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La Flagellation à travers le monde

Désirs d’automne. Joies de printemps

Le fouet à Londres (Première partie : chapitre III)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


III
DÉSIRS D’AUTOMNE. JOIES DE PRINTEMPS

C’était par une belle matinée d’avril, le soleil se jouait dans les branches reverdies, et les oiseaux chantaient leur hymne d’amour. Tout dans la nature semblait fêter le retour du printemps. Lady Helling, en son château de *** savourait le plaisir de cette journée et promenait ses regards sur le riant tableau qui se déroulait devant elle, à perte de vue. Les fleurs lui envoyaient leurs parfums et, au bas de la pelouse, passait un cours d’eau dont le murmure joyeux arrivait jusqu’à elle.

Étendue dans son rocking-chair, elle restait ainsi des heures qui, lui semblait-il, auraient dû être reposantes et qui, pourtant, la laissaient oppressée et inquiète.

Elle songeait au passé, au présent.

Si elle avait été jadis mariée au colonel, sa vie eût été mieux remplie, et, peut-être, l’eût-elle empêché de se livrer à cette existence de plaisir et de débauches qui avait été sans répit.

Certes, elle l’avait trouvé beau encore et vigoureux selon les apparences, mais sa réputation démentait son aspect. Les esprits malveillants prêtaient au colonel les goûts de dépravation qui caractérisent les êtres névrosés et surmenés à outrance. Il avait, disait-on, des façons à lui de traiter les femmes, les domptant par la violence, sans chercher jamais à les retenir par le charme. Brutal à l’excès, il avait pourtant inspiré des passions terribles ; on parlait d’une jeune femme qui s’était jetée par la fenêtre, pour l’avoir croisé en voiture un soir en compagnie d’une rivale. Il y avait aussi l’histoire d’une jeune fille qui, voulant le suivre au bout du monde, et s’étant irrévocablement compromise pour lui s’aperçut un jour de ses instincts volages. Elle quitta ses parents qui l’adoraient et n’avaient d’autre enfant qu’elle, pour aller cacher son désespoir et l’affront d’être abandonnée, dans un couvent où elle ne tarda pas à mourir de consomption, n’ayant jamais pu s’arracher du coeur l’image de celui qui, pourtant, avait brisé sa vie.

Partout, dans sa carrière militaire, le colonel Boldman avait semé le désespoir sur son passage, et c’était cette énigme fatale qu’il portait en lui, ce secret que l’on brûlait de connaître et dont la révélation faisait mourir, qui constituait un attrait, un mirage fascinant toutes celles sur qui s’arrêtait son désir. Ivres d’être domptées par lui, elles ne pouvaient survivre à son immanquable délassement.

Lady Helling ne savait du colonel que ce que le monde seul pouvait en dire, et cette réputation de dompteur de femmes la laissait rêveuse. Elle sentait bien dans son regard une domination à laquelle sa volonté eût souhaité résister, mais que quelque chose en elle la forçait de subir, et lorsque ses yeux rencontraient ceux de Boldman, il lui semblait qu’une lumière aveuglante l’attirait invinciblement vers lui. Elle se serait jetée dans ses bras en pleurant et aurait voulu s’anéantir en lui. Mais quoi, se disait-elle, m’aime-t-il seulement, cet homme terrible ? Que m’a-t-il dit qui puisse justifier le trouble où me jette sa présence ? Jamais la moindre familiarité n’a semblé même transparaître en ses entretiens. Est-ce donc là le charme qui a fait tant de victimes ?

Hélas ! Lady Helling ne se trompait pas. Le charme l’attirait, l’enveloppait, faisait son oeuvre. Le colonel n’avait jamais eu à vaincre en amour une résistance, et, lorsque, maître de sa conquête, il voulait l’enchaîner en esclave, il la courbait au joug, lui faisant idolâtrer ses chaînes jusqu’au paroxysme de la folie.

Avait-il donc un philtre magique, demanderez-vous ? Oui, et ce mystère d’amour, ce jeu adoré, ce jeu épuisant d’ivresse, c’était le fouet.

Boldman était le don juan de la flagellation, le dieu du fouet, le maître de la meurtrissure.

Il avait l’esprit, l’intuition de cet art difficile, de ce sport aristocratique entre tous, où, dilettante subtil, il savait trouver du nouveau, en possédant la quintessence, où il apportait à la fois délicatesse et vigueur, main de velours et de fer, ayant les doigts, le tact, la souplesse, l’élégance, le secret des gradations raffinées, expert à préparer par la caresse, par des suspensions, par des reprises pareilles à des passes magnétiques, puis à nuancer le crescendo, par l’accélération rythmique du mouvement, névralgique et saccadé, amenant au maximum de l’intensité suraiguë, qu’il tienne la cravache ou le fouet, la verge de bouleau ou la brassée d’orties en pleine sève, sachant en faire le sceptre des félicités ardentes, sauvages, effet magique produisant chez les dévotes du plaisir mastipyge une ivresse étrange, d’amertume délicieuse, ensanglantant le paros mouvant de leurs chairs, faisant hurler de fiévreuse joie, provoquant des frémissements, des spasmes, des sursauts de toute la créature secouée de brûlants frissons où larmes et rires se confondent, extase angoissée de sainte ou de damnée, de ciel ou d’enfer, décidant cette explosion des sens, cette passion fauve, cette volupté pantelante assoiffée de possession et d’assouvissement qui, finalement, jette en ses bras froidement triomphants une bacchante échevelée, aux yeux révulsés, aux onomatopées délirantes, aux râles désireux, aux élans vigoureux, aux étreintes frénétiques, se tordant, écumante, en des enlacements fous, toujours plus curieuse, jamais rassasiée, sang de feu, chair vibrante, coeur soumis.

L’état d’âme de Lady Helling restait encore pour elle-même une chose inexplicable.

Cette femme, honnête entre toutes, n’ayant même, comme tant d’autres, jamais joué avec la coquetterie, devenait énervée, oppressée de spasmes imaginaires, de désirs fous, dont elle ne parvenait point à s’expliquer la cause.

Il est, dans l’atmosphère, certaines ambiances, sortes de larves du vice, qui émanent d’un centre, d’un foyer de corruption ; à deux pas de cette femme pure, la débauche la plus effrénée faisait son oeuvre d’infection épidémique, des êtres se tordaient de plaisir, étouffaient leurs cris de rage, d’amour et de volupté.

Margaret et Ethel étaient sans cesse dans l’enivrement de leurs caresses, et c’est à peine si, devant l’aveuglement de Lady Helling, elles se donnaient la peine de sauver les apparences. Mais la chasteté même de sa vie qui, pourtant, depuis peu, se démentait malgré elle, menaçait, sans que les deux amantes s’en puissent méfier, de lui ouvrir les yeux un jour.

Leur sommeil même eût été suggestif à contempler.

Entièrement nues et enlacées, domptées par la fatigue du plaisir assouvi, les jeunes filles, dont les poses formaient un enchevêtrement de leurs chairs si différentes de tons, dormaient profondément. La tête brune et échevelée de Margaret reposait sur le ventre d’un blanc rosé de la jeune Ethel qui, elle, tenait enlacée par les reins sa robuste compagne, lui enserrant la moitié du corps.

Comme elle étaient belles, ainsi, dans la pénombre, ces deux vierges folles ; le luxe des oreillers de dentelles projetant des ombres légères sur l’ivoire et la nacre de leurs chairs, les seins palpitant au rythme régulier de la respiration, se soulevaient doucement. Lascives et heureuses, c’était le sourire du bonheur qui entrouvrait leurs lèvres vermeilles, laissant deviner l’éclatante blancheur des dents.

Quand le jour commençait à poindre, Ethel, qui s’éveillait généralement la première, promenait ses mains douces et potelées sur le corps de Margaret, jusqu’à l’instant où celle-ci, réveillée par une caresse plus ardente, se mettait à rire en ouvrant les yeux.

C’était alors une orgie de baisers, de frissons et de rires argentins.

Voir en ligne : Chapitre IV : Le Satyre

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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