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Nouvelle érotique

Enchères

… et bien en chair !

par Jacques Lucchesi

Jacques Lucchesi, « Enchères », Nouvelle érotique, Paris, mars 2016.


Enchères

 
Dans le bar PMU de cette petite commune méridionale, on a le sens des réjouissances et de la convivialité. Régulièrement le patron offre une tournée générale de pastis à ses habitués. Dans l’arrière-salle, il a installé un écran géant et, les soirs de matches, il propose aux amateurs de football des formules dîner-retransmission qui leur permettent de lâcher la bride à leur passion du commentaire tonitruant :
- Allez, fonce. Putain ! T’as un boulevard devant toi ! Et ce con d’arbitre ! Il voit pas qu’y a faute ?

Durant la saison hivernale, il organise aussi des lotos toujours très fréquentés, vu l’abondance et la qualité des lots qu’on peut y gagner. Cela va de la bouteille de champagne au traditionnel voyage à Venise pour deux en passant par les tablettes électroniques et autres gadgets numériques.

Les courses de chevaux et les jeux de hasard ne sont pas moins prisés ici. Il faut voir la file d’attente qui se forme dans le bar les jours de tirage de l’Euro-millions. Pour faire face à cette affluence, le patron a engagé deux caissières qui gèrent spécialement ce secteur. Monique, la brune, a la quarantaine et n’est pas mal roulée du tout, mais elle ne sourit jamais aux clients qui lui apportent leurs mises. Ils sont pourtant quelques-uns à lorgner vers sa poitrine ronde qui transparait sous son chemisier. Paula, la trentaine, est autrement plus avenante. C’est une blonde aux cheveux frisés qui distribue sans compter ses sourires et ses œillades. Quand, le soir, elle quitte enfin son estrade et s’achemine vers la sortie, les joueurs de belote, généralement si concentrés sur leurs cartes, n’ont d’yeux que pour sa croupe cambrée et ses hanches remuantes. Chacune officie une semaine sur deux, ce qui ne va pas sans entrainer des variations sensibles de clientèle.

Conscient du potentiel économique de ses « filles », le patron a depuis peu introduit une nouvelle forme de pari — parfaitement clandestin, celui-là. Seuls les clients fidèles, qu’il informe discrètement, peuvent s’inscrire avec simplement leur prénom dans un cahier d’enchères disposé au bord du comptoir. Elles démarrent à dix euros, mais il n’est pas rare que ce chiffre soit multiplié par dix à la fin de la journée. Que gagne-t’on, exactement, à ces enchères ? Un moment agréable avec Monique ou Paula à la fin de chaque semaine, dans la chambre au dessus du bar : mais il ne faut pas aller le crier sur les toits… Où va l’argent ainsi récolté ? Aux deux tiers à la fille qui s’est prêtée au jeu, le reste allant bien sûr à l’organisateur :
- Je vous avais dit, mes chéries, que j’étais un patron social et que vous feriez votre beurre avec moi. Aime-t’il à leur claironner lorsque le rideau de fer est tiré.

Reste que, si tout le monde est content, Paula est jusqu’à présent plus bénéficiaire que Monique. Avec la seconde, il est rare que la mise dépasse les cinquante euros. Pourtant, ceux qui l’ont essayée sont unanimes sur un point : elle suce mieux que la blonde. Une raison supplémentaire pour reconduire son CDD, cette année.



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