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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

Existence tranquille

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre XXI)



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Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


XXI
EXISTENCE TRANQUILLE

Cependant, je continuais à mener une existence que l’absence de Randolph rendait fort calme.

Peu à après son départ, je reçus une lettre de Georges m’annonçant que ses affaires n’étaient pas terminées, et qu’il comptait rester encore quelques semaines à Charleston. La nouvelle ne m’émut guère. Je n’aimais pas mon amant et j’étais heureuse d’avoir un peu de tranquillité.

Le même jour, après le déjeuner, j’étais dans la bibliothèque, quand Dinah entra, l’air fort contrarié ; elle me raconta que, depuis le départ du maître, Emma, une fille de cuisine, faisait très mal sa besogne, et restait insensible à toutes les observations. Puis Dinah me demanda si je voulais la fouetter moi-même.
- Non, répondis-je, je ne puis faire cela.
- Lors, vous ça ka la mandé a majordome.
- Non, pas davantage.

Dinah me regarda très surprise. Elle ne pouvait comprendre pourquoi je ne voulais ni battre la fille ni l’envoyer au majordome.
- Oh ! maîtresse, dit-elle, mo ka faire ? si vous ka pas baillé fouetté a canaille négesse la, toutes autes bouguesses dans maisons tant comme, li van mal corresponde à mo même, y moi ka pas pouvoi tini ordre, dans habitation.

Je ne pus m’empêcher de rire en entendant la façon méprisante avec laquelle Dinah parlait des drôlesses noires. Esclave elle-même et passible du fouet pour la moindre faute commise, elle avait une haute idée de sa propre importance et de sa position de femme de charge de Woodlands.
- Attendez le retour du maître, lui dis je, alors vous vous plaindrez d’Emma et vous la punirez.

Dinah était fort mécontente et me fit observer que si je ne voulais pas fouetter la femme avec une badine, je pouvais le faire sur mes genoux avec une pantoufle. Mais je lui refusai celte dernière satisfaction, et elle partit furieuse en grommelant contre mon indulgence pour « catin négesse ».

Une semaine se passa. Une belle après-midi, j’étais partie avec un livre, m’installer dans un endroit paisible des jardins, auprès d’un joli lac couvert de nénuphars et environné de bosquets. Sur la berge était construite une petite maison toute chargée de plantes grimpantes, et meublée de chaises longues en osier, et d’une petite table ronde.

En approchant, j’entendis des éclats de rire, et j’aperçus deux galopins fort occupés à jeter des pierres à quelque chose qui remuait dans l’eau.

C’était le frère et la soeur, enfants d’une splendide mulâtresse appelée Marguerite, employée comme fille de cuisine. Les deux enfants étant quarterons, le père était évidemment un blanc. Le garçon avait une douzaine d’années, et la petite un ou deux ans de plus. Comme il leur était interdit de venir dans ce jardin, je supposais qu’ils s’enfuiraient à mon approche, mais, absorbés par leur jeu ils ne m’aperçurent pas.

En avançant encore, je m’aperçus que leur but était un pauvre petit chat qui luttait désespérément pour regagner le rivage, et que les petits sauvage, repoussaient impitoyablement.

J’aime beaucoup les animaux, et particulièrement les chats ; ce spectacle me rendit furieuse. Je courus au bord de l’eau et saisis la pauvre bête que je couchai au soleil, espérant qu’elle reviendrait à la vie, mais les pierres des petites brutes l’avaient cruellement blessée et elle resta étendue sans vie sur l’herbe.

J’entrai dans une grande colère et, saisissant les deux drôles, je les renversai tour à tour sur mes genoux et les fustigeai un peu fort. Puis, satisfaite, je m’installai confortablement et je lus le roman que j’avais apporté avec moi. Après le dîner, le soir, Dinah vint me demander divers renseignements, et j’en profitai pour la prier de me dire ce qu’elle connaissait de la vie de Randolph.

Elle parlait longuement, prenant plaisir à s’écouter elle-même ; son récit était semé de remarques que je ne crois pas utile de reproduire ; aussi ne vous en donnerai-je qu’un résumé.

Dinah était exactement du même âge que Randolph, étant née le même jour que lui, trente-cinq ans par avant. Sa mère avait été la nourrice de Georges, et les deux enfants, élevés ensemble, étaient une vraie paire d’amis. Mais sitôt que Randolph fut en âge comprendre la différence qui les séparait, il devint autoritaire, et la rouait de coups quand elle ne se pliait pas à ses caprices. À dix-huit ans, il lui ravit sa virginité, puis alla passer trois ans en Europe.

À vingt-cinq ans, Dinah épousa un quarteron, et, depuis cette époque, Randolph ne l’avait plus approchée. Ce dernier venait d’atteindre sa trentième année lorsque son père et sa mère moururent peu de temps l’un de l’autre ; il devint alors propriétaire de Woodlands. À cette époque, Dinah était veuve et première femme de chambre ; elle fut élevée à la dignité de femme de charge par Randolph qui lui conféra une certaine autorité sur les autres esclaves, ce qui ne l’empêchait pas de la fouetter quand elle avait le malheur de lui déplaire, quoique cela ne fût pas arrivé depuis plus de deux ans.

Je congédiai Dinah et me mis au lit. Le lendemain, à mon réveil, je reçus une lettre de Randolph.

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : Retour de Randolph (Chapitre XXII)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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