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Le rêve d’un flagellant

Émois nouveaux

Roman érotique (Chapitre I)



Auteur :

Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).


I
ÉMOIS NOUVEAUX

Le soleil était chaud, la campagne toute dorée par l’été. Sous la tonnelle, où elle finissait de déjeuner, Simone s’étira, les bras tendus, ses petits poings crispés nerveusement, la poitrine en avant.

Son amie sourit languissamment :
- On est bien… pas ?

L’autre grimaça, son joli visage aux traits mutins se fronça en une moue fâchée.
- Ma p’tite Rite, t’es une bête. On n’est jamais bien, faut toujours être mieux.

C’était limpide assurément, néanmoins Marguerite haussa les épaules ; elle ne comprenait pas. Blonde, les chairs opulentes, la mine satisfaite, elle n’avait point la nervosité de sa compagne. Il y eut un silence. Simone réfléchissait ; elle avait besoin de mouvements et, sans nul doute, cherchait de l’imprévu. Après un temps, elle reprit :
- Dis ?… si on allait dans ce grand parc qui ressemble à une forêt vierge ?

Marguerite sursauta :
- Mais c’est défendu !
- Justement !

C’était sans conteste une raison, Simone s’entêta d’autant que l’amie reculait.

La propriétaire de l’auberge où elles passaient leurs vacances survint. Marguerite l’interrogea :
- N’est-ce pas que l’on ne peut pénétrer dans ce grand parc, au bout du village ?

La matrone eut un hochement de tête.
- Dame ! Je vous l’ai déjà dit ; monsieur Jean s’y est enfermé, voilà bientôt un an et, depuis cette époque, il vit là, en compagnie d’un vieux savant qui fut son précepteur.
- C’est donc un sauvage ? interrompit Simone.
- Il est bien un peu ça. Paraît qu’un chagrin d’amour, à Paris, l’a rendu ainsi. En tout cas, il ne veut voir personne. Beaucoup d’étrangers ont demandé à visiter le château, toujours il a refusé.

Simone battit des mains :
- Ça c’est une affaire ; on va rentrer dans le parc et on le verra ce peau-rouge.

Les deux autres se turent, approuvant peu cette tentative inutile et susceptible de troubler un homme attristé. La jeune fille reprit :
- Rite, va mettre ton chapeau et on se trotte.

C’était péremptoire, la blonde n’hésita pas. Au reste, il en était toujours ainsi. Jamais elle ne se révoltait contre la tyrannie amusée de la brunette audacieuse. À Paris, au bureau où, côte à côte, elles martyrisaient des machines à écrire durant de longs jours, Sime commandait et Rite obéissait. Depuis le commencement des vacances, la première, avec un calme imperturbable, dirigeait tout, ordonnait tout, dans le petit ménage charmant qu’elles formaient à toutes deux.

Il était donc évident qu’un grand château Renaissance, environné d’un parc totalement abandonné, devait exciter la curiosité de la moqueuse parisienne. Au chagrin d’amour du propriétaire, elle croyait peu, traitant ce sentiment avec son insouciance d’oiselet léger.

Et déjà, à l’idée de pénétrer le secret de cette demeure mystérieuse, elle riait, le nez au vent, les yeux brillants de plaisir.

Sur la route poudreuse, toute inondée de soleil, elles s’en allèrent donc, se tenant par le bras.

Maintenant, Marguerite ne pensait plus à rien ; elle se laissait entraîner, jouissant de la tiédeur de l’air, des couleurs vives éparses autour d’elles.

Devant la haute grille de fer, elles s’arrêtèrent, et Simone allongea son nez minuscule entre deux barreaux. Elle vit une large allée, bordée de trembles probablement séculaires. L’herbe poussait sur le chemin, la mousse envahissait les troncs noueux et gris.

Et puis plus loin, c’était l’obscurité troublante de la futaie, qu’éclairait brusquement une construction de briques rouges. À droite, à gauche, une tourelle coiffée d’ardoises, au centre un corps de bâtiment, coupé d’un perron. De hautes fenêtres trouaient les murs, assombrissant plutôt l’ensemble, par leur aspect morne, vide de lumière.

Le terrain, en allant par la route, était légèrement déclive, si donc le rez-de-chaussée sur le devant se trouvait un peu surélevé, derrière au contraire il était au niveau du sol. Ce détail, Simone qui avait de l’esprit le nota aussitôt et, faisant très sérieusement son Sherlock Holmes, elle avança une lippe sérieuse pour affirmer :
- On va entrer par un trou de la haie et on ira regarder la maison de l’autre côté.

Marguerite tenta encore de la détourner :
- Si on se promenait plutôt dans les champs ?

L’amie la fixa avec sévérité :
- Alors, non ? Tu canes comme un emprunt russe ?

Mais la discussion était futile, Marguerite se sentit simplement un peu mieux serrée par le bras et entraînée vivement vers des destins inconnus.

La haie vive n’avait été taillée de plusieurs années, des branches épineuses s’élançaient vigoureuses dans toutes les directions, menaçant les audacieuses qui approchaient.

Longtemps les deux complices furent bien empêchées de mettre leur projet à exécution. Il fallut toute la ruse de Simone pour y parvenir. À force de scruter de ses yeux malicieux, elle finit par découvrir une ouverture étroite ; l’agrandir avec mille précautions, en se piquant les doigts, fut une oeuvre de patience, mais elle y réussit et, fièrement, ordonna :
- Rite, passe la première.

L’autre se défendit :
- Je vais déchirer ma robe.
- Moi aussi, alors qu’est-ce que ça fait.

Comment discuter devant une logique si sévère ; Marguerite obéit donc, en tremblant et en maugréant. Quand elle fut de l’autre côté, Simone, d’un bond joyeux, la rejoignit.
- Ça y est, à nous les amoureux transis qui cultivent l’immortelle du souvenir.

Autour d’elles, c’était la broussaille épaisse, dans une vigueur de végétation désordonnée. Le sol était composé d’un terreau épais et noir dans lequel les pieds enfonçaient mollement.

Prudentes comme des Sioux sur le sentier de la guerre, elles avancèrent, le nez au vent, l’oeil rieur. Sime venait en tête, amusée et impatiente, Rite la suivait nonchalante et paisible.

À travers les arbres, elles apercevaient le château qui dressait vers le ciel sa silhouette régulière et harmonieuse.

Elles s’étonnaient du silence et cela les émouvait un peu, mettant quelque chose de dramatique dans leur équipée puérile. Cependant, si on leur avait conseillé de se retirer, ni l’une ni l’autre maintenant n’aurait accepté.

Elles approchaient, Sime ordonna :
- Reste là, moi je vais en éclaireur, s’il y a du danger, je sifflerai et tu ficheras le camp.
- Et toi ?
- Moi ! J’ me débrouillerai pardi !

Ce fut entendu. Pliée en deux, les menottes à la jupe, Simone s’aventura seule.

La tranquillité environnante la troublait un peu, elle aurait préféré plus de bruit, la vue d’un être humain. Mais rien, partout la solitude, l’immobilité des choses.

La futaie s’arrêtait brusquement, ensuite il y avait un large terre-plein, dénudé de toute végétation. Le sol était couvert d’un gravier blanc qui brillait au soleil.

Cet espace, pour Simone, fut le plus difficile à traverser ; elle hésitait, comme si un danger terrible la menaçait. Mais ses craintes n’étaient jamais de longue durée. Soudain elle se résolut et, au pas de course, s’élança vers la maison.

Un étroit balcon longeait l’habitation ; sur ce balcon donnaient de nombreuses et hautes fenêtres. Elle s’approcha de l’une d’elles et appuya son nez à la vitre. Une exclamation de la plus franche admiration lui échappa. Jamais de sa courte vie de petite dactylo, elle n’avait vu si merveilleux salon. Les murs recouverts de hauts panneaux de chêne sculpté, des meubles aux tapisseries fanées qui avaient un air sévère et hautain.

Elle eut un petit hochement de tête approbatif :
- Ça vaut la peine d’être venue. Cette Rite est une tourte…

Décidée, elle poursuivit son examen et s’en alla à une autre fenêtre un peu plus loin.

Là c’était une bibliothèque aux meubles de style médiéval, de hautes cathèdres de chêne noir, au faîte en cintre ; à peu près au centre, une lourde table aux pieds tors.

Elle ne vit rien de tout cela et, pourtant, un sourire moqueur erra sur ses lèvres rouges.
- Le voilà notre amoureux ! chuchota-telle avec une moue ironique.

Un jeune homme allait et venait à travers la pièce. Il avait les mains au dos et le front penché. Assurément, sans être un Adonis, il était beau, de cette beauté virile et robuste qui plaît à la femme. Sime eut un haussement d’épaules :
- C’t’un maboul, s’il a un chagrin d’amour.

Curieuse, elle avança la tête ; son petit nez qui, décidément, se mettait toujours dans le chemin, vint s’écraser sur la vitre et le battant s’ouvrit légèrement. Les charnières craquèrent, le promeneur solitaire se retourna.

Et il vit, là, de l’autre côté du carreau, une frimousse, rieuse et fraîche, dont les yeux bruns pailletés d’or le fixaient intensément.

Il fronça les sourcils, ouvrit la bouche comme s’il fut sur le point d’interpeller la curieuse. Mais il s’arrêta, tourna le dos à la visiteuse et s’éloigna d’un pas mesuré. Une lourde portière tomba derrière lui et la pièce se trouva vide.

Simone, malgré tout son aplomb, fut une seconde interloquée :
- Ah ! ben ! Ah ! ben ! En voilà un ours du Kamtchatka. C’t’un mysogine invertébré…

Mais elle se reprit vite, la mauvaises humeur des autres n’avait jamais prise sur elle. D’un index hésitant, elle poussa la vitre et la fenêtre béa d’une façon toute hospitalière. Que pouvait-elle faire en cette occurrence ? Rentrer, c’était là l’unique solution. Elle ne tergiversa pas la moitié de la durée d’un battement de coeur et, gaillarde, elle enjamba l’appui du perron, pour fièrement pénétrer dans la bibliothèque.

Voir en ligne : Le Rêve d’un Flagellant : La curiosité serait-elle mauvaise conseillère ? (Chapitre II)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, Le rêve d’un flagellant, Illustré de 41 Dessins, d’un Frontispice en couleurs et de 8 Gravures hors texte, Libraire Franco-Anglaise, Paris, 1921. (In-8°, 224 p., fig., pl.).



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