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Confession priapale

Fesses rebondies et poils polissons

Roman érotique (Chapitre VIII)



Auteur :

Le Nismois (Alphonse Momas), Confession priapale, G. Lebaucher, Libraire-éditeur, Montréal, 1899.


CHAPITRE VIII

Le visiteur de mon maître fut si enchanté de son aventure, qu’il en causa à quelques autres détenus, et on commença à le courtiser comme on courtise une putain.

Le malheureux ne s’en fâcha pas.

Bien au contraire, il s’amusa du l’affaire, accepta d’autres jouissances, et obtint bientôt le surnom de La Fille.

Il ne m’appartient pas de donner un aperçu de la vie dans les prisons ; c’est au dessus de mes faibles moyens. Je ne dois raconter que ce qui m’intéresse directement.

Le bruit des complaisances de Julien parvint, je ne sais comment, en haut lieu, jusqu’au directeur, et ce brave homme en fut émoustillé.

Quand on n’a pas été cruel vis à vis d’un condamné de droit commun, on n’a pas à l’être vis à vis d’un potentat, dont on dépend de façon absolue.

Mon maître ne se le montra pas, et de ce jour, sa vie fut exempte de bien des tracas.

On n’attend pas de mon abnégation que je m’étende sur cette triste période. Nous avions attaqué, ou du moins j’avais attaqué la série noire, ces séries pèsent longtemps sur l’existence.

Dans ce temps de prison, j’eus du moins une consolation qui me fit verser de bonnes et douces larmes de plaisir dans la culotte de mon maître.

C’était à qui tournerait le dos à Julien un ami et une amie ne nous oublièrent pas et mirent tout en œuvre pour obtenir l’autorisation de nous voir.

Un jour on appela mon maître au parloir. Clotilde et son mari, Chrétien Swenderberg le demandaient.

L’entrevue fut touchante.
- Mon pauvre ami dit le banquier, je vous plains de tout mon cœur, et je ne puis oublier que je vous dois le bonheur de ma vie. Clotilde vous conserve la même sincère affection que je vous ai vouée, et lorsque nous connûmes votre malheur, nous employâmes toutes nos influences pour en conjurer les conséquences. Nous nous heurtâmes à la volonté de vos parents qui exigeaient qu’on fût inflexible. Il ne nous convient pas de les juger. Battus d’un côté, nous nous sommes tournés sur un autre, et avons essayé d’arriver jusqu’à vous. Nous voici. Prenez-courage. Votre faute n’est pas de celles qui tuent un homme. À votre sortie, venez nous trouver, et notre sympathie vous aidera à surmonter cette terrible épreuve.

Mon maître et Clotilde pleuraient comme des enfants.

Ah, qu’elle était séduisante, mon ancienne amie, sous la toilette sévère qu’elle portait.
- Julien, dit-elle à son tour, ne te désoles pas : il ne veut pas que je cesse de te tutoyer. Chrétien est le plus noble des hommes. Tu l’apprécieras comme il le mérite, et nous te consolerons de tous tes chagrins.
- Mes amis, mes bons, amis, répliqua mon maître, jamais je n’oublierai la joie que vous me procurez aujourd’hui ! Vous jetez, dans mon existence brisée, un rayon de soleil qui la réchauffera, et me permettra de retrouver des forces pour reconquérir l’estime du monde. De ce jour, ma pensée ne vous quittera plus et formera les vœux les plus sincères pour votre bonheur.

On parla encore de bien des choses, puis on se sépara, en convenant de se réunir dès que Julien serait libre.

Nous ne tînmes pas cette promesse, aussi vite qu’on en était d’accord.

À l’expiration de sa peine, un grand chagrin attendait mon maître.

Toujours la série noire !

Il reçut dès son retour à la vie sociale, un mot de Myrtille le priant de ne pas manquer d’aller la voir, avant tout autre personne.

Il s’empressa de s’y rendre.

J’avoue que j’appréhendais fortement le premier moment de la rencontre. Je pensais bien que pour nous rappeler ainsi, la charmante fille n’avait pas oublié les rudes démonstrations de tendresse dont je comblais son conin, et j’éprouvais une fausse honte à l’idée que lorsqu’elle chercherait à me revoir, elle s’apercevrait des fautes commises par mon maître.

Hélas, Myrtille n’était plus Myrtille. La chère enfant témoigna une telle douleur à la condamnation de mon maître, que Paul Bonis, rentré à Paris depuis peu, devina tout.
- Il eut un accès de fureur épouvantable, la battit, la traita de salope, de putain, de complice d’un galérien, rompit avec elle, et la laissa sans ressources.

Contre mauvaise fortune elle fit bon cœur, essaya de lutter, travailla, ne réussit pas, marcha de déboires en déboires, tomba malade, fut mal soignée, et elle agonisait quand nous nous trouvâmes en sa présence.

Le désespoir de mon maître n’eut d’égal que ma tristesse.

Quoi, cette belle gorge dans laquelle j’avais patouillé, ces fesses rebondies où j’aimais à sautiller, ces poils polissons qui chatouillaient mon gland, ce conin qui souriait si gentiment dès que je l’approchais, ces cuisses rondelettes qui se plaisaient à me serrer entr’elles, cette chair blanche, satinée, exquise, parfumée, tout cela se mourait, s’effondrait.

La douce adorée, hâve, déchargée, comprit la douleur de mon maître et lui dit :
- N’est-ce pas que je suis bien changée ! Tu me trouves bien laide ! Oh, j’aurais tant voulu rester belle et jolie pour t’offrir le bonheur et la joie après ton dur chagrin. Dieu ne l’a pas permis. Plains-moi, Julien, car je t’ai bien aimé, va, et je t’aime bien, toujours.

Les yeux conservent parfois toute la beauté d’une femme.

Ceux de Myrtille eurent une telle expression que Julien prit sa main, la baisa et répondit :
- Myrtille, tu es jeune, ton mal n’est pas mortel, j’ai de l’argent, je te sauverai, et tu seras encore belle.

Elle sourit avec des larmes plein les yeux et dit :
- Trop tard, mon amour ! Si j’avais pu te voir plus tôt, oui : J’aurais encore pu te donner de la volupté, et j’eusse été si heureuse de m’offrir à tes plaisirs, que je me serais rétablie. Il ne subsiste plus que le cadavre de celle que tu aimas, et qui t’aima sans te renier.

Pas un mot, en dehors de ce regret, sur ce qui était arrivé à mon maître.

Les femmes ont de ces sublimes délicatesses.

Mais si Myrtille n’avait plus sa beauté, elle en conservait toute l’ardeur, qui se communiqua à Julien, et je revis mon petit conin, tout joyeux de bien me recevoir et de bien me traiter.

Ce furent les derniers spasmes de notre adorée. Quelques jours après, nous suivions son convoi.

Mon maître mît une belle couronne sur sa tombe, y pleura de longues heures, puis rentra en ville pour boucler sa valise et nous partîmes en voyage.

Voir en ligne : Chapitre IX : Née pour être putain

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Le Nismois (Alphonse Momas), Confession priapale, G. Lebaucher, Libraire-éditeur, Montréal [Paris], 1899.



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