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A. Tartivel

Flagellation

Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (1889)



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A. Tartivel, « Flagellation », Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 4e série, t. II, Éd. Asselin et Houzeau, Paris, 1877-1889, pp. 354-358.


FLAGELLATION

La flagellation (de fiagellum, fouet) ne doit être considérée ici qu’au point de vue de ses usages hygiéniques et thérapeutiques. Il ne nous appartient pas, en effet, de parler de la flagellation employée de tout temps, sous diverses formes, à titre de châtiment corporel, soit arbitraire, soit légal, et de protester contre ces vestiges des temps barbares empreints encore aujourd’hui dans la législation ou dans les moeurs de nations soi-disant civilisées. Ces tristes témoignages de la cruauté humaine deviennent heureusement de plus en plus rares, et il y a lieu d’espérer qu’ils finiront par disparaître complètement devant l’adoucissement des moeurs et les progrès de la civilisation.

Il nous appartient peut-être davantage de nous arrêter un moment à la flagellation volontaire, que, depuis les temps les plus anciens, le fanatisme religieux pousse certains individus à s’infliger en expiation de leurs fautes et en vue d’apaiser le courroux de la divinité. Cette torture volontaire intéresse le médecin, non-seulement au point de vue des effets physiques qu’elle produit, et de l’atteinte que ces déplorables pratiques peuvent porter à la santé, mais encore au point de vue de l’aberration mentale dont elle témoigne chez les malheureuses victimes qui les subissent ou qui s’y livrent.

Cette singulière aberration n’est pas, du reste, le fait exclusif d’une époque, d’un pas, d’une religion ; elle a été le triste partage de toutes les religions, de tous les pays et de tous les temps, comme un attribut inhérent à l’infirmité de la nature humaine. L’antiquité ne paraît avoir rien eu à envier, à cet égard, aux siècles postérieurs.

Tertullien rapporte que c’était une coutume, parmi les Lacédémoniens, de célébrer certaines fêtes en l’honneur de Diane, et que, ce jour-là, pour honorer la déesse, les jeunes gens se fouettaient eux-mêmes devant son autel, et quelquefois jusqu’au sang.

Vers l’an 476 de J.-C., les juifs rabbins mirent au nombre de leurs cérémonies une espèce de flagellation volontaire. Cette flagellation était mutuelle ; il se flagellaient les uns les autres alternativement.

L’usage de la flagellation volontaire ne s’établit qu’assez tard chez les chrétiens. Du temps de saint Augustin, on avait l’habitude de flageller les hérétiques et les criminels ; mais les chrétiens ne se flagellaient point eux-mêmes. Cette coutume ne s’introduisit que vers l’an 1047 ou 1056. Elle devint fort ordinaire dans la suite et on se flagella jusque dans les rues.

Vers l’an 1126 s’établit en Italie la secte des Flagellants. Ces fanatiques allaient tout nus, en procession, deux à deux, se fouettant les uns les autres dans les rues et sur les places publiques, dans le but de mater leur chair, de faire pénitence et d’édifier le prochain.

Mais ce fut surtout au treizième et, en particulier, au quatorzième siècle, après la formidable épidémie de la peste noire qui ravagea l’Europe et l’Afrique, que les sectes des flagellants se multiplièrent et se répandirent dans le monde.

L’épidémie, dite peste noire, avait causé une mortalité excessive, et, comme il arrive toujours dans les grandes calamités publiques, la morale et la raison perdirent leurs droits. Une véritable épidémie mentale se produisit alors. D’une part il y eut un affreux débordement d’excès de tout genre ; d’autre part, des bandes de fanatiques, voulant apaiser la colère du ciel, se formèrent et parcoururent les villes et les campagnes en se flagellant. Des hommes, des femmes, des enfants se réunissaient pèle-mêle, pour se fouetter en commun jusqu’à ce que le sang coulât parmi les cris, les chants et les prières.

Comme on doit le penser, la débauche ne pouvait manquer de se glisser dans ces manifestations du fanatisme religieux qui laissaient un facile prétexte et ouvraient une large porte à la licence des moeurs.

La secte des flagellants fit plus tard des adeptes jusque sur les marches des trônes. Vers la fin du seizième siècle, on vit, par un raffinement digne de lui et de sa cour, le roi Henri Ill se flageller en public avec ses mignons dans les processions qu’ils suivaient, vêtus de robes blanches, s’excitant ainsi aux orgies de luxure auxquelles, après la cérémonie, ces dévots personnages se livraient dans les appartements secrets du Louvre.

En effet, ainsi que nous le verrous tout à l’heure, la flagellation a surtout été employée par les libertins de tous les temps et de tous les pays, dans le but de rendre quelque reste de vigueur à des organes affaiblis par les excès de la débauche.

Mais nous devons d’abord appeler l’attention sur les autres usages auxquels on a fait servir la flagellation, usages fondés, en grande partie, sur les effets physiologiques produits par ce moyen sur l’organisme.

La flagellation se pratiquait de plusieurs manières. On s’est servi, à diverses époques, tantôt de petites baguettes souples et légères destinées ad hoc ; tantôt de roseaux flexibles ou de tiges menues et lisses de panais (Ferula pastinaca, ombellifères) ; tantôt de verges molles faites avec des branches de bouleau ; tantôt de lanières de cuir et de cordelettes, ou bien encore de brosses rudes dont on frappait à plat la surface de la peau ; tantôt, enfin, de poignées d’orties (urtica urens) fraîches.

Le dernier mode de flagellation, la flagellation avec les orties, offre de réelles différences avec les précédents ; il mérite une place à part et une description particulière sous le nom d’urtication. (voy. ce mot).

La flagellation était appliquée pendant un temps plus ou moins long et avec une énergie plus ou moins grande, principalement sur le dos, les lombes, les reins, les fesses ; parfois sur la poitrine, le ventre, les membres supérieurs et les membres inférieurs.

Voici, en quelques mots, les phénomènes physiologiques produits par ce moyen.

La flagellation modérée excite le système nerveux de la peau, y provoque une sensation de douleur plus ou moins vive, suivie, par action réflexe sur l’innervation vaso-motrice, de contraction, puis de dilatation des petits vaisseaux : d’où la rougeur, la chaleur et le gonflement, par afflux sanguin, de la partie qui a été le siège de la flagellation : ubi stimulus, ibi fluxus.

Si la flagellation est pratiquée avec des orties, il se joint aux phénomènes précédents, c’est-à-dire à la rougeur, à la chaleur et au gonflement, une sensation de cuisson ou de brûlure plus ou moins vive, et la formation d’élevures ou ampoules proéminentes, rouges à leur base, blanchâtres à leur sommet, et qui sont le siège de démangeaisons très-incommodes, parfois insupportables.

Lorsque la flagellation a été maintenue dans de justes limites, ces phénomènes se dissipent plus ou moins rapidement ; la douleur, la chaleur, la rougeur et le gonflement disparaissent, et les tissus reprennent leur aspect normal.

Mais si la flagellation a été violente, comme il arrive surtout dans les cas où elle est appliquée à titre de châtiment corporel, la douleur peut être assez vive pour arracher des cris au patient, et les tissus deviennent le siège de tous les phénomènes d’une contusion plus ou moins considérable : ecchymoses, écoulement du sang à l’intérieur, déchirure, inflammation et mortification des parties frappées, etc.

Les résultats de la flagellation dépassent alors les limites de l’action physiologique, et déterminent des effets pathologiques dont nous n’avons pas à nous occuper ici.

Les effets physiologiques immédiats de la flagellation se résument donc, en définitive, d’après ce que nous avons dit plus haut, en une double excitation de l’innervation et de la circulation de la partie frappée.

On comprend que la répétition de cette double excitation amène consécutivement une énergie plus grande dans la sensibilité et la nutrition de ces parties, ainsi que dans l’activité fonctionnelle des organes internes unis à ces dernières par des liens vasculaires ou nerveux plus ou moins directs et plus ou moins intimes. L’excitation mécanique portée sur la périphérie et transmise à la moelle revient ainsi, par action réflexe, à la périphérie sous forme de stimulation vitale embrassant une sphère plus étendue que celle primitivement ébranlée par l’agent excitateur.

C’est ainsi que l’on peut s’expliquer comment la flagellation a pu être appliquée avec avantage pour réveiller la sensibilité, la motilité, l’activité fonctionnelle, en un mot, non-seulement de la peau et des muscles du tronc et des membres, mais encore d’autres organes tels que l’intestin, la vessie, les organes génitaux, etc.

Elle a été conseillée et employée souvent pour combattre l’affaiblissement des parties auxquelles l’extrémité de la moelle fournit des nerfs ; dans les paraplégies anciennes et incomplètes, dans l’incontinence d’urine, dans la paralysie de la vessie, dans la constipation opiniâtre, enfin et surtout dans l’anaphrodisie ou la frigidité.

Chez le anciens, la flagellation était généralement eu usage dans le traitement de l’amaigrissement.

Hippocrate dit qu’une forte flagellation durcit et dessèche les parties, tandis qu’une flagellation modérée les nourrit et les engraisse.

Galien avait remarqué que les maquignons donnaient plus de relief à l’embonpoint de leurs chevaux, non-seulement en les étrillant avec force, mais encore en les soumettant à une fustigation modérée.

Ce stratagème était, suivant lui, imité par les marchands d’esclaves qui se servaient de la flagellation pour les faire paraître plus brillantes de fraîcheur et d’embonpoint. De même, chez les nourrices de son temps, il était de tradition, parait-il, de claquer les enfants sur les fesses avant de les rendre à leurs mères. Elles espéraient tromper ainsi, par une apparence d’embonpoint factice et momentanée, la confiance des parents.

Galien en conclut que l’on pourrait donner plus d’embonpoint aux personnes maigres, à l’aide d’un traitement analogue.

On flagellait avec des roseaux ou des tiges de panais (ferula pastinaca) les parties du corps émaciées ou atrophiées, jusqu’à production de chaleur, de rougeur et de gonflement.

Là ne se bornait point l’emploi de la flagellation dans l’antiquité.

Antonius Musa, affranchi et médecin d’Auguste, aurait, dit-on, employé la flagellation sur la personne de cet empereur pour le guérir d’une douleur sciatique dont il souffrait depuis longtemps.

La flagellation était encore mise en usage chez les maniaques. Titus, disciple d’Asclépiade, prétend que les maniaques doivent être fouettés pour leur rendre le bon sens. Coelius Aurelianus, Thémison, Rhazès, Valeseus (de Tarente), vantent les effets de la flagellation pour guérir la mélancolie érotique.

Sénèque croyait que la flagellation a la puissance de dissiper la fièvre quarte, et il expliquait cette singulière propriété en admettant que le mouvement imprimé aux organes par ce moyen réchauffe et divise l’humeur âcre, épaisse et noire, qui était stagnante dans les viscères.

Elidœus (de Padoue) prescrit la flagellation avec des orties vertes sur les membres des petits enfants, pour hâter l’éruption dans les fièvres éruptives. Il disait que la flagellation avec les orties a la propriété de raffermir les membres et de rappeler la chaleur et le sang dans les parties.

Thomas Campanella attribue à la flagellation la vertu de guérir les obstructions des viscères. Il raconte que le prince de Venuse ne pouvait aller à la garde-robe sans avoir été préalablement fustigé par un domestique spécialement chargé de ce soin singulier.

Mais la flagellation a été surtout mise en usage, dans tous les temps, dans le but d’exciter les fonctions génitales plus ou moins affaiblies ou éteintes. Ce moyen employé par les libertins de tous les pays a été également conseillé rationnellement par des médecins instruits et consciencieux, pour combattre l’anaphrodisie ou la frigidité.

Un médecin de Leyde, à qui la science doit la découverte des glandes palpébrales qui portent son nom, J.-H. Meibomius, a publié, en 1629, un petit ouvrage en latin, intitulé : De flagrorum usu in re venered, traduit depuis dans toutes les langues et plusieurs fois réédité. Cet ouvrage d’excellente érudition, où souvent l’auteur passe du grave au doux, du plaisant au sévère, contient de très-bonnes indications bibliographiques sur les auteurs anciens qui se sont occupés du même sujet à un point de vue thérapeutique. On y trouve cités les noms de Coelius Aurelianus, d’Arétée, d’Alexandre de Tralles, d’Avicenne, d’Oribase, de Rhazès, de Pline, de Sénèque, de Mercurialis, etc., en compagnie de ceux de Martial, de Rabelais, et d’autres auteurs qui n’ont point envisagé la question par le côté médical.

II est dédié à un conseiller de l’évêque de Lubeck, client et ami de Meibomius, avec cette épigraphe :

Delicias pariunt veneri crudelia flagra.
Dum nocet illa juvat ; dum juvat, ecce nocet.

Nous empruntons à ce livre quelques détails qui nous ont paru dignes d’intérêt, soit au point de vue historique, soit au point de vue pratique de la question dont il s’agit.

Au temps de Néron, s’il faut en croire Pétrone, une prêtresse de Priape, consultée par un individu du nom d’Eucolpe, lui promet de lui rendre Fascinum tam rigidum ut cornu par la flagellation avec des orties vertes.

Menghus Faventinus assure que la flagellation avec les orties a la propriété de rendre la faculté d’érection aux organes qui l’ont perdue.

Coelius Aurelianus dit avoir connu un individu qui ne pouvait entrer en érection et pratiquer le coït qu’après s’être fait préalablement battre de verges.

Des faits de même genre sont cités par des auteurs plus modernes. Un personnage du temps de Pic de la Mirandole avait besoin, d’après ce dernier, pour goûter les plaisirs de l’amour, de se faire fustiger jusqu’au sang.

L’historien Brantôme dit qu’un très-grand seigneur et prince de sa connaissance, avant de cohabiter avec sa femme, se faisait fouetter chaque fois, « ne pouvant, ajoute-t-il, s’émouvoir ni relever sa nature baissante, sans ce remède. »

Le fameux Tamerlan, au dire d’un autre historien, se faisait également fustiger par esprit de débauche. C’est dans le même esprit qu’Henri III et ses mignons se flagellaient mutuellement et publiquement dans les processions, ainsi que nous l’avons dit plus haut.

La flagellation manuelle est employée fréquemment par certains individus comme prélude de l’acte vénérien. C’est pour eux un moyen d’exciter l’activité génitale et d’éveiller les sensations voluptueuses.

L’exemple de Jean-Jacques Rousseau montre combien il serait illusoire de prétendre donner le fouet, à titre de châtiment, à des enfants d’un certain âge. Jean-Jacques Rousseau n’est sans doute pas le seul enfant à qui la peine du fouet, appliquée par une main de femme, ait paru tout autre chose qu’un châtiment.

La flagellation avec des verges de bouleau est mise en usage, dit-on, chez les Russes, dans le but de combattre l’anaphrodisie. Elle y est employée comme pratique accessoire des bains de vapeur, au même titre que les frictions et le massage.

La flagellation avec des orties fraîches a été conseillée dans le même but par des médecins contemporains, particulièrement par le professeur Trousseau, qui a essayé de remettre en honneur cette pratique de l’antiquité médicale. L’illustre praticien a également employé l’urtication (voy. ce mot) dans la paralysie faciale rhumatismale et dans les paralysies hystériques. M. le professeur Gubler dit l’avoir aussi mise en usage, avec succès, dans ces dernières maladies ; il l’aurait aussi appliquée, mais sans résultat favorable, dans la période algide et cyanique du choléra.

En résumé, la flagellation peut être rationnellement employée, dans ses divers modes, soit comme moyen hygiénique, soit comme agent thérapeutique. C’est un modificateur utile qui convient dans tous les cas où il s’agit de combattre l’affaiblissement de la sensibilité et de la motilité des parties, dans les parésies ou les paralysies anciennes et incomplètes, surtout dans celles qui ont une origine anémique, hystérique ou rhumatismale ; dans certaines incontinences d’urine, dans certaines paralysies de la vessie, dans la constipation opiniâtre due à l’affaiblissement de la sensibilité et de la contractilité de l’intestin ; enfin et principalement dans l’anaphrodisie ou la frigidité consécutive à des accès vénériens.

Toutefois, nous devons dire, en terminant, que ce mode de traitement, qui a joui, dans l’antiquité, d’une vogue considérable, est à peu près complètement abandonné aujourd’hui, peut-être à tort, et qu’il se trouve remplacé, dans la plupart de ses applications, sans parler des agents pharmaceutiques, par l’électricité, le massage, les frictions, la gymnastique et l’hydrothérapie.

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’article de A. Tartivel, « Flagellation », Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 4e série, t. II, Éd. Asselin et Houzeau, Paris, 1877-1889, pp. 354-358.



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