Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Récits érotiques > L’Affaire Constance Martinet > Épreuves de flagellation pour Patty, Helen et Dora

Navigation



L’Affaire Constance Martinet (10)

Épreuves de flagellation pour Patty, Helen et Dora

Révélations sur Schrewsbury House



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot, L’Affaire Constance Martinet (Révélations sur Schrewsbury House. — Lettre de Dora Doveton à sa cousine, Mrs Slingsby, en Australie), Les Contes du fouet ou Révélations sur l’école et la chambre à coucher, Éd. C. Carrington, Paris, 1905. (In-18, 343 p.).


10
La salle d’étude. — Le Mémorial. — La criaillerie. — Épreuves de Patty, Helen et Dora. — L’Honorable Jane Caroline rencontre un adversaire dans la personne du Lord Chancelier.

Onze heures viennent de sonner, apportant avec elles, dès le premier coup, les images les plus lugubres. Afin de les chasser, je m’efforce de fixer mes pensées sur les événements qui se déroulent autour de moi.

Notre classe vient d’être interrogée sur l’histoire d’Angleterre par miss Armstrong. Cette dernière, nous tournant le dos, passe devant nous et examine la classe qui nous fait face, sur les événements d’un certain règne.

Pendant ce temps des causeries s’établissent, et Patty Wilkins, toujours en humeur de faire une mauvaise farce, a attaché sa jarretière à la queue de sa robe. Miss Armstrong est là, le dos tourné, et de sa poche sort une pelote de ruban. Une autre jeune fille fait un signe, et la folle Patty réunit ensemble les deux rubans. Miss Armstrong fait un mouvement, et Pussy, sentant sa robe entraînée, fait un bond de recul la pelote s’emmêle dans la poche de miss Armstrong, mais les noeuds ont été faits solidement, et il s’ensuit un tumulte indescriptible, accompagné de jurons, de cris et d’éclats de rire.

Debout, l’oeil étincelant, Martinet demande :

« Qui a fait cela ? »

Sans doute de bonne humeur, Armstrong désirerait pardonner, mais la monitrice accomplit son devoir et nomme la coupable.

« Qu’elle monte ! »

J’avais échappé tout au moins à cette humiliation, car ma faute, à moi, avait été commise en dehors de l’école.

La pauvre Patty ! C’est qu’elle est véritablement gentille, en dépit de ses cheveux rouges et de ses taches de rousseur, avec sa figure de petite sauvage apeurée et sa peau si merveilleusement belle. Tous les regards convergent sur elle. Debout, elle est là, tantôt sur un pied, tantôt sur l’autre, inquiète, et nouant, d’une main nerveuse, les coins de son mouchoir de poche.

La tête de Martinet est enfouie dans le pupitre, dont le couvercle tremble au-dessus d’elle.

Tandis que le sort de la coupable est ainsi suspendu dans la balance, Renardeau, armée d’un stylet en forme de plume, apparaît sur la scène et déchire la jaquette de Patty, comme si elle voulait poignarder cette dernière.

La Française a trouvé là une cause à sa colère, car la brusque déchirure a révélé l’absence du corsage, découvrant une chemise sale et un dos qui invite les coups.

« Regardez donc, Madame, quelle mise, ou plutôt quel manque de mise ! Vingt fois, je lui ai parlé ! C’est affreux ! »

« ’Tiens, s’écrie Martinet, attends que je cherche, j’avais besoin d’une autre, mais je crois que nous l’avons attrapée. Un, deux, ha ! c’est ça ? Voilà ! »

Reposant bruyamment le couvercle de son pupitre, elle montre à la tremblante Patty un livre dans lequel son nom se trouve inscrit un nombre incalculable de fois. Puis, prenant la plume des mains de Renardeau, Martinet écrit à nouveau le nom de miss Wilkins, la date, et elle ajoute la mention suivante :

« Conduite scandaleuse, troisième fois, punie il y a un mois, une fois pardonnée. »

« Couvrez-vous, mademoiselle ; ce n’est pas ici le lieu ni l’endroit ; on vous fera voir ailleurs. Chut ! point de réponse. Allez ! »

Patty retourne alors parmi nous et l’affaire est enterrée.

À l’heure dite, (oh ! que cela me semble long !), la classe est terminée, et ma dernière espérance s’évanouit quand je vois la monitrice interposer sa personne entre la porte et moi. Les deux mains sur les hanches, elle jette cette phrase :

« Dora Doveton et Wilkins, restez ici ! »

Helen, demeurée en arrière, revient sur ses pas et demande d’une voix forte :

« Dora Doveton ! Pourquoi donc ?
- Cela n’est pas votre affaire, miss McGregor, réplique Martinet, qu’il vous suffise de savoir que miss Steinkopf…
- Steinkopf est une espionne et une menteuse, mais elle n’échappera pas toujours. »

Disant ces mots, la fière et hardie jeune fille saisit un encrier et le lance d’une main sûre sur la robe de Steinkopf. La robe est complètement perdue.

« Verdammter Hurenbalg, diess, sollt ihr reuen ! »

L’enragée Teutonne va pour s’élancer en avant, mais elle est retenue par Martinet, qui, chose étrange, semble approuver Helen.

« Calmez-vous, miss Steinkopf. Rappelez-vous en présence de qui vous êtes, et n’employez pas un langage si vulgaire.

« C’est la condition essentielle d’une justice impartiale. Ajoutez-le nom de McGregor sur le livre pour insolence envers moi. Votre dommage sera réparé. »

Elle sortit et, l’article étant passé aux écritures, nous nous trouvâmes entourées d’un groupe composé de Renardeau, Steinkopf, Armstrong et Atkinson, monitrice de la classe dans laquelle nous étions, Patty et moi. Atkinson est une jeune femme de vingt ans, maussade et têtue, la plus forte de l’école après Armstrong. Toute résistance eût été vaine. Helen, évidemment, ne nourrissait pas un tel dessein, car elle ouvrit la marche d’un air de défi. Je la suivis de près, et Patty, moitié riant, moitié pleurant, se laissa pousser derrière nous.

Nous passâmes ainsi, en file indienne, le long des bâtiments habités de l’école, et à toutes les portes, dans tous les coins, se montraient des figures qui nous épiaient, exprimant les sentiments les plus divers.

Quelle humiliation ce fut pour moi de voir que notre malheur n’était plus un secret pour personne, même pas pour les domestiques. Une de ces dernières fit avec son torchon un geste moqueur, comme pour fouetter, ce à quoi Patty Wilkins répondit par une affreuse grimace, en claquant ses deux mains sur son derrière. La fille de chambre partit d’un grand éclat de rire.

Nous arrivâmes enfin à une certaine porte, sujet de toutes les craintes et de toutes les suppositions pour les non encore initiées. Quand cette porte se fut refermée sur nous, la scène devint plus sombre encore ; les jalousies étaient toutes tirées, et le peu de lumière qui filtrait à travers les fentes permettait à peine de mettre un nom sur les ombres qui s’agitaient dans la salle. Nous montâmes un escalier qui gémit sous nos pas les couloirs firent suite aux couloirs, les escaliers aux escaliers, et plus nous montions, plus notre cerveau se sentait envahi par le vertige et l’isolement.

Nous atteignîmes enfin une porte doublée de fer, au fronton de laquelle on aurait pu inscrire la phrase du Dante : Lascia ogni speranza !

Cette porte ne s’ouvrait que pour le châtiment. Notre garde nous entoura et nous refoula à l’intérieur ; le lourd verrou grinça et la clef disparut dans la poche de Renardeau.

C’était un grenier d’une longueur à n’en plus finir, où les habitants d’il y a un demi-siècle avaient coutume de reléguer leurs meubles hors d’usage.

Le toit s’inclinait en pente vers le plancher et était divisé, à certains endroits, par des montants supportant les poutres. Dans chaque compartiment se trouvait un vasistas, ce qui n’empêchait pas les coins d’être obscurs, et les vieilles tapisseries et les rideaux y revêtaient un aspect fantasmagorique. À notre arrivée, Martinet, qui était sans doute entrée par une autre porte, se trouvait déjà là, en conversation avec miss de Vere. Martinet portait une jupe richement moirée qui accusait fortement l’importance de cette partie inférieure de sa personne ; tout vêtement qui eût pu gêner le jeu de ses terribles bras était absent, son buste n’étant couvert que d’une jaquette blanche de linon dont les manches étaient détachées. De Vere était revêtue d’un brillant costume, et un air de satisfaction intéressée avait remplacé la morgue habituelle de son front hautain.

En dépit de l’assurance d’Helen, je ne pouvais croire qu’elle fût là autrement qu’en spectatrice de notre châtiment, mais mes propres affaires étaient bien trop pressantes pour me permettre d’accorder une grande attention à celles des autres.

Lequel de nos noms serait proféré le premier ? Le hasard, apparemment, décida. Derrière Martinet et de Vere, se trouvait quelque terrible objet dont je pouvais à peine déterminer la forme. L’apercevant, Patty Wilkins se précipita pour tirer le verrou, mais elle fut bien vite saisie au collet par la vindicative Française. Renardeau jeta un regard à Martinet, qui, de la tête, fit un signe d’approbation. L’étourdie « Peau-Rouge » était désignée comme la première victime.

Profitant de ce qu’on ne fait pas attention à moi, je me glisse dans le compartiment voisin, et, sentant mes forces s’en aller, ouvre la tabatière et regarde au dehors.

C’est alors que je pus vraiment comprendre combien il était impossible que de cette salle du châtiment, aucun cri, si fort fût-il poussé, n’arrivât jusqu’aux couches d’air inférieures.

Le vieux bâtiment était complètement détaché du nouveau qu’il surplombait de plusieurs pieds. Les fenêtres par lesquelles nous regardions, donnaient sur le derrière. En bas, à plusieurs pieds au-dessous de nous, se trouvaient le sombre lac et le verger sur la rive la plus éloignée ; mais si loin qu’on pouvait à peine distinguer la silhouette des arbres.

Oh ! les ailes de l’oiseau pour fuir ces terribles paroles, qui, si près de moi, proclament notre destin.

La fin de la semonce se distingue nettement :

« J’espérais que la dernière leçon aurait suffi.
- Vous allez sentir, cette fois-ci, la pesanteur de mon bras. Qu’on la déshabille ! »

À ceci succède le bruit sourd des sanglots et de la lutte, puis un court silence, puis soudain des cris et des gémissements éclatent, et l’on comprend alors toute la raison pour laquelle cette partie de l’établissement est isolée des autres corps de bâtiment, et l’on comprend aussi cette appellation : « La criaillerie ! »

Dans le cas de grosse douleur, alors que chacun désire vous consoler, ces cris réitérés semblent déjà épouvantables ; ici, l’on eût dit que le malin mêlait ses cris au concert de mortelle angoisse, tant l’intensité de la douleur semblait vive. Je m’enfonçai les doigts dans les oreilles, je m’efforçai de ne point entendre, mais finalement, je crois que j’en vins à faire chorus avec la victime.

Le tapage cesse enfin. C’est le tour d’Helen, et maintenant il faut que je prête attention à ce qui se passe :

« De nouveau, miss McGregor, je vous retrouve parmi celles qui vont subir le châtiment honteux des verges, vous qui, de par votre âge et votre ancienneté à l’école, devriez montrer l’exemple. Mais où est donc sa compagne ? Il faut qu’elle assiste au châtiment ! »

« Doveton ? Dora ! Dora Doveton ! ! ! »

J’essayai de m’imaginer que c’était quelque autre nom que le mien que l’on appelait ainsi, mais, entendant des pas s’avancer, je me précipitai dans un coin sombre. La recherche dura quelques moments, mais la poussière qui s’élevait me força d’éternuer, et Renardeau bondit sur moi, comme le chat sur la souris.

« Ah ! Tu te caches ! Cela ne sert à rien. Viens voir comment tu m’aimeras ; après quoi, nous verrons un peu cet admirable derrière à la peau veloutée. »

Disant ces mots, elle me ramène sur la scène, tout en me serrant très fortement le bras de sa poigne de fer, ce qui ne laisse pas de me causer une douleur extrême.

Incapable, ainsi que l’autruche, de cacher plus longtemps ma tête, je lève les yeux et contemple une scène…

Mais, laissez-moi plutôt vous décrire un tableau du même genre, bien que d’un aspect tout différent.

L’été qui suivit votre départ, de concert avec vos soeurs, je profitai des leçons de miss Prim et fus un jour témoin d’une correction infligée à l’aide de la baguette de bouleau par cette jeune fille des plus modestes et des plus agréables.

Lauréate médaillée de son collège, savante et bien élevée, la seule objection qu’on élevait contre son titre de gouvernante était sa jeunesse, qui aurait pu lui retirer de son autorité sur ses élèves.

Pour obvier à cet inconvénient, elle avait reçu de votre maman l’ordre de ne punir que légèrement, et pour l’exemple, toujours en notre présence.

Quand inévitablement, il fallait avoir recours aux verges, Prim, rougissant jusqu’à la racine de ses cheveux blonds, se retirait avec la coupable dans un coin éloigné de la salle d’étude, où, après quelques préliminaires dérobés à notre vue, elle s’asseyait, face au mur, les pans de sa jupe de mousseline relevés en éventail autour de la taille, et ses épaules rondelettes si bien en vue des spectatrices, que celles-ci ne percevaient plus du reste de sa personne qu’une face empourprée et des pantoufles en convulsions.

L’intensité de notre dégoût, ou de tout autre sentiment que nous étions susceptibles d’éprouver, était très variable. Philly, d’une façon générale, criait : « plus fort », et frappait les genoux et les chevilles de Prim, jusqu’à ce que celle-ci, obligée de se défendre elle-même, dut employer toute la force de son bras arrondi.. En ma qualité d’invitée, on ne me soumettait pas à ce châtiment qui ne me parut jamais bien terrible.

Nous ne pouvons juger du non-vu que par le déjà vu, et c’est sur ce modèle que je m’imaginais les châtiments scolaires. Me trouvant pour la première fois en présence des faits de la criaillerie, dans toute leur nudité, j’éprouvai un mélange d’étonnement, de terreur et de dégoût, ce dernier sentiment si violent que j’en eus presque le haut-le-coeur.

Il est de mon devoir maintenant de décrire ce dont j’ai été témoin, aussi loin qu’il me sera permis de le faire.

L’objet qui avait ainsi effrayé Patty était une sorte de chaise massive, rivée au plancher, je crois, possédant dans sa forme générale quelque chose du billot de l’exécuteur. C’est là-dessus que devait s’agenouiller la coupable pour recevoir son châtiment.

Ce billot était recouvert d’un drap noir et reposait sur un tapis de même couleur, au-dessous du vasistas, de telle sorte que les teintes claires de la chair, contrastant avec le sombre du plancher, ressortaient avec la netteté d’une épreuve photographique. Le parquet, alentour, était jonché des débris d’une verge brisée. Patty, ses jupes encore épinglées à son cou, dansait une sorte de sarabande, accompagnée de sanglots, ne laissant aucun doute aux spectatrices quant à la cause de ces mouvements désordonnés.

Sur le billot, était agenouillée Helen, mon Helen, aux mains des Philistins. Le corset n’étant pas permis en ce moment suprême, le sien avait été retiré et reposait sur un amoncellement dé vêtements. La chemise trop large avait alors glissé jusqu’au milieu du dos, où arrêtée par la jupe, enroulée en forme de corde, elle semblait une ceinture blanche suffisante pour montrer qu’Helen avait été couverte.

De chaque côté du billot, un peu en arrière, se tenaient Armstrong et Atkinson, cette dernière ayant, sur l’ordre de Martinet, pris la place de Steinkopf.

Elles tenaient toutes deux la corde, plutôt pour la maintenir, qu’en vue de contrarier la coupable, dont elle laissait les bras libres, confiante en un courage que ne démentaient pas, du reste, son maintien, ses joues enflammées, sa poitrine palpitante et ses yeux luisants comme des escarboucles.

Pour ce qui est de Martinet, je n’osais pas regarder ; avertie cependant par le mouvement de son bras, je tournai la tête et l’enfouis sous ma jupe.

J’ai dit que les cris de Patty m’avaient profondément impressionnée. Le solennel silence qui suivait le bruit produit par chaque coup de la verge sur la chair, bruit dont le rythme monotone n’était interrompu que par quelques écarts contre le billot ou la robe des auxiliaires, ce silence-là, dis-je, m’impressionna davantage encore.

Enfin, il se produit une pause ; la tête me tourne, mon tour approche, mon tour est arrivé.

« Une fois de plus, je vous ordonne de venir ici et de vous tenir devant moi. »

J’étais étendue sur le plancher, quand Renardeau m’attrapa par le cou et me plaça sous le nez une essence à l’odeur âcre qui, instantanément, me rappela à la vie.

« Va, qu’elle te chatouille », murmura-t-elle à mon oreille, en me poussant pour hâter mes mouvements.

La terrible voix de Martinet me retenait tremblante devant elle, mais, à la vérité, il m’eût été impossible, pour rien au monde, de la fixer dans les yeux. Ses bottines brillantes, même, sur lesquelles mes regards restaient attachés, me paraissaient menaçantes.

« Dora Doveton ! »

Sa voix était restée calme, ainsi que le ton des sénateurs de mon rêve, et ceci m’effraya plus que n’eût fait une grande colère.

« Il y a à peine dix jours que vous êtes arrivée, et déjà vous avez trouvé le moyen de vous rendre à la salle de flagellation. Et pourquoi ? pour une faute si grave et en même temps si répugnante, que je ne puis salir les oreilles de celles qui sont ici présentes en essayant d’en esquisser la nature. De tels faits, quoique innommables, doivent être punis publiquement, pour l’exemple. Il est de mon pénible devoir d’essayer de chasser ce démon hors de vous-même. Allez me chercher deux verges n° 6 et délacez-la, si c’est nécessaire. »

Renardeau, plongeant sa main sous mes vêtements, répondit que je ne portais pas de corset. Non, en vérité, je n’en porte pas ; ma poitrine est naturellement étroite, et un léger soutien dans le corps de mon corsage suffit à la tenir en place.

Steinkopf, qui avait regagné sa place, et Armstrong s’emparèrent de moi. En dépit de mes prières et de mes larmes, l’une, m’élevant les mains au-dessus de la tête, ouvrit ma robe par derrière, arrachant chemise, jupe et maillot, tandis que l’autre, d’une façon éhontée, roulait ma chemise, comme une corde, et d’une épingle me la fixait au-dessus de l’épaule. Je fus ensuite contrainte de m’agenouiller sur le billot, quatre mains immobilisant mes bras et me courbant la tête.

La brise qui passe par la tabatière évente mon dos, et je sens fixés sur mon corps dénudé les yeux de toutes les personnes présentes. Est-ce bien moi qui suis soumise à une telle ignominie ? Bien que mes bras soient comprimés, je ne sens pas la douleur, qui semble toute s’être localisée dans une autre partie de mon corps.

Ma peau est si tendre, que même quand je me baigne, je crains de l’exposer ; et là, je me trouve maintenue comme dans un étau, sans rien pour protéger cette peau fine contre les atteintes meurtrières de ces instruments barbares que je sais derrière moi.

Une minute longue comme un siècle s’ensuivit, mon épine dorsale se glaçait, et je restai là, partagée entre la honte et la crainte. Quelque chose résonna sur le plancher, puis le bruit cessa, et le coup attendu ne venait toujours pas.

Je regardai autour de moi, espérant encore : Martinet, prenant son temps, réajustait un bracelet au bras qui tenait les verges ; elle dévorait mes formes du regard, l’oeil flambant de passion, comme un amoureux.

S’apitoierait-elle ?

Hélas ! les sourcils se froncent.

L’étreinte de mes adjointes se fait plus forte.

Frrr… st !

« Hou ! Aie ! ôoooh ! »

Oh ! la douleur, impossible à rendre en un langage, de ce premier coup meurtrier !

Des légions de scorpions étaient attachés à mon dos et me fouillaient la chair de leurs crochets.

C’est en vain que, tendant le dos, j’essayais de visser mon front au billot ; la partie meurtrie ne se dérobait pas, et c’est à peine si j’en pouvais diminuer la surface par une contraction de tous mes muscles.

« Frrr… st ! Frrr…st ! Frrr… st ! »

J’essayai de dégager mes pieds, et reçus, ce faisant, un grand coup de fouet ! Mes cris rivalisaient d’intensité avec les hurlements les plus aigus de Patty.

Telle était cette flagellation ordinaire, quelques coups de plus m’auraient tuée ou rendue folle.

Les deux fortes femmes, resserrant leur étreinte, me placèrent à nouveau sur la chaise de flagellation, moins répugnante, cette fois, car déjà le charme avait opéré. L’action si simple de me lever semblait avoir produit en moi un soulagement subit. Une transformation voisine du miracle s’opéra dans mes pensées et mes sentiments. J’ai noté mes impressions peu de temps après, et je m’efforcerai de les rendre fidèlement.

La honte et la crainte avaient soudain disparu : l’on eût dit qu’impatiente d’offrir mon corps aux caresses de l’homme aimé, j’étais désireuse de satisfaire, par anticipation, à ses plus impétueux désirs. En vérité, j’étais loin de penser à aucun homme ! C’était Martinet seule qui faisait l’objet de mon adoration, et je sentais la verge me communiquer ses passions. Notre rapport, ainsi que dirait un magicien, était si puissant que je devinais ses pensées. Eût-elle désiré m’infliger cette correction en pleine face que je me serais battue et aurais lutté pour lui obéir !

Nos deux corps étaient agités d’un frémissement magnétique qui redoublait à chaque nouvelle caresse de la verge. Je sentais croître mon amour avec la douleur, à un point tel qu’il m’eût été impossible de dire si mon extase provenait de l’excès de peine ou d’un excès de plaisir.

Quand les baguettes furent changées, je continuai à sauter et à crier, sachant bien lui être agréable en agissant ainsi. Croyez-moi ou ne me croyez pas, c’est avec ses propres yeux que je contemplais ma nudité, et c’est par elle que je ressentais une joie lascive de cette flagellation.

Cet état eût duré aussi longtemps que me l’auraient permis mes forces, car je me sentais incapable de quitter la place, sans l’autorisation de mon autre moi.

Le châtiment terminé, j’écartai les auxiliaires, entre autres Atkinson, qui, la crinoline sur le bras, s’apprêtait à me servir de femme de chambre, et je me précipitai vers Martinet dans l’intention, je crois, de me jeter à ses pieds, quand je me sentis arrêtée dans mon élan par Helen : « Du calme », murmura-t-elle, en même temps qu’elle détachait ma chemise épinglée, et elle attira mon attention sur le dernier acte commençant du drame qui se déroulait ce jour-là.

Miss de Vere avait suivi ces divers incidents, et son visage avait reflété tour à tour les sentiments les plus variés, parmi lesquels le dédain n’avait cessé de dominer.

N’apercevant plus aucune victime susceptible de concourir à son divertissement, elle s’apprêtait à se retirer, demandant déjà qu’on lui ouvrît la porte, quand un regard de Martinet la cloua au sol. Quand elle le voulait, cette dernière possédait véritablement dans ses yeux ce pouvoir que la fable attribuait au basilic.

« Hé ! miss de Vere, vous avez pu contempler le châtiment de ces jeunes filles, moins coupables que vous. Croyez-vous que mes domestiques sont faites pour être fouettées comme des chiens, et que mon autorité sera méconnue impunément ? Votre tour est venu, maintenant, et toutes celles que, journellement, vous avez insultées, vont être témoins de votre humiliation.
- Moi ! femme stupide, auriez-vous perdu la raison ? Mais je suis la pupille du grand chancelier, et sa protection me place au-dessus des atteintes de vos menaces insolentes !
- Vous êtes de ma cour, maintenant, la loi vous y a envoyée. Écoutez ce que l’on permet pour mater les caractères comme le vôtre. »

Tirant un papier de sa poitrine, elle le déplia d’une main dégagée et lut ce qui suit :

« Je certifie que ma nièce, l’Hon. Jane-Caroline de Vere, pupille du grand chancelier, mineure, a été placée, du consentement tacite du grand chancelier et du mien, chez Mrs. Constance Martinet, de Schrewsbury House, à dessein d’y parfaire son éducation. Ladite miss de Vere, étant d’un caractère insupportable et insoumis, et en même temps dangereux, moi, son oncle et tuteur naturel, agissant d’après l’avis du chancelier ci-dessus désigné, autorise ladite Constance Martinet et lui donne plein pouvoir pour employer toutes mesures coercitives et répressives qu’elle jugera convenables, à l’égard de la dite Caroline de Vere, y compris les châtiments corporels au moyen des verges et des roseaux. Et, pour tout dommage ou accident pouvant résulter de l’emploi de tels instruments, déclare absoudre entièrement Mrs. Martinet, la tenant quitte de toutes poursuites. »

Signé : HAWTRY.

Durant la lecture de ce billet, qui portait un coup mortel à sa dignité, nous examinions toutes les traits de la hautaine patricienne.

L’expression du visage était démoniaque, et l’oeil du basilic lui-même n’aurait pu la mater.

Poussant un cri de rage, elle se précipita en avant, prête à frapper. Toutes, sauf Martinet, nous la prévînmes, et nous nous accrochâmes désespérément après elle ; mais sa force était prodigieuse, et elle se secouait résolument, nous infligeant de douloureux coups de genoux ou de coudes. Si jamais elle était parvenue à se dégager de l’étreinte d’Armstrong et de Steinkopf, notre existence à chacune eût couru le plus grand danger.

Cette lutte inégale de une contre sept épuisa enfin ses forces, et, suivant Martinet, nous pûmes l’entraîner sur une couchette dans le compartiment voisin. Cette couchette n’était recouverte que d’un seul matelas, et aux montants étaient attachées de solides cordes. Ce n’est pas sans difficulté que nous la couchâmes là ; tandis que Renardeau s’asseyait sur son dos, nous liâmes par des doubles noeuds ses poignets aux montants du lit, mais ses jambes agitées se trouvaient encore en liberté ; il y avait un réel danger à les approcher. Toutes reculèrent. Helen et moi, nous nous regardâmes l’une l’autre. Moi qui suis généralement peureuse, je me sentis brave à ce moment. Épiant le moment favorable, nous nous emparâmes soudain chacune d’une jambe, et, la tirant jusqu’au sol, nous nous laissâmes tomber assises sur elle.

Il ne restait plus qu’à procéder au déshabillé. Comment s’y prendre ? Son corsage tombait si bas qu’il eût sûrement gêné l’action des verges, et lui rendre la liberté des bras eût été folie. Renardeau, l’outsider de la lutte, se trouvait là dans son élément et trancha la difficulté en un instant. Elle retira tout d’abord les jupes et tout ce qui était accessible par derrière, puis elle ramena sur les talons ces premiers vêtements. La Française (on disait qu’elle avait été couturière) tira de sa poche une paire de ciseaux et, en quelques coups, retira adroitement les baleines du corset, coupa sans pitié la riche étoffe de soie et, complétant son opération, trancha en quelques secondes une demi-douzaine de lacets.

Ayant ainsi préparé la voie, ce fut un jeu pour elle de mettre à découvert une paire de mollets qu’un suisse eût enviés, et, tirant petit à petit la batiste, elle mit à nu un séant d’une taille prodigieuse, qu’Helen et moi, vu notre posture particulière, étions mieux que toute autre en mesure d’apprécier.

Sans doute, la main de Renardeau devait lui démanger fortement, mais elle n’osa pas cependant s’interposer entre la tigresse et sa proie.

« N’est-ce pas joli ? observa-t-elle, de voir la fouetteuse fouettée ? »

Pendant ce temps, Martinet avait quitté son peignoir flottant du matin et s’était armée d’une verge formée non plus de roseaux ou de légères baguettes, mais d’une forte tige de bouleau, à laquelle tenaient encore d’innombrables petites branches, si bien que cette verge ressemblait à un arbre en miniature.

Quel aspect terrible elle avait ainsi, cette arme à la main ! Junon, privée de sa pomme, devait lui ressembler. Ses bras splendides et son cou étaient nus, Ses joues étaient empourprées, et sa poitrine opulente palpitait. Un discours fût resté sans effet, les vertus de la baguette de bouleau fussent restées ignorées, une correction sauvage seule pouvait satisfaire complètement son besoin de vengeance.

Deux des plus lourdes auxiliaires s’assirent sur les épaules de la victime. Me mettant à l’abri de cette terrible verge qui déchirait l’air avec un sifflement semblable à celui d’une machine à vapeur, je pris la position la plus favorable pour épier, je dois bien vous l’avouer à vous, Jacintha, avec une satisfaction intense, les ravages qu’elle allait causer.

Avant que le troisième coup eût tombé, toute la surface du dos se recouvrait d’une teinte rougeâtre qui, insensiblement, tournait au violet. Le courage de miss de Vere était égal à sa vigueur ; elle luttait orgueilleusement comme toujours, et comme toujours, un murmure de malédiction s’échappait de ses lèvres. Au bout d’une trentaine de coups, comme elle seule était capable de les donner, Martinet, sentant ses forces s’épuiser, laissa retomber le tronçon de verge qu’elle tenait à la main ; elle se passa alors sur la figure et le cou un mouchoir de poche parfumé, et se reput à souhait du terrible spectacle qui s’offrait à sa vue.

Et, maintenant, ici se place le fait le plus étrange de cette journée. Quand Martinet eut repris haleine, Renardeau, la tirant de quelque part sous sa robe, lui présenta une verge dont les proportions contrastaient d’une façon comique avec les dimensions énormes des précédentes. Elle consistait en une houssine de quelques pouces de longueur seulement, formée de petits fils de fer assemblés. Cette arme légère entre le pouce et l’index, Martinet prit position au chevet du lit, à mi-hauteur, et, se courbant sur l’importante proéminence, elle nous regarda d’une façon significative. Helen, par expérience, moi par intuition, devinant son dessein, nous sautâmes de côté, emportant chacune une jambe avec nous, tandis que Martinet, d’un mouvement habile du poignet, appliquait juste au milieu un petit coup de la verge minuscule.

Bien qu’anodine en apparence, cette dernière correction fut suivie d’un cri si sauvage et si effrayant que mes sens surexcités ne purent en supporter davantage.

Je fus transportée, comment et par qui, je n’en sais rien, dans ma propre chambre, déposée sur mon lit, et, après avoir avalé un cordial, je tombai dans un sommeil sans rêve.

Voir en ligne : L’Affaire Constance Martinet (11) : Une verge « au vinaigre » pour Mabel

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le récit érotique de Jean de Villiot, L’Affaire Constance Martinet (Révélations sur Schrewsbury House. — Lettre de Dora Doveton à sa cousine, Mrs Slingsby, en Australie), Éd. Charles Carrington, Paris, 1905.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris