qu’elle avait livré pour résister à la tentation harcelante de courir le fouetter dans sa chambre.

La matinée entière, elle l’évita, il lui semblait toujours que la main lui pesait, que le besoin de le souffleter, pour l’attirer ensuite sur son cœur, la hantait.

Au déjeuner, ce fut lui qui se trouva dans un état de véritable fureur intérieure ; il passa près d’elle et sournoisement la pinça au bras.

Elle se retourna et lui appliqua une gifle brutale sous laquelle il chancela. Voyant qu’elle ne se fâchait pas autrement, il réitéra.
Alors elle le saisit aux cheveux, pour le battre follement, au visage.

Il l’enlaça à la taille et ils roulèrent ensemble sur le tapis. Pourtant il n’essayait pas de taper, se contentant de l’étreindre ; comme une furie elle se débattait, les vêtements en désordre, lui écrasant l’estomac de son genou, tandis que de la main droite, elle le souffletait, violemment, sans répit. La douleur le fit lâcher prise et elle se releva, décoiffée, la robe ouverte, les bras tordus.

Sans un mot, elle remit de l’ordre dans sa toilette, devant la haute glace. Louis s’attendant à un nouvel accès de brutalité n’osait gagner sa place.
- Allez vous asseoir, nous pouvons déjeuner, fit-elle !

Il la considéra, étonné, ne comprenant pas qu’elle ne fut pas en colère. Franchement, elle le regardait, se demandant, s’il avait deviné son désir, la torture de sa chair dont elle avait honte.

Il lui parut impénétrable, en réalité, il n’avait rien compris de semblable, connaissant seulement son propre désir. Cette impassibilité l’exaspéra :
- Tout à l’heure, je vous corrigerai… et si vous aviez le malheur de vous défendre…

Il baissa la tête, timidement :
- Je ne me défendrai pas.

Elle haussa les épaules et n’insista plus ; une nervosité la serrait à la gorge, lui coupant l’appétit.

Ce lui fut un soulagement, lorsque le repas terminé, ils passèrent au salon.

Lui, commença à trembler, se demandant avec anxiété qu’elle nouvelle torture on lui ménageait.

Enfin après un certain temps, elle se leva et s’en fut dans sa chambre, chercher le martinet.

À la vue de l’instrument, il implora encore :
- Non… pas cela… seulement avec la main !

Elle le fixa et il se tut, dompté.
- Apprêtez-vous… Je n’ai pas besoin de vous expliquer n’est-ce pas ?

Languide, le cœur étreint, il se leva et d’une main tremblante, fit sauter les bretelles. Le pantalon tomba ; il retira sa veste et son gilet, sans qu’elle eut besoin de prononcer une parole, le commandant uniquement par geste.

À petits pas, elle s’approcha et de la main gauche souleva le pan de chemise, afin de frapper tout d’abord les reins et les omoplates. À la première cinglade, il frémit de douleur, mais se mordit les lèvres pour ne point crier.
- Avec un calme satanique, elle martelait sa chair, tournant autour de lui, de crainte que les lanières n’atteignissent toujours le même endroit.

Il chancelait, le visage crispé en une grimace douloureuse.

Les minces bandes de cuir, couraient sur lui, s’enroulaient à sa taille, mordait son épiderme.

Pourtant il se taisait, stoïque par amour, préférant cette souffrance à l’indifférence de la jeune femme.

Celle-ci perdait de son calme, un nuage pourpre avait envahie son front.

Incapable de résister davantage, il fit un pas en avant et tomba assis sur le canapé. Elle le poursuivit, tenace, tapant toujours, s’ingéniant à torturer la chair qui devenait écarlate.

Il eut un râle : son énergie défaillait et roula en arrière, anéanti.
Epuisée, les yeux exorbités, elle s’en fut s’asseoir en face de lui et le contempla qui se tordait lamentablement. Elle ne riait pas, souffrant aussi, atrocement, d’un mal interne qui la dévorait. Pourtant courageuse, elle luttait, se révoltant à l’idée de faillir.

Un bruit de grelots les fit sursauter tous les deux ; Louis épouvanté se remit debout. Il était temps, Berthe rentrait joyeusement.

À la vue de son cousin en chemise, elle s’arrêta gênée. Marthe paisible expliqua :
- Je viens de le corriger !

Elle fit :
- Ah ! bien !

Comme si la chose était parfaitement naturelle, le jeune homme avait sauté sur ses vêtements pour s’enfuir et s’habiller en hâte.
Quand il revint, il trouva les deux amies assises côte à côte sur une causeuse. Berthe mutine lui cria :
- Descendez donc au jardin.

Il crut qu’il les dérangeait et obéit. En bas du perron, il eut un cri de stupeur :
- Odette !

C’était une camarade de jeux actuellement en vacances. Ils se connaissaient depuis des années, Odette Brucourt, Berthe Jaure et Louis Le Breuil avaient été longtemps trois inséparables.

Ils se secouèrent l’avant-bras d’un vigoureux shake-hand. Puis, il demanda, étonné :
- Vous ne venez pas saluer madame ?

Elle esquissa un geste mutin :
- Zut… Je préfère blaguer un peu avec vous… il sera assez tôt tout à l’heure pour rencontrer cette mégère.

Il fut blessé dans son affection :
- Ce n’est pas une mégère… au contraire, c’est une très belle femme !

Elle le guigna du coin de l’œil :
- Vous en êtes amoureux ?…

Il rougit et moqueuse, elle l’entraîna. Ils s’assirent sur un banc, à l’ombre d’un bosquet. Désireuse seulement de l’affoler, habituée qu’elle était au flirt, elle se frôlait à lui, languide et souriante.

Cependant ils bavardaient et ironique, elle le questionnait sur son amour pour la gouvernante. Malheureusement, elle fut prise la première à ce jeu dangereux, une nervosité troubla son calme ordinaire.

Comme audacieux, il la pinçait à la hanche, elle tomba sur sa poitrine et leurs lèvres une minute se joignirent.

Le réveil fut brutal, deux claques claironnèrent dans le silence du jardin et les deux complices apeurés se reculèrent.

Cette comédie dramatique avait été machinée par le machiavélisme de Berthe. Elle avait prévenu Odette : mon cousin est un ingénu que l’on peut troubler à peu de frais, mais gare à la gouvernante qui ne se gênerait pas pour te flanquer une volée ou tout répéter à tes parents.

Odette avait approuvé le projet et ainsi se livrait sans se douter du sort qui l’attendait.

Berthe d’autre part prévint Marthe qui vit en elle une complice. Après un instant, elles sortirent à pas furtifs et épièrent les jeunes gens.

Le moment venu, la jeune femme se montra et sa poigne solide calma l’effervescence des amoureux.

Odette voulut se révolter :
- Mais madame… je…

Elle la saisit au bras et la secoua :
- Voulez-vous que je divulgue votre conduite par le pays entier ?
L’autre frémit de peur, déjà domptée ; une nouvelle claque affaissa définitivement son énergie. Elle pleura avec des petits hoquets puérils tandis que la gouvernante l’entraînait brutalement vers la maison.

Les deux cousins suivaient en riant sournoisement, prévoyant le traitement que leur amie ménageait à la pauvre Odette. Ils avaient peur uniquement qu’on les tint à l’écart.

En vérité Marthe feignait de ne point les voir, considérant qu’ils méritaient une récompense pour si bien entrer dans ses vues.

Les traits crispés, elle traîna la jeune fille jusqu’au salon et là, sans précaution, la jeta en travers d’un sopha, pour lui relever les jupes vivement. De même elle dénoua le pantalon, pour aussitôt claquer la chair avec vigueur.

De la main gauche appuyée entre les omoplates de la victime, elle maintenait celle-ci qui ne pouvait dans ces conditions que remuer la croupe.

L’épiderme se violaçait, les pauvres jambes s’agitaient désespérément. N’ayant pas la force de caractère de Berthe, la malheureuse pleurnichait, implorant en termes enfantins, la pitié de son bourreau.

Louis et Berthe, sans bruit avaient pénétré dans le salon et fermé la porte derrière eux. Ils se tenaient par la main, fébriles et inquiets.

La jeune fille se pencha :
- Tu as été corrigé comme ça, toi aussi ?

Il inclina la tête en signe d’assentiment. Elle le fixa, cherchant à lire en lui et balbutia :
- Moi aussi…
- Je sais…

Ils se turent gênés par ces aveux qui en disaient plus que les mots prononcés ne signifiaient.

Marthe continuait à frapper, mais sans colère, simplement pour la satisfaction de meurtrir cette chaire juvénile. Comme pour Berthe, elle changea de position et ferma le poing. Les claquements devinrent plus sourds, plus étouffés, la victime se cambrait avec des frémissements convulsifs. Berthe ricanait en se mordant les lèvres pour ne pas rire aux éclats.

Odette eut un cri désespéré :
- Oh ! plus…

Marthe féroce insista et brusquement la pauvre fille se tordit, sans un mot, cachant son visage baigné de sueur, dans ses menottes tremblantes.

Avec un sourire trouble, la gouvernante recula, abandonnant sa victime dans la position où elle se trouvait.
- Vous recevrez la même correction, dit-elle à Louis qui rougit.

Berthe impulsive, s’écria :
- Tout de suite !…

La jeune femme la toisa sévèrement :
- Non… taisez-vous…

Odette péniblement s’était redressée, rajustant robe et pantalon. La vue des spectateurs de son supplice fit monter à son front le rouge de la confusion. À Louis, elle montra le poing :
- C’est de votre faute… vous êtes un don Juan !

Tous éclatèrent de rire, tant cette insulte semblait excessive à propos de ce jeune homme d’ordinaire si timide.

Berthe sournoise cependant renchérit :
- Après tout, c’est vrai… il a toujours été la cause de nos corrections.

Marthe dissimula un sourire et changea le cours des idées en annonçant qu’on allait prendre le chocolat au jardin.

Ils s’installèrent autour du guéridon de fer, presque joyeusement. Toute honte avait disparu, il ne subsistait qu’une intimité étrange qui paralysait les gestes anodins chacun y voyant une intention trouble.

Les deux jeunes filles se retirèrent enfin, Marthe et Louis les reconduisirent jusque sur la route et ce fut Odette qui gaiement cria :
- À demain !

Les deux autres revinrent à petits pas vers le perron ; ils n’osaient se regarder, mais une fois dans le vestibule, Louis d’un geste impulsif pinça au bras la gouvernante.

Elle se tourna vers lui avec une sorte de grimace douloureuse, non point qu’elle souffrit du pincement, sa peine était toute morale.

Le jeune homme s’attendait à une gifle au moins ; rien ne vint et il baissa la tête, désillusionné.

Elle le quitta pour aller s’enfermer dans le boudoir ; morose, il s’installa dans un fauteuil, tout près de la porte. Après cinq minutes, il s’impatienta et toqua, timidement.

Comme elle ne répondait pas, il se rassit, une anxiété l’envahissait, instinctivement, il lui déplaisait que la gouvernante s’enferma ainsi dans la solitude.

Il cogna encore, murmurant, la voix rauque :
- Pourquoi restez-vous loin de moi ?

Ne recevant aucune réponse, il eut un soupir attristé et s’allongea sur le canapé. Il était là depuis un moment, bien loin de penser que la jeune femme l’épiait, lorsque celle-ci sortit doucement et s’avança sur la pointe des pieds.

Il l’entendit trop tard et sursauta, mais déjà elle était sur lui, le claquant vigoureusement, pour ensuite le conduire à la salle à manger où le dîner était servi.

Aussitôt après le repas, elle le mena à sa chambre et l’obligea à se coucher :
- Ainsi, vous ne veillerez pas !

Il se dévêtait avec une extrême lenteur, espérant toujours lasser sa patience. Elle feignait de ne rien remarquer et se promenait de long en large à travers la pièce.

Puis elle le borda, mais brusquement se redressa, un flot de sang au visage. La tentation pour elle avait été aussi subite que violente ; elle avait eu envie de ses lèvres rouges qui semblaient s’offrir au baiser.

Elle se sauva peureusement, fermant la porte à clef derrière elle.
Dans la solitude, elle se prit la tête à deux mains et éclata en sanglots. Vraiment elle jugeait le calvaire atroce et maudissait sa chair qui était faible. Elle en arrivait à souhaiter que le père revint, afin de la protéger par sa présence.

Elle se refusait à faillir, à détourner cet adolescent de la voie qu’elle croyait droite, acceptant courageusement de souffrir seule.

Ce fut elle ce soir là, qui veilla longtemps, le sommeil, dans l’état de nervosité où elle se trouvait, la fuyait.

Quand elle se réveilla au matin, sa tête était lourde, sa poitrine oppressée, ses reins brisés.

Voir en ligne : Soumission servile et flagellation cruelle (Chapitre VIII)

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris