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Confession sexuelle d’un Russe du Sud

Érotisme rustique et simplicité bucolique des moeurs

Études de Psychologie sexuelle (9)



Mots-clés :

« Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.


Vinrent les vacances. Si on me permit de passer dans la classe suivante (la quatrième), ce fut par une grande indulgence de la part des professeurs et en souvenir de mes succès passés. En réalité, tout plein de préoccupations érotiques, je n’avais pas du tout travaillé en troisième et mes notes de l’année avaient été déplorables. Mais l’examen de passage entre la troisième et la quatrième était exclusivement écrit et je fus sauvé par le copiage qui vint en aide à l’indulgence des examinateurs, de sorte que j’obtins per fas et nefas la moyenne nécessaire.

Nous passâmes les vacances au village de mon oncle, endroit que je n’avais pas revu depuis deux ans. Mais j’y revins tout changé, aussi expérimenté en matière érotique qu’une grande personne. Maintenant, mon cousin racontait des obscénités à quelqu’un qui les comprenait ! Et, au milieu des nombreuses servantes de la maison, des filles de ferme et des filles de champs, j’étais plongé dans une atmosphère vraiment cythéréenne. Je ne tardai pas à nouer des relations avec la plupart de ces filles, guidé du reste par mon cousin qui me facilitait les approches. Il m’expliqua qu’on pouvait tout obtenir de ces viragos robustes avec quelques cadeaux insignifiants : un paquet d’épingles à cheveux, un ruban de quatre sous, un bonbon, un gâteau, même un morceau de sucre. Et, en effet, pour ces offrandes dérisoires, les « vierges fortes » de l’Ukraine me permettaient de regarder et de palper les parties les plus secrètes de leur corps. Cela se passait n’importe où, dans une chambre, dans un hangar, une écurie, derrière une meule, dans les buissons. Les vierges ne permettaient que les attouchements ; celles qui n’étaient pas vierges se laissaient prendre le plus volontiers du monde. Avec mon cousin et d’autres jeunes gens, j’allais les voir se baigner dans le fleuve. J’échangeais avec elles des propos à double sens. Du reste, elles riaient toujours aux éclats quand elles entendaient une obscénité. Une fois nous traversions avec mon cousin une salle où une magnifique fille de dix-sept ou dix-huit ans, véritable incarnation de la force et de la santé, les joues rouges comme des pivoines, les seins pointant en avant, lavait le plancher, pliée en deux et plantée sur deux jambes écartées, massives comme des colonnes et dont on voyait la blancheur, car les jupons étaient retroussés plus haut que les genoux. Sans perdre un instant, mon cousin s’approcha de la fille par derrière et lui saisit fortement, sous la jupe, l’organe sexuel. La jeune fille se récria, en s’arrachant des mains de l’agresseur, mais sans se fâcher et en riant. C’est que les jeunes filles du village étaient habituées à ces hardiesses-là. Dans les grandes cuisines du seigneur où des dizaines de servantes et d’ouvrières dînaient ou prenaient le thé avec des dizaines de cochers, surveillants, travailleurs de champs, etc., et où, poussé par l’ardeur érotique, j’entrais souvent maintenant, les familiarités les plus audacieuses étaient licites. La conversation générale était un feu roulant d’obscénités, les gestes ne le cédaient en rien aux paroles. J’ai vu, par exemple, un jouvenceau qui brandissait devant les jeunes filles un tison éteint et carbonisé à forme phallique, en leur demandant si elles voudraient que leurs amants fussent pourvus d’un membre aussi imposant. Aucune des jeunes filles n’avait l’air choquée, toutes riaient aux larmes. Les navets, les trognons de chou ou de raifort servaient de prétextes à des facéties analogues. Quelquefois, quand une jeune fille, s’occupant du feu du poêle ou arrangeant le samovar placé par terre, se baissait, un jeune homme, en veine d’humour, la saisissait par-derrière, collait son ventre à ses fesses (sans sortir son membre, ni la trousser, bien entendu) et simulait les mouvements du coït a retro, disant qu’il était un étalon ou un taureau qui saillait une cavale ou une vache. Ces comparaisons n’offensaient pas la rustique beauté, amusée par la plaisanterie comme le reste du public. J’ai dit déjà que les jeunes filles et les jouvenceaux (paroubki) se baignaient tout nus très près les uns des autres. Quelquefois les garçons amenaient avec eux des chevaux qu’ils baignaient et j’ai vu plus d’une fois un de ces baigneurs, tout nu, collant son ventre et ses parties sexuelles sur la croupe de l’animal et mimant les mouvements du coït et cela en présence des jeunes filles, également nues, qui l’appelaient cochon, mais que cette pantomime amusait énormément. On m’a même dit d’un garçon de dix-neuf ans que, dans une de ces scènes coutumières, il avait réellement coïté une cavale pendant que les jeunes filles le regardaient faire, en l’injuriant, mais restant là jusqu’à la fin de l’acte. Dans la cuisine noire (c’est ainsi qu’on appelle en Russie la cuisine où l’on prépare les repas des domestiques ou des ouvriers), j’ai vu souvent des jeunes hommes lutter, par manière de jeu et de plaisanterie, avec des jeunes filles. Quand un jeune homme parvenait à renverser et à coucher une jeune fille par terre, il ne manquait jamais de se coucher à plat ventre sur la lutteuse vaincue (sans toutefois se déboutonner) et d’imiter, en riant, les postures et les mouvements de la copulation. Les enfants présents à ces scènes s’esclaffaient, comprenant bien le symbolisme du simulacre. On m’a raconté que parfois, dans les banquets de cette cuisine, les jours de fête, quand on était échauffé par l’eau-de-vie distribuée à titre gracieux par le maître ou par les intendants (pour le paysan russe une fête n’est pas une fête sans abondantes libations d’eau-de-vie de grains), les hommes se permettaient des tours plus pendables. Ils saisissaient inopinément et par-derrière quelque belle fille, l’arrachaient du banc ou elle était assise, la renversaient et la tenaient pendant quelque temps la tête en bas et les jambes gigotant en l’air. Comme les femmes du peuple, ainsi que je l’ai dit, ne portent pas en Russie de pantalon, tout le monde pouvait ainsi repaître sa vue des charmes les plus secrets de la victime. Et la victime ne gardait pas longtemps rancune à ses bourreaux, tellement les moeurs étaient grossières.

On pouvait aussi voir pas mal de choses au village. Une fois, en entrant brusquement avec mon cousin dans une salle des communs (c’était une buanderie, je crois), je vis un jeune cocher par terre avec l’une de nos servantes. « Eh, que faites-vous là ? » s’écria mon cousin. « Nous coïtons », répondit le cocher (en employant, naturellement, le terme le plus grossier qui exprime cette idée) et il continua tranquillement son travail jusqu’à ce que mon cousin, à coups de pied dans le derrière, l’eût obligé à lâcher prise et à se lever. La servante rabattit ses jupons et s’en alla sans paraître confuse le moins du monde. J’ai su d’autre part que les veillées du village (les vétcherinki, « vesprées » en petit-russien) — réunions du soir et de la nuit de jeunes filles et de jeunes hommes célibataires, pendant lesquelles le beau sexe travaille (file, brode, etc.) et les jeunes soupirants font de la musique, chantent ou tâchent de faire rire les dames par des histoires plaisantes — se terminaient d’une façon particulière : on attendait que les lumières s’éteignissent, faute d’aliment, et on les aidait quelquefois à s’éteindre, puis chacun asseyait sur ses genoux sa voisine et la masturbait tout en se laissant masturber par elle dans l’obscurité. Après quoi chacun rentrait chez soi, content de la vesprée.

La grossièreté des moeurs rurales peut être mise en lumière par un épisode de la chronique de notre village, épisode dont je n’ai pas été le témoin, étant arrivé au village quelques semaines plus tard, mais dont je puis garantir l’authenticité, la chose s’étant passée publiquement et, pour ainsi dire, officiellement. Parmi les jeunes paysans, il y avait un gars de vingt ans au sujet duquel les filles firent courir le bruit qu’il n’avait qu’un seul testicule. Ce furent des railleries sans fin : dès qu’il apparaissait dans une réunion où il y avait des jeunes filles, celles-ci s’éloignaient de lui comme d’un pestiféré, en lui criant : « l’homme à un seul testicule ! » (odnoyaïts, […] de odno, un seul, et yaïtso, testicule). Navré, il se plaignit de cette calomnie au tribunal communal, volostnoï soud, composé de paysans souvent absolument illettrés, de sorte que toute la procédure se faisait verbalement, mais qui pourtant pouvait infliger non seulement de petites amendes et quelques journées de détention, mais aussi la fustigation, souvent très cruelle, et jugeait les menus délits de paysans et les menus différends entre les gens du village. Les décisions de ce tribunal improvisé de simple police n’étaient du reste guidées par aucune loi écrite : comme en Orient, on s’en remettait à l’inspiration des juges, inspiration qui était souvent influencée par des offrandes sous forme de seaux (vedro) d’eau-de-vie de la part des plaignants ou des défendeurs. Le volostnoï soud de notre village prit à cour l’infortune du jeune homme. Les jeunes filles coupables (il y en avait plus d’une vingtaine) furent mandées par-devant les juges qui prononcèrent la sentence suivante : chacune des coupables devait être introduite isolément et l’une après l’autre dans la salle communale où se tenaient les juges et le plaignant et, après avoir mis la main dans le pantalon de celui-ci et s’être assurée qu’il avait deux testicules et non un seul, recevoir sur les fesses deux claques de la main dudit plaignant. Ainsi fut fait. La salle communale était pleine de monde, on introduisait successivement les jeunes filles et après les avoir obligées à mettre la main dans la braguette du plaignant, on leur demandait : « A-t-il deux testicules ou un seul ? » Force était bien à la jeune fille de répondre : « Il en a deux. » Après quoi on la menait vers le chef du tribunal (volostnoï starchina) qui était assis sur un banc, le dos appuyé au mur, et faisant face au public. On disait à la jeune fille de se baisser et l’on mettait sa tête sur les genoux du juge, comme dans le jeu de main chaude. En même temps on lui relevait le jupon par-derrière, découvrant ainsi, par suite de la posture de la patiente, non seulement ses fesses, mais aussi, entre celles-ci, ses « charmes », comme on disait au XVIIIe siècle. Le derrière était, du reste, tourné vers le public. Alors le jeune homme calomnié appliquait sur les robustes rotondités deux claques retentissantes. C’est de la bouche des acteurs même de la comédie que j’en ai recueilli tous les détails.

Dans la très nombreuse domesticité de mon oncle, il y avait une fillette de treize à quatorze ans, du nom de Yévdochka (diminutif d’Eudoxie), fille d’un cocher. Si je n’avais pas connu cet échantillon des moeurs rustiques, je croirais que les nombreuses figures de jeunes femmes qui, dans les romans de Zola, représentent la pure animalité, la pure incarnation de l’instinct sexuel (la Mouquette dans Germinal, etc.), ne correspondent à aucune réalité et sont un pur symbole poétique. Mais Yévdochka était bien un exemplaire de cette collection. À toute heure de la journée et de la nuit (excepté peut-être pendant le sommeil), elle ne pensait qu’à l’acte sexuel. Comme une chienne en chaleur, elle rôdait partout où elle avait la chance de rencontrer un mâle isolé et se livrait indifféremment à tout le monde, aux enfants comme aux vieillards. On l’accusait d’actes de bestialité. Une fois, mon cousin et moi, nous la rencontrâmes avec une amie de son âge, dans un fourré de broussailles. Les deux fillettes relevèrent leurs jupes et nous montrèrent leurs vulves en écartant les jambes et en nous invitant, par des paroles, des gestes, au coït. Mais mon cousin me dit qu’on pouvait, avec Yévdochka, attraper une maladie et nous résistâmes à la tentation. Je ne sais pas si l’appréhension de mon cousin était fondée : tous les jeunes gens du village couchaient avec Yévdochka et, pourtant, je n’ai pas entendu dire qu’ils soient tombés malades.

Un matin, avant le lever du soleil, mon cousin me conduisit dans une salle des communs, une espèce de hangar, où dormaient les jeunes ouvrières. C’était au coeur de l’été ; comme il faisait très chaud, les jeunes filles étaient couchées tout simplement en chemise sur des paillasses jetées par terre, sans se couvrir même de draps de lit. Elles étaient une vingtaine et dormaient profondément, comme on dort lorsqu’on est jeune, plein de santé et qu’on s’est livré, pendant la journée, à de durs labeurs physiques. Les chemises de la plupart d’entre elles s’étaient relevées ou dérangées pendant le sommeil et l’on voyait les cuisses nues, les ventres nus. Quelques-unes étaient couchées sur le dos, les jambes écartées.

Nous pouvions examiner à notre aise les vulves brunes à la fente rosée, les monts de Vénus poilus. Il y avait des toisons génitales de différentes couleurs. Je me souviens qu’un pubis couvert d’une toison rousse ou plutôt rouge m’impressionna particulièrement. Une odeur forte se dégageait de toutes ces nudités féminines. Très excités, nous n’osâmes cependant réveiller personne et nous nous en allâmes doucement sans que les jeunes filles se fussent doutées de notre visite matinale.

Mon cousin avait des relations sexuelles avec un grand nombre de servantes, d’ouvrières agricoles, de jeunes paysannes. Une jeune servante venait le voir quelquefois la nuit dans sa chambre où était aussi mon lit, sans se sentir gênée par ma présence : simplicité bucolique des moeurs ! Ces nuits-là je ne pouvais m’endormir : j’écoutais les baisers, le craquement du lit et autres bruits caractéristiques du coït, plusieurs fois renouvelé, les anecdotes pornographiques racontées par mon cousin à la jeune fille et tentigine rumpebar, comme disaient les Romains.

De mon côté, comme je l’ai dit déjà, je coïtais souvent avec les jeunes filles du village et de la domesticité in ore vulvæ avec les vierges, normalement avec celles qui étaient déjà déflorées. Ces fortes femelles, admirablement râblées, étaient exubérantes de santé et de vie animale, avec leurs joues rouges, leurs énormes postérieurs, leurs seins durs et saillants, leurs jambes semblables aux colonnes doriques, leurs vulves musculeuses et puissantes. Elles profitaient de leur jeunesse et on les voyait se rouler avec les garçons dans tous les fossés, dans toutes les granges, sous toutes les meules, dans tous les coins où un couple pouvait s’étreindre. Si on les engrossait, elles avaient recours aux substances abortives (l’usage de l’ergot du blé était connu de toutes les jeunes filles) ou se faisaient avorter mécaniquement par des vieilles femmes expertes en ces manoeuvres. Du reste, l’opinion n’était pas sévère pour les faiblesses charnelles. Tout le monde, par exemple, savait qu’un veuf avait fait des enfants à ses deux filles, l’une d’elles étant mineure. Cela ne faisait aucun tort la considération générale dont il jouissait.

Pour être complet, je dois dire que, pendant ces vacances, il se trouva encore une propriétaire mariée, notre voisine, qui crut nécessaire de m’« éclairer sexuellement » et, croyant à mon innocence, m’expliqua ce que je savais depuis longtemps et se fit faire l’amour par moi dans un kiosque de son jardin.

Voir en ligne : Confession sexuelle d’un Russe du Sud (10) : Aventures, réflexions et rêveries érotiques

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après la « Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.



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