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Du Fouet et de ses effets sur le physique de l’amour

Traité du Fouet (Chapitre I)



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François-Amédée Doppet, Traité du Fouet : Ouvrage médico-philosophique, suivi d’une dissertation sur tous les moyens capables d’exciter aux plaisirs de l’amour par D***, Médecin, Paris, 1788.


CHAPITRE PREMIER
DU FOUET ET DE SES EFFETS SUR LE PHYSIQUE DE L’AMOUR

L’amour étant nécessaire pour la propagation de l’espèce, il fallait que cette passion fût profondément enracinée dans le coeur de l’homme, que la nature nous en fit un besoin, et qu’elle y attachât la plus grande jouissance. Les plaisirs que procure l’amour sont les plus vifs que l’on puisse goûter, aussi leur donne-t-on le nom de volupté ; il est impossible de les avoir connus sans les rechercher de nouveau, et l’on en jouit aujourd’hui sans préjudice pour les désirs du lendemain. Cependant, quelque nécessaire que soit le sentiment de l’amour, il ne peut et ne doit faire notre bonheur qu’en s’y livrant avec modération ; car tout ce qu’on donne au corps au-delà de ses besoins l’affaiblit, et l’on trouve toutes sortes de maux dans le sein même de la volupté.

On est plus ou moins emporté par la violence de cette passion, suivant sa bonne ou mauvaise constitution ; ceux qui sont d’un tempérament sanguin ont les passions plus vives que les pituiteux. Le docteur Venette parle de la femme d’un Catalan qui, un jour, fut obligée d’aller se jeter aux pieds du roi, pour implorer son secours sur l’excessive vigueur de son mari qui, à ce qu’elle dit, lui ôterait bientôt la vie, si l’on n’y mettait ordre. Le roi fit venir ce mari pour savoir la vérité ; il avoua avec franchise que chaque nuit était marquée par dix triomphes ; sur quoi le roi lui défendit par arrêt, et sur peine de la vie, de s’abandonner plus de six fois à la violence de ses transports, de peur que par l’excès de ses embrassements, il n’accablât son épouse. Cet arrêt est fort singulier, mais il faut avouer qu’il est bien rare que les souverains soient dans le cas d’en porter de semblables.

Quel que soit le tempérament qu’on ait reçu de la nature, on ne saurait être homme longtemps, si l’on cède de bonne heure à l’empire de ses passions ; c’est pour cette raison que nos débauchés de Paris sont vieux à trente ans et décrépits à quarante. Lorsqu’on a abusé de son existence, si les désirs s’étaient anéantis comme les forces, ce ne serait alors qu’un demi-mal ; mais les êtres exténués ne sont que plus avides de ces plaisirs qu’une femme peut leur permettre, sans qu’il soit pourtant en son pouvoir de les leur faire goûter ; l’impuissance irrite alors les désirs, et l’on ne se lasse pas d’importuner la nature.

L’acte vénérien, quoique en lui-même salutaire [1], devient le principe de mille maux, par l’abus que quelques femmes en font ; en sorte que la source des plaisirs et de la vie se change souvent en une source de douleurs. Loin d’attendre que le physique parle, on se hâte de l’exciter ; et quels sont les moyens dont le libertinage ne se sert pas dans ce cas ! On a d’abord cherché dans les aliments ceux qui seraient les plus échauffants de leur nature ; on a ouvert les pharmacopées pour faire usage des cordiaux, des irritants et des aphrodisiaques ; quelques médecins ont eu même assez peu de délicatesse pour donner des conseils dans de semblables occasions [2].

Les femmes n’ont rien oublié de leur côté pour s’attirer des hommages ; elles ont embelli tout ce qui peut décemment se montrer, et se sont vêtues de telle manière que ce qui se voit suffit pour donner une idée des charmes cachés. Cela suffirait sans doute ; mais l’art de la volupté devait pousser ses recherches plus loin.

Vénus eut bientôt des prêtresses qui se dévouèrent entièrement à l’amour ; la délicatesse fut bannie des temples que vint élever le plaisir ; et tout le culte s’y réduisait à chercher des ressources pour faire renaître le moment de la jouissance. Nos couvents de courtisanes sont les restes de ces monuments antiques, mais ils n’en sont pas moins courus, ni moins élégants. Ce n’est que là que le vieux financier peut, à force d’or, se rappeler, par intervalle, son antique existence : l’époux, que glace la décence et la monotonie de sa femme, vient y chercher des plaisirs qu’il n’ose exiger que là : le célibataire, qui a des raisons pour qu’on le croie tel, se glisse en secret dans les temples de ce genre, il y trouve les moyens de se débarrasser de son superflu [3], et de se parer en public de tous les dehors de la chasteté et de l’abstinence.

Les filles de joie sont-elles un mal nécessaire ? Doit-on le tolérer, ou l’empêcher ? Ce n’est pas ici le lieu d’agiter cette question, qu’il me soit seulement permis de dire qu’il y a beaucoup d’hommes qui en ont besoin.

Comme les temples de Vénus ne peuvent se soutenir que par les plaisirs qu’on y trouve, il a fallu que les prêtresses de cette divinité portassent toute leur attention de ce côté ; il est enfin nécessaire que la volupté soit leur unique étude… parures riches et légères… vêtements dégagés et ambrés… sourire engageant… démarche voluptueuse… appartements élégants… tableaux lascifs… bibliothèque choisie, etc., rien de ce qui peut tenter n’est oublié ; les courtisanes ont mille manières d’exciter l’acte toujours désiré. Cependant, à force d’user de ces moyens sans cesse répétés sur un même individu, la nature refuse enfin de se prêter aux efforts ordinaires ; on est forcé d’en employer de nouveaux. L’aspect d’une belle gorge, d’une jolie jambe, de quelque chose de plus encore, étant inutile ; une main gentille, adroite et légère n’ayant plus aucun pouvoir sur…

Ce surplus, ce reste de machine,
Bout de lacet aux hommes excédant ;
La Fontaine, Contes.

on a tenté des épreuves extraordinaires ; et, comme j’ai dit que la délicatesse a été bannie de ces endroits, on n’a pas eu de violence à se faire pour se déterminer à les proposer et à s’y soumettre.

C’est dans les tourments qu’on a cherché des ressorts pour procurer les plaisirs de l’amour. On se sert des flagellations, afin d’opérer ce que peut seul l’aspect d’une belle femme sur un homme bien constitué. Ce moyen n’est point une invention moderne et ne prouve pas (comme le pensent quelques admirateurs de l’antiquité) que les moeurs soient plus dépravées que dans les siècles passés.

L’amour, qui fut de tout temps l’excitatif de tous les êtres, eut toujours ses vertus et ses vices. Si cette passion [4] n’est pas aussi ancienne que le monde, elle a au moins quelques jours de plus que la découverte du péché originel. Les brosses à frictions, les verges, les martinets, dont se servaient jadis les prostituées de Babylone, de Tyr, d’Athènes et de l’ancienne Rome, n’étaient peut-être pas aussi élégants que le sont maintenant ceux de nos filles de Paris, de Londres, de Naples et de Venise. Mais on s’en servait pour le même usage, et le libertinage était alors au même point.

Nous lisons, dans des auteurs très anciens, les histoires de plusieurs hommes qui ne pouvaient se rendre propres au coït qu’après avoir été battus de verges, et même jusqu’à effusion de sang. Voici ce qu’écrivit, il y a plus de deux siècles, Jean Pic, prince de la Mirandole [5], au sujet d’une personne qu’il connaissait très particulièrement. « Il existe, dit-il, un homme d’une paillardise tellement désordonnée, qu’il ne peut se livrer à l’acte vénérien qu’après avoir été bien flagellé ; ce qu’il y a de singulier, c’est que le cruel préliminaire dont il ne pourrait se passer, ne le rend pas moins avide des plaisirs de l’amour. Lorsqu’il se rend chez une fille de joie, il lui remet un fouet qu’il a tenu pendant vingt-quatre heures dans le vinaigre pour l’endurcir par le moyen de cette infusion. La première faveur qu’il lui demande est qu’elle veuille bien ne pas le ménager. La femme frappe, le sang coule, et la victime s’enflamme : ce misérable passe au même instant de la douleur à la volupté. Se peut-il, ajoute le même écrivain, qu’un homme recherche et trouve les plaisirs de l’amour dans les flagellations les plus cruelles ? »

Thomas Campanella [6] nous a laissé dans un de ses écrits des observations de ce genre. Coelius Rhodiginus fait aussi mention d’un fait semblable : « Il est mort, dit-il, depuis quelques années, un homme qui avait une singulière passion : son physique était tellement détruit qu’il ne pouvait y rappeler les feux de l’amour qu’après avoir été bien fustigé. Lorsqu’il était auprès d’une femme, on ne savait s’il désirait le fouet ou le coït ; car la première faveur qu’il demandait, ou plutôt la seule grâce qu’il implorait, était qu’elle voulût bien le battre de verges ; et ce n’est que dans le supplice que ses sens émus pouvaient se livrer et connaître les plaisirs de Vénus. »

On lit de semblables histoires dans les plus anciens ouvrages de médecine, de même que dans les livres de droit. André Tiraqueau [7] cite dans son Traité des lois du mariage [8].

Sans chercher de tels exemples chez les anciens, nous en trouvons suffisamment parmi nous. Il y a quelques années, une femme fut accusée d’adultère par son mari ; les témoins déposèrent ; le fait fut prouve [9] ; et la coupable allait être condamnée, lorsqu’elle trouva les moyens de se justifier, en disant qu’on devait légalement lui pardonner ses faiblesses, puisqu’elle avait pour époux un malheureux qui ne pouvait payer les tributs de l’hymen que lorsqu’elle avait consenti à lui donner le fouet jusqu’au sang. Elle ajouta que, si cette manoeuvre odieuse échauffait son mari, elle ne servait de son côté qu’à lui faire détester les embrassements qui en étaient la suite, et qu’il n’était pas surprenant qu’elle eût succombé à la tentation.

Promenons-nous un instant dans ces maisons où ce vend le plaisir ; c’est là que nous serons convaincus qu’il y a beaucoup d’hommes qui ont recours aux flagellations pour se disposer à livrer bataille à l’amour. Entrons dans les temples de Vénus, nous verrons des lambeaux de verges encore épars à l’entour de l’autel des sacrifices. Interrogez la déesse à ce sujet, elle aura bientôt satisfait votre curiosité ; elle vous montrera d’abord une petite poignée de verges qui est toujours attachée par un ruban des plus à la mode ; elle passera ensuite au martinet dont le bout de chaque cordon est garni d’une pointe d’or ou d’argent, et dont le manche qui est de bois de rose [10] est entouré d’une garniture élégante et recherchée. Si vous lui demandez, comme le ferait un pauvre Provincial, à quoi servent ces petites armes, elle prendra, pour vous répondre, le ton le plus enfantin et vous dira, en minaudant avec la verge, que c’est, si vous le voulez, pour vous donner du plaisir. Il n’y a aucune prostituée qui ne propose au chasseur qui la poursuit de passer promptement à cette ressource, comme étant le préliminaire le plus infaillible, même pour un petit collet de soixante-dix ans.

J’ai été le témoin d’une scène bien singulière, et qui ne prouve que trop que l’amour l’emporte le plus souvent sur la plus forte raison. Étant à Paris, je fus appelé dans un des sérails de la rue Saint-Honoré pour donner des soins [11] à une courtisane à laquelle venait d’échoir un petit lot en courant les hasards de l’amour. J’étais dans la cellule de la malade, lorsque j’entendis, dans la chambre voisine, la voix d’une femme qui semblait être fort en colère, et qui avait le ton le plus menaçant. La personne avec laquelle j’étais ne me donna pas le temps de l’interroger sur ce qui se passait près de nous ; me priant à voix basse de garder le silence, elle souleva fort doucement un des coins de la tapisserie et me plaça vis-à-vis d’une petite ouverture, par le moyen de laquelle j’assistai au spectacle le plus plaisant et en même temps le plus ridicule. Voici comment se passait cette scène qui, me dit-on, se jouait deux fois par semaine. La principale actrice était une brune assez jolie qui n’était vêtue qu’en partie, c’est-à-dire qu’elle montrait la gorge, les cuisses et les fesses. Les autres rôles étaient remplis par quatre vieillards à grande perruque, dont le costume, l’attitude et les grimaces m’obligeaient à chaque instant à me mordre les lèvres pour ne pas partir d’un éclat de rire. Ces libertins surannés jouaient, comme font quelquefois les enfants entre eux, au jeu du maître d’école. La fille, sa poignée de verges à la main, leur administrait tour à tour la petite correction ; le plus châtié était celui qui avait l’organisation la plus tardive. Les patients baisaient les fesses de la maîtresse, pendant que son beau bras se fatiguait sur leur cuir impudique ; et la comédie ne finissait que lorsqu’on était las de fatiguer la nature la plus appauvrie. Après que chacun se fut retiré, je quittai mon poste sans pouvoir me convaincre de la réalité des choses dont je venais d’être le témoin. Ma malade me plaisanta beaucoup sur ma surprise, et me raconta plusieurs faits encore plus ridicules qui se passaient tous les jours dans leur couvent. Nous avons, me dit-elle, la pratique des êtres les plus importants de Paris ; elle ajouta qu’elles avaient entre elles l’honneur de donner le fouet à tout ce qu’il y avait de mieux dans le clergé, la robe et la finance.

Il serait inutile de rapporter d’autres faits pour prouver que plusieurs personnes ont recours aux flagellations pour se rendre propres au coït. On n’a, comme je l’ai dit, qu’à interroger toutes les filles de joie, pour se convaincre de cette malheureuse vérité. Il me reste maintenant à démontrer comment et pourquoi le fouet produit un tel effet sur le physique ; cet examen nous conduira à découvrir des abus qu’il est important de détruire.

Lecteurs honnêtes et délicats ! vous, dont les oreilles ne se permirent jamais d’entendre aucun mot libre ni aucune phrase licencieuse, ayez le courage de m’écouter ! je parle pour vous instruire, et non pour vous corrompre. Je dévoile des erreurs qui subsisteront tant qu’on aura la faiblesse de les tenir secrètes. Les moeurs [12] exigent qu’un citoyen zélé ne cache aucun crime à la loi, afin qu’elle puisse le punir : si le délateur peut quelquefois paraître scandaleux dans l’accusation qu’il en détaille, cette faute légère est bientôt effacée par la destruction du crime et du coupable.

Voir en ligne : Les Flagellations excitent l’Amour (Chapitre II)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de François-Amédée Doppet, Traité du Fouet : Ouvrage médico-philosophique, suivi d’une dissertation sur tous les moyens capables d’exciter aux plaisirs de l’amour par D***, Médecin, Paris, 1788.

Notes

[1Il n’y a pas que l’abus des plaisirs de l’amour qui puisse nuire ; car le célibat comporte souvent avec lui des inconvénients qui ne le cèdent en rien à ceux qui résultent d’avoir trop sacrifié à Vénus.

[2Un médecin ne doit pas toujours garder le silence sur cette matière ; lorsqu’il arrive, par exemple, que la froideur conjugale cause des désordres dans le ménage, je pense qu’il peut employer quelques secours pour y maintenir l’union et la paix.

[3Les plaisirs de l’amour sont un besoin pour les deux sexes. Cela étant, comment ose-t-on faire voeu de célibat, ou plutôt, comment permet-on à quelqu’un de le faire ? L’exemple journalier ne prouve-t-il pas que ces malheureux manqueront de parole ? Quand ils sont pris sur le fait, ils croient s’excuser en disant qu’ils sont hommes et faits de chair et d’os comme nous ; cela ne prouve rien, sinon qu’ils ont tort de ne violer le voeu qu’en secret. Que ces célibataires élèvent une voix commune contre un état qui n’est pas dans la nature ! Qu’ils rompent d’accord entre eux et la raison ce lien qui les rend à charge à la société ! alors il leur sera permis de connaître tous les charmes attachés à l’existence de l’homme ; et les ménages de leurs voisins seront en même temps plus tranquilles.

[4Il n’est pas possible qu’on ait, de tout temps, regardé l’amour comme une passion criminelle en elle-même. Je suis même sûr que les sauvages ne croient faire aucun mal en s’y livrant : hélas ! ces ignorants n’ont encore aucune notion d’une certaine théologie qui existe.

[5Jean Pic vivait dans le quatorzième siècle ; ce prince renonça à sa principauté pour se livrer entièrement à l’étude. On prétend qu’il savait vingt-deux langues à l’âge de dix-huit ans ; il proposa à vingt-trois de soutenir des thèses sur tous les objets des sciences, sans en excepter une seule. On a de lui plusieurs ouvrages écrits avec élégance et facilité. Il mourut à Florence en 1494, âgé de trente-deux ans.

[6Les infortunes de Thomas Campanella prouvent que les gens d’Église sont ordinairement de cruels ennemis : lorsque ces Basiles en veulent à un homme de lettres, ils le persécutent, calomnient sur son compte, l’accusent, le perdent ou le font assassiner. Campanella était dominicain ; encore jeune, il osa dans une dispute publique convaincre d’ignorance un vieux professeur de son ordre ; ce dernier ne tarda pas à l’en punir ; il l’accusa d’avoir voulu livrer la ville de Naples aux ennemis de l’État et, ce qui n’est pas moins grave, d’être un hérétique. La calomnie réussit à merveille, car Campanella fut traîné dans une prison où il resta vingt-sept ans : on dit qu’il y essuya, jusqu’à sept fois, la question pendant quarante heures de suite. Il fut enfin libre et vint à Paris, où il fut protégé par le cardinal de Richelieu.

[7André Tiraqueau était conseiller au Parlement de Paris ; François Ier et Henri II se servirent de lui dans plusieurs affaires très intéressantes. Ses occupations ne l’empêchèrent point de donner au public un grand nombre de savants ouvrages. Il eut près de trente enfants ; l’on disait de lui qu’il donnait tous les ans à l’État un enfant et un livre.

[8Si je m’étends un peu dans mes citations, c’est pour prouver que je ne suis pas le premier qui ait osé parler de l’effet que le fouet produit sur le physique de l’amour : on voit par là qu’un écrivain peut traiter cette matière sans être ni grossier, ni scandaleux.

[9L’adultère fut jadis un crime qu’on punissait de la mort la plus cruelle. Les lois sont toujours fortes dans ce cas : mais ces procès ne vont pas si vite aujourd’hui ; le mari accuse sa femme, qui se défend en badinant sur la chose ; les scribes, les clercs, les procureurs, les greffiers, les avocats, les rapporteurs, les petits juges, les grands juges, etc., tout le monde en rit. La fin de tout cela est qu’après l’arrêt, la femme est souvent innocente, tandis que le mari est toujours cocu.

[10Telle est la manie du luxe… Comment, dira-ton, sont décorés les fouets dont se servent les filles de la dernière classe ? Je crois que ces instruments sont inconnus dans leurs ateliers. Le charbonnier et le porteur de la halle ne vont chez les belles du port-au-blé, de la rue Jean-Saint-Denis, etc., que lorsqu’ils meurent de plénitude ; ces rustres ne font pas comme nos petits maîtres ; ils attendent bonnement le besoin, sans chercher à provoquer l’appétit.

[11Les filles de Paris sont tolérées par le gouvernement ; elles ne sont donc pas indignes de l’attention publique ; il arrive pourtant que, lorsqu’elles sont malades, elles ne savent guère à qui s’adresser. Les docteurs de la faculté du faubourg Saint-Jacques ne vont jamais chez ces malheureuses en qualité de médecins, parce que ces messieurs à triple et triple perruque ne prennent pas moins d’un louis par visite. Les savants de la société de médecine voudraient bien y pénétrer en qualité de guérisseurs ; mais chacun s’en méfie, parce qu’on sait qu’ils ne vont chez le pauvre que pour essayer des pilules qui leur sont proposées par des charlatans curieux d’acheter un brevet. Quels secours reste-t-il donc à ces infortunées ? Lorsqu’elles ne trouvent pas quelques étrangers honnêtes, quelques médecins qui ne sont à Paris que pour y manger de l’argent (un docteur médecin de Paris ne donne que le titre d’écoliers aux docteurs d’Edimbourg, de Vienne, de Turin, etc.), elles sont forcées de se livrer à la pratique ignorante et meurtrière d’un carabin, ou d’aller finir leurs misérables jours dans les tortures de Bicêtre.

[12Les mœurs… Voilà, diront les gens comme il faut, un mot bien vague ; qu’entend-on par les bonnes moeurs ?… Il y a bien des hommes du bon ton à qui l’on pourrait répondre qu’on entend par bonnes moeurs les vertus dont ils n’ont jamais fait grand cas, et qu’ils exigent toujours de leurs valets.



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