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Thérèse philosophe

Exorcisme, fustigation et jouissance céleste

Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (2)



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Jean-Baptiste de Boyer Marquis d’Argens, Thérèse philosophe ou Mémoires pour servir à l’histoire du père Dirrag et de mademoiselle Éradice, Paris, 1748.


Thérèse sort de son couvent à l’âge de vingt-trois ans, presque mourante par les efforts qu’elle y fait pour résister à son tempérament

Revenons à ce qui me regarde. J’ai dit qu’à vingt-trois ans, ma mère me retira presque mourante du couvent où j’étais. Toute la machine languissait, mon teint était jaune, mes lèvres livides, je ressemblais à un squelette vivant. Enfin la dévotion allait me rendre homicide de moi-même lorsque je rentrai dans la maison de ma mère. Un habile médecin, envoyé de sa part à mon couvent, avait connu d’abord le principe de ma maladie : cette liqueur divine qui nous procure le seul plaisir physique, le seul qui se goûte sans amertume, cette liqueur, dis-je, dont l’écoulement est aussi nécessaire à certains tempéraments que celui qui résulte des aliments qui nous nourrissent, avait reflué des vaisseaux qui lui sont propres dans d’autres qui lui étaient étrangers, ce qui avait jeté le désordre dans toute la machine.

On conseilla à ma mère de me chercher un mari comme le seul remède qui pût me sauver la vie. Elle m’en parla avec douceur. Mais, infatuée que j’étais de mes préjugés, je lui répondis sans ménagement que j’aimais mieux mourir que de déplaire à Dieu par un état aussi méprisable, qu’il ne tolérait que par l’effet de sa grande bonté. Tout ce qu’elle put me dire ne m’ébranla point, la nature affaiblie ne me laissait aucune espèce de désirs pour ce monde, je n’envisageais que le bonheur qu’on m’avait promis dans l’autre.

Elle se met sous la direction du père Dirrag à Volnot et y devient l’amie et la confidente de Mademoiselle Éradice

Je continuais donc mes exercices de piété avec toute la ferveur imaginable. On m’avait beaucoup parlé du fameux père Dirrag : je voulais le voir. Il devint mon directeur, et Mademoiselle Éradice, sa plus tendre pénitente, fut bientôt ma meilleure amie.

Vous connaissez, mon cher comte, l’histoire de ces deux célèbres personnages. Je n’entreprendrai point de vous répéter tout ce que le public sait et en a dit. Mais un trait singulier, dont j’ai été témoin, pourra vous amuser et servir à vous convaincre que, s’il est vrai que Mademoiselle Éradice se soit enfin livrée avec connaissance de cause aux embrassements de ce cafard, il est du moins certain qu’elle a été longtemps la dupe de sa sainte lubricité.

Mademoiselle Éradice avait pris pour moi l’amitié la plus tendre, elle me confiait ses plus secrètes pensées, la conformité d’humeur, de pratique, de piété, peut-être même de tempérament, qui était entre nous, nous rendait inséparables. Toutes deux vertueuses, notre passion dominante était d’avoir la réputation d’être saintes, avec une envie démesurée de parvenir à faire des miracles. Cette passion la dominait si puissamment qu’elle eût souffert, avec une constance digne des martyrs, tous les tourments imaginables si on lui eût persuadé qu’ils pouvaient lui faire ressusciter un second Lazare. Et le père Dirrag avait, par-dessus tout, le talent de lui faire croire tout ce qu’il voulait.

Éradice m’avait dit plusieurs fois, avec une sorte de vanité, que ce père ne se communiquait tout entier qu’à elle seule, que dans les entretiens particuliers qu’ils avaient souvent ensemble chez elle, il l’avait assurée qu’elle n’avait plus que quelques pas à faire pour parvenir à la sainteté, que Dieu le lui avait ainsi révélé dans un songe par lequel il avait connu clairement qu’elle était à la veille d’opérer les plus grands miracles si elle continuait à se laisser conduire par les degrés de vertu et de mortification nécessaires.

La jalousie et l’envie sont de tous les états, celui de dévote en est peut-être le plus susceptible.

Éradice s’aperçut que j’étais jalouse de son bonheur, et que même je paraissais ne pas ajouter foi à ce qu’elle me disait. Effectivement, je lui témoignai d’autant plus de surprise de ce qu’elle m’apprenait de ses entretiens particuliers avec le père Dirrag qu’il avait toujours éludé d’en avoir de semblables avec moi, dans la maison d’une de ses pénitentes, mon amie, qui était stigmatisée, ainsi qu’Éradice. Sans doute que ma triste figure et que mon teint jaunâtre n’avaient pas paru au révérend père être pour lui un restaurant propre à exciter le goût nécessaire à ses travaux spirituels. J’étais piquée au jeu, point de stigmates ! point d’entretien particulier avec moi. Mon humeur perça, j’affectai de paraître ne rien croire. Éradice, d’un air ému, m’offrit de me rendre dès le lendemain matin témoin oculaire de son bonheur :
- Vous verrez, me dit-elle avec feu, quelle est la force de mes exercices spirituels, et par quels degrés de pénitence le bon père me conduit à devenir une grande sainte. Et vous ne douterez plus des extases, des ravissements, qui sont une suite de ces mêmes exercices. Que mon exemple, ma chère Thérèse, ajouta-t-elle en se radoucissant, puisse opérer en vous, pour premier miracle, la force de détacher entièrement votre esprit de la matière par la grande vertu de la méditation, pour ne le mettre qu’en Dieu seul !

Mademoiselle Éradice enferme Thérèse dans un cabinet qui a vue sur sa chambre, afin de rendre celle-ci témoin oculaire de ses exercices avec le Révérend père Dirrag

Je me rendis le lendemain à cinq heures du matin chez Éradice, comme nous en étions convenues. Je la trouvai en prières, un livre à la main.
- Le saint homme va venir, me dit-elle, et Dieu avec lui. Cachez-vous dans ce petit cabinet, d’où vous pourrez entendre et voir jusqu’où la bonté divine veut bien s’étendre en faveur de sa vile créature par les soins pieux de notre directeur.

Un instant auprès, on frappa doucement à la porte. Je me sauvai dans le cabinet, dont Éradice prit la clef. Un trou large comme la main, qui était dans la porte de ce cabinet couverte d’une vieille tapisserie de Bergame très claire, me laissait voir librement la chambre en son entier, sans risquer d’être aperçue.

Le père Dirrag visite le stigmate placé au-dessous du téton gauche d’Éradice

Le bon père entra :
- Bonjour, ma chère sœur en Dieu ! dit-il à Éradice. Que le Saint-Esprit et saint François soient avec vous !

Elle voulut se jeter à ses pieds, mais il la releva et la fit asseoir auprès de lui.
- Il est nécessaire, lui dit le saint homme, que je vous répète les principes sur lesquels vous devez vous guider dans toutes les actions de votre vie. Mais parlez-moi auparavant de vos stigmates. Celui que vous avez sur la poitrine est-il toujours dans le même état ? Voyons un peu.

Éradice se mit d’abord en devoir de découvrir son téton gauche, au-dessous duquel il était.
- Ah ! ma sœur ! Arrêtez, lui dit le père, arrêtez : couvrez vos seins avec ce mouchoir (il lui en tendait un). De pareilles choses ne sont pas faites pour un membre de notre société : il suffira que je voie la plaie que saint François y a imprimée. Ah ! elle subsiste. Bon, dit-il, je suis content : saint François vous aime toujours, la plaie est vermeille et pure. J’ai eu soin d’apporter encore avec moi le saint morceau de son cordon, nous en aurons besoin à la suite de nos exercices.

Démonstration physique du père Dirrag pour déterminer Éradice à souffrir la fustigation sans se plaindre

- Je vous ai déjà dit, ma sœur, continua le père, que je vous distinguais de toutes mes pénitentes, vos compagnes, parce que je vois que Dieu vous distingue lui-même de son saint troupeau, comme le soleil est distingué de la lune et des autres planètes. C’est pour cette raison que je n’ai pas craint de vous révéler ses mystères les plus cachés. Je vous l’ai dit, ma chère sœur, oubliez-vous et laissez faire. Dieu ne veut des hommes que le cœur et l’esprit. C’est en oubliant le corps qu’on parvient à s’unir à Dieu, à devenir sainte, à opérer des miracles. Je ne puis vous dissimuler, mon petit ange, que, dans notre dernier exercice, je me suis aperçu que votre esprit tenait encore à la chair. Quoi ! ne pouvez-vous imiter en partie ces bienheureux martyrs qui ont été flagellés, tenaillés, rôtis, sans souffrir la moindre douleur parce que leur imagination était tellement occupée de la gloire de Dieu qu’il n’y avait en eux aucune particule d’esprit qui ne fût employée à cet objet ? C’est un mécanisme certain, ma chère fille : nous sentons, et nous n’avons d’idée du bien et du mal physiques, comme du bien et du mal moraux, que par la voie des sens. Dès que nous touchons, que nous entendons, que nous voyons, etc., un objet, des particules d’esprit se coulent dans les petites cavités des nerfs qui vont en avertir l’âme. Si vous avez assez de ferveur pour rassembler, par la force de la méditation sur l’amour que vous devez à Dieu, toutes les particules d’esprit qui sont en vous en les appliquant toutes à cet objet, il est certain qu’il n’en restera aucune pour avertir l’âme des coups que votre chair recevra : vous ne les sentirez pas. Voyez ce chasseur : l’imagination remplie du plaisir de forcer le gibier qu’il poursuit, il ne sent ni les ronces, ni les épines dont il est déchiré en perçant les forêts. Plus faible que lui dans un objet mille fois plus intéressant, sentirez-vous de faibles coups de discipline si votre âme est fermement occupée du bonheur qui vous attend ? Telle est la pierre de touche qui nous conduit à faire des miracles, tel doit être l’état de perfection qui nous unit à Dieu.

Le père Dirrag annonce à Éradice qu’il la fera jouir d’un torrent de délice au moyen d’un morceau du cordon de saint François (dont il est porteur)

- Nous allons commencer, ma chère fille, poursuivit le père : remplissez bien vos devoirs, et soyez sûre qu’avec l’aide du cordon de saint François et votre méditation, ce pieux exercice finira par un torrent de délices inexprimables. Mettez-vous à genoux, mon enfant, et découvrez ces parties de la chair qui sont les motifs de colère de Dieu : la mortification qu’elles éprouveront unira intimement votre esprit à lui. Je vous le répète : oubliez-vous et laissez faire.

Éradice met ses fesses à découvert pour recevoir la discipline du père Dirrag

Mademoiselle Éradice obéit aussitôt sans répliquer. Elle se mit à genoux sur un prie-Dieu, un livre devant elle. Puis, levant ses jupes et sa chemise jusqu’à la ceinture, elle laissa voir deux fesses blanches comme la neige et d’un ovale parfait, soutenues de deux cuisses d’une proportion admirable.
- Levez plus haut votre chemise, lui dit le père, elle n’est pas bien… Là, c’est ainsi. Joignez présentement les mains et élevez votre âme à Dieu, remplissez votre esprit de l’idée du bonheur éternel qui vous est promis. Alors le père approcha un tabouret sur lequel il se mit à genoux derrière et un peu à côté d’elle. Sous sa robe, qu’il releva et qu’il passa dans sa ceinture, était une grosse et longue poignée de verges, qu’il présenta à baiser à sa pénitente.

Le père Dirrag la fouette en récitant quelques versets

Attentive à l’événement de cette scène, j’étais remplie d’une sainte horreur, je sentais une sorte de frémissement que je ne puis décrire. Éradice ne disait mot. Le père parcourait avec des yeux pleins de feu les fesses qui lui servaient de perspective, et, comme il avait ses regards fixés sur elles, j’entr’ouis qu’il disait à basse voix, d’un ton d’admiration :
- Ah ! la belle gorge ! quels tétons charmants ! Puis il se baissait, se relevait par intervalles en marmottant quelques versets. Rien n’échappait à sa lubricité. Après quelques minutes, il demanda à sa pénitente si son âme était entrée en contemplation.
- Oui, mon très révérend père, lui dit-elle : je sens que mon esprit se détache de la chair et je vous supplie de commencer le saint œuvre.
- Cela suffit, reprit le père, votre esprit va être content. Il récita encore quelques prières, et la cérémonie commença par trois coups de verges qu’il lui appliqua assez légèrement sur le derrière. Ces trois coups furent suivis d’un verset qu’il récita, et successivement de trois autres coups de verges un peu plus forts que les premiers.

Il sort le prétendu cordon de saint François

Après cinq à six versets récités et interrompus par cette sorte de diversion, quelle fut ma surprise lorsque je vis le père Dirrag, déboutonnant sa culotte, donner l’essor à un trait enflammé qui était semblable à ce serpent fatal qui m’avait attiré les reproches de mon ancien directeur ! Ce monstre avait acquis la longueur, la grosseur et la fermeté prédites par le capucin, il me faisait frissonner. Sa tête rubiconde paraissait menacer les fesses d’Éradice qui étaient devenues de plus bel incarnat. Le visage du père était tout en feu.
- Vous devez être présentement, dit-il, dans l’état le plus parfait de contemplation : votre âme doit être détachée des sens. Si ma fille ne trompe pas mes saintes espérances, elle ne voit plus, elle n’entend plus, ne sent plus.

Dans ce moment, ce bourreau fit tomber une grêle de coups sur toutes les parties du corps d’Éradice qui étaient à découvert. Cependant, elle ne disait mot, elle semblait être immobile, insensible à ces terribles coups, et je ne distinguais simplement en elle qu’un mouvement convulsif de ses deux fesses, qui se serraient et se desserraient à chaque instant.
- Je suis content de vous, lui dit le père après un quart d’heure de cette cruelle discipline, il est temps que vous commenciez à jouir du fruit de vos saints travaux. Ne m’écoutez pas, ma chère fille, mais laissez-vous conduire. Prosternez votre face contre terre ; je vais, avec le vénérable cordon de saint François, chasser tout ce qui reste d’impur au-dedans de vous.

Le bon père la plaça en effet dans une attitude, humiliante à la vérité, mais aussi la plus commode à ses desseins. Jamais on ne l’a présenté plus beau : ses fesses étaient entrouvertes et on découvrait en entier la double route des plaisirs.

Après un instant de contemplation de la part du cafard, il humecta de salive ce qu’il appelait le cordon et, en proférant quelques paroles d’un ton qui sentait l’exorcisme d’un prêtre qui travaille à chasser le diable du corps d’un démoniaque, Sa Révérence commença son intromission.

J’étais placée de manière à ne pas perdre la moindre circonstance de cette scène : les fenêtres de la chambre où elle se passait faisaient face à la porte du cabinet dans lequel j’étais enfermée. Éradice venait d’être placée à genoux sur le plancher, les bras croisés sur le marchepied de son prie-Dieu et la tête appuyée sur ses bras. Sa chemise, soigneusement relevée jusqu’à la ceinture, me laissait voir à demi profil des fesses et une chute de reins admirables.

Il est embarrassé sur le choix des deux embouchures qu’Éradice lui présente. La prudence le détermine et l’emporte sur le goût

Cette luxurieuse perspective fixait l’attention du très révérend père, qui s’était mis lui-même à genoux, les jambes de sa pénitente placées entre les siennes, ses culottes basses, son terrible cordon à la main, marmottant quelques mots mal articulés. Il resta pendant quelques instants dans cette édifiante attitude, parcourant l’autel avec des regards enflammés, et paraissant indécis sur la nature du sacrifice qu’il allait offrir. Deux embouchures se présentaient, il les dévorait des yeux, embarrassé sur le choix : l’une était un friand morceau pour un homme de sa robe, mais il avait promis du plaisir, de l’extase à sa pénitente. Comment faire ? Il osa diriger plusieurs fois la tête de son instrument sur la porte favorite, à laquelle il heurtait légèrement. Mais enfin la prudence l’emporta sur le goût.

Il l’enfile. Description exacte de ses mouvements, de ses attitudes, etc.

Je lui dois cette justice : je vis distinctement le rubicond priape de Sa Révérence enfiler la route canonique après en avoir entrouvert délicatement les lèvres vermeilles avec le pouce et l’index de chaque main. Ce travail fut d’abord entamé par trois vigoureuses secousses qui en firent entrer près de moitié. Alors, tout à coup, la tranquillité apparente du père se changea en une espèce de fureur. Quelle physionomie ! Ah, Dieu ! Figurez-vous un satyre, les lèvres chargées d’écume, la bouche béante, grinçant parfois des dents, soufflant comme un taureau qui mugit. Ses narines étaient enflées et agitées, il tenait ses mains élevées à quatre doigts de la croupe d’Éradice, sur laquelle on voyait qu’il n’osait les appliquer pour y prendre un point d’appui. Ses doigts écartés étaient en convulsion et se formaient en patte de chapon rôti. Sa tête était baissée et ses yeux étincelaient, fixés sur le travail de la cheville ouvrière, dont il compassait les allées et les venues de manière que, dans le mouvement de rétroaction, elle ne sortît pas de son fourreau et que, dans celui d’impulsion, son ventre n’appuyât pas aux fesses de la pénitente, laquelle, par réflexion, aurait pu deviner où tenait le prétendu cordon. Quelle présence d’esprit ! Je vis qu’environ la longueur d’un travers de pouce du saint instrument fut constamment réservée au-dehors et n’eut point de part à la fête. Je vis qu’à chaque mouvement que le croupion du père faisait en arrière, par lequel le cordon se retirait de son gîte jusqu’à la tête, les lèvres de la partie d’Éradice s’entrouvraient et paraissaient d’un incarnat si vif qu’elles charmaient la vue. Je vis que, lorsque le père, par un mouvement opposé, poussait en avant, ces mêmes lèvres, dont on ne voyait plus alors que le petit poil noir qui les couvrait, serraient si exactement la flèche, qui y semblait comme engloutie, qu’il eût été difficile de deviner auquel des deux acteurs appartenait cette cheville, par laquelle ils paraissaient l’un et l’autre également attachés.

Quelle mécanique ! Quel spectacle, mon cher comte, pour une fille de mon âge qui n’avait aucune connaissance de ce genre de mystères ! Que d’idées différentes me passèrent dans l’esprit, sans pouvoir me fixer à aucune ! Il me souvient seulement que vingt fois je fus sur le point de m’aller jeter aux genoux de ce célèbre directeur pour le conjurer de me traiter comme mon amie. Était-ce mouvement de dévotion ? Était-ce mouvement de concupiscence ? C’est ce qu’il m’est encore impossible de pouvoir bien démêler.

Éradice et le père Dirrag se pâment de plaisir. Cette fille croit jouir d’un bonheur purement céleste

Revenons à nos acolytes. Les mouvements du père s’accélérèrent, il avait peine à garder l’équilibre. Sa posture était telle qu’il formait à peu près, de la tête aux genoux, un S dont le ventre allait et venait horizontalement aux fesses d’Éradice. La partie de celle-ci, qui servait de canal à la cheville ouvrière, dirigeait tout le travail, et deux énormes verres, qui pendaient entre les cuisses de Sa Révérence, semblaient en être comme les témoins.
- Votre esprit est-il content, ma petite sainte ? dit-il en poussant une sorte de soupir. Pour moi, je vois les cieux ouverts, la grâce suffisante me transporte, je…
- Ah ! mon père ! s’écria Éradice, quel plaisir m’aiguillonne ! Oui, je jouis du bonheur céleste, je sens que mon esprit est complètement détaché de la matière. Chassez, mon père, chassez tout ce qui reste d’impur en moi. Je vois… les… an… ges. Poussez plus avant… poussez donc… Ah !… Ah !… bon…, saint François ! ne m’abandonnez pas ! Je sens le cor… le cor… le cordon… je n’en puis plus… je me meurs !

Le père, qui sentait également les approches du souverain plaisir, bégayait, poussait, soufflait, haletait. Enfin, les dernières paroles d’Éradice dirent le signal de sa retraite, et je vis le fier serpent, devenu humble, rampant, sortir couvert d’écume de son étui.

Tout fut promptement remis dans sa place et le père, en laissant tomber sa robe, gagna à pas chancelants le prie-Dieu qu’Éradice avait quitté. Là, feignant de se mettre en oraison, il ordonna à sa pénitente de se lever, de se couvrir, puis de venir se joindre à lui pour remercier le Seigneur des faveurs qu’elle venait d’en recevoir.

Que vous dirai-je enfin, mon cher comte ? Dirrag sortit, et Éradice, qui m’ouvrit la porte du cabinet, me sauta au cou en m’abordant :
- Ah ! ma chère Thérèse, me dit-elle, prends part à ma félicité : oui, j’ai vu le paradis ouvert, j’ai participé au bonheur des anges. Que de plaisirs, mon amie, pour un moment de peine ! Par la vertu du saint cordon, mon âme était presque détachée de la matière. Tu as pu voir par où notre bon directeur l’a introduit en moi. Eh bien ! je t’assure que je l’ai senti pénétrer jusqu’à mon cœur. Un degré de ferveur de plus, n’en doute point, je passais à jamais dans le séjour des bienheureux.

Éradice me tint mille autres discours avec un ton, avec une vivacité qui ne purent me laisser douter de la réalité du bonheur suprême dont elle avait joui. J’étais si émue qu’à peine lui répondis-je pour la féliciter. Mon cœur étant dans la plus vive agitation, je l’embrassai et je sortis.

Voir en ligne : La vierge et le satyre : les plaisirs libidineux (3)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean-Baptiste de Boyer Marquis d’Argens, Thérèse philosophe ou Mémoires pour servir à l’histoire du père Dirrag et de mademoiselle Éradice, publié à Londres en 1782-1783.



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