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Histoire des flagellants

Fouet, discipline et flagellations volontaires

Le bon et le mauvais usage des flagellations (Chapitre VI)



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Jacques Boileau, Histoire des flagellants où l’on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations parmi les chrétiens..., traduite du latin par l’abbé J.-J. Granet et préfacée par François Granet, Éd. F. Vander Plaats, Amsterdam, 1701 (in-12°).


CHAPITRE VI

Les premiers auteurs des règles monastiques et les fondateurs des Ordres, soit en Orient ou en Occident, n’ont point prescrit les flagellations volontaires, mais ils ont imposé cette peine aux délinquants, selon la nature de leurs fautes.

Nous apprenons de la Vie de St Antoine, le premier des moines et des solitaires qu’il y ait jamais eu, que St Athanase, évêque d’Alexandrie, a écrite, combien ces flagellations étaient éloignées de son esprit. Car lorsque les moines, qui étaient sous sa juridiction, lui demandèrent une règle pour la conduite des moeurs, il leur répondit avec l’assurance d’un prophète, chap. XV : Que la Sainte Écriture suffisait pour les instruire de tout ce qu’ils devaient pratiquer. Puis donc que les disciplines volontaires sont plutôt défendues qu’ordonnées par l’autorité des livres sacrés, comme nous l’avons déjà prouvé ci-dessus, il faut conclure de toute nécessité que St Antoine n’y avait jamais pensé et qu’il ne les avait point mises en usage. En effet, dans la Règle qui porte le nom de ce saint, que le savant Lucas Hoistenius, Bibliothécaire du Vatican a publiée dans son Recueil de Règles, on n’y voit pas le moindre vestige de ces flagellations. Il n’en est pas dit un seul mot non plus dans la Règle de l’abbé Isale, qui n’était pas inférieur à St Antoine. On la trouve insérée dans le même livre d’Holstenius. Rufin, liv. I de la Vie des Pères, et Palladius, liv. VIII, chap. 52 et Iiv. V, Des Mots des Anciens parlent avec éloge de cet Abbé. On voit, dans le même Recueil de Règles, celle des Sts Pères Sérapion, Macaire, Paphnuce et d’un autre Macaire, où il est parlé de flagellations de l’humilité, au chap. XV sous ce titre : « Comment il faut corriger les fautes de chacun. » Voici le texte : « Si quelqu’un est surpris à rire, ou à tenir des discours frivoles qui ne sont point du tout à propos, selon ce que dit l’Apôtre, nous ordonnons qu’un tel soit châtié durant deux semaines de suite, et au nom du Seigneur, du fouet de l’humilité. » Mais qui ne voit que cette flagellation se doit prendre dans un sens figuré, et qu’elle ne s’exerçait point à coups de verges ou de courroies effectives ? La seconde Règle des Pères vient ensuite ; elle est renfermée en six chapitres où il n’y a pas le moindre petit mot de ces flagellations. La troisième, qui consiste en quatorze articles, n’en parle aux neuvième et douzième, qu’à l’égard des criminels qui les souffraient malgré qu’ils en eussent : « Si quelque moine, y est-il dit, commet un vol qu’on peut appeler plutôt un sacrilège, nous avons trouvé à propos d’ordonner, que, si c’est un novice, on le batte à coups de verges, et qu’il ne soit jamais admis à l’office de clerc. Mais si un clerc tombe dans cette faute, qu’on le dépouille de sa dignité et qu’il lui suffise d’être reçu à la communion, après avoir rempli tous les devoirs de la pénitence. » Nous voyons par là que ceux qu’on battait ainsi à coups de verges étaient privés de la cléricature, et qu’on leur imposait cette pénitence malgré qu’ils en eussent ; ni plus ni moins que les scélérats et les criminels, que les juges condamnent aux tourments et aux supplices, et qui sont contraints malgré qu’ils en aient, de passer par les mains du bourreau.

St Macaire d’Alexandrie, abbé de Nitrie dans la Thébaïde, qui peut tenir le second rang après St Antoine, s’il ne va pas même avec lui, vivait sous le règne de Constantin le Grand, et St Jérôme, Épître XXIiI, Socrate, liv. IV de son Histoire, chap. XVIII et Sozomène, liv. III, chap. XIII, en parlent avec éloge. Mais ce dernier remarque qu’il avait cinq mille moines sous sa conduite, et qu’il imposa la peine du fouet à tous les endurcis et les rebelles, qui tâchaient de sauter par dessus l’enclos des monastères. Voici l’ordre qu’il avait donné pour cela [1]. « Si quelqu’un, dit-il, continue volontairement dans son orgueil et sa méchanceté, et qu’il dise : je ne saurais plus tenir ici mais je prendrai mon petit fait et je m’en irai là où Dieu me conduira ; que celui des frères qui l’a entendu parler de cette manière le rapporte d’abord au Prieur, et le Prieur à l’Abbé, que l’Abbé convoque ensuite tous les Frères, qu’il fasse venir le criminel en leur présence, qu’on le châtie à coups de verges, qu’on prie Dieu, et qu’on le reçoive ainsi à la communion. Et si quelqu’un ne se corrige point par les avis qu’on lui donne, qu’il soit châtié à coups de verges. »

St Pacôme dans sa Règle, qui lui fut dictée par un ange, selon le rapport de Gennadius, ne dit pas un seul mot des flagellations volontaires, et il ne parle que du fouet qu’on donnait aux enfants ou aux adultes, malgré qu’ils en eussent. À l’égard des moines il s’exprime de cette manière au titre CLXIII. « Que celui qui a contracté l’habitude de solliciter ses frères au mal par ses discours, et de séduire l’âme des simples, soit averti jusqu’à trois fois de se corriger de ce défaut ; mais s’il méprise les remontrances et qu’il s’obstine à suivre son penchant, qu’on le mette hors du monastère dans un lieu à part, qu’on lui donne le fouet devant la porte, et qu’on le condamne au pain et à l’eau, jusqu’à ce qu’il soit purifié de ses souillures. » Au regard des enfants, il en parle en ces termes au nombre CLXXII : « Que tous les jeunes garçons qui ne craignent point de se perdre par le péché, ou qui ne pensent point au jugement de Dieu, et qui ne se corrigent pas lorsqu’ils sont repris, soient châtiés à coups de fouet, jusqu’à ce qu’ils reçoivent l’instruction et la crainte de Dieu. »

St Orisiesius, compagnon de St Pacôme, et abbé de Tabennes, de qui Gennadius fait mention dans ses Hommes Illustres au chap. XIX, a écrit une Règle toute tirée du Vieux et du Nouveau Testament, et au chap. XIII, il y défend avec beaucoup de soin aux Prieurs des monastères d’abuser de leur autorité à l’égard des peines et des supplices qu’ils imposent. Mais dans tous les cinquante articles de cette Règle, il n’a pas lâché un seul mot des flagellations reçues volontairement, ou malgré soi. Ce qui serait tout à fait incroyable, si la discipline, qu’on se donne aujourd’hui parmi nous, avait alors été en usage sans aucune contradiction.

La Règle d’Orient composée par le diacre Vigile n’en dit rien non plus. Gennadius dans son Livre des Écrivains Ecclésiastiques, chap. LI, St Benoît, abbé d’Aniane dans la Concorde des Règles, Smaragdus dans l’Exposition de la Règle de St Benoît, et les Annales de Trêves dans l’Apologie du Monastère de St Maximin, parlent de ce diacre et de sa Règle. Quoi qu’il en soit, elle consiste en quarante-sept chapitres, où les corrections, qu’on pratiquait à l’égard des moines qui tombaient en faute, ne sont pas oubliées, mais il n’y paraît aucune ombre des fouets, ni des courroies.

Le grand St Basile, archevêque de Césarée en Cappadoce, écrivit une Règle pour la vie monastique, en forme de demandes et de réponses ; où l’on ne trouve pas un seul mot d’aucune sorte de flagellations, volontaires, ou autres. Je ne crois pas non plus qu’il faille avoir aucun égard à l’objection qu’on tire de l’oraison funèbre de ce saint, rapportée par St Grégoire de Nysse, et où on lit ces paroles [2]. « Il fouettait et tourmentait son corps, comme un esclave rebelle à ses ordres » ; puisque St Grégoire ajoute tout de suite, que cette flagellation ne se faisait pas à coups de verges ou de courroies, « mais par une patience extraordinaire dans les maux et une continence à toute épreuve. » Palladius, évêque d’Hélénopolis, dans son Histoire Lausiaque et, dans la vie de l’abbé St Arsisius, rapporte que sur une montagne de Nitrie, il y avait une fort grande église, où l’on voyait trois palmiers, à chacun desquels était pendu un fouet, dont l’un servait à châtier les moines qui désobéissaient à la Règle, l’autre à punir les voleurs si on en surprenait quelqu’un, et le troisième à corriger ceux qui venaient par hasard et qui tombaient dans quelques fautes ; de sorte que tous les délinquants qui étaient convaincus d’avoir mérité punition, embrassaient un des palmiers pour recevoir en cette posture un certain nombre de coups de fouet, après quoi on les renvoyaient. Mais il n’y a rien en tout ceci qui regarde les flagellations volontaires données ou reçues, et c’est une bonne preuve qu’elles n’étaient pas usitées en Orient. Voyons à cette heure, si on les pratiquait en Occident.

La Règle de St Benoît défend à l’article 70, qu’on châtie aucun moine sans la permission du Supérieur, ou de l’Abbé : « Qu’il n’y ait personne, dit l’auteur, qui s’avise d’excommunier ou de battre aucun des Frères, s’il n’en est autorisé par l’Abbé. » Et aussitôt après, où il s’agit de la correction des enfants. « Qu’on exerce, dit-il, avec soin la discipline à l’égard des enfants, jusqu’à ce qu’ils aient atteint leur quinzième année. »

On ne rencontre pas un seul mot dans toute cette Règle des flagellations volontaires, ni de la discipline d’en haut et d’en bas ; non plus que dans cette autre, dont l’auteur est incertain et qu’Holstenius a mise dans son recueil, ni dans celle des Abbés Paul et Étienne. De même, la Règle du prêtre St Tétrade, fils du frère ou de la soeur de St Césaire, archevêque d’Arles, laquelle il avait reçue de ce prélat, garde un profond silence sur toutes les flagellations volontaires ou contraintes. Nous avons aussi dans le livre d’Holstenius, la Règle de St Aurélien, évêque d’Arles, qu’il écrivit du temps de Childebert, Roi de France, le fondateur du monastère d’Arles, et dont St Grégoire le Grand, au liv. VII de ses Épîtres, Ép. 117, indict. 2, dit qu’elle avait été confirmée par son prédécesseur le pape Vigile. Quoi qu’il en soit, on n’y trouve des flagellations prescrites qu’à l’égard des coupables, et pour les ramener de leurs égarements, avec cette clause, que le nombre des coups n’excéderait point celui qui est fixé dans la Loi de Moïse. « S’il est nécessaire, y est-il dit, d’employer le fouet pour la correction de quelque faute, qu’on ne passe jamais le nombre légitime des coups, c’est-à-dire trente-neuf. » D’où il parait combien l’esprit des hommes de ce temps-là était éloigné de la coutume reçue en nos jours, et d’admettre ce cruel charivari de fouets et de disciplines, dont nos moines s’écorchent les fesses, les épaules et les reins, à l’exemple de leur bienheureux ancêtres, qui vers le milieu de l’onzième siècle, animés par un principe de piété et de dévotion, commencèrent à se fustiger vigoureusement à coups de verges.

St Ferréol, évêque d’Usès, dont la mort sainte et chrétienne est célébrée par Grégoire de Tours au liv. VI de son Histoire de France, chap. 7, composa une Règle, que St Benoît d’Aniane a presque toute insérée dans sa Concordance des Règles, et que Smaragdus, abbé de St Michel a produite pour l’expiation de la Règle de St Benoît. C’est là où ce prélat dit à la fin du chap. 39, qu’il faut donner le fouet aux moines qui sont coupables de larcin, de même qu’à ceux qui se souillent du vice de la fornication : « Nous ordonnons, dit-il, que le moine qui a commis un larcin, si tant est qu’on le puisse encore appeler de ce nom, soit traité comme un adultère qui est tombé deux fois dans le même crime ; qu’on le soumette à la rigueur du fouet, qu’on lui impose de grandes peines, et qu’en un mot on prononce contre lui la même sentence qu’on donne contre un fornicateur, parce qu’il s’est aussi plongé lui-même dans les voluptés criminelles, et que cela sans doute l’a réduit à faire un larcin. »

St Colomban qui institua le premier la vie monastique en France, a écrit une Règle selon ce que rapporte Ordericus Vitalis dans son Histoire des Normands, liv. VII, pour servir de supplément à celle de St Benoît, et au chapitre X, qui traite de la diversité des crimes, il impose des flagellations pour tous en général, et proportionne le nombre des coups à la nature de la faute, mais il ne dit rien des flagellations volontaires. Par exemple, il y a quelques crimes pour lesquels il veut qu’on ne donne que six coups, et pour d’autres il en prescrit jusqu’à deux cents : « Que celui, dit-il, qui parle familièrement et tête-à-tête avec une femme, sans qu’il y ait certaines personnes présentes, demeure sans manger, ou bien qu’on le condamne au pain et à l’eau pendant deux jours, ou à recevoir deux cents coups de fouet. »

Le monastère d’Agaune, que Sigismond, Roi de Bourgogne avait fait bâtir à l’honneur de CCXX martyrs de la région thébaine dont St Maurice était le chef sous l’empire de Maximin, avait sa Règle particulière sous le titre de Règle de Tarnate, et on la trouve dans le recueil de Holstenius, après celle de St Colomban ; mais il n’y a pas un seul mot d’aucune sorte de flagellations, soit volontaires, ou autres. Elle ne fait que censurer en général ceux qui regardent les femmes d’un oeil de convoitise : « En cas, dit-elle au chap. XIV, que celui qu’on a repris là-dessus néglige de s’amender, qu’on le dénonce à l’Abbé, afin qu’il en reçoive une bonne correction ; mais on ne peut entendre par là qu’une censure faite de bouche, ou tout au plus le jeûne et l’abstinence, et non pas des coups de fouet ou de discipline. D’ailleurs, si ce remède ne produit rien, elle veut qu’on relègue l’impénitent hors de l’enceinte du monastère : Si cela, y est-il dit, ne corrige pas le prévenu, qu’on le chasse de votre société comme une brebis galeuse, de peur qu’elle n’infecte les autres par son mauvais exemple. »

La Règle de St Isidore, archevêque de Séville, décerne la peine du fouet contre les solitaires, les moines et les enfants coupables : « On ne doit pas prononcer la sentence d’excommunication, y est-il dit au chap. XVII, contre ceux qui sont en bas âge, mais il faut les châtier à coups de fouet, eu égard à leur état et à la nature de leur crime.

St Fructuosus, évêque de Bracchare, a fait une Règle, dont parlent Ecbert, et Burchard, évêque de Worms, le premier sous l’année CCCL, dans son Recueil de Canons publié avec les Conciles d’Angleterre par les soins de Spelman, et l’autre au liv. XI de son Décret. Mais ce bienheureux prélat y garde un profond silence sur les flagellations volontaires ; il ordonne seulement au chap. XV [3] : « À l’égard des lascifs et des querelleux, que s’ils continuent à être rebelles après avoir essuyé la censure et observé le jeûne, on les châtie de plus de coups. » Il établit ensuite au chap. XVI [4] : « À l’égard du moine qui est menteur, larron et batteur, que si après avoir été averti par les plus âgés du monastère, il ne s’amende point, on le fasse venir jusqu’à trois fois devant les Frères pour l’exhorter à la repentance. Mais si cela ne le corrige point, qu’on le fouette rigoureusement, et qu’on l’excommunie au bout de trois mois. » Il ajoute d’abord qu’on doit imposer la même peine aux ivrognes et aux sodomites :« Si un moine, dit-il, recherche la compagnie des garçons et des jeunes hommes, et qu’il soit surpris à vouloir donner un baiser, ou à faire quelque autre action sale et impudique, qu’on le fouette en public, après que le crime sera bien vérifié par des témoins irréprochables. » Au chap. XVII, il parle ainsi de ceux qui tombent dans quelque faute : « Si le prévenu s’opiniâtre, et que par un esprit d’orgueil ou de contradiction il persiste à nier le crime dont on l’accuse, qu’on le châtie plus sévèrement et qu’on redouble les coups de fouet. »

La seconde Règle monastique de St Fructuosus, qu’on appelle vulgairement la Règle Commune, vient ensuite ; mais on n’y trouve rien des disciplines volontaires, ni du fouet qu’on donne aux criminels, malgré qu’ils en aient. Après celle-ci, on voit la Règle d’un Anonyme, sous le titre de Règle d’un Père. St Benoît, abbé d’Aniane, en parle dans sa Concordance des Règles, aussi bien que Smaragdus dans ses Explications de la Règle de St Benoît ; mais il n’y a rien non plus des flagellations volontaires.

La Règle de Magister, écrite cinquante ans après celle de St Benoît, au chap. XIII, intitulé [5] : « Comme on doit en agir envers un Frère qui est excommunié », dit en propres termes : « Si les Frères excommuniés continuent dans leur orgueil, et que le troisième jour à neuf heures ils ne veuillent pas faire satisfaction à l’Abbé, qu’on les enferme jusqu’à leur mort, et qu’on les batte à coups de verges ; où s’il plaît même à l’Abbé, qu’on les chasse du monastère, parce que la vie du cloître n’admet pas des hommes sensuels, et possédés de l’orgueil. C’est pourquoi ceux qui sont tels doivent être punis à coups de fouet et chassés du couvent, comme indignes de vivre avec Jésus-Christ, le modèle parfait de l’humilité. »

Le prêtre Grimlaicus, auteur d’une Règle pour les solitaires, que Dom Luc d’Acheri, illustre bénédictin de la Congrégation de St Maur, et fort laborieux dans la recherche de l’Antiquité, a publiée à Paris, ne parlent que des flagellations que les Esprits malins exercent [6] : « Quelquefois, dit-il, les Démons attaquent ouvertement les hommes, et les fustigent comme il était arrivé à St Antoine. » Mais lorsqu’au chapitre LXIV, il donne les moyens de bannir les pensées criminelles et les fausse imaginations, il ne prescrit point le fouet ni la discipline ; mais de longues et sévères abstinences, d’apprendre l’Écriture Sainte par coeur, de lire l’Évangile et de le méditer tous les jours : « Jeûnez, dit-il, jusqu’au soir, et retenez dans votre mémoire quelques passages de la Ste Ecriture ; méditez sur d’autres, afin que si quelque mauvaise pensée vous vient dans l’esprit, vous ne regardiez jamais aux choses d’ici-bas, mais que votre coeur soit toujours élevé en haut, et Dieu ne manquera pas de vous aider sur le champ. » Voilà tout ce que j’ai pu trouver au sujet des flagellations dans les anciennes Règles de la vie monastique et solitaire à l’égard des hommes.

Examinons présentement les Règles qu’on a données pour la conduite des moinesses et des nonnains. La plus ancienne de toutes est celle qui se trouve dans l’Épître CIX de St Augustin, où il est dit de la Prieure [7] : « Qu’elle soit prompte à recevoir la discipline, mais qu’elle ne l’impose qu’en tremblant. » Ce qui ne signifie point que la Prieure doive condamner au fouet, mais qu’elle est obligée à faire observer la règle des moeurs, pour la correction et le châtiment des coupables ; de même qu’il est dit dans la Règle de St Pacôme à l’article XXXII : « Chaque Prieur enseignera dans son couvent de quelle manière les moines doivent manger ensemble avec ordre, ou discipline, et avec douceur. » Et à l’article LVIII : « Qu’ils n’aillent point se laver les mains, jusqu’à ce qu’ils aient tous reçu le même signal ; qu’ils suivent leur Prieur, et qu’ils se lavent sans dire mot et avec ordre ou discipline. » Et au chap. LXI : « Le Prieur du couvent examinera tout ce qui se fait contre la Règle de l’Écriture et la discipline du monastère. » La Règle qu’on nomme d’Orient, s’exprime en ces termes : « Afin que les Pères et ceux qui sont les plus âgés ne travaillent pas en vain à la conduite des frères, et que la discipline des plus jeunes ne soit pas incertaine et chancelante. » La Règle de St Benoît emploie aussi le mot de discipline à l’article LXX : « Que celui qui entreprendra quelque chose de son propre mouvement sans en avoir l’ordre de l’Abbé, ou qui s’emportera trop contre les jeunes garçons qu’il instruit, subisse la discipline régulière. » Le même terme se trouve dans la Règle du monastère d’Agaune, chap. XIV, art. XVIII, que nous avons déjà citée p. 114 et dans celle de St Aurélien, aux articles X, XI et XXVIII. Il faut pourtant avouer que le mot de discipline signifie quelquefois chez les Anciens la flagellation mais alors il est accompagné du terme de fouet, comme on peut le voir dans l’article XLI de la Règle de St Aurélien, que nous avons rapporté ci-dessus p. 112 et au chapitre XVII de la Règle de St Isidore, où il est dit : « Si on doit les châtier selon la nature du crime dont ils sont coupables, que la discipline du fouet retienne ceux que l’infirmité de l’âge ne ramène point de leur égarement. »

La Règle que St Césaire, archevêque d’Arles, dressa pour la conduite de la vie religieuse des nonnains, ne dit pas un seul mot des flagellations volontaires ; cependant Gennadius, dans son Histoire des Écrivains Ecclésiastiques, chapitre LXXXVII, Cyprien, dans la Vie de Césaire, Grégoire de Tours, au liv. IX de son Histoire de France, chap. XXXIX, XL, et XLII et Venance, liv. VIII, chant I Sur Ste Radegonde parlent de cette Règle avec éloge. Quoi qu’il en soit, l’article XXIX est conçu en ces termes : « Il est juste que celles qui ont violé les institutions de la Règle reçoivent la discipline requise. On doit exécuter sur elles ce que le St Esprit a déclaré par la bouche de Salomon à l’égard des enfants revêches, Prov. XIII, 24. Celui qui aime son fils se hâte de le châtier ; et chap. XXIII, 14 : Tu le frapperas de la verge, mais tu délivreras son âme du sépulcre, ou de l’enfer. Il faut aussi qu’on leur donne la discipline en présence de toute la société, selon ce que dit l’Apôtre. Corrige les pécheurs devant tous. » Mais cette discipline n’emporte pas la flagellation volontaire. La Règle de St Aurélien, évêque d’Arles, célébrée avec honneur par St Grégoire le Grand, liv. VIII, Épît. 118, et celle de St Donat, archevêque de Besançon, fort louée par le moine Jonas dans la Vie de St Colomban, chap. XIII, que le Vénérable Bède a insérée dans le IIIème volume de ses ouvrages, parlent de cette discipline à peu près dans les mêmes termes. La dernière marque les fautes qui doivent être punies par le fouet et prescrit le nombre des coups à proportion de la grandeur de chaque faute ; mais elle ne dit pas un seul mot des flagellations volontaires. Il y a outre cela un passage dans la Règle de l’Anonyme, dont j’ai parlé ci-dessus p. 116, qui se trouve au chap. XX et qui dit : « Si une Soeur qu’on a souvent reprise ne veut pas se corriger, qu’on l’excommunie pour sa désobéissance, et si cette punition ne produit rien, qu’on la condamne alors à subir le fouet, Ce sont là toutes les règles que j’ai pu découvrir, et je ne sache pas qu’il y en ait d’autres fort considérables, à moins qu’on n’y ajoute les deux qui sont insérées à la fin du Recueil d’Holstenius, dont l’une est attribuée à St Léandre, évêque de Séville, et l’autre à St Elred, ou Ethelred, abbé de Richemont en Angleterre, dans le diocèse d’York ; mais ce ne sont pas tant des Règles que des préceptes et des avis pour la conduite des nonnains, et il n’y a pas la moindre chose à l’égard des flagellations reçues de gré ou de force. Ainsi nous pouvons conclure, qu’il n’y a point de fondateur d’aucun Ordre monastique, ni d’aucun couvent, ni quelque auteur que ce soit d’aucune Règle, qui aient jamais pensé aux flagellations volontaires, et que cette espèce de dévotion, dont la plupart de nos moines se glorifient aujourd’hui, et qu’ils exercent aux dépens de leur cuir, leur était tout à fait inconnue.

Voir en ligne : Chapitre VII : Origine des flagellations volontaires parmi les chrétiens

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après l’ouvrage de Jacques Boileau, Histoire des flagellants où l’on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations parmi les chrétiens..., traduite du latin par l’abbé J.-J. Granet et préfacée par François Granet, Éd. F. Vander Plaats, Amsterdam, 1701 (in-12°).

Notes

[1Titulo XXVII.

[2Tom. II. Pag. 928. Litt. B.

[3Chap. XV. de Lascivis et Clamosis.

[4Chap. XVI.

[5Cap. XIII.

[6Cap. LXVI.

[7Numero XXII.



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