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La Flagellation à travers le monde

Edgar — L’Évasion

Le fouet à Londres (Deuxième partie : chapitre VII)



Auteur :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


VII
EDGAR — L’ÉVASION

La nature était dans l’émoi du renouveau, les arbres, couverts de bourgeons, les oiseaux tous à leurs nids. Il y avait dans l’air un parfum de verdure nouvelle. La terre, chauffée par le soleil, semblait s’offrir à ses chaudes caresses et les faibles humains, esclaves de cette loi grandiose qui leur fait un désir de l’obéissance au Tout-Puissant, enivrés par ce concert de voluptés, suivaient joyeusement l’impression donnée par la nature.

Margaret se remettait rapidement, chaque jour lui apportait des forces nouvelles. Le docteur avait ordonné une alimentation réparatrice, la jeune fille allait régulièrement dans une ferme voisine boire du lait et prendre les oeufs frais que l’on réservait pour elle. La vieille Jackson, pleine d’attention, lui donnait des fleurs de son jardin et c’était une plantureuse nourrice que la belle vache dont on tirait le lait pour Miss Margaret.

Lorsque la mère Jackson était aux champs, la fille de ferme la remplaçait en ses travaux de la métairie ou mieux, son fils, le solide Edgar qui, seul, traînait dans la cour de la ferme le char pesant bien ses mille kilos, quand, ses chevaux dételés, il rangeait le chargement au niveau de son grenier.

C’était un beau gars que le fils à la mère Jackson. Son père, mort depuis deux ans, l’avait dès l’enfance aguerri aux rudes besognes, il abattait bien à lui seul le travail de deux ouvriers. Les cheveux coupés ras, la moustache rousse et fournie, lui donnaient l’air d’un guerrier, sa large poitrine semblait prête pour la cuirasse et son oeil hardi et entreprenant en faisait un coq de village devant lequel nombre des plus farouches avaient capitulé sans résistance et sans réserve.

Edgar était plein d’attention pour Miss Margaret. Il allait lui chercher les oeufs frais pondus et, en l’absence de sa mère, se plaisait à traire la vache, offrant le bol à la jeune fille avec un sourire séducteur.

Elle buvait à petites gorgées, bien aise, en elle-même, des prévenances de ce beau garçon ; elle allait même parfois jusqu’à faire le tour du propriétaire guidée par Edgar qui lui faisait admirer récoltes et bestiaux, puis on montait au grenier où se trouvait la balance et là, on pesait la convalescente qui, décidément, reprenait son embonpoint et semblait plus gaie, plus communicative qu’à son arrivée dans le pays.

Edgar, pour la distraire, proposa de l’emmener aux champs qu’il possédait à quelques kilomètres.

Margaret accepta avec enthousiasme.

Le lendemain, ils partirent de bonne heure. Tout le trajet fut une partie de plaisir. Le temps était superbe, ils riaient, bavardaient mais, d’un commun accord, accord tacite, la conversation prit bientôt un tour galant, et le galant Edgar, prenant la taille de Margaret, l’attira vers lui. Elle cédait vite, Margaret ; il sentit son consentement muet, s’enhardit d’un long baiser qu’elle lui rendit sans aucune retenue. Margaret alors sentit toute son ardeur subitement ranimée. Elle était reprise de ce vertige des sens qui avait été le mobile de toutes ses actions. Le corps alangui, les yeux noyés, elle se livrait aux avances agressives du jeune homme. Le cheval trottait d’un pas menu sur cette route qu’il connaissait bien ; ne se souciant pas des rênes qui flottaient, il allait à sa prairie, sachant y trouver repos et gros pâturage. Margaret et Edgar enlacés, lèvres unies, se livraient aux plus doux badinages.

On était bientôt au terme de la route, le cheval tourna un petit chemin où Edgar se vit forcé de reprendre les guides. Ivre de désir, il pressait l’animal de franchir le peu de distance qui les mettrait dans le pré bordé d’aulnes où il pourrait descendre sa conquête.

En quelques tours de roue, il furent arrivés.

Le jeune homme sauta lestement â terre, Margaret sauta dans ses bras et, sans chercher mieux que l’endroit même où ils se trouvaient, ils roulèrent dans l’herbe fleurie sans plus attendre.

La journée ne fut pas perdue, la besogne du jeune homme faite en hâte, vers l’heure du départ, n’avait point à subir de contrôle. Et puis ils étaient las l’un et l’autre : ii rentrèrent épuisés de plaisir, n’ayant plus même la force de parler.

Margaret, dont les yeux se fermaient de sommeil, s’endormit sur l’herbe dans la charrette. Il dut la réveiller à l’instant d’entrer en ville, afin qu’elle pût retourner seule chez Miss Beddoes.

Épuisée et satisfaite, elle dormit jusqu’à midi le lendemain, puis se mit à sa toilette pour le soir. Elle ne sortit pas de la journée ; elle prit dans une malle des chemises de batiste, un peignoir saut-de-lit élégant, dont le parfum lui apporta un souvenir de sa petite Ethel, et, après le dîner du soir, ayant disposé les fleurs dans les vases, donné un coup de main plus recherché à l’arrangement de sa chambre, elle attendit, prête à l’assaut fixé par Edgar, et tenant cachée une corde qu’elle attacha à la barre d’appui de la fenêtre, échelle rudimentaire devant conduire le jeune homme dans ses bras.

Elle tremblait d’impatience et de désir. Les sens en feu, le coeur battant, elle était assoiffée de vice.

Elle se regarda dans l’armoire à glace, son peignoir de flanelle bleu pâle doublé de molle soie et garni d’effilés mousseux, ouvert de bas en haut, laissant voir le corps entièrement nu, en faisant valoir savamment les beautés, sa chair d’ivoire aux brunes ombres, ses cheveux noirs, brillants et relevés sur le sommet de la tête, l’expression lascive et ardente qui animait sa physionomie la faisait belle et désirable.

Margaret ne se sentait vivre que dans la débauche, il lui fallait à tout prix les jouissances de l’amour ; elle se prit à regretter Ethel en attendant son amant.

Enfin, le sable de l’allée craqua doucement, elle entrouvrit la fenêtre et déroula la corde.

En un instant Edgar apparut, enjamba l’appui et se glissa dans la chambre.

Ce fut une vraie, une folle nuit d’amour. Celui-là était résistant à la fatigue ; elle s’en donna jusqu’à n’en pouvoir plus, à coeur joie et à corps joie.

À l’aube, il reprit ses habits et descendit par la corde que Margaret serra soigneusement, puis cela fait, se recoucha et s’endormit.

Cette fête dura bien des jours mais, en jouant avec le danger, on arrive à ne plus s’en apercevoir. Edgar ne prenait plus la peine de tant de précautions. Par instant, l’éclat de sa voix le trahissait, puis il laissait le jour se lever avant lui.

Un matin, Miss Beddoes frappa à la porte de Margaret. Celle-ci ouvrit. Son amant était parti depuis longtemps déjà.
- Ma pauvre enfant, lui dit-elle, des larmes dans la voix, puisque mes efforts ne sauraient aboutir à vous éloigner du vice, je renonce absolument à me charger de votre surveillance. Le scandale que vous occasionnez ne peut pas jeter sur ma maison la tare du déshonneur. Voici intact le restant de la somme envoyée par Lady Helling pour votre entretien et les frais nécessités par votre convalescence. Si pénible que me soit la décision où je suis résolue, j’y demeurerai ferme. Je vous prie de chercher ailleurs un abri pour vos débordements ; j’espérais un instant vous rendre meilleure, mais personne au monde ne saurait accomplir une tâche impossible. Adieu, Margaret, partez et tâchez de vous créer ailleurs une nouvelle existence. J’écris à votre tante pour dégager responsabilité. Hélas ! elle vous avait bien jugée. Adieu. Je désire que demain vous ayez quitté ma maison et le village.

Et refermant la porte, sans colère, sans bruit, Miss Beddoes rentra dans sa chambre. Un instant après, elle était dans les rues du village, faisant des emplettes comme si rien d’anormal ne s’était passé chez elle. Il n’était bruit sur toutes les portes, où les commères bavardaient, que des amours de « l’étrangère » avec l’irrésistible fermier.

Margaret, malgré le froissement qu’elle éprouvait d’avoir été devinée, surprise par sa bienfaitrice, ne ressentit contre elle aucune colère ; elle eut plutôt du regret. Un instant, elle se crut perdue, il lui sembla être comme une naufragée qui, au lieu de se voir ramenée vers la côte par son épave, la sent avec angoisse l’entraîner vers la pleine mer.

Elle réfléchit. Elle était arrivée à ce tournant de la route où l’horizon est changé.

Pour elle allait commencer la vie d’aventures.

La place qu’elle avait tenue au foyer hospitalier de Miss Beddoes allait s’effacer bien vite. Les deux femmes ne parleraient même plus d’elle dans leurs tranquilles veillées ; elle avait démérité de tout, le souvenir de cette nuit allait effacer celui de ces derniers temps où, devenue l’amie, la protégée, l’élève de Miss Helen, elle avait jeté un intérêt dans cette calme existence ; c’étaient des projets, des promenades pour la belle saison ; on descendrait du grenier le parasol, le petit chevalet des excursions de naguère. La jeunesse d’Helen qui était si loin revivait pour ainsi dire dans l’intérêt affectueux qu’elle portait à Margaret, elle croyait presque tenir une conversation ; le travail, pensait-elle, lui créera un but dans la vie, je verrai son esprit s’élever dans l’étude des chefs-d’oeuvre, qu’à son insu je saurai lui faire apprécier, puis aimer. Un jour peut-être, Margaret, dont l’intelligence cultivée aura pris le dessus d’une nature brutale et viciée par les exemples néfastes de son enfance, deviendra meilleure et raisonnable. Quelle victoire pour moi si je parvenais à la conquérir au bien !

Ces réflexions de Miss Beddoes, Margaret les avait devinées, car la sainte femme, toute vouée à l’oeuvre entreprise, ne cachait pas à son élève la joie qu’elle éprouvait de ses progrès.

Il fallait pourtant sans plus tarder prendre une décision. Margaret se trouvait en possession d’une certaine somme. Elle avait rapporté de chez Lady Helling, non seulement sa part mensuelle d’argent de poche, mais encore Ethel, sa chérie, dans le désespoir de la voir partir, ne sachant que faire pour adoucir la dureté du châtiment infligé à son amie, lui avait donné sa part à elle et certes les jeunes filles étaient visitées avec largesse par Jenny. Puis elle avait des bijoux, toujours de chez sa tante. Elle ouvrit le coffret doublé de satin et regarda ses colliers, chaînes, pendants d’oreille, bracelets, bagues, broches ornées de pierreries, épingles, tout cela, en cas de misère, si elle ne parvenait pas assez vite à trouver l’occasion de se tirer d’affaire, pourrait être vendu ou mis en gage. Miss Helen venait d’ailleurs de lui remettre le reliquat de la somme envoyée à son intention.

Margaret avait repris sa santé, elle avait des ressources pour tenir assez longtemps en attendant un sourire de la fortune ; elle possédait des robes, des vêtements luxueux et confortables, elle n’avait plus qu’à chercher ce qu’elle devait, ce qu’elle pourrait faire.

Le voyage d’Amérique était très coûteux et la vie terriblement chère là-bas. Que décider ? Si elle commençait par se rendre en France, peut-être un jour pourrait-elle, plus riche, retourner dans son pays. Elle réfléchit, pesa le pour et le contre de toutes choses. Paris la tentait, on y aimait, on y accueillait bien les étrangères ; elle résolut de voguer vers la moderne Babylone ; là, ses efforts, s’ils n’étaient couronnés de succès, passeraient inaperçus. Elle ne connaissait personne en France, rien ne l’y gênerait ; une recommandation peut être une entrave, elle n’en avait aucune, elle serait donc tranquille et libre de suivre son entraînement.

Libre !

Elle chercha un indicateur et décida de suite l’heure de son départ pour le lendemain.

Dans la journée, Mab vint lui demander si elle n’avait pas besoin de ses services pour faire ses malles. Margaret accepta l’offre et elles se mirent à l’ouvrage. La petite bonne repassa en hâte le linge de Margaret, le lui apporta, rangea, enveloppa les objets avec soin et, à l’heure du dîner, tout était prêt.

Alors elle monta dans la chambre le dîner de la jeune fille. Miss Helen, très chagrine des événements qui avaient décidé du départ de sa protégée, et qui ne voulait pas fléchir sur une chose qu’elle qualifiait nettement une indélicatesse, préférait dîner seule et ne reverrait Margaret que lorsqu’elle monterait dans la voiture l’emmenant à la gare.

La voyageuse se coucha de bonne heure pour être levée avant le jour.

À l’instant où, prête et tenant à la main son sac de voyage, elle allait monter en voiture, Miss Helen, très pâle et ne pouvant dissimuler sa tristesse, vint à elle, l’embrassa et, lui remettant un petit livre d’heures, tout défraîchi par l’usage :
- Ma pauvre enfant, quoi qu’il advienne de vous, conservez ce souvenir d’une amie dont la pensée vous suivra toujours. Si vous souffrez, dans les moments d’angoisse ou de tristesse, lisez ce livre, il m’a souvent conseillée et encouragée ; je vous le donne avec mon pardon sincère.

Elle n’en put dire plus, sa voix se brisa, elle porta son mouchoir à ses yeux.

Margaret se pencha vers elle très émue :
- Je suis une misérable, dit-elle, oui, mais je ne peux choisir. Si en restant auprès de vous, que j’aimais, j’avais pu satisfaire les instincts de ma nature, j’aurais su ce que c’est qu’être heureuse, même sans luxe et sans fortune ; mais, voyez-vous, chère Miss Helen, il est des choses contre lesquelles nous ne pouvons rien. Je préférerais mourir qu’être vertueuse. On ne peut que ce qu’on peut. Jamais je ne vous oublierai, votre petit livre ne me quittera pas, jamais, jamais !

Puis, saisissant Helen en une vigoureuse étreinte, elle l’embrassa longuement et, d’un geste énergique et résolu, les yeux gros de larmes, elle monta dans la voiture qui aussitôt s’éloigna au galop.

Margaret était partie pour toujours. Helen ne la reverrait jamais.

Étonnée et remuée de la confession de la jeune fille, elle monta directement à la chambre qu’elle avait occupée. Là, bien en ordre sur la table de travail, étaient restés deux objets, un paquet de vêtements sur lequel elle lut le nom de Mab et, auprès, un encrier luxueux, cadeau d’anniversaire reçu par Margaret chez Lady Helling, objet d’art comprenant outre l’encrier, tous les accessoires en dépendant, bijou véritable auprès duquel elle avait écrit une très affectueuse et touchante dédicace à sa bienfaitrice.

Helen fut très émue de ce souvenir qui servait journellement à Margaret et qui lui parlerait d’elle, mais le dessin fait en ces derniers jours la combla de joie ; elle appela Mab. Toutes deux prirent leurs souvenirs, puis elles se mirent à ranger cette chambre, désormais vide, muettes en leurs occupations, attristées profondément, rêveuses.

Et leur petit train monotone reprit sa régularité habituelle d’autrefois, sans que rien désormais dût venir la troubler jamais.

Voir en ligne : Chapitre VIII : Autres amours

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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