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La flagellation en Russie

Exposé général sur la flagellation en Russie

Curiosités et Anecdotes sur la flagellation (1900)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.


La flagellation en Russie
(SUITE).
EXPOSÉ GÉNÉRAL.

La Russie despotique et semi-barbare, est par excellence le pays de la flagellation, du fouet et de la verge, les Russes ont été de temps immémorial gouvernés par les coups. Le châtiment corporel, sous diverses formes, par la verge, le bâton ou le fouet est librement et sans distinction appliqué aux coupables de tous genres. Une verge est encore l’instrument principal aux mains des autorités municipales ou policières et les officiers eux-mêmes ne sont pas à l’abri de ses coups. Ni l’âge ni le sexe ne mettent à l’abri et n’empêchent d’être battu comme un chien et le pauvre paysan peut très bien être envoyé à la station de police voisine, que ce soit à vingt ou trente milles de là, porteur d’une note au commissaire d’avoir à donner au dit porteur un certain nombre de coups, à vue, et un billet de ce genre n’est jamais protesté, le nombre de coups qui y est porté, étant toujours payé, même quelquefois avec intérêt. La police ne se fait pas faute de tirer avantage de ce pouvoir arbitraire remis si complètement entre ses mains ; les officiers subordonnés subalternes qui n’ont pas l’autorité légale de battre, de vexer de toutes façons les classes pauvres ne se font pas faute de se livrer à mille exactions ; une rossée, qu’elle soit donnée administrativement ou non n’en est pas moins comme dit un proverbe russe, une rossée.

Les coups ne comptent donc pas pour beaucoup en Russie les personnages les plus élevés comme titres aussi bien que ceux appartenant à la classe inférieure de l’empire y sont exposés. Il n’est pas une dame, du moins une dame russe qui considère comme de sa dignité de souffleter sa domestique ; mais il arrive parfois, ainsi qu’en témoigne l’anecdote suivante, que la domestique n’est pas russe et qu’il y a quelque danger pour la maîtresse d’agir de cette façon : Une princesse en train de se faire coiffer par une femme de chambre française reçut une légère égratignure, elle se tourna aussitôt et donna un soufflet à la pauvre fille. La Française qui tenait à ce moment la chevelure de sa maîtresse ne la lâcha pas et indignée de l’insulte qui lui était faite, renversa d’une main la tête de la princesse lui flagellant de l’autre avec la chevelure pendante, les joues et les oreilles. Naturellement une dame d’un si noble sang ne pouvait avouer qu’elle avait été frappée par une servante, elle dut mettre par conséquent cet affront dans sa poche et même en devoir acheter le silence de celle qui l’avait si bien frappée.

En Russie, le bâton est l’ultima ratio employé envers les inférieurs. Tout noble ou officier a le droit de battre qui il lui plaît, homme ou femme, la faiblesse du sexe n’étant pas une défense contre cette peine. L’éducation des serfs et des soldats se fait avec le bâton. Un paysan n’a-t-il pas assez d’intelligence ou manque-t-il d’oreille pour apprendre la musique — du bâton ! Un soldat ne montre-t-il pas assez d’agilité, est-il un peu borné ou stupide ? — du bâton ! Pour la désobéissance d’un esclave, pour les mille et une petites fautes que les serviteurs commettent journellement, pour le marchand qui ne montre pas tout le respect dû à un noble acheteur, partout et toujours … du bâton ! Un tailleur de Bordeaux, ayant refusé du crédit à un noble qui lui devait une somme déjà fort respectable, le dit seigneur furieux du refus, frappa le plébéien qui avait l’audace de se refuser à être la dupe d’un homme tel que lui. Le tailleur riposta, et le noble alla le dénoncer comme ayant frappé un supérieur. L’infortuné Bontoux, c’était le nom du tailleur, fut arrêté, reçut la bastonnade et fut obligé de vendre son établissement et de quitter immédiatement le pays.

Le bâton est d’un tel usage aux mains des nobles Russes qu’ils ne peuvent imaginer d’autres moyens pour réprimer ou châtier les fautes dont on se rend coupable envers eux ou pour satisfaire leur vengeance. En voici une preuve, entre mille. Le comte Panin, un ancien ministre de Paul Ier, vivait dans sa résidence de campagne, en compagnie de son médecin, de son teneur de livres, et d’un Français qui dirigeait l’éducation de deux jeunes garçons. Les attentions de ce précepteur pour Madame Panin tout innocentes qu’elles fussent, déplurent au comte et lui donnèrent une telle jalousie qu’il résolut de renvoyer ce jeune homme, mais en lui donnant une marque de son mécontentement. Le comte fit donc un jour appeler son médecin dans son cabinet et lui dit : « Docteur, je désire vous consulter sur un point important. Je me flatte de cette pensée que vous serez d’accord avec moi. Dubois (le précepteur) est un coquin que je veux chasser, mais ce ne serait pas assez ; je veux le punir d’une façon sérieuse. Je vais donner des ordres pour que mes domestiques l’attendent dans la rue et le rossent d’importance. Le mérite-t-il ou non ? Qu’en pensez-vous ? » Stupéfait et indigné, le docteur répondit qu’en France une telle action serait tenue pour criminelle et lâche. Il quitta sur ces mots le comte, courut auprès de Dubois et lui révéla le projet de son noble seigneur. Le jeune homme crut bon de partir sur le champ, avec mille remerciements à l’adresse de cet excellent homme qui le gratifia en outre de quelques pistoles et put quitter le territoire de M. de Panin sans difficulté. Depuis, le docteur s’aperçut que le comte le traitait avec une froideur marquée et il ne fut pas long à abandonner son poste devenu si désagréable. Le comte Panin était cependant un homme éclairé, spirituel, philosophe et d’esprit libéral, mais il était russe et dans l’opinion d’un noble russe le bâton est l’argument le plus naturel que l’on puisse employer pour un inférieur.

La police est un fervent adepte de cette opinion. Le célèbre poète russe Pouchkine, peu de jours avant d’être tué en duel, fut fouetté chez le préfet de police, par ordre du tzar, dans le but, lui dit-on, de réprimer son humeur caustique. Il ne se passe pas une semaine, pas un jour (dit un écrivain de nos jours) sans que des officiers, des étudiants ou des fonctionnaires aient à subir ce genre de peine ; leurs pantalons déboutonnés ou leurs épaules nues, ils sont fouettés pour la moindre intempérance de langage. Un pauvre paysan, employé chez un coiffeur de Saint-Pétersbourg, se sentant incapable de supporter plus longtemps les mauvais traitements que lui faisait subir son maître, se résolut à y mettre fin par le suicide, mais il ne réussit qu’à se blesser et un court séjour à l’hôpital suffit à sa guérison. Dès qu’il fut capable de subir une peine, on le condamna à être fouetté, pour lui apprendre à vivre et les coups de fouet qu’il reçut furent presque aussi difficiles à guérir que la blessure qu’il s’était faite à la gorge.

Il y a quelque satisfaction à savoir qu’en fait de flagellation, l’inventeur d’un nouvel engin peut en devenir la victime. Un certain seigneur, très riche en serfs et mines, employa ses talents à une invention que l’on pourrait qualifier d’infernale pour le châtiment de ses esclaves. La machine en question était construite de telle sorte que quand un malheureux délinquant y était placé, tout mouvement lui était interdit et que par un ingénieux mécanisme, il recevait de terribles coups sur le dos. Les esclaves, conduits au désespoir de servir de victimes pour le seul amusement de leur maître le saisirent un jour et le placèrent dans sa machine afin qu’il sente lui-même le mal que sa cruauté leur avait si souvent fait souffrir.

Un curieux exemple du penchant pour la verge se montre dans la vie sociale des Russes. Les femmes mariées, rapportent divers écrivains, tiennent pour un témoignage d’amour d’être bien battues par leur époux. Elles considèrent comme une preuve de réel mépris de n’être pas châtiées de temps en temps ; et une telle coutume n’est pas particulière aux basses classes, mais aussi à celles les plus élevées de la société. Plus d’un voyageur en fait mention. Barclay dit que les femmes russes estiment l’amabilité de leurs maris au nombre de coups qu’ils leur donnent et ne sont jamais plus heureuses que lorsqu’elles sont unies à un homme d’un caractère sauvage. Une histoire bien à propos est celle où l’on raconte ce fait authentique d’un Français marié à une jolie femme russe qui, après quatorze jours de joie suprême, devint triste et mélancolique, donnant les signes du plus profond chagrin. Son mari très anxieux de connaître les causes de cette tristesse, finit par obtenir cette réponse : « Comment pourrais-je croire que vous m’aimez ? Nous sommes déjà mariées depuis quatre semaines et vous ne m’avez pas encore battue une seule fois ! » Le mari fut tout heureux d’apprendre que son chagrin était aussi facile à guérir et sans perdre de temps se procura une flexible et élégante verge avec laquelle, quand l’occasion fut propice, il lui donna de temps en temps les preuves nécessaires de son amour. D’autres voyageurs rapportent qu’un fouet est considéré comme faisant obligatoirement partie du trousseau d’une femme au même titre qu’un objet d’usage familier.

Il est difficile de déterminer si l’usage de la verge dans les bains russes est dû à la même idée, mais ce qui cet indubitable c’est qu’on l’y emploie couramment. Le bain russe est une chose tout à fait particulière. Il consiste en une pièce au plafond bas, contenant un grand poêle, plusieurs rangées de bancs de diverses hauteurs et un grand bassin d’eau. Quand le poêle est rouge, on y jette de temps en temps de l’eau ce qui produit une vapeur remplissant la pièce. Mais parmi les nécessaires essentiels, se trouvent des paquets de brindilles de bouleau munies de leurs feuilles. Au printemps, on en fait une grande récolte pour les maisons de bains. Avant de les employer, on les baigne dans l’eau afin de la rendre flexibles et douces. C’est avec de tels bouquets que le baigneur est flagellé soigneusement sur toutes les parties du corps. Un bain Russe offre le spectacle d’une scène indescriptible. Des personnes des deux sexes, des vieux et des jeunes sont là complètement nues, jouissant de la liberté du bain en même temps et tout ce monde rit, cause, se bouscule, se jette de l’eau chaude sur le corps et se flagelle mutuellement. Puis tous vont dans le même costume se rouler dans la neige ou se plonger dans l’eau froide.

M. Stephens, dans ses Incidents de voyage en Grèce, en Russie, en Turquie et en Pologne raconte ainsi ses impressions personnelles à ce sujet : « Le cocher me conduisit dans un des faubourgs de Moscou et s’arrêta devant une grande construction en bois d’où s’échappaient, par toutes les ouvertures des filets de vapeur. À l’entrée se tenaient plusieurs hommes demi-nus dont l’un me conduisit dans une chambre particulière pour m’y déshabiller puis m’emmena dans une autre pièce à l’extrémité de laquelle se trouvait un poêle allumé et un appareil spécial pour la vapeur. Je connaissais parfaitement les bains turcs mais la pire température que j’y ai subie me parut alors ressembler à la douce brise d’un vent du sud en comparaison avec la chaleur qui régnait dans cette pièce. L’homme me fit placer au milieu, ouvrit la porte de l’étuve et y jeta un plein sceau d’eau, une vapeur épaisse sortit aussitôt comme un gros nuage et remplit toute la chambre. Je dus monter alors sur une plate-forme haute d’environ trois pieds et j’eus le corps frotté avec une brosse trempée dans le savon et l’eau chaude et cela avec une telle énergie qu’un nègre en serait devenu blanc, puis je reçus plusieurs douches d’eau chaude. L’homme alors me fit monter sur une haute plate-forme, me fit coucher sur un banc à peu de distance du plafond et commença à me fouetter de branches feuillues de bouleau trempées dans l’eau chaude. Il faisait aussi chaud que dans un four ; la vapeur qui m’avait presque suffoqué en bas, montait au plafond et ne trouvant pas d’issue m’enveloppait tout entier, me brûlant le corps. Quand j’enlevai mes mains que j’avais tenues jusque là sur mon visage, il me sembla que la peau se détachait. Presque agonisant, je criai à mon bourreau de me lâcher, mais il ne comprit pas, on ne voulut rien entendre et il continua à me flageller à un tel point que, presque enragé, je me levai et l’envoyai promener d’un coup de poing. Je descendis alors de l’estrade, mais je n’étais pas encore au bout et comme je courais affolé vers la porte, je reçus tout un bassin d’eau froide sur le corps. J’avais la peau si brûlante que l’eau siffla en me touchant ; alors l’homme s’approcha avec un autre bassin d’eau et je puis comprendre — ce qui m’avait toujours paru un conte — la satisfaction inouïe et le parfait bien-être qu’une Russe trouve, même en plein hiver, à sortir de son bain brûlant pour aller se rouler dans la neige. Les traits renfrognés de mon baigneur se détendirent quand il vit le changement qui se faisait en moi. Je regagnai alors mon cabinet, où je me reposais sur un divan pendant une heure et je sortis enfin rajeuni, plein de vie, complètement métamorphosé. »

Bien des monarques russes furent de fervents adeptes de la verge, et se montrèrent particulièrement ingénieux dans les tourments qu’ils infligèrent à ceux qui les entouraient. On sait que sous le règne de Pierre 1er, ce monarque avait coutume de punir les nobles dont il avait à se plaindre en donnant un ordre par lequel il était intimé à tout le monde de les considérer comme fous. Dès ce moment l’infortunée victime, bien que jouissant de ses facultés intellectuelles, devenait aussitôt la risée de toute la cour ; le noble ainsi puni jouissait du privilège de pouvoir dire tout ce qui lui plaisait, mais ce privilège n’était pas sans offrir un certain péril car le pseudo-fou n’en risquait pas moins la bastonnade ou la flagellation. Tout ce qu’il faisait était tourné en ridicule ; ses plaintes considérées comme des plaisanteries ; on riait de ses sarcasmes et on les donnait comme des preuves indubitables de sa folie. L’Impératrice excellait à ce jeu cruel et y mettait parfois tant d’originalité que l’on ne pouvait s’empêcher d’en rire. Une de ses inventions les plus bizarres en ce genre fut l’ordre donné à un prince qui s’était rendu coupable d’un assez mince délit de se transformer en poule. Dans ce but, l’Impératrice fit remplir de paille une grande corbeille qu’elle ordonna d’arranger comme un nid en y plaçant des œufs ; cette corbeille fut mise bien en vue dans une des salles les plus fréquentées du palais. Le prince reçut l’ordre de s’y placer sous peine de mort en cas de refus, et de se couvrir de ridicule en imitant le caquetage de la poule.

Catherine fut aussi une fervente de la verge et fit un jour fouetter une de ses dames d’honneur coupable d’indiscrétion ; cette dame d’honneur avait été la confidence de son impériale maîtresse dans l’une de ses nombreuses intrigues d’amour. Elle était sur le point de se marier et ne sut pas garder son secret auprès de son fiancé. Elle lui avait donc narré par le menu l’affaire de cœur de l’impératrice mais elle avait omis pour son malheur de lui recommander en même temps le secret ; le dit secret n’avait donc pas tardé à être divulgué et le bruit des conversations sur ce propos ne tarda pas à parvenir jusqu’aux oreilles de Catherine. Celle-ci ne chercha pas d’où pouvait venir l’indiscrétion, elle savait quelle en était la source et feignant de ne rien savoir elle mit au contraire tout en œuvre pour hâter le mariage de la dame. Quand le mariage eut été célébré, et que le couple, la cérémonie terminée, se fut retiré dans la chambre nuptiale, l’Impératrice envoya six femmes (ou, ce qui est plus vraisemblable, six hommes habillés en femmes) qui demandèrent à entrer dans la chambre au nom de la reine et se saisissant de la jeune mariée, lui infligèrent une très sévère flagellation, et cela devant le mari qui dut assister en simple spectateur à ce châtiment, donné à sa femme, par un raffinement de cruauté, sur ses propres genoux. Quand les bourreaux eurent fini, ils dirent à leur victime de la part de la reine qu’en cas de récidive, elle serait envoyée en Sibérie.

La dite impératrice ne dédaignait pas de manier elle-même la verge ; c’était pour elle un passe-temps ou mieux une passion. Elle fouettait ses femmes de chambres, ses coiffeurs, ses valets de pied quand elle s’ennuyait et cela avec le plus d’ardeur possible. Par manière de passe-temps elle donnait même le fouet à ses dames d’honneur. Elle les forçait, dit-on, à s’habiller comme des enfants et à agir comme telles ; elle se disait alors leur maman et se mettait à les fouetter. D’autres fois elle s’improvisait gouvernante, forçait ses femmes à apprendre des leçons impossibles à retenir et les fouettait pour leur soi-disant négligence. On rapporte qu’elle poussait cette folie si loin que ses dames avaient coutume quand elles devaient se rendre à cette école de fantaisie au Palais d’hiver, de se préparer d’avance et de ne se présenter à leur Impératrice qu’en un costume ad hoc et tout prêt pour une flagellation commode. Parfois elle prétendait être une dame romaine entourée de ses esclaves qu’elle fouettait elle-même ou faisait se fouetter mutuellement, se livrant en même temps à mille autres excentricités. Quelque fois elle visitait incognito de nobles familles et insistait pour que les toutes jeunes filles qui pouvaient s’y trouver fussent fouettées devant elle sous le prétexte le plus futile et souvent se livrait de ses propres mains à ce sport particulier. Elle avait d’ailleurs d’autres amusements d’un genre également bien spécial. À Oranienbaum elle allait chasser, habillée en homme, préférant monter à cheval en cavalier toutes les fois qu’elle pouvait le faire. La selle de ses chevaux était arrangée dans ce but.

Le grand duc au même temps s’amusait également de la même façon. Il s’exerçait souvent à fouetter toutes les personnes qui se trouvaient dans la chambre, il faisait courir les valets d’un coin de la pièce à l’autre tandis qu’il maniait un immense fouet de cocher. Il faisait des orgies nocturnes avec ses domestiques. Tout le monde buvait jusqu’à ivresse complète et bientôt les domestiques oubliaient qu’ils se trouvaient avec leur maître et que ce maître était le grand duc, si bien que son Altesse devait avoir recours au fouet ou au bâton pour les ramener au sens des convenances.

Golovin rapporte plusieurs histoires au sujet de la férocité du tzar Nicolas 1er. En voici une qui donnera le ton des autres : À l’école préparatoire des gouvernantes pour l’Institution des Orphelines de Saint-Pétersbourg, une jeune dame se trouva un jour dans une position intéressante. Le directeur cependant très curieux, bien qu’ayant eu vent de l’aventure, ne pouvait désigner la coupable. L’Empereur vint donc en personne faire une enquête et ayant rassemblé toutes les élèves leur déclara que si la coupable ne se déclarait pas elle-même il les ferait toutes visiter par le médecin et flageller ensuite. Si la coupable avoue, ajouta-t-il, elle recevra son pardon. Personne ne se présenta ; le tzar entra alors dans une violente colère. Comme il passait ensuite dans un corridor, une des élèves vint se jeter à ses pieds et lui déclara que pour sauver ses compagnes de l’affront dont elles étaient menacées, elle venait se déclarer coupable mais Nicolas la repoussa du pied en lui criant : « Il est trop tard ! »

Le peuple gémissait alors tout entier sous la verge impériale. L’Empereur commettait mille abus contre ses courtisans qui se vengeaient à leur tour sur leurs subordonnés et cela se continuait jusqu’en bas de l’échelle sociale…

« Le paysan russe est battu par tout le monde ; par son maître quand celui-ci veut bien s’abaisser jusqu’à lui ; par le régisseur ou par le staroste, par les autorités publiques, par le premier passant venu si celui-ci n’est pas un paysan. Le pauvre homme n’a pas la ressource comme les autres de se retourner sur une victime à moins que ce ne soit sur sa femme ou sur son cheval, et ceux-là il les étrille d’importance » : Telle est la peinture que fait Golovin des mœurs du temps où il vivait et il devait les bien connaitre puisqu’il était lui-même un sujet russe. « Quel heureux sort, s’écrie-t-il, est celui des nobles russes ! Ils vivent comme des rois ou comme des demi-dieux ! Un noble retiré dans ses états avec une belle femme, à la tête de plusieurs milliers de paysans, ayant de grands revenus, passe des jours de joie et mène une existence qui n’a pas sa pareille au monde. Vous êtes souverain absolu sur vos états ; tout s’incline et tremble au son de votre voix. Si vous ordonnez que Pierre ou Jean reçoive cent ou deux cents coups de bâton, votre ordre sera exécuté et son dos deviendra aussi noir que du charbon. Vous n’aurez qu’à jeter votre mouchoir à la femme qui vous plaira : vous n’êtes pas un sultan pour rien. »

Dans les prisons d’état, les cas de flagellations sont fréquents et le public en ignore le plus grand nombre. Ce fait nous est révélé en partie par M. Pernet, un Français résidant en Russie qui ayant eu le malheur d’éveiller les soupçons de la police locale par certaines paroles imprudentes, fut jeté en prison. Il fut relâché grâce à l’intervention de son ambassadeur, sans un seul mot d’explication et avec l’ordre de quitter sur le champ le territoire russe. Pendant son séjour en prison, ainsi qu’il le raconte, il n’était séparé que par une mince cloison de la pièce où de malheureux serfs étaient torturés à la requête de leurs maîtres, et eut ainsi l’occasion d’apprendre les secrets de la prison et de pouvoir témoigner de l’usage excessif que l’on y fait de la verge. Parmi les malheureuses victimes qu’il vit fouetter, furent deux pauvres jeunes filles qui travaillaient sous les ordres d’une fashionable modiste de Moscou et qui furent fouettées devant leur maîtresse pour avoir transgressé la règle de sa maison : « pas d’amoureux ! » et avoir eu l’audace d’y introduire leurs amants. La maîtresse se tenait auprès d’elles, excitant le bourreau à frapper plus fort et les pauvres filles ne reçurent pas moins de cent quatre-vingts-coups.

On le voit, la flagellation dans l’empire russe n’est pas une plaisanterie.

Voir en ligne : Aventure d’une dame après un bal à Saint-Pétersbourg

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.



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