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L’École du libertinage

Flamme libertine et transports de lubricité : les délices de la vengeance

Les 120 journées de Sodome (21e journée)



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Mots-clés :

Le Marquis de Sade, Les 120 journées de Sodome, ou l’École du libertinage, Éd. Club des bibliophiles, Paris, 1904.


XXV — Ving-et-unième journée

On s’occupa dès le matin de cette cérémonie, suivant l’usage accoutumé, mais, je ne sais si c’était fait exprès ou non, mais la jeune épouse se trouva coupable dès le matin : Durcet assura qu’il avait trouvé de la merde dans son pot de chambre. Elle s’en défendit, elle dit que, pour la faire punir, c’était la vieille qui était venue faire cela, et qu’on leur faisait souvent de ces tromperies-là quand on avait envie de les punir : elle eut beau dire, elle ne fut pas écoutée, et comme son petit mari était déjà sur la liste, on s’amusa beaucoup du plaisir de les corriger tous deux. Cependant les jeunes époux furent conduits en pompe, après la messe, au grand salon de compagnie où la cérémonie devait se compléter avant l’heure du repas. Ils étaient tous deux du même âge, et l’on livra la jeune fille nue à son mari, en permettant à celui-ci d’en faire tout ce qu’il voudrait. Rien ne parle comme l’exemple ; il était impossible d’en recevoir de plus mauvais et de plus contagieux. Le jeune homme saute donc comme un trait sur sa petite femme, et comme il bandait fort dur, quoiqu’il ne déchargeât point encore, il l’aurait inévitablement enfilée ; mais quelque légère qu’eût été la brèche, messieurs mettaient toute leur gloire à ce que rien n’altérât ces tendres fleurs qu’ils voulaient cueillir seuls. Moyen en quoi l’évêque, arrêtant l’enthousiasme du jeune homme, profita lui-même de l’érection et se fit mettre dans le cul l’engin très joli et déjà très formé dont Zélamir allait enfiler sa jeune moitié. Quelle différence pour ce jeune homme ! et quelle distance entre le cul fort large du vieil évêque et le jeune con étroit d’une petite vierge de treize ans ! Mais on avait affaire à des gens avec lesquels il n’y avait pas à raisonner. Curval s’empara de Colombe et la foutit en cuisses par-devant, en lui léchant les yeux, la bouche, les narines et la totalité du visage. Sans doute, on lui rendit pendant ce temps-là quelques services, car il déchargea, et Curval n’était pas homme à perdre son foutre pour des niaiseries semblables. On dîna ; les deux époux furent admis au café comme ils l’avaient été au repas, et ce café fut servi ce jour-là par l’élite des sujets, je veux dire par Augustine, Zelmire, Adonis et Zéphire. Curval, qui voulait rebander, voulut de la merde absolument, et Augustine lui lâcha le plus bel étron qu’on pût faire. Le duc se fit sucer par Zelmire, Durcet par Colombe et l’évêque par Adonis. Ce dernier chia dans la bouche de Durcet, quand il eut expédié l’évêque. Mais point de foutre ; il devenait rare : on ne s’était point ménagé dans les commencements, et comme l’on sentait l’extrême besoin que l’on en aurait vers la fin, on se ménageait. On passa au salon d’histoire, où la belle Duclos, invitée à montrer son derrière avant que commencer, après l’avoir libertinement exposé aux yeux de l’assemblée, reprit ainsi le fil de son discours  :

« Encore un trait de mon caractère, messieurs, dit cette belle fille, après lequel, vous l’ayant assez fait connaître, vous voudrez bien juger ce que je vous cacherai sur ce que je vous aurai dit, et me dispenser de vous entretenir davantage de moi. La mère de Lucile venait de tomber dans une misère effroyable, et c’était par le plus grand hasard du monde que cette charmante fille, qui n’avait point eu de ses nouvelles depuis qu’elle s’était sauvée de chez elle, apprit sa malheureuse détresse. Une de nos marcheuses, aux aguets d’une jeune fille qu’une de mes pratiques me demandait dans le même goût de celle que m’avait demandée le marquis de Mesanges, c’est-à-dire acheter pour n’en jamais entendre parler, une de nos marcheuses, dis-je, vint me rapporter, comme j’étais au lit avec Lucile, qu’elle avait trouvé une petite fille de quinze ans, très sûrement pucelle, extrêmement jolie, et ressemblant, disait-elle, comme deux gouttes d’eau à mademoiselle Lucile, mais qu’elle était dans un tel état de misère, qu’il faudrait la garder quelques jours pour l’empâter avant de la vendre. Et alors elle fit description de la vieille femme avec qui elle l’avait trouvée, et de l’état d’indigence effroyable dans laquelle était cette mère. À ces traits, au détail de l’âge et de la figure, à tout ce qui concernait l’enfant, Lucile eut un pressentiment secret que ce pouvait bien être là sa mère et sa sœur : elle savait qu’elle avait laissé celle-ci en bas âge avec sa mère, lors de sa fugue, et elle me demanda permission d’aller vérifier ses doutes. Mon infernal esprit me suggéra ici une petite horreur dont l’effet embrasa si promptement mon physique que, faisant aussitôt sortir notre marcheuse, et ne pouvant calmer l’embrasement de mes sens, je commençai par prier Lucile de me branler. Ensuite, m’arrêtant au milieu de l’opération : "Que veux-tu aller faire chez cette vieille femme, lu dis-je, et quel est ton dessein ? — Eh ! mais, dit Lucile, qui n’avait pas encore mon cœur, il s’en fallait… la soulager, si je puis, et principalement si c’est ma mère. — Imbécile, lui dis-je en la repoussant, va, va sacrifier seule à tes indignes préjugés populaires, et perds, en n’osant les braver, la plus belle occasion d’irriter tes sens par une horreur qui te fera décharger dix ans !" Lucile étonnée me regarda, et je vis bien alors qu’il fallait lui expliquer une philosophie qu’elle était loin d’entendre. Je le fis, je lui fis comprendre combien sont vils les liens qui nous enchaînent aux auteurs de nos jours ; je lui démontrai qu’une mère, pour nous avoir porté dans son sein, au lieu de mériter de nous quelque reconnaissance, ne méritait que de la haine, puisque, pour son seul plaisir, et au risque de nous exposer à tous les malheurs qui pouvaient nous atteindre dans le monde, elle nous avait cependant mis au jour dans la seule intention de satisfaire sa brutale lubricité. J’ajoutai à cela tout ce qu’on pouvait dire pour étayer ce système que le bon sens dicte, et que le cœur conseille quand il n’est pas absorbé par les préjugés de l’enfance. "Et que t’importe, ajoutai-je, que cette créature-là soit heureuse ou infortunée ? Eprouves-tu quelque chose de sa situation ? Écarte ces vils liens dont je viens de te démontrer l’absurdité, et isolant alors entièrement cette créature, la séparant tout à fait de toi, tu verras que non seulement son infortune doit t’être indifférente, mais qu’il peut même devenir très voluptueux de la redoubler. Car enfin tu lui dois de la haine, cela est démontré, et tu te venges ; tu fais ce que les sots appellent une mauvaise action, et tu sais l’empire que le crime eut toujours sur les sens. Voici donc deux motifs de plaisir dans les outrages que je veux que tu lui fasses : et les délices de la vengeance, et ceux qu’on goûte toujours à faire le mal." Soit que je misse avec Lucile plus d’éloquence que je n’en emploie ici pour vous rendre le fait, soit que son esprit, déjà très libertin et très corrompu, avertît sur-le-champ son cœur de la volupté de mes principes, mais elle les goûta, et je vis ses belles joues se colorer de cette flamme libertine qui ne manque jamais de paraître chaque fois qu’on brise un frein. "Eh bien ! me dit-elle, que faut-il faire ? — Nous en amuser, lui dis-je, et en tirer de l’argent. Quant au plaisir, il est sûr, si tu adoptes mes principes ; quant à l’argent, il l’est de même, puisque je peux faire servir, et ta vieille mère, et ta sœur, à deux différentes parties qui nous deviendront très lucratives." Lucile accepte, je la branle pour l’exciter encore mieux au crime, et nous ne nous occupons plus que des arrangements. Occupons-nous d’abord de vous détailler le premier plan, puisqu’il fait nombre dans la classe des goûts que j’ai à vous conter, quoique je le dérange un peu de sa place pour suivre l’ordre des événements, et quand vous serez instruits de cette première branche de mes projets, je vous éclairerai sur la seconde.

« Il y avait un homme, dans le monde, fort riche, fort en crédit et d’un dérèglement d’esprit qui passe tout ce qu’on peut dire. Comme je ne le connaissais que sous le titre de comte, vous trouverez bon, quelque instruite que je puisse être de son nom, que je ne vous le désigne que par ce seul titre. Le comte était dans toute la force des passions, âgé au plus de trente-cinq ans, sans foi, sans loi, sans dieu, sans religion, et doué surtout, comme vous, messieurs, d’une invincible horreur pour ce qu’on appelle le sentiment de la charité ; il disait qu’il était plus fort que lui de le comprendre, et qu’il n’admettait pas qu’on pût imaginer d’outrager la nature au point de déranger l’ordre qu’elle avait mis dans les différentes classes de ses individus, en en élevant un par des secours à la place de l’autre, et en employant ces secours absurdes et révoltants des sommes bien plus agréablement employées à ses plaisirs. Pénétré de ces sentiments, il ne s’en tenait pas là ; non seulement il trouvait une jouissance réelle dans le refus du secours, mais il améliorait même cette jouissance par des outrages à l’infortune. Une de ses voluptés, par exemple, était de se faire chercher avec soin de ces asiles ténébreux, où l’indigence affamée mange comme elle peut un pain arrosé de ses larmes et dû à ses travaux. Il bandait à aller non seulement jouir de l’amertume de tels pleurs mais même… mais même à en redoubler la source et arracher, s’il le pouvait, ce malheureux soutien des jours de ces infortunés. Et ce goût, ce n’était pas une fantaisie, c’était une fureur, il n’avait pas, disait-il, de délices plus vives, et rien ne pouvait irriter, enflammer son âme, comme cet excès-là. Ce n’était point, m’assurait-il un jour, le fruit de la dépravation : il avait dès l’enfance cette extraordinaire manie, et son cœur, perpétuellement endurci aux accents plaintifs du malheur, n’avait jamais conçu de sentiments plus doux. Comme il est essentiel que vous connaissiez le sujet, il faut que vous sachiez d’abord que le même homme avait trois passions différentes : celle que je vais vous conter, une que vous expliquera la Martaine, en vous le rappelant par son titre, et une plus atroce encore que la Desgranges vous réservera sans doute pour la fin de ses récits, comme une des plus fortes qu’elle ait sans doute à vous raconter. Mais commençons par ce qui me regarde. Aussitôt que j’eus prévenu le comte de l’asile infortuné que je lui avais découvert, et des attenances qu’il avait, il fut transporté de joie. Mais comme des affaires de la plus grande importance pour sa fortune et son avancement, qu’il négligeait d’autant moins qu’il y voyait une sorte d’étai à ses écarts, comme, dis-je, ses affaires allaient l’occuper près de quinze jours, et qu’il ne voulait pas manquer la petite fille, il aima mieux perdre quelque chose au plaisir qu’il se promettait à cette première scène, et s’assurer la seconde. En conséquence, il m’ordonna de faire à l’instant enlever l’enfant à tel prix que ce fût, et de la faire remettre à l’adresse qu’il m’indiqua. Et pour ne pas vous tenir plus longtemps en suspens, messieurs, cette adresse était celle de la Desgranges, qui le fournissait dans ces troisièmes parties secrètes. Ensuite, nous prîmes jour. Jusque-là, nous fûmes trouver la mère de Lucile, tant pour préparer la reconnaissance avec sa fille que pour aviser au moyen d’enlever sa sœur. Lucile, bien instruite, ne reconnut sa mère que pour l’insulter, lui dire qu’elle était cause de ce qu’elle s’était jetée dans le libertinage, et mille autres propos semblables qui déchiraient le cœur de cette pauvre femme et troublaient tout le plaisir qu’elle avait a retrouver sa fille. Je crus, dans ce début, trouver nos textes, et je représentai à la mère qu’ayant retiré sa fille aînée du libertinage, je m’offrais d’en retirer la seconde. Mais le moyen ne réussit pas ; la malheureuse pleura et dit que pour rien au monde on ne lui arracherait le seul secours qu’il lui restait dans sa seconde fille ; qu’elle était vieille, infirme, qu’elle recevait des soins de cet enfant, et que l’en priver serait lui arracher la vie. Ici, je l’avoue à ma honte, messieurs, mais je sentis un petit mouvement au fond de mon cœur qui me fit connaître que ma volupté allait croître du raffinement d’horreur que j’allais, dans ce cas, mettre à mon crime, et ayant prévenu la vieille que, dans peu de jours, sa fille viendrait lui rendre une seconde visite avec un homme en crédit qui pourrait lui rendre de grands services, nous nous retirâmes, et je ne m’occupai que d’employer mes cordes ordinaires pour me rendre maîtresse de cette jeune fille. Je l’avais bien examinée, elle en valait la peine : quinze ans, une jolie taille, une très belle peau et de très jolis traits. Trois jours après, elle arriva, et après l’avoir examinée sur toutes les parties de son corps et n’y avoir rien trouvé que de charmant, que de très potelé et de très frais, malgré la mauvaise nourriture où elle était condamnée depuis si longtemps, je la fis passer à Mme Desgranges, avec qui j’avais cette fois commerce pour la première fois de ma vie. Notre homme revint enfin de ses affaires ; Lucile le conduisit chez sa mère, et c’est ici où commence la scène que j’ai à vous peindre. On trouva la vieille mère au lit, sans feu, quoique au milieu d’un hiver très froid, ayant près de son lit un vase de bois dans lequel était un peu de lait où le comte pissa dès en entrant. Pour empêcher toute espèce de train et être bien maître du réduit, le comte avait mis deux grands coquins à ses gages dans l’escalier, qui devaient fortement s’opposer à toute montée ou descente hors de propos. "Vieille bougresse, lui dit le comte, nous venons ici avec ta fille que voilà, et qui, par ma foi, est une très jolie putain ; nous venons, vieille sorcière, pour soulager tes maux, mais il faut nous les peindre. Allons, dit-il en s’asseyant et commençant à palper les fesses de Lucile, allons détaille-nous tes souffrances. — Hélas ! dit la bonne femme, vous venez avec cette coquine plutôt pour les insulter que pour les soulager. — Coquine ! dit le comte, tu oses insulter ta fille ? Allons, dit-il en se levant et arrachant la vieille de son grabat, hors du lit tout à l’heure, et demande-lui excuse à genoux de l’insulte que tu viens de lui faire." Il n’y avait pas moyen de résister. "Et vous, Lucile, troussez-vous, faites baiser vos fesses à votre mère, que je m’assure bien qu’elle va les baiser, et que la réconciliation se rétablisse." L’insolente Lucile frotte son cul sur le vieux visage de sa pauvre mère, en l’accablant de sottises. Le comte permit à la vieille de se recoucher, et il rentama la conversation : "Je vous dis, encore un coup, continua-t-il, que si vous me contez toutes vos doléances, je les soulagerai." Les malheureux croient tout ce qu’on leur dit, ils aiment à se plaindre ; la vieille dit tout ce qu’elle souffrait, et se plaignit surtout amèrement du vol qu’on lui avait fait de sa fille, accusant vivement Lucile de savoir où elle était, puisque la dame avec laquelle elle était venue la voir, il y avait peu de temps, lui avait proposé d’en prendre soin, et elle calculait de là, avec assez de raison, que c’était cette dame qui l’avait enlevée. Cependant, le comte, en face du cul de Lucile, dont il avait fait quitter les jupes, baisant de temps à autre ce beau cul et se branlant lui-même, écoutait, interrogeait, demandait des détails, et réglait toutes les titillations de sa perfide volupté sur les réponses qu’on lui faisait. Mais quand la vieille dit que l’absence de sa fille, qui par son travail lui procurait de quoi vivre, allait la conduire insensiblement au tombeau, puisqu’elle manquait de tout et n’avait vécu depuis quatre jours que de ce peu de lait qu’on venait de lui gâter : "Eh bien ! garce, dit-il en dirigeant son foutre sur la vieille et en continuant de serrer fortement les fesses de Lucile, eh bien ! putain, tu crèveras, le malheur ne sera pas grand." Et en achevant de lâcher son sperme : "Je n’y aurai, si cela arrive, qu’un seul et unique regret, c’est de ne pas moi-même en hâter l’instant." Mais tout n’était pas dit, le comte n’était pas un homme à s’apaiser pour une décharge. Lucile, qui avait son rôle, s’occupa, dès qu’il eut fait, à empêcher que la vieille ne vît ses manœuvres, et le comte, furetant partout, s’empara d’un gobelet d’argent, unique reste du petit bien-être qu’avait eu autrefois cette malheureuse, et le mit dans sa poche. Ce redoublement d’outrage l’ayant fait rebander, il tira la vieille du lit, la mit nue, et ordonna à Lucile de le branler sur le corps flétri de cette vieille matrone. Il fallut bien encore se laisser faire, et le scélérat darda son foutre sur cette vieille chair, en redoublant ses injures et en disant à cette pauvre malheureuse qu’elle pouvait se tenir pour dit qu’il n’en resterait pas là, et qu’elle aurait bientôt et de ses nouvelles et de celles de sa petite fille qu’il voulait bien lui apprendre être entre ses mains. Il procéda à cette dernière décharge avec des transports de lubricité vivement allumés par ce que sa perfide imagination lui faisait déjà concevoir d’horreurs sur toute cette malheureuse famille, et il sortit. Mais pour n’avoir plus à revenir à cette affaire, écoutez, Messieurs, jusqu’à quel point je comblai la mesure de ma scélératesse. Le comte, voyant qu’il pouvait avoir confiance en moi, m’instruisit de la seconde scène qu’il préparait à cette vieille et à sa petite fille ; il me dit qu’il fallait que je la lui fisse enlever sur-le-champ, et que, de plus, comme il voulait réunir toute la famille, je lui cédasse aussi Lucile dont le beau corps l’avait vivement ému, et dont il ne me cachait pas qu’il projetait la perte, ainsi que des deux autres. J’aimais Lucile, mais j’aimais encore mieux l’argent ; il me donnait un prix fou de ces trois créatures, je consentis à tout. Quatre jours après, Lucile, sa petite sœur et la veille mère furent réunies : ce sera à Mme Desgranges à vous conter comment. Pour quant à moi, je reprends le fil de mes récits interrompu par cette anecdote, qui n’aurait dû vous être racontée qu’à la fin de mes récits, comme une de mes plus fortes. »

« Un moment, dit Durcet  ; je n’entends pas ces choses-là de sens froid ; elles ont un empire sur moi qui se peindrait difficilement. Je retiens mon foutre depuis le milieu du récit, trouvez bon que je le perde. » Et se jetant dans son cabinet avec Michette, Zélamir, Cupidon, Fanny, Thérèse et Adélaïde, on l’entendit hurler au bout de quelques minutes, et Adélaïde rentra en pleurant et disant qu’elle était bien malheureuse que l’on allât encore échauffer la tête de son mari à des récits comme ceux-là, et que c’était à celle qui les contait à être victime elle-même. Pendant ce temps-là, le duc et l’évêque n’avaient pas perdu leur temps, mais la manière dont ils avaient opéré étant encore du nombre de celles que les circonstances nous obligent de voiler, nous prions nos lecteurs de trouver bon que nous tirions le rideau et que nous passions tout de suite aux quatre récits qu’il restait à faire à Duclos pour terminer sa vingt et unième soirée.

« Huit jours après le départ de Lucile, j’expédiai un paillard doué d’une assez plaisante manie. Prévenue de plusieurs jours à l’avance, j’avais laissé dans ma chaise percée accumuler un grand nombre d’étrons, et j’avais prié quelqu’une de mes demoiselles d’y en ajouter encore. Notre homme arrive, déguisé en Savoyard ; c’était le matin, il balaye ma chambre, s’empare du pot de la chaise percée, monte aux lieux pour le vider (article qui, par parenthèse, l’occupa fort longtemps) ; il revient, me fait voir avec quel soin il l’a nettoyé et me demande son payement. Mas prévenue du cérémonial, je tombe sur lui le manche à balai à la main. "Ton payement, scélérat ? lui dis-je, tiens, le voilà ton payement !" Et je lui en assène au moins une douzaine de coups. Il veut fuir, je le suis, et le libertin dont c’était là l’instant décharge tout le long de l’escalier en criant à tue-tête qu’on l’estropie, qu’on le tue, et qu’il est chez une coquine, et non pas chez une honnête femme, comme il le croyait.

« Un autre voulait que je lui insinuasse dans le canal de l’urètre un petit bâton noué qu’il portait à ce dessein dans un étui ; il fallait secouer vivement le petit bâton qu’on introduisait de trois pouces, et de l’autre main lui branler le vit à tête décalottée ; à l’instant de sa décharge, on retirait le bâton, on se troussait par-devant et il déchargeait sur la motte.

« Un abbé, que je vis six mois après, voulait que je lui laissasse dégoutter de la cire de bougie brûlante sur le vit et les couilles ; il déchargeait de cette seule sensation et sans qu’on fût obligé de le toucher ; mais il ne bandait jamais, et pour que son foutre partît, il fallait que tout fût enduit de cire et qu’on n’y reconnût plus figure humaine.

« Un ami de ce dernier se faisait cribler le cul d’épingles d’or, et quand son derrière, ainsi garni, ressemblait à une casserole bien plus qu’à un fessier, il s’asseyait pour mieux sentir les piqûres ; on lui présentait les fesses très écartées, il se branlait lui-même et déchargeait sur le trou du cul. »

« Durcet, dit le duc, j’aimerais assez à voir ton beau cul grassouillet tout couvert comme cela d’épingles d’or : je suis persuadé qu’il serait on ne saurait plus intéressant. — Monsieur le duc, dit le financier, vous savez qu’il y a quarante ans que je me fais gloire et honneur de vous imiter ; ayez la bonté de me donner l’exemple et je vous réponds de le suivre. — Je renie Dieu, dit Curval, qu’on n’avait pas encore entendu, comme l’histoire de Lucile m’a fait bander ! Je me tenais coi, mais je n’en pensais pas moins : tenez, dit-il, en faisant voir son vit collé contre son ventre, voyez si je vous mens. J’ai une furieuse impatience de savoir le dénouement de l’histoire de ces trois bougresses-là ; je me flatte qu’un même tombeau doit les réunir. — Doucement, doucement, dit le duc, n’empiétons pas sur les événements. Parce que vous bandez, monsieur le président, vous voudriez qu’on vous parlât tout de suite de roue et de potence ; vous ressemblez beaucoup aux gens de votre robe, dont on prétend que le vit dresse toujours, chaque fois qu’ils condamnent à mort. — Laissons là l’état et la robe, dit Curval ; le fait est que je suis enchanté des procédés de Duclos, que je la trouve une fille charmante, et que son histoire du comte m’a mis dans un état affreux, dans un état où je crois que j’irais bien volontiers sur le grand chemin arrêter et voler un coche. — Il faut mettre ordre à cela, président, dit l’évêque, autrement nous ne serions pas ici en sûreté, et le moins que tu puisses faire serait de nous condamner tous à être pendus. — Non, pas vous, mais je ne vous cache pas que je condamnerais de bon cœur ces demoiselles, et principalement Mme la duchesse, que voilà là couchée comme un veau sur mon canapé, et qui, parce qu’elle a un peu de foutre modifié dans la matrice, s’imagine qu’on ne peut plus la toucher. — Oh ! dit Constance, ce n’est assurément pas avec vous que je compterais sur mon état pour m’attirer un tel respect ; on sait trop à quel point vous détestez les femmes grosses. — Oh ! prodigieusement, dit Curval, c’est la vérité." Et il allait, dans son transport, commettre, je crois, quelque sacrilège sur ce beau ventre, lorsque Duclos s’en empara. "Venez, venez, dit-elle, monsieur le président, puisque c’est moi qui ait fait le mal, je veux le réparer". » Et ils passèrent ensemble dans le boudoir du fond, suivis d’Augustine, d’Hébé, de Cupidon et de Thérèse. On ne fut pas longtemps sans entendre brailler le président, et malgré tous les soins de Duclos, la petite Hébé revint tout en pleurs ; il y avait même quelque chose de plus que des larmes, mais nous n’osons pas encore dire ce que c’était ; les circonstances ne nous le permettent pas. Un peu de patience, ami lecteur, et bientôt nous ne te cacherons plus rien. Curval, rentré et grumelant encore entre ses dents, disant que toutes ces lois-là faisaient qu’on ne pouvait pas décharger à son aise, etc., on fut se mettre à table. Après le souper, on s’enferma pour les corrections ; elles étaient, ce soir-là, peu nombreuses : il n’y avait en faute que Sophie, Colombe, Adélaïde et Zélamir. Durcet, dont la tête, dès le commencement de la soirée, s’était fortement échauffée contre Adélaïde, ne la ménagea pas ; Sophie, de qui l’on avait surpris des larmes pendant le récit de l’histoire du comte, fut punie pour son ancien délit et pour celui-là ; et le petit ménage du jour, Zélamir et Colombe, fut, dit-on, traité par le duc et Curval avec un sévérité qui tenait un peu de la barbarie.

Le duc et Curval, singulièrement en train, dirent qu’ils ne voulaient pas se coucher, et ayant fait apporter des liqueurs, ils passèrent la nuit à boire avec les quatre historiennes et Julie, dont le libertinage s’augmentant tous les jours, la faisait passer pour une créature fort aimable et qui méritait d’être mise au rang des objets pour lesquels on avait des égards. Tous les sept furent trouvés, le lendemain, ivres morts par Durcet qui vint les visiter ; on trouva la fille nue entre le père et le mari, et dans une attitude qui ne prouvait ni la vertu, ni même la décence dans le libertinage. Il paraissait enfin, pour ne pas tenir le lecteur en suspens, qu’ils en avaient joui tous les deux à la fois. Duclos, qui vraisemblablement avait servi de second, était jonchée, morte ivre auprès d’eux, et le reste était l’un sur l’autre, dans un autre coin, vis-à-vis le grand feu qu’on avait eu soin d’entretenir toute la nuit.

Voir en ligne : 22e journée :
- Bacchanales nocturnes

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique du Marquis de Sade, Les 120 journées de Sodome, ou l’École du libertinage, Éd. Club des bibliophiles, Paris, 1904.



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