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Éloge du sein des femmes

Du langage des tétons

Ouvrage curieux (Chapitre IV)



Auteur :

Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre IV : « Du langage des tétons », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.


CHAPITRE IV
DU LANGAGE DES TÉTONS.

Tous les êtres créés ont un langage, depuis les roseaux du barbier de Midas, jusqu’aux hydrophobes auteurs des plates brochures qui inondent cette capitale.

Le père Bougeant s’est immortalisé par son charmant ouvrage Sur le langage des bêtes, qui a été traduit en italien. Les yeux ont une rhétorique connue de tout le monde. Les mains ont leur idiome ; les pieds des amans font merveille dans leur mystérieux quatuor sous la table ; les genoux s’en mêlent aussi ; les fleurs parlent en Asie ; et les cœurs, les cœurs ! on sait combien ils sont éloquens, bavards et tyrans. J’en dirais long sur ce chapitre, et l’ami Boufflers, qui a dit de si jolies choses sur le cœur, embellirait bien mon texte. Doit-on être surpris, d’après cela, que les tétons aient aussi reçu de la nature un organe expressif, et des moyens oratoires ? Non, sans doute ; ils ont une langue, et Le Pays est mon autorité, dans le récit d’un songe qu’il fit sur deux beaux tétons. Il écrit à une dame de ses amies :

« Je n’ai point dormi cette nuit, Madame, ou du moins, le songe que j’ai fait occupoit si sensiblement mon esprit, que j’ai cru veiller en fort bonne compagnie. J’ai cru avoir toujours auprès de moi les deux tétons de Madonte, et les voir avec ce même éclat qui me surprit hier au soir quand votre main obligeante les délivra de la prison qui les enfermoit. Vous pouvez bien croire, Madame, que je n’ai pas gardé le silence dans une si belle occasion de parler : mais, pourrez-vous croire que ces jolis tétons m’ont aussi parlé, et que notre conversation a été fort agréable ? Que ceci ne vous surprenne point, les tétons ont, pour ceux qui les entendent, leur langage, aussi bien que les yeux. Comme je les ai trouvez en humeur de causer, j’ai eu la curiosité de leur faire cent questions sur leurs aventures, auxquelles ils m’ont répondu le plus galamment du monde. J’aurois bien envie de vous redire ici tout notre entretien, mais il sera plus aisé de vous l’écrire. Voici pourtant quelques-unes de leurs paroles que j’ai impatience de vous apprendre, parce qu’elles m’ont semblé les plus jolies. C’est la réponse qu’ils m’ont faite sur l’étonnement que je leur ai témoigné qu’ils fussent ainsi séparez, et qu’ayant l’un avec l’autre tant de rapport, ils vécussent en mauvais voisins, sans s’approcher, sans se baiser, enfin comme des ennemis irréconciliables. Il est vrai, m’ont-ils dit, nous sommes ennemis, et la ressemblance ne fait point chez nous ce qu’elle fait partout ailleurs. Elle nous oblige à nous haïr ; et notre réciproque jalousie nous tiendra toujours éloignez. Quoique nous n’ayons qu’un même cœur et qu’un même intérêt, nous n’avons aucune disposition à nous unir. L’Amour, qui est un petit boute-feu, nourrit entre nous cette division. Il nous promet de nous aimer tous deux pendant que nous nous haïrons, et jure de nous quitter aussitôt que notre haine cessera. Mais, de bonne foi, aimables tétons, ai-je répliqué, ne seriez-vous point comme quelques-uns de vos frères, qui jamais ne se touchent le jour, et qui se baisent pendant toute la nuit ; qui ont inclination à s’approcher, et qui ne vivent éloignez que par contrainte ? Vous serez étonnée, Madame, que j’aye osé leur parler d’une manière si désobligeante, mais sachez que ce n’a été que par adresse. Car quoique je n’eusse point de pareils sentimens, je voulois les obliger à m’ôter le doute que je témoignois, en souffrant que mes doigts fussent avec mes yeux témoins de leur division. Ma ruse a réussi comme je l’avois désiré ; les deux tétons de Madonte s’étant un peu enflez de colère et d’orgueil, à cause de mon injuste soupçon, ont consenti que je fisse l’épreuve que je souhaitois, et cette épreuve a d’abord fait sentir à mes mains la vérité qui avait paru à mes yeux.

Après cela, je ne me suis plus étonné qu’ils eussent tant de disposition à la haine ; car j’ai trouvé tant de dureté dans l’un et dans l’autre, qu’il n’y a pas apparence que rien les puisse jamais attendrir. Au reste, Madame, je gage que votre belle parente ne sait rien de ce qu’ont fait chez moi ses tétons. J’ai appris d’eux-mêmes qu’ils font bien d’autres choses, sans son congé ; ils m’ont dit que lorsqu’elle y pense le moins, ils se divertissent à prendre des cœurs, partout où ils trouvent des yeux, et que c’est leur passe-temps le plus ordinaire. Ils m’ont dit même que quand ils ont pris quelqu’un, et que Madonte s’en apperçoit, elle le traite aussi cruellement que si sa prise l’avoit offensée. Elle l’insulte, dans son esclavage, elle ne lui donne aucun secours, et prend plaisir à le voir mourir de langueur. »

Ce Le Pays était un très-rude patineur. Sa Caliste lui avait promis de l’aller voir, dans le tems qu’une cruelle fièvre le travailloit et l’avait mis dans un état pitoyable. Il lui fait premièrement le portrait de son visage de cette sorte :

« Pour ma mine, vous ne vîtes jamais rien de si étrange : mes yeux sont devenus plus grands que tout le reste de mon visage, et il vous sera facile, s’il vous en prend fantaisie, de compter mes dents au travers de la peau de mes joues. Il ne faudra pas vous étonner, si je vous fais froide mine ; je la fais à tout le monde, et me la fais à moi-même, quand je me regarde au miroir. Quelqu’envie que j’aye de vous plaire, je ne pourrai point m’empêcher de vous faire laide grimace. » Il ajoute ensuite :

« Ce qu’il y a de bon, Caliste, c’est que mes mains, dont vous vous êtes plainte tant de fois, ne vous donneront aucun sujet de me quereller. Je vous jure qu’en l’humeur où je suis, les tétons de la belle Hélène, qui assurément devoient être des plus beaux, puisqu’ils firent tant jouer des mains les Troyens et les Grecs, ne me feroient pas présentement tirer les miennes de dessous ma fourrure. Jugez, par là, si vous auriez à craindre du reste, et si vous ne vous en irez pas de chez moi sans avoir crié contre mes emportemens ! »

Marot avait le même défaut que Le Pays, et ne laissait échapper aucune occasion de mettre ses yeux au bout de ses doigts. Il aurait bien souhaité, un jour des Innocents, de savoir où était le lit de sa belle, pour la faire passer par l’étamine. N’en pouvant venir à bout, il se contenta de lui écrire ces vers :

Très-chère sœur si je savois où couche
Vostre personne au jour des innocens,
De bon matin j’irais à vostre couche.
Voir ce gent corps que j’ayme entre cinq cens :
Adonc, ma main (veu l’ardeur que je sens),
Ne se pourrait bonnement contenter,
Sans vous toucher, tenir, tâter, tenter ;
Et si quelqu’un survenoit d’adventure,
Semblant ferois de vous innocenter :
Seroit-ce pas honneste couverture ?

Après tout, si ce qu’on vient d’alléguer, n’engage point les belles à laisser aux amans les coudées franches et les mains libres, il n’en est pas moins vrai que toutes n’ont pas cette austérité. La Corine du tendre Ovide ne faisait pas tant la renchérie. Elle alla un jour trouver ce poëte dans un équipage très-galant, et dans ce désordre voluptueux qui favorise et provoque si bien la liberté des mains : Ovide lui-même nous l’apprend dans une de ses élégies amoureuses :

Le chaud que le midi fait naître sur la terre,
Aux plaisirs d’exercice avoit livré la guerre :
Quand je m’allai jeter tout fatigué, tout las,
Sur un lit de repos qui ne m’en servit pas.
J’attendois la Beauté dont mon âme est charmée.
Ma fenêtre n’étoit ouverte, ni fermée,
Et ces deux changements se cédant tour-à-tour,
Laissoient voir un combat de la nuit et du jour.
L’on voit dans les forêts de ces sombres lumières,
Qui ne sont ni clartez, ni ténèbres entières,
Et tels sont du soleil les timides flambeaux,
Lorsqu’il vient sur la terre, ou qu’il va sous les eaux.
Tel est le tems obscur qu’il faut donner aux dames ;
De peur que la clarté ne trahisse leurs flâmes.
L’Amour est un enfant qu’on nous a peint sans yeux,
Et ce dieu veut toujours être aveugle en ses jeux.
Après quelques momens, je vis entrer Corine ;
Sous l’habit du plaisir, qu’elle avoit bonne mine !
Un voile transparent, de ses rares beautés
Dans un léger nuage étouffoit les clartés.
Il faisoit à ma vue entière violence,
Sans sauver mes desirs de leur impatience :
Et ses cheveux, poussés d’un mouvement jaloux,
Cachoient toute sa gorge à mes transports si doux.
Corine valoit bien qu’ils me fissent querelle.
Jamais Sémiramis n’avoit paru si belle ;
Et ceux qui de Laïs chantèrent les attraits,
N’avoient, pour les toucher, formé tant de souhaits.
Le linge me déplut, quoiqu’assez favorable ;
J’en fis avec Corine un combat agréable,
Sa main vint au secours ; mais je lus dans ses yeux,
Que son cœur et sa main se trahissoient entr’eux.
Sa vertu vouloit faire une honnête retraite,
Ses efforts languissans demandoient sa défaite
Et je vis peu d’obstacles en ce plaisir égal
A vaincre un ennemi qui se défendoit mal.
Quand son voile en tombant la laissa toute nue,
Jamais rien de si beau ne s’offrit à ma vue.
La nature sans art fait honte aux ornemens,
Jamais de si beaux bras n’unirent deux amans.
Jamais de deux couleurs gorge si bien mêlée
Ne fut par les baisers doucement accablée.
Et jamais les voisins de ce qu’on ne dit pas,
N’étalèrent aux yeux de si charmans appas.
Je regardai longtems, mais en pareil mystère,
L’on ne peut pas toujours regarder sans rien faire.
Je fis donc ce qu’on fait loin des regards fâcheux,
Et lorsque des amants le veulent bien tous deux.
Quand j’eus fait mon devoir, en homme de courage,
Corine pour dormir me prêta son visage :
Je pris un doux repos sur ce lit de corail,
Mais certes le repos ne vaut pas le travail,
Grands Dieux ! qui me voyez peut-être avec envie ;
Laissez-moi me choisir les plaisirs de la vie.
Je renonce au sommeil, et le milieu du jour,
Comme il est le plus chaud, est plus propre à l’amour.

Ô femmes auxquelles il est si difficile d’échapper aux moyens de séductions multipliées contre vous, je pense que la mode que vous avez établie de nous découvrir gratuitement ce que vous avez de plus beau, est un excellent moyen de diminuer nos désirs par l’habitude de voir, et par la satiété ; mais si, dans le tête-à-tête, vous voulez conserver toute votre raison, et ne point donner de droits sur vous, en faisant un ingrat ou un inconstant, n’oubliez pas de défendre les jeux de mains, dont les conséquences sont funestes à la vertu ; retenez bien le sens de ces vers, que vous vous ferez expliquer avant de rien permettre, et vous me remercierez :

Post visum, risus, post risum, venit ad usum :
Post usum tactus : post tactum, venit ad actum.
Post actum, fructus : post fructum, poenitet actum.

Toutes les gradations de l’audace sont expliquées dans le distique suivant, et toute la tactique de l’amour y est développée :

Visus et alloquium : tactus, post oscula, factum :
Ni fugias tactus, vix evitabitur actus.

La chair est faible, l’esprit est prompt. La pudeur a contre elle cinq ennemis terribles, désignés ci-dessus, c’est-à-dire la vue, l’entretien, le toucher, le baiser et le fait. Si vous n’évitez pas le toucher, vous n’éviterez pas le fait. Un amant qui a obtenu un baiser, est un sot s’il reste en chemin ; songez-y.

Oscula qui sumpsit, si non et coetera sumpsit,
Hæc quoque quae data sunt, perdere dignus erit.

Voir en ligne : Des laids tétons (Chapitre V)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre IV : « Du langage des tétons », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.



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