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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

Fleurs fanées

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre XIV)



Auteur :

Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


XIV
FLEURS FANÉES

En déballant rapidement mes malles, ma pensée se reportait tout entière vers Miss Dean. Dinah m’avait prévenue du départ de mon amie et de Marthe, pour le Nord.

Combien j’aurais donné pour pouvoir les suivre ! L’idée de m’évader me traversa l’esprit et je résolus de faire tout mon possible pour l’exécuter.

Combien Miss Dean serait heureuse de me voir revenir à elle aussi pure que je l’avais quittée.

Et voilà qu’en ouvrant ma dernière malle, je trouvai un bouquet de fleurs rares que nous avions cueillies ensemble et que j’avais conservées, quoiqu’il commençât à se faner. Oh ! ces fleurs, comme j’y tenais. Je les effleurai de mes lèvres, et mon âme tout entière s’envolait vers Miss Dean. Toute ma vie mon remords sera d’avoir lâchement abandonné ma bienfaitrice. Si j’avais pu prévoir la suite !… Mais bien peu font leur existence, et nous toutes, femmes, sommes poussées par cette force inexplicable qui nous dirige vers l’inconnu. La douleur avait été pour beaucoup dans ma résolution, mais je dois l’avouer, je cédai plutôt que je ne fus contrainte à suivre cet homme que, cependant, j’exécrais. Ainsi est fait notre caractère.

Je m’habillai complètement, me coiffai soigneusement et sortis de l’appartement. Dans le hall qui précédait la principale porte extérieure, je rencontrai Dinah à qui je déclarai mon intention de faire un tour dans la propriété.

Alors, avec des larmes dans la voix, Dinah me dit qu’elle devait m’accompagner partout, sans me laisser m’éloigner de l’habitation.

Mon projet d’évasion s’écroulait. Dans un mouvement de rage, je lançai mon bouquet de fleurs fanées par-dessus la barrière — infranchissable pour moi.
- Va m’écriai-je, que le vent emporte ma dernière espérance. Miss Dean, nous sommes à jamais séparées. Puisse la brise te porter mes regrets et un peu de l’amour que je ne cesserai jamais d’avoir pour toi.

Puis, étendue sur une banquette, je me pris à sangloter.

Peu à peu, je me calmai, et Dinah, dans l’espoir de me distraire, me proposa de me faire visiter la maison.

J’acceptai son offre et nous nous promenâmes dans toute l’habitation. Je fus surprise du luxe qui s’étalait partout. Il y avait une vingtaine de chambres, toutes admirablement meublées, chacune dans un style différent. Je parcourus successivement plusieurs boudoirs, de vastes fumoirs, une merveilleuse salle de billard, et une grande bibliothèque remplie de livres de toutes sortes ; deux corridors et deux larges escaliers donnaient accès dans toutes ces pièces.

Ainsi que me l’avait dit Dinah, elle avait sous ses ordres vingt servantes, toutes portant le même costume : une robe de coton à ramages, un tablier blanc, un col, des manchettes et sur la tête un gant bonnet. Les filles affectées aux cuisines étaient des noires et des mulâtresses, mais toutes les femmes de chambre étaient quarteronnes ou mistis ; elles pouvaient avoir de dix-huit à vingt-cinq ans ; toutes étaient fort jolies et deux mistis surtout étaient réellement belles. Plusieurs enfants couraient dans les appartements, mais je n’aperçus pas un seul homme.

J’allai ensuite me promener seule dans les jardins qui étaient entièrement entourés de grilles de fer ; la seule entrée était la grande avenue par laquelle j’étais arrivée, la veille avec Randolph. J’errai à l’aventure pendant longtemps, mais je remarquai toutefois que les nègres employés au jardinage ne me quittaient pas des yeux, et surveillaient mes moindres mouvements. Je voulus m’assurer que j’étais vraiment prisonnière et je m’avançai vers la grille que j’essayai d’ouvrir. Deux noirs s’approchèrent immédiatement et l’un deux me dit :
- On pas poué allé. Nous qu’a gagné ordre de Massa pas laissé ou sorti.

Je retournai tristement dans ma chambre que j’examinai soigneusement pour la première fois. Elle était ravissante, tendue de rose et de blanc. De large fenêtres ouvraient sur un jardin. L’ameublement très soigné et intime, ressemblait quelque peu à celui d’un boudoir. De très larges fauteuil, et une table carrée la garnissaient principalement.

Roulant un fauteuil près de la fenêtre, et m’y allongeant, je m’abandonnai à mes pensées.

Que Randolph était donc cruel de nous avoir livrées aux lyncheurs et de m’avoir arraché mon consentement par des souffrances horribles.

Oh ! pourquoi n’avais-je pas eu le courage de supporter bravement, comme Miss Dean, les tourments que ces brutes nous avaient infligés. En quelques heures, j’eusse été sur la route de Richmond. Je comparai ma position avec celle de mon amie ; elle était bien tranquille maintenant ; dans deux jours, elle serait en sûreté à Philadelphie, tandis que je resterai à Woodlands, prisonnière d’un monstre qui me prendrait comme jouet de toutes ses fantaisies.

La matinée s’écoula ainsi, et vers une heure, Dinah vint m’annoncer que le lunch était prêt.

Après m’être légèrement restaurée, je rentrai dans la bibliothèque et je cherchai dans la lecture l’oubli momentané de ma triste situation. A sept heures, je fus appelée pour le dîner, un dîner meilleur et mieux servi que ceux auxquels j’étais accoutumée, Miss Dean vivant très simplement. Deux quarteronnes, Lucie et Kate servaient à table, et Dinah, toujours majestueuse, faisait le service.

Je fis un très bon repas ; j’avais réellement faim, et comme j’étais bien portante, mon appétit, malgré tout ce que j’avais eu à subir, ne perdait pas ses droits.

J’allai ensuite m’étendre sur un canapé, dans un petit salon attenant à la salle à manger. Les lampes furent allumées, les rideaux tirés, et je m’installai très confortablement pour lire. La soirée me parut longue, et je me décidai enfin à me coucher. Dinah me déshabilla et je me glissai entre les draps. Je ne tardai pas à dormir d’un profond sommeil.

Mon esprit versatile et léger — j’étais si jeune ! — ne me rappelait plus ma triste situation, et c’est après des rêves enchanteurs que je m’éveillai, le lendemain, fraîche et disposée, comme s’il ne s’était rien produit dans le cours de mon existence…

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : La fin d’un rêve (Chapitre XV)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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