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Confession sexuelle d’un Russe du Sud

Fillettes napolitaines

Études de Psychologie sexuelle (13)



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« Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.


Mes onze années de chasteté ont été les plus heureuses de ma vie ou, pour mieux dire, les moins malheureuses. Car quelque chose me manquait et je n’aurais été heureux (peut-être !) que si j’avais été marié (bien marié, naturellement). J’aspirais au mariage moins encore pour pouvoir satisfaire, sans danger ni ennuis, mes besoins corporels qu’en vue de la satisfaction de mes besoins affectifs. Mais l’occasion ne se présentait pas. Finalement, à trente et un ans, j’ai rencontré une demoiselle italienne de vingt-sept ans, qui me convint, me plut, et à laquelle je plus aussi. Bientôt nous fûmes fiancés. Mais, à cause des circonstances matérielles, nous ne nous pressions pas de conclure le mariage et alors survinrent des incidents malheureux qui détruisirent mon bonheur espéré. Je fus envoyé par ma direction à Naples, avec plusieurs collègues, pour y étudier l’installation éventuelle d’une usine électrique et l’adduction, également éventuelle, des forces motrices dont la source se trouvait dans les montagnes voisines. Je me trouvais pour la première fois dans cette ville, la plus voluptueuse, je crois, de toute l’Europe, sans en excepter Munich, Paris et Berlin. Il s’y fait notamment un très grand trafic de petits garçons et de petites filles, et cela très ouvertement : vous achetez quelque chose dans une boutique et voilà que le marchand, à mine parfois respectable, vous propose de vous faire voir une fillette de douze ans, de dix ans, de huit ans ! Des entremetteurs accostent dans la rue les étrangers en leur recommandant cette marchandise-là ou encore des petits garçons. Des familles qui ne sont pas dans la misère, qui ont une certaine position, des petits boutiquiers, des petits employés, des tailleurs, cordonniers, etc., trafiquent ainsi de leurs filles impubères. Pour un prix modéré, vingt, trente ou quarante francs, on ne permet que de s’amuser ou jouer avec elles ; si on veut les déflorer, cela coûte des prix plus élevés, des centaines ou un millier de francs, selon la position sociale de la famille. En y mettant le prix, on peut quelquefois se donner cette satisfaction, même dans les familles tout à fait « comme il faut », en apparence. Au théâtre, vous admirez une dame élégante, entourée de sa famille, dans sa loge. Remarquant votre enthousiasme, votre voisin de fauteuil vous dit qu’on pourrait avoir cette dame pour un prix pas trop élevé et vous propose de servir d’introducteur auprès d’elle ! C’est une population éminemment pratique que les Napolitains : ils font argent de tout, excepté du travail ; cette dernière source de revenus ne leur dit rien qui vaille ! Le grand théâtre de San Carlo a un grand ballet qui se représente indépendamment des opéras. Plusieurs centaines d’enfants des deux sexes font partie de la troupe de ce ballet ; c’est une vaste institution de prostitution infantile.

Deux ou trois jours après mon arrivée à Naples, un individu se cramponna à moi sur la place Carlo en se faisant fort de me faire voir des choses « vraiment intéressantes ». « Je ne vous trompe pas, me disait-il, je suis un parfait gentleman, io sono un galantuomo, je vous montrerai des choses que vous ne verriez pas ailleurs ; vous pourrez vous vanter de ne pas avoir été pour rien à Naples, vous aurez un sujet de conversation avec vos amis. Je vous conduirai dans une famille très honnête, una famiglia onestissima, des gens de bien, gente dabbene veramente ; ils ont deux fillettes que vous pourrez voir et toucher nues, mais pas coucher avec, à moins d’un arrangement spécial avec les parents. Ce sont des fillettes de quinze et de onze ans, jolies comme un coeur, et le prix est très modéré, c’est quarante francs. Vous ne voulez pas ? Voyons, trente-cinq francs, trente francs et un pourboire pour moi ! »

Mû d’une part par la curiosité d’observateur des moeurs, excité d’autre part par l’aiguillon charnel dans cette ambiance de luxure, je me laissai tenter, pour mon malheur.

Nous montâmes dans l’appartement de ces parents pratiques. Sur la plaque de la porte il y avait : « Un Tel, avvocato ». À en juger par l’appartement et l’ameublement, c’était, en effet, des gens bien, sinon des gens de bien. Tout portait le cachet de l’aisance. La mère vint me faire l’article, haussa le prix en affirmant que l’entremetteur s’était trompé, là-dessus appela les fillettes. L’audace de leurs regards démontrait qu’elles étaient loin d’être des novices. Cela tranquillisa un peu ma conscience. Pour la calmer, je me disais : « Je ne corromps personne. Si on peut m’accuser de favoriser le trafic des mineures, c’est dans la même mesure où tout homme qui paie une prostituée favorise le mal social de la prostitution. Je ne pourrais pas changer la destinée de ces fillettes, à moins de soulever un grand scandale public, et qui sait si cela aurait pour elles des conséquences heureuses, qui sait aussi quelle tournure l’affaire prendrait pour moi, surtout dans une ville comme Naples où les pouvoirs publics sont souvent les compères des criminels, où la police est évidemment de complicité avec les trafiquants de chair humaine ? Donnons-nous donc un moment de plaisir qui ne fait, en somme, de mal à personne ! Ce n’est pas moi qui régénérerai la Babylone italienne ! » On me laissa seul avec les deux fillettes. Elles avaient, en effet, l’une quinze, l’autre onze ans et avaient un joli type napolitain : grands yeux noirs, traits fins et réguliers, le teint du visage d’une jolie nuance olivâtre. Le corps était fait au tour, les organes sexuels charmants, « frais comme une bouche d’enfant ». L’aînée avait une toison peu abondante sur le pubis, la cadette y avait exactement deux poils, assez longs d’ailleurs. Toutes les deux étaient vierges, mais leur expérience érotique était vaste. Elles me dirent qu’elles voyaient surtout des Anglais. Je remarquai en passant que la prostitution infantile à Naples était autrefois entretenue surtout par des Anglais, les Italiens n’étant pas assez riches pour cette débauche coûteuse. Actuellement, la clientèle allemande est en progression rapide, surtout en ce qui concerne la pédérastie : les petits garçons de Naples jouissent en Allemagne d’une grande réputation et l’affaire Krupp leur a fait de la réclame.

Les deux fillettes étaient également savantes : elles me donnèrent des renseignements sur la pédérastie et l’amour lesbien dans leur ville, pratiquaient ce dernier elles-mêmes, entre elles et avec des amies, avaient assisté à des copulations raffinées (entre autres, au coït d’une femme avec un chien, d’un homme avec un canard, à qui il coupa le cou pendant l’acte : c’était aussi un Anglais à des coïts combinés de plusieurs personnes en pyramide), avaient posé pour des photographies obscènes, etc. Elles étaient très sensuelles, mais, chose curieuse, la plus jeune l’était encore plus que l’aînée : elle avait des orgasmes violents, avec un visage d’agonisante et des sécrétions abondantes, adorait les conversations, photographies et lectures obscènes, exerçait ses talents érotiques avec passion. Quand je venais à la maison, son visage rayonnait de joie et je me souviens de l’air profondément navré et malheureux qu’elle eut quand, un jour, par économie, je dis que je me contenterais de la seule aînée : quand, après la séance avec celle-ci, je sortis de la chambre, je vis la plus jeune assise sur une chaise devant la porte, aux écoutes, le visage jauni de chagrin, toute frissonnante de désir non assouvi. Et quelle joie la fois suivante quand je l’ai invitée à son tour ; elle se mit à danser. Elle me dit un jour : « Quand j’entends parler des hommes, je n’en puis plus, je m’en vais à la cuisine !… — Pourquoi ? fis-je, ne comprenant pas. — Mais pour me soulager avec le doigt (per sfogarmi col ditino !). » Elle confessa aussi qu’elle éprouvait les désirs charnels les plus forts au matin, après le réveil. Elle aimait à baiser mon pénis, de son propre mouvement et indépendamment de la fellatio : elle exprimait ainsi son amour pour cet organe. Elle ne se lassait pas de contempler mes ébats avec sa soeur. Les deux fillettes me dirent que, lorsqu’elles allaient prendre des bains de mer, elles pratiquaient la masturbation mutuelle sous l’eau avec un petit garçon, leur ami. Je pratiquai sur les deux jeunes filles le coitus in ore vulvæ (leur plaisir préféré), la masturbation et l’onanisme lingual (cunnilingus) qui n’était pas une nouveauté pour elles ; mais ce sont elles, malheureusement, qui m’apprirent une nouveauté : dés que nous fûmes restés seuls, elles ouvrirent mon pantalon et en sortirent mon membre ; elles se répandirent en exclamations admiratives sur sa grosseur et sa longueur, la plus jeune le baisa et puis elles se mirent à me masturber avec leurs doigts. Quoique je leur résistasse, elles firent si vite et si rapidement qu’elles obtinrent une éjaculation au bout d’une demi-minute ou d’un quart de minute. Je n’avais encore jamais pratiqué l’onanisme manuel sur moi-même, ni laissé les autres le pratiquer sur moi ; je ne savais pas par quel mécanisme, quel mouvement des doigts s’obtenait dans ce cas l’orgasme ; la sensation fut nouvelle, âcre et délicieuse, elle me parut plus agréable que celle du coït. Et pourtant j’étais effrayé, croyant que toutes sortes de maladies allaient immédiatement fondre sur moi. Dans la même entrevue, les deux jeunes filles pratiquèrent sur moi la fellatio, mais elle me procura une jouissance moindre. Le soir du même jour, seul dans mon lit, en me remémorant les scènes voluptueuses auxquelles je venais de prendre part, je ne pus m’empêcher de me masturber moi-même. Ainsi naquit chez moi un vice qui devait m’être funeste.

Mon sang était embrasé comme pendant la première fougue des passions précoces de mon enfance. Je ne pus m’empêcher de revenir chez les petites napolitaines et d’y revenir souvent. Le coitus in ore vulvæ qui leur plaisait tant ne me suffisait pas ; je les faisais se livrer à des pratiques homosexuelles, les soumettais au cunnilingus et ne m’opposais que trop mollement à leurs tentatives de me manueliser ; après une lutte à moitié simulée, elles remportaient sur moi la victoire, enthousiasmées de voir mon sperme lancé à une grande distance. Rentré chez moi, je repassais dans mon esprit les scènes brûlantes que je venais de voir et ne pouvais m’empêcher de me masturber de nouveau.

Ma griserie sexuelle augmentait de jour en jour. Je connus bientôt d’autres familles « honorables » où il y avait des fillettes de dix, onze, douze, treize ans, également vierges et savantes comme les deux premières et qui, comme les deux premières, dès la première conversation, me proposaient de faire avec elles le « 69 », fare il sessantanove, en employant non seulement ce terme technique, mais beaucoup d’autres. Elles racontaient leurs amours homosexuelles, les scènes érotiques auxquelles elles avaient assisté, etc. Avec aucune d’elles je n’ai pratiqué le coït vaginal. Il y avait aussi de grandes filles « de bonne famille », de seize à vingt ans, vierges, ayant fiancé et que, sans doute pour augmenter leur petite dot, les mères faisaient voir nues aux étrangers, ne permettant que les attouchements superficiels, le « 69 » quelquefois, mais le plus souvent le cunnilingus seul ou la simple masturbation manuelle. Avec l’une d’elles, on ne permettait que le fare fra le coscie (coitus inter femora). Quelques-unes de ces jeunes filles se marièrent, en effet, depuis et avant mon départ de Naples, avec des fonctionnaires, des négociants, de jeunes médecins. Ils pouvaient tout ignorer, car les parents prenaient toujours de grandes précautions pour que le trafic fût secret. Du reste, à Naples, ville de la camorra, personne ne se mêle des affaires d’autrui quand elles sont louches ; au contraire, dans ce domaine règne l’entraide la plus touchante, qui se limite quelquefois à la conservation du secret, à charge de revanche. On m’a fait connaître, entre autres, une sage-femme qui tenait un vaste assortiment de fillettes impubères. N’ayant pas de penchants homosexuels, je ne me suis pas occupé de la prostitution masculine à Naples. Une vierge de seize ans, avec laquelle on me permit de « jouer » (sans coït, naturellement), avait, au moment du paroxysme génésique, des flatulences du vagin, faisant le même bruit que les « vents » du rectum ; cela me rappela les vers de Martial sur les fatui poppysmata cunni. Est-ce de la contraction brusque et violente du vagin rempli d’air que proviennent ces flatulences ? J’ai fait aussi la connaissance, mais trop tard pour en profiter pour mon propre compte, d’une étrange famille, bien connue à Naples à cette époque.

C’étaient des demoiselles Bal…i, plusieurs soeurs de onze à dix-neuf ans, riches orphelines que laissaient vivre à leur guise leurs tuteurs (probablement dans un but intéressé) ; elles étaient toutes
folles de sensualité, recevaient les messieurs élégants et se livraient avec eux à tous les raffinements sexuels. Même la plus jeune, celle de onze ans, était un si fin « gourmet » qu’elle ne s’abandonnait jamais à la luxure deux fois de suite avec le même homme ; il lui fallait une variété et un changement continuels.

Et ma fiancée ? Ayant honte de ma propre conduite, ne voulant pas mentir, je lui écrivais rarement et froidement. Elle en fut blessée et m’écrivit aussi plus sèchement et moins souvent. Il restait cependant convenu que nous nous épouserions dès mon retour à Milan.

Après avoir été chaste si longtemps, je devins ou redevins un débauché, par suite d’une circonstance purement fortuite, ce maudit voyage à Naples, et de la direction perverse qu’y reçut ma vie sexuelle. L’habitude que j’avais prise de me masturber devenait de plus en plus tyrannique : elle se fortifiait par la fréquentation des petites filles qui savaient faire varier ce plaisir d’une foule de manières. Entre autres, elles m’apprirent un raffinement que je ne connaissais pas par les livres : elles provoquaient chez moi l’orgasme et l’éjaculation par des caresses buccales sur mes seins. (La fillette de douze ans qui me fit cela pour la première fois avec une habileté consommée avait vu, à ce qu’elle me disait, un hermaphrodite et s’excitait beaucoup par l’idée de ce phénomène ; elle me disait que souvent elle en rêvait jusqu’à l’orgasme.) J’étais très effrayé d’être devenu un onaniste et me demandais si, avec ce vice, j’avais le droit moral de me marier. D’autre part, ayant lu dans les livres de médecine populaire que le coït est l’antidote souverain de l’onanisme, je me décidai à essayer des relations normales avec une femme adulte pour faire disparaître mes nouvelles inclinations. On me trouva une jolie danseuse de San Carlo d’une vingtaine d’années. Après les âcres voluptés dans lesquelles je venais de me plonger, le coït normal me sembla un peu fade, presque insipide. Mais ce qu’il y avait de plus triste, c’est que, quelques heures après le coït, en y pensant, il fut plus voluptueux dans mon imagination qu’il ne l’avait été dans la réalité et je ne pus m’empêcher de me masturber de nouveau en repassant dans mon souvenir tous les détails de l’acte accompli. À mon grand désespoir, il en fut ainsi plusieurs fois de suite. Mais un jour j’eus la joie de goûter le coït normal plus fortement que d’ordinaire et de ne pas rechuter ensuite dans la masturbation. La même chose se répéta deux jours après. Je voyais en cela le commencement de ma guérison psychique et je recommençais à rêver avec délices à mon mariage prochain. Mais la fatalité me poursuivait. Ma danseuse me donna une violente blennorragie. Les médecins napolitains me soignèrent, probablement mal, car une blennorragie chronique succéda à la blennorragie aiguë. Tous mes rêves de bonheur s’écroulaient. En effet, je reculais toujours la date de mon mariage, ayant obtenu de la compagnie électrique un congé de convalescence (j’avais prétexté une bronchite), ce qui me permettait de rester à Naples. Cela ne laissait pas que d’étonner ma fiancée. D’ajournement en ajournement, elle finit par m’écrire pour me dire que, dans ma conduite, il était difficile de ne pas voir de ma part le désir de rompre et elle me pria, dans le cas où cette supposition serait une erreur, de répondre enfin catégoriquement à quelle date le mariage aurait lieu et de fixer cette date irrévocablement, car, par ma faute, elle, ma fiancée, commençait déjà à devenir la risée de ses connaissances elle avait dû tant de fois leur annoncer de nouveau le réajournement de son mariage. Hélas ! je ne pouvais fixer aucune date définitive, ne sachant pas quand ma blennorragie chronique disparaîtrait. Je répondis donc évasivement, par suite de quoi ma fiancée m’écrivit qu’elle me rendait ma parole, et me renvoya mes lettres en me priant de lui restituer les siennes. Tout était fini. C’était pour moi un coup terrible. Ma vie aboutissait à une faillite.

Voir en ligne : Confession sexuelle d’un Russe du Sud (14) : Exhibitionnisme et petites voyeuses

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après la « Confession sexuelle d’un Russe du Sud », in Havelock Ellis, Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.



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