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L’Ardente passion

Deux courroies et un fouet de chien

Roman érotique (Chapitre XIV)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.


XIV

De son côté, elle se coucha languissamment, maudissant sa situation qui lui créait un devoir.

Nue, elle se glissa sous les draps et rêva longtemps, les paupières closes, le cœur battant. Mais elle s’endormit pourtant, d’un sommeil lourd qui la terrassa.

Ses forces, s’étaient évanouies, elle gisait comme inanimée dans le grand lit solitaire.

Afin que la blancheur de sa chemise de nuit ne fit pas tache dans l’obscurité, Louis s’était entièrement dévêtu.

Il patienta une longue heure, puis se hasarda dans le couloir. À son cou, il avait suspendu les deux courroies et le fouet de chien.

Silencieusement, il rampait, se tortillant comme un serpent, le ventre sur le parquet. Mais ainsi, il restait absolument invisible.
Marthe confiante, avait laissé sa porte entrebâillée.

Par l’ouverture, il glissa la tête et espionna la jeune femme. Malgré son immobilité relative, il devina qu’elle ne dormait pas et attendit encore.

Il se redressa lentement et s’appuya au chambranle pour mieux voir. De cette façon rien ne lui échappait et au mouvement de l’un de ses bras, il remarqua qu’elle était nue.

Il frissonna de crainte, se disant que la chance semblait trop le favoriser.

Une heure encore s’écoula ; le jeune homme était toujours là, immobile, les tempes moites, les jambes fléchissantes sous lui.

Enfin il se haussa sur la pointe des pieds, mais dans la pénombre, il ne put distinguer les paupières de la jeune femme. La lune cependant, glissant de minces rais de lumière à travers les volets, illuminait la pièce d’une clarté blanche.

Incapable de résister davantage, il fit un pas en avant et écouta. Autour de lui rien ne bougea, même le bruit de la respiration rythmée de Marthe parvint jusqu’à ses oreilles.

Il avança encore, en haletant, prêt à fuir tant il avait peur, tant il avait appris à craindre la gouvernante.

Mais elle demeura immobile ; maintenant il distinguait son visage placide, qui dessinait un ovale pur au milieu de l’obscurité de la chevelure noire.

Alors, il se baissa, s’agenouilla, s’étendit et ses mains en un frôlement léger, allèrent chercher sous le lit, la cordelette dont une extrémité était fixée à un ressort.

Il l’attira, l’allongea, ramenant à lui le bout libre. Lorsqu’il tint celui-ci, il se redressa à demi et se mit en marche, silencieusement.

Avec prudence, il contourna le lit, soulevant le lien de façon qu’il passa par-dessus le bois qui d’ailleurs était bas.

Il se trouva enfin de l’autre côté, toujours les bras tendus au-dessus de sa tête afin que la corde ne touchât point la dormeuse.

Quand il fut près de la table de nuit, il se baissa et la cordelette tomba, s’appuyant légèrement sur la poitrine de Marthe.

Celle-ci eut un mouvement imperceptible, mais ne se réveilla pas Louis avait attiré le bout de la corde jusqu’à un autre ressort dans lequel il la glissa ; puis il tendit brusquement, pour la nouer.

La jeune femme éveillée en sursaut, poussa un cri ; elle tenta de se redresser ; quelque chose pesait sur sa poitrine, l’immobilisant. Elle voulut sortir ses bras ; ce lui fut impossible.

Soudain l’électricité éclaira la pièce et elle vit Louis, nu, qui gambadait autour d’elle comme un furieux.

Etonné par sa victoire facile, il ne perdait pas que la tête, oubliant les détails de son plan.
- Tu es fou ! lui cria-t-elle.

Le son de cette voix aimée lui rendit un peu de sang-froid.
- Tu vas voir ça si je suis fou !

Il s’était précipité au pied du lit, arrachant les couvertures, dégageant les minces chevilles rapprochées. Marthe se débattit, il la paralysa rapidement et entoura le bas des jambes d’une courroie qu’il ferma solidement au moyen de la boucle.

Elle eut un râle de fureur, se démenant toujours afin de se dégager de la corde qui lui pesait sur la poitrine. Il ricana, certain maintenant de la réussite :
- Chacun son tour !

Fermement il s’empara de ses poignets et les cercla également d’une courroie. Alors la jugeant en son pouvoir, il la délivra de la cordelette qui se reliait aux deux ressorts du sommier.

Elle put s’agiter davantage, insuffisamment toutefois pour lui échapper. D’un geste brusque, il rejeta les couvertures et brandit son fouet.

La respiration coupée par la peur, elle frémit. La lanière siffla et lui barra l’estomac d’un large trait bleuâtre.

Aussitôt elle se tut, mordant ses lèvres pour ne pas crier ; déjà la douleur l’avait domptée, elle s’abandonnait à l’inéluctable.

Il la zébra à plusieurs reprises de longues stries écarlates qui s’entrecroisaient en un lacis irrégulier. Pas une plainte ne lui échappa ; la tête pendante en arrière de l’oreiller, les bras ligotés et relevés au-dessus de la tête, elle respirait fortement, la bouche ouverte.

Encouragé, sentant soudain gronder en lui une rancune longtemps ramassée, il frappa, avec une sorte de frénésie mauvaise.

Bientôt elle se tordit sous les coups, incapable de supporter sans faiblir, ce supplice épouvantable. Elle le fixait maintenant, cherchant à deviner sa pensée. Mais il demeurait impénétrable.

Ayant acquis de l’expérience, il ne se hâtait pas de mettre un terme à cette torture ; il attendait son appel désespéré, la voulant vaincue, maîtrisée.

Tout cela chez lui était purement instinctif et nullement raisonné. Sans réfléchir, il savait à l’avance, qu’un moment viendrait, où elle se livrerait, l’énergie brisée, la volonté anéantie. Pourtant elle luttait avec une rage farouche, prévoyant ses intentions, voulant conserver encore assez de sang-froid pour lui résister à la suprême minute.

Mais le courage l’abandonnait, avec la souffrance de plus en plus aiguë, lui venait un désir intime d’en finir rapidement.

Elle parvint à se retourner complètement et ce fut le dos qu’il flagella ; malheureusement ses forces lui échappaient, elle faiblissait de seconde en seconde.

Elle se retourna encore et d’une voix sourde, implora :
- Louis… plus…

Il s’arrêta, le front en sueur, le bras gourd de fatigue.

Posément, il défit la boucle de la courroie maintenant les pieds. Tenant toujours sou fouet à la main, prêt à reprendre sa correction, il s’approcha.

Elle ferma les yeux, maîtrisée, le cœur battant, une brûlure par tout l’être.

On entendait le bruit rude de sa respiration haletante, puis, elle balbutia presque honteuse d’avouer son amour :
- Mon chéri !

Quand il se redressa une flamme d’orgueil brillait dans ses yeux. Afin de se rendre compte du degré de sa puissance, il retira la courroie retenant les bras :
- Debout ! ordonna-t-il.

Péniblement elle se leva, et en chancelant, les mains à plat sur les hanches, elle hasarda quelques pas à travers la chambre.

Il lui cingla la croupe d’un coup brutal :
- Prépare-nous du thé !

En pleurant, elle acquiesça :
- Il faut que je… descende en bas…
- Va… je te suis et te surveille…

Elle obéit encore, se dirigeant vers la porte ; il marchait derrière elle, le fouet en main, résolu à poursuivre l’expérience.

Ils gagnèrent la salle à manger où se trouvait un samovar. Elle s’en empara et l’emporta au premier étage, dans la chambre du jeune homme.

Placide, il se coucha sur son lit et alluma une cigarette, la surveillant du coin de l’œil. C’était peine inutile ; il n’y avait en elle pour l’instant, aucune velléité de rébellion. Au contraire elle éprouvait une satisfaction morbide à lui être soumise.

Si elle s’était écartée du droit chemin qu’elle s’était fixée, au moins croyait-elle cette chute indépendante de sa volonté. Cette idée était pour elle une absolution.

Par la souffrance, elle mériterait la satisfaction de son amour ; en évitant de se révolter, elle serait contrainte d’aimer encore.

Le thé chanta dans la bouilloire, elle approcha un guéridon du lit et servit. Louis eut pitié de tant d’abnégation et doucement l’attira dans ses bras.

Elle s’abattit sur sa poitrine et éclata en sanglots, l’être entier secoué de hoquets convulsifs.

Enfin il se sentait vraiment homme et lui était reconnaissant de cette constatation. Il l’embrassait à pleines lèvres, voluptueusement, la serrant plus fort contre lui.

Ils prirent le thé, assis côte à côte sur le bord du lit ; à travers ses larmes, elle souriait à l’amant, et entre deux gorgées, ils échangeaient un baiser.

Comme elle voulait se retirer, gagner sa chambre, il la retint, voulant l’obliger à partager sa couche. Peureuse, elle tenta de discuter il la gifla et elle fut domptée de nouveau.

Voir en ligne : Comme un pacha au milieu de son sérail (Chapitre XV)

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.



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