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Les Femmes aiment-elles être battues ?

Faut-il battre les Femmes ?

Avant-propos à Clic ! Clac ! (Éd. Ch. Carrington, Paris, 1907)



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Jean de Villiot, « Faut-il battre les Femmes ? », Avant-propos à Clic ! Clac ! (précédé d’un conte « Home-Discipline » par Lord Dryalis), Éd. Librairie des Bibliophiles Parisiens, Paris, 1907.


Faut-il battre les Femmes ?

« Women grown bad are worse than men,
because the corruption of the best turns to the worst. »
Old Proverb.

Cette question pourrait être changée en « Les Femmes aiment-elles être battues ? » Le thème est difficile à résoudre car la réponse dépend surtout du caractère et du tempérament de la femme qu’on vise et surtout de la façon dont la correction est appliquée et par qui.

D’après un journal parisien bien connu dont nous extrayons les quelques lignes qui vont suivre, il existait certainement au moins une jeune fille de famille aristocratique qui aimait recevoir le châtiment du fouet.

Ceci, dit le journal, n’est point un acrite ; on en parlait très véridiquement au dernier five o’clock de la Surintendante et pour en connaître les acteurs, il vous suffit de vous remémorer le départ subit et récent d’une famille espagnole qui logeait près du quartier Marbeuf. Si j’ai bonne mémoire, le père portait le titre de duc et les deux fils étaient marquis.

Or, il y avait dans l’hôtel un vieux cocher, ancien piqueur des Sabran qui donnait des leçons d’équitation à la plus jeune des filles, une « hidalgote » de fière allure, assez bonne pour ne point démentir le sang paternel, mais avec un teint de keepsake qui rappelait l’origine de sa mère, une compatriote du roi Edouard ; ajoutons qu’elle aura dix-huit ans aux prochains… marrons.

L’élève était indocile et donnait du fil à retordre à son vieux professeur, si bien qu’un jour cette pensée lui échappa : « Si mademoiselle était ma fille, je lui donnerais de temps en temps de la chambrière ! »

Quelle étrange fantaisie cette remarque éveilla-t-elle dans le cerveau de la jeune fille ? Toujours est-il qu’à quelques jours de là, la femme de chambre entendit, comme elle passait par hasard devant la chambre du piqueur, qu’on y faisait un potin du diable.

Elle eut la curiosité de mettre son œil au trou de la serrure, et que vit-elle ? Mademoiselle à genoux devant le vieux cocher, son pantalon arraché, ses jupes en pagaie et le postérieur s’offrant complaisamment à une fessée terrible que son professeur d’équitation lui octroyait à l’aide d’une poignée de verges.

La soubrette alla prévenir le père de la jeune fille. Celui-ci, pour éviter le scandale, acquit le silence de la camériste, en lui achetant un fonds d’épicerie, et se débarrassa du piqueur… fouettard. Ce dernier est actuellement en service chez sir William C…, à Londres, mais, avant de quitter la maison du duc X…, il a répété a qui voulait l’entendre, que « s’il fouettait ainsi Mademoiselle, c’est parce qu’elle-même lui en donnait l’ordre expresse ??? »

*
* *

Dans le Fin de Siècle de jeudi, le 1er décembre 1904, un écrivain spirituel, M. Bougenais, traitant de l’esclavage de la femme, demande :

« La femme veut-elle un maître ?

Préfère-t-elle un esclave ?

Grave problème d’amour… Où est la vérité ?

Quelle voie devons-nous suivre, pour atteindre, plus sûrement, le cœur de celle que nous chérissons et, avec son cœur, la douce moisson de fleurs épanouies sur son corps ? »

Car l’unique but est là : posséder l’adorée, l’étreindre sous nos lèvres, l’emporter dans l’extase.

L’amant qui se contente des joies sentimentales, des communions de cœur, n’est qu’un pauvre jocrisse : aucune femme n’apprécie ses jeux puérils, ses frôlements d’âmes.

Toutes celles qui acceptent les hommages galants d’un flirt et se plaisent à écouter les propos câlineurs, croyez-moi, sont déjà résolues à faire l’abandon proche de leur pudeur et mûres pour toutes les expériences de volupté.

Mais nous hésitons, nous perdons du temps, et dix-neuf fois sur vingt, notre manque d’audace est cause que nous perdons de douces occasions.

Oui, c’est l’audace qui nous fait défaut… Nous n’osons pas.

Et nous croyons, bêtement, être de malins psychologues, lorsque nous nous attardons à réfléchir, à raisonner :

« Cette très belle, que je désire, oui, je la posséderai ! Je goûterai la saveur de sa chair embaumée, je boirai la rosée divine de sa joie… mais l’heure n’est pas venue… Lentement, doucement, il faut que je l’attire et la fasse tomber en mes bras… si je me précipitais comme un fou, vers sa conquête, elle serait alarmée par ma brusque attaque, se défendrait, me repousserait… et tout serait perdu… »

Il y a, sans doute, un peu de vrai, dans ce raisonnement. Il faut savoir attendre, choisir l’heure, le moment… Mais cette heure, en général, sonne plus vite que nous l’espérons… nous la laissons passer, sans nous décider à tenter l’assaut…

Trop de hâte vaut mieux que trop de prudence.

La femme aime le courage. Une belle et vive attaque l’intéresse. Et beaucoup, qui ne céderaient jamais à la science d’un long siège, se laissent prendre, en une heure cédant à la jolie furie d’amour qu’elles aiment par-dessus tout.

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Il faut donc prendre la femme, sans attendre qu’elle s’accorde.

Il faut être le vainqueur, le fort, le puissant, le maître.
- Je vous veux madame ! Votre parfum me grise, votre charme m’affole, votre splendeur glorieuse est nécessaire à mon plaisir, à mon bonheur !…

L’on joint le geste à la parole. On refuse d’entendre les protestations sincères ou feintes ; on moissonne les fleurs… on allume dans la chair qui se débat et se refuse, une flambée voluptueuse… Sitôt qu’elle jaillit la grande flamme sacrée, toute rancœur s’abolit. On nous aime, on nous bénit. Si même la résistance était sincère, exaspérée ; si notre violence indignait l’adorée, une fois que sa chair a été incendiée, toute révolte, toute rage s’apaise et se transmue en doux consentement, en chère reconnaissance.

Mais retenez bien ceci, il ne fait pas bon de maltraiter la femme et surtout les femmes en bloc, sans avoir d’abord son consentement. Quelquefois elle se retourne contre son tourmenteur et puis alors, il faut voir ?

Selon Le Matin (11 septembre 1906), les pauvres encloîtrées de Nancy ne trouvaient point à leur goût que d’être menées à coups de baguette.

Voici la dépêche spéciale envoyée au grand journal quotidien :

« Irritées par un dur régime, les femmes sans vertu qu’on cloître et traite à la maison de secours de Nancy l’ont saccagée. »

Sous couverture de la religion, il paraîtrait aussi facile de flageller les femmes, aujourd’hui comme dans le bon vieux temps de nos pères. Voyez plutôt La Tribune de Genève (22 septembre 1906) :

« On télégraphie de Churwalden au Bund : On ne parle ici que d’événements scandaleux qui se sont produits à Obervaz. Depuis quelque temps, des jeunes filles, ou jeunes femmes d’Obervaz, âgées de 18 à 20 ans, recevaient des lettres mystérieuses, paraissant émaner de l’autorité ecclésiastique et portant la fausse signature d’un prêtre vénéré. Dans ces lettres on donnait l’ordre aux jeunes femmes de se rendre auprès du sacristain, un homme âgé, pour s’y faire fouetter jusqu’au sang, pour le plus grand bien de leur âme. Une douzaine de filles ou de femmes se sont présentées chez le sacristain pour se soumettre à cette flagellation. Ces faits ayant été portés à la connaissance de l’autorité, le sacristain a été arrêté.

On assure que le vieux sacristain serait allé plus loin encore. Le curé de la commune, qui n’est absolument pour rien dans ces scandales, est désolé ; on dit qu’il a démissionné ».

L’histoire n’est-elle pas jolie, messeigneurs ? Combien de parmi vous auraient joyeusement troqué de beaux écus pour occuper la place, ne fût-ce que pour une demi-heure, de l’ingénieux mais très perverti sacristain aux idées rabelaisiennes 
La femme, continue l’écrivain philosophe qu’est Bougennais, aime son maître, elle apprécie sa force, s’enchante de ses audaces…

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Certes, je le sais bien, pour un cœur délicat, la conquête lente et patiente a des bonheurs exquis, des frissons délicieux…

On savoure lentement la moindre palpitation ; on déguste l’émoi d’un espoir, la tristesse d’une désespérance ; on aime les menus et pourtant très aigres délices qui précèdent la joie suprême…

Mais, on devient alors l’esclave de la femme… Elle comprend qu’un cœur faible est dans ses petites mains, un pauvre cœur aimant, qui tressaille, vit dans l’émotionnement continuel. Elle s’amuse à ce jeu ; il lui plaît de sentir qu’elle est vraiment la plus forte… Elle sait qu’elle est aimée. Et cette certitude, au lieu de la toucher, de l’attendrir, la rend au contraire cruelle…

Elle juge que l’amant est trop faible, pour oser la conquérir en maître. Il sera donc l’esclave : fort bien, il souffrira, il subira les jougs tyranniques, féroces… Puisque son amour n’a pas les resplendissements de la puissance, il connaîtra les calvaires et les supplices de l’esclavage…

La femme adore les spectacles de souffrance et de douleur humaine : elle déchirera l’esclave, lui plantera des épingles d’or, dans le cerveau, dans les yeux.

Ah ! tu m’aimes, pauvre esclave ? Eh bien tu me paieras, au prix des pires tortures, des blessures atroces. Tu m’aimes et me veux ? A genoux, rampe et crie ; c’est très délicieux de te fouler aux pieds, de te faire hurler sous le fouet… souffre, souffre… Conquiers-moi par la douleur, toi qui ne sus m’obtenir par la force. Va, mon petit esclave, encore un coup de griffe : je t’aime pantelant, suppliant, agonisant !…

Et la femme a raison.

L’amour est une lutte… Il faut s’entremordre, se déchirer, se torturer, pour bien connaître l’exaltation voluptueuse.

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Suivant les circonstances, suivant les femmes que nous aimons, nous sommes tour à tour ou le maître, ou l’esclave…

Pourquoi n’adoptons-nous pas toujours la même attitude ? Après un certain nombre d’expériences nous devrions connaître la manière d’obtenir la plus grande somme de joie en étant le tyran, qui commande et domine, ou le serf qui s’incline et obéit…

Mais nous suivons, en aveugles, en êtres incertains et sans vouloir puissant, les destinées obscures qui nous dirigent : et voilà pourquoi tant de femmes nous échappent, qui nous auraient aimé, tant d’amantes chéries s’affranchissent de notre amour et nous laissent meurtris, broyés, anéantis…

Il faut être le maître, le mâle rempli d’audace qui ne demande pas la joie, mais la prend ; n’implore pas un baiser ainsi qu’un mendiant, mais le pille sur la bouche qui se referme en vain ; n’attend pas que sonne l’heure du berger, au cœur de l’amante, mais la fait éclater en rugissements féroces…

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En vous montrant le maître, vous affranchissez la femme de tout remords, vous lui donnez cette paix de la conscience que son âme aime par-dessus tout… Lorsqu’elle évoquera aux heures de solitude, toutes les palpitations, toutes les secousses de la volupté, elle ne sera pas hantée par la tristesse d’avoir péché, la honte d’avoir consenti aux faiblesses de la chair… Elle se dira, joyeuse et l’esprit allégé : « — Je n’ai cédé qu’à la violence… je me suis refusée… j’ai lutté jusqu’au bout !… J’ai subi les caresses, sans que ma volonté fût complice, ainsi que l’on subit un outrage… une blessure !… Ah ! le cruel amant, le féroce ennemi, comme il m’a maltraitée, mais, Dieu ! que c’était bon !… »

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS.COM d’après l’Avant-propos de Jean de Villiot : « Faut-il battre les Femmes ? », in Clic ! Clac ! (précédé d’un conte « Home-Discipline » par Lord Dryalis), Éd. Librairie des Bibliophiles Parisiens, Paris, 1907.



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