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Mémoires de Fanny Hill, Femme de plaisir

Fouetter et se faire fouetter jusqu’au sang

Lettre deuxième (cinquième partie)



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John Cleland, Mémoires de Fanny Hill, Femme de plaisir, L’Œuvre de John Cleland (Avec des documents sur la vie à Londres au XVIIIe siècle, et notamment la Vie galante d’après les SÉRAILS DE LONDRES), Introduction, essai bibliographique par Guillaume Apollinaire, Ouvrage orné de six compositions d’après la suite gravée par William Hogarth : La destinée d’une Courtisane, Bibliothèque des Curieux, Collection « Les Maîtres de l’amour », Paris, 1914.


Je restai vacante quelque temps et me contentai d’être la confidente de ma chère Harriett, qui venait souvent me voir et me contait le bonheur suivi qu’elle goûtait avec son baronnet, qui l’aimait tendrement, lorsqu’un jour Mme Cole me dit qu’elle attendait dans peu, en ville, un de ses clients, nommé Mr. Barville, et qu’elle craignait ne pouvoir lui procurer une compagne convenable, parce que ce gentleman avait contracté un goût fort bizarre, qui consistait à se faire fouetter et à fouetter les autres jusqu’au sang ; ce qui faisait qu’il y avait très peu de filles qui voulussent soumettre leur postérieur à ses fantaisies et acheter, aux dépens de leur peau, les présents considérables qu’il faisait. Mais le plus étrange de l’affaire, c’est que le gentleman était jeune ; car passe encore pour ces vieux pécheurs, qui ne peuvent se mettre en train que par les dures titillations que le manège, excite.

Quoique je n’eusse en aucune façon besoin de gagner à tel prix de quoi subsister et que ce procédé me parût aussi déplacé que déplorable dans ce jeune homme, je consentis et proposai même de me soumettre à l’expérience, soit par caprice, soit par une vaine ostentation de courage. Mme Cole, surprise de ma résolution, accepta avec plaisir une proposition qui la délivrait de la peine de chercher ailleurs.

Le jour fixé, Mr. Barville vint, et je lui fus présentée par Mme Cole, dans un simple déshabillé convenable à la scène que j’allais jouer : tout en linge fin et d’une blancheur éblouissante, robe, jupon, bas et pantoufles de satin, comme une victime qu’on mène au sacrifice. Ma chevelure, d’un blond cendré tirant au châtain, tombait en boucles flottantes sur mon cou et contrastait agréablement par sa couleur avec celle du reste de la toilette.

Dès que Mr. Barville m’eut vue, il me salua avec respect et étonnement, et demanda à mon interlocutrice si une créature aussi belle et aussi délicate que moi voudrait bien se soumettre aux rigueurs et aux souffrances qu’il était, accoutumé d’exercer. Elle lui répondit ce qu’il fallait, et lisant dans ses yeux qu’elle ne pouvait se retirer assez tôt, elle sortit, après lui avoir recommandé d’en user modérément avec une jeune novice.

Tandis que Mr. Barville m’examinait, je parcourus avec curiosité la figure d’un homme qui, au printemps de l’âge, s’amusait d’un exercice qu’on ne connaît que dans les écoles.

C’était un garçon joufflu et frais, excessivement blond, taille courte et replète, avec un air d’austérité. Il avait vingt-trois ans, quoiqu’on ne lui en eût donné que vingt, à cause de la blancheur de sa peau et de l’incarnat de son teint qui, joints à sa rondeur, l’auraient fait prendre pour un Bacchus, si un air d’austérité ou de rudesse ne se fût opposé à la parfaite ressemblance. Son habillement était propre, mais fort au-dessous de sa fortune ; ce qui venait plutôt d’un goût bizarre que d’une sordide avarice.

Dès que Mme Cole fut sortie, il se plaça près de moi et son visage commença à se dérider. J’appris par la suite, lorsque je connus mieux son caractère, qu’il était réduit, par sa constitution naturelle, à ne pouvoir goûter les plaisirs de l’amour avant que de s’être préparé par des moyens extraordinaires et douloureux.

Après m’avoir disposée à la constance par des apologies et des promesses, il se leva et se mit près du feu, tandis que j’allais prendre dans une armoire voisine les instruments de discipline, composés de petites verges de bouleau liées ensemble, qu’il mania avec autant de plaisir qu’elles me causaient de terreur.

Il approcha alors un banc destiné pour la cérémonie, ôta ses habits, et me pria de déboutonner sa culotte et de rouler sa chemise par-dessus ses hanches ; ce que je fis en jetant un regard sur l’instrument pour lequel cette préparation se faisait. Je vis le pauvre diable qui s’était, pour ainsi dire, retiré dans son ermitage, montrant à peine le bout de sa tête, tel que vous aurez vu au printemps un roitelet qui élève le bec hors de l’herbe.

Il s’arrêta ici pour défaire ses jarretières, qu’il me donna, afin que je le liasse par ses jambes sur le banc ; circonstance qui n’était nécessaire, comme je le suppose, que pour augmenter la farce qu’il s’était prescrite. Je le plaçai alors sur son ventre, le long du banc avec un oreiller sous lui, je lui liai pieds et poings et j’abattis sa culotte jusque sur ses talons ; ce qui exposa à ma vue deux fesses dodues et fort blanches qui se terminaient insensiblement vers les hanches.

Prenant alors les verges, je me mis à côté de mon patient et lui donnai, suivant ses ordres, dix coups appliqués de toute la force que mon bras put fournir ; ce qui ne fit pas plus d’effet sur lui que la piqûre d’une mouche n’en fait sur les écailles d’une écrevisse. Je vis avec étonnement sa dureté, car les verges avaient déchiré sa peau, dont le sang était prêt à couler, et je retirai plusieurs esquilles de bois sans qu’il se plaignît du mal qu’il devait souffrir.

Je fus tellement émue à cet aspect pitoyable que je me repentais déjà de mon entreprise et que je me serais volontiers dispensée de faire le reste ; mais il me pria de continuer mon office, ce que je fis jusqu’à ce que, le voyant se démener contre le coussin, d’une manière qui ne dénotait aucune douleur, curieuse de savoir ce qui en était, je glissai doucement la main sous le jeune homme, et je trouvai les choses bien changées à mon grand étonnement ; ce que je croyais impalpable avait pris une consistance surprenante et des dimensions démesurées quant à la grosseur, car pour la taille, elle était fort courte. Mais il me pria de continuer vivement ma correction, si je voulais qu’il atteignît le dernier stage du plaisir.

Reprenant donc les verges, je commençai d’en jouer de plus belle, quand après quelques violentes émotions et deux ou trois soupirs, je vis qu’il restait sans mouvement. Il me pria alors de le délier, ce que je fis au plus vite, surprise de la force passive dont il venait de jouir et de la manière cruelle dont il se la procurait ; car lorsqu’il se leva, à peine pouvait-il marcher, tant j’y avais été de bon cœur.

J’aperçus alors sur le banc les traces de son plaisir et je vis que son paresseux s’était déjà de nouveau caché, comme s’il avait été honteux de montrer sa tête, ne voulant céder qu’à la fustigation de ses voisines postérieures, qui ainsi souffraient seules de son caprice.

Mon gentleman ayant repris ses habits se plaça doucement près de moi, en tenant hors du coussin une de ses fesses trop meurtrie pour qu’il pût s’y appuyer même légèrement.

Il me remercia alors de l’extrême plaisir que je venais de lui donner, et voyant quelques marques de terreur sur mon visage, il me dit que si je craignais de me soumettre à sa discipline, il se passerait de cette satisfaction ; mais que si j’étais assez complaisante pour cela, il ne manquerait pas de considérer la différence du sexe et la délicatesse de ma peau. Encouragée ou plutôt piquée d’honneur de tenir la promesse que j’avais faite à Mme Cole, qui, comme je ne l’ignorais point, voyait tout par le trou pratiqué pour cet effet, je ne pus me défendre de subir la fustigation.

J’acceptai donc sa demande avec un courage qui partait de mon imagination plutôt que de mon cœur ; je le priai même de ne point tarder, craignant que la réflexion ne me fît changer d’idée.

Il n’eut qu’à défaire mes jupes et lever ma chemise, ce qu’il fit ; lorsqu’il me vit à nu, il me contempla avec ravissement, puis me coucha sur la banquette, posa ma tête sur le coussin. J’attendais qu’il me liât, et j’étendais même déjà en tremblant les mains pour cet effet ; il me dit qu’il ne voulait pas pousser ma constance jusqu’à ce point, mais me laisser libre de me lever quand le jeu me déplairait.

Toutes mes parties postérieures étaient maintenant à sa merci ; il se plaça au commencement à une petite distance de ma personne et se délecta à parcourir des yeux les secrètes richesses que je lui avais abandonnées ; puis, s’élançant vers moi, il les couvrit de mille tendres baisers ; prenant alors les verges, il commença à badiner légèrement sur ces masses de chair frissonnante, mais bientôt il me fustigea si durement que le sang perla en plus d’un endroit. À cette vue, se précipitant sur moi, il baisa les plaies saignantes, en les suçant, ce qui soulagea un peu ma douleur. Il me fit poser ensuite sur mes genoux, de façon à montrer cette tendre partie, région du plaisir et de la souffrance, sur laquelle il dirigea ses coups, qui me faisaient faire mille contorsions variées, dont la vue le ravissait.

Toutefois je supportai tout sans crier et ne donnai aucune marque de mécontentement, bien résolue néanmoins à ne plus m’exposer à des caprices aussi étranges.

Vous pouvez bien penser dans quel pitoyable état mes pauvres coussins de chair furent réduits : écorchés, meurtris et sanglants, sans d’ailleurs que je sentisse la moindre idée de plaisir, quoique l’auteur de mes peines me fît mille compliments et mille caresses.

Dès que j’eus repris mes habits, Mme Cole apporta elle-même un souper qui aurait satisfait la sensualité d’un cardinal, sans compter les vins généreux qui l’accompagnèrent. Après nous avoir servi, notre discrète abbesse sortit sans dire un mot ni sans avoir souri, précaution nécessaire pour ne point me remplir d’une confusion qui aurait nui à la bonne chère.

Je me mis à côté de mon boucher, car il me fut impossible de regarder d’un autre œil un homme qui venait de me traiter si rudement, et mangeai quelque temps en silence, fort piquée des sourires qu’il me lançait de temps en temps.

Mais à peine le souper fut-il fini que je me sentis possédée d’une si terrible démangeaison et de titillations si fortes qu’il me fut pour ainsi dire impossible de me contenir ; la douleur des coups de verges s’était changée en un feu qui me dévorait et qui me remuait et me tortillait sur ma chaise, sans pouvoir, dissiper l’ardeur de l’endroit où s’étaient concentrés, je crois, tous les esprits vitaux de mon corps.

Mr. Barville, qui lisait dans mes yeux la crise où j’étais et qui, par expérience, en connaissait la cause, eut pitié de moi. Il tira la table, essaya de ranimer ses esprits et de les provoquer, mais ils ne voulurent pas céder à ses instances : sa machine était comme ces toupies qui ne tiennent debout qu’à coups de fouet. Il fallut donc en venir aux verges, dont j’usai de bon cœur et dont je vis bientôt les effets. Il se hâta de m’en donner les bénéfices.

Mes pauvres fesses ne pouvant souffrir la dureté du banc sur lequel Mr. Barville me clouait, je dus me lever pour me placer la tête sur une chaise ; cette posture nouvelle fut encore infructueuse, car je ne pouvais supporter de contact avec la partie meurtrie. Que faire alors ? Nous haletions tous deux, tous deux nous étions en furie, mais le plaisir est inventif : il me prit tout d’un coup, me mit nue, plaça un coussin près du feu et, me tournant sens dessus dessous, il entrelaça mes jambes autour de son cou, si bien que je ne touchais à terre que par la tête et les mains. Quoique cette posture ne fût point du tout agréable, notre imagination était si échauffée et il y allait de si bon cœur qu’il me fit oublier ma douleur et ma position forcée. Je fus ainsi délivrée de ces insupportables aiguillons qui m’avaient presque rendue folle, et la fermentation de mes sens se calma instantanément.

J’avais donc achevé cette scène plus agréablement que je n’avais osé l’espérer et je fus surtout fort contente des louanges que Mr. Barville donna à ma constance et du présent magnifique qu’il me fit, sans compter la généreuse récompense que Mme Cole en obtint.

Je ne fus cependant pas tentée de recommencer aussitôt ces expédients pour surexciter la nature ; leur action, je le conçois, se rapproche de celle des mouches cantharides ; mais j’avais plutôt besoin d’une bride pour retenir mon tempérament que d’un éperon pour lui donner plus de feu.

Mme Cole, à qui cette aventure m’avait rendue plus chère que jamais, redoubla d’attention à mon égard et se fit un plaisir de me procurer bientôt une bonne pratique.

C’était un gentleman d’un certain âge, fort grave et très solennel, dont le plaisir consistait à peigner de belles tresses de cheveux. Comme j’avais une tête bien garnie de ce côté-là, il venait régulièrement tous les matins à ma toilette, pour satisfaire son goût. Il passait souvent plus d’une heure à cet exercice, sans se permettre jamais d’autres droits sur ma personne. Il avait encore une autre manie : c’était de me faire cadeau d’une douzaine de paire de gants de chevreau blanc, à la fois ; il s’amusait à les tirer de mes mains et à en mordre les bouts des doigts. Cela dura jusqu’à ce qu’un rhume, le forçant à garder la chambre, m’enleva cet insipide baguenaudier, et je n’entendis plus parler de lui.

Voir en ligne : Emily en berger et plaisirs contre-nature
Lettre deuxième (sixième partie)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de John Cleland, Mémoires de Fanny Hill, Femme de plaisir, L’Œuvre de John Cleland (Avec des documents sur la vie à Londres au XVIIIe siècle, et notamment la Vie galante d’après les SÉRAILS DE LONDRES), Introduction, essai bibliographique par Guillaume Apollinaire, Ouvrage orné de six compositions d’après la suite gravée par William Hogarth : La destinée d’une Courtisane, Bibliothèque des Curieux, Collection « Les Maîtres de l’amour », Paris, 1914.



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