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Les Délices de l’Amour

Du ressouvenir, et de l’épisode

L’Anti-Justine (chapitre XXI)



Auteur :

Nicolas Edme Restif de La Bretonne, L’Anti-Justine ou Les Délices de l’Amour, Au Palais Royal chez feue la Veuve Girouard, Paris, 1798.


Chapitre XXI
Du ressouvenir, et de l’épisode.

Oh ! que les puristes ont dû se récrier au chapitre précédent !… Eh bien, puristes, je m’en fous.

Le lendemain, je m’attendais à un peu de bouderie, ou de sérieux. Non. Ma Conquette me parla comme à l’ordinaire… Je fus huit jours, sans chercher à le lui mettre… Le samedi, son bijou bien rétabli des fatigues données par Sourcilsgris, dit Montencon, elle y sentit un chatouillement. Elle se ressouvint alors de ce que je lui avais dit, qu’elle pourrait se laisser enconner par Timori. Elle fit une toilette de volupté, se couvrit d’une calèche, et sortit le soir. Mais je l’observais, et la faisais soigneusement observer par Mme Brideconnin, ou comme je l’appelais en badinant, Mme Conbridé. Je fus averti ; je la suivis, pour la préserver de malheur. Elle monta. J’écoutai à la porte ; et j’entrevis même par une fente… Conquette se jeta dans les bras de Timori. Mais il était malade. La belle fut gamahuchée seulement. Timori, au lieu de la caresser, comme elle s’y attendait, se mit à lui raconter la suite des événements relatifs à Vitnègre, à Foutamort, et à Conillette :

- J’ai été voir Vitnègre aujourd’hui, au lieu de me rendre à mon bureau, étant malade. Je l’ai trouvé malade lui-même, tant il avait été hier effrayé des menaces de son moine. Celui-ci l’avait fait demander. Vitnègre est accouru. Il a trouvé toute la communauté à l’infirmerie. Parvenu au lit de Foutamort, celui-ci lui a dit :

- Gueux ! si j’en avais la force, je t’étoufferais… Mais si je suis pour en mourir, comme On l’assure, je déclarerai tout au Lieutenant de Police, et tu seras pendu… Tu m’as vendu ta femme. Elle était si belle que j’ai eu un plaisir… infini… à la faire expirer dans des douleurs plus fortes que celles de l’accouchement… J’en bande encore, mais avec des douleurs insupportables… Elle était si belle que j’ai voulu en manger : je me suis fait accommoder son con, sa matrice, ses poumons ses tétons et sa tête, que j’avais déguisée. Nos moines ont mangé, sans le savoir, son cul, ses fesses, ses mollets, ses pieds, ses bras, ses mains, ses épaules, son coeur, son foie, etc… Tous, eux et moi, nous avons la vérole ! Or, ta femme, belle, fraîche, pucelle encore, ne l’avait pas… Voici ce que tu as fait, coquin. Touché d’une fausse compassion, tu as fait évader ta femme, que je t’avais payée pour la foutre à mort, et tu lui as substitué une putain… C’est une insigne coquinerie… Si j’en reviens, j’aurai ta femme ; si je meurs, tu seras pendu…

Vitnègre s’est donné à tous les diables que c’était vous qu’il avait livrée. Le moine, qui venait d’être frotté de mercure, et dont la langue enflait, a fait signe qu’il n’en croyait rien. Le chirurgien a tiré Vitnègre à part :

- Avez-vous quelque affaire à régler avec ce scélérat ? il n’a pas 2 heures à vivre, à la manière dont enfle sa langue. Il a une vérole si terrible, que j’ai été obligé de le frotter au triple des autres, que voilà dans leurs lits, et qui commencent à saliver. Je le connais ; c’est un monstre à ôter du monde, et tout à l’heure, il ne pourra parler.

- Empêchez qu’il n’écrive !

- Oh ! ne craignez rien ! l’enflure lui… gagne les yeux ; il n’y voit plus, et la langue commence à lui sortir de la bouche… Il… souffre… (lui tâtant le pouls) comme un damné… et il n’a pas une demi-heure à vivre…

Alors, Vitnègre, enhardi, a dit au moine :

- Gueux ! Infâme !… c’est la putain Conillette que je t’ai donnée, que tu as fait manger à tes moines, et dont tu as dévoré la matrice vérolée !

Le moine s’est soulevé, et a lancé à Vitnègre un si terrible coup de poing, qu’il l’aurait tué, si la colonne du lit n’avait pas amorti une partie du coup, qui cependant a renversé Vitnègre. On l’a fait sortir. Mais il a appris ce matin, par le chirurgien, que la langue du moine, devenue grosse comme celle d’un boeuf, l’avait étouffé un quart d’heure après… On a brûlé, sans lire, tout ce qu’il avait écrit durant sa maladie.

- Voilà ce que Vitnègre, tranquillisé, vient de me raconter. Il est tard ; je ne saurais vous reconduire. Partez, ma belle amie.

Tel fut le récit de Timori, fait à ma fille, que j’entendis tout entier, et qu’elle me répétera. Elle s’en revint la tête remplie d’idées noires. Je la suivais à vingt pas, la couvant des yeux, pour la préserver de toute mauvaise rencontre. Je bandais comme un carme, en voyant son joli tour de hanches…

Elle rentra. Je la précédai dans mon magasin, et je me cachai. Elle revint avec de la lumière et de l’eau tiède. Elle se lava la motte, et soupira, en se disant à elle-même : "Il n’existe plus, le scélérat !… Je suis encore effrayée ! Je frappai un petit coup sur une commode. Conquette leva les yeux, et me vit. Je lui contai tout ce qu’elle venait de faire. Je lui causai un effroi salutaire, qui la guérit de l’envie de retourner seule chez Timorì, en lui disant que j’avais aperçu Vitnègre sur le quai des Ormes. J’ajoutai :

- Vous alliez pour être baisée ; vous le serez ; car je couche avec vous.

Elle bégueulait, disant que le récit de Timori lui avait ôté ses désirs. Je ne l’écoutai pas ; je me mis au lit, et elle vint se coucher auprès de moi.

Voir en ligne : De la fouteuse mise en appétit (chapitre XXII)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Nicolas Edme Restif de La Bretonne, L’Anti-Justine ou Les Délices de l’Amour, Au Palais Royal chez feue la Veuve Girouard, Paris, 1798.



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