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Les Audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B…

Galanteries - Les Caprices du sexe

Première partie - Chapitre III



Auteur :

Louise Dormienne (René Dunan), Les Caprices du sexe ou les Audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B…, Édité aux dépens des Amis de la galanterie, Orléans, 1928.


III
GALANTERIES

- Bonsoir, Louise !

Devant la jeune fille, qui franchissait la porte de la vaste salle des gardes, un jeune homme s’avança, plein d’aise et de dignité. C’était le fils du notaire de la famille de Bescé, le docteur Delaize, ou plutôt de Laize, comme il voulait désormais se nommer.

La salle des gardes avait, durant des siècles, abrité des soudards en uniforme, prêts à la défense du château. Aujourd’hui, le marquis en faisait une sorte d’atrium, où les nombreux visiteurs, gens de Bourse ou de négoce, se rassemblaient et conversaient ensemble, en se promenant sans façons. Trente mètres de longueur, sur vingt de largeur, y permettaient à une véritable foule d’aller et venir, en attendant d’être invitée à monter, par l’escalier de pierre ciselée qui occupait un angle et menait au bureau du maître de la maison.

Il y avait en ce moment, sous quatre lampes à arc placées aux angles de la salle, une dizaine de personnes à attendre. Louise, qui pouvait rentrer par quelque autre des cinq portes de l’immense demeure, aimait à passer par là. Sa jeune vanité était flattée de voir tant d’hommes, et des plus puissants, accourir lui baiser la main. Et puis elle aimait cette manifestation de la force paternelle. Enfin elle avait des amis et des amies parmi les enfants de personnages notoires qui fréquentaient assidûment la salle des gardes. Derrière le château, en ce moment, une dizaine d’autos devaient attendre, comme devant un théâtre, la nuit, à Paris.

Mais le jeune de Laize agaçait la fille du marquis de Bescé. Elle savait ses ambitions et qu’il désirait l’épouser. Un tel mariage ne déplaisait à personne de la maison. Les de Laize se nommaient effectivement ainsi et ils avaient été anoblis en 1570, ce qui est très honorable. Bien des ducs et pairs de la Restauration ne sauraient établir de semblables quartiers. Mais en 1790, Gaston de Laize, maire de Trempe-l’Isle, qui n’était rien moins que courageux, avait spontanément supprimé la particule de son nom pour faire preuve de civisme. Son fils avait acheté une étude de notaire et la charge n’avait plus quitté les aînés du nom. Les de Laize étaient aujourd’hui immensément riches et bien plus dangereux pour le peuple que le marquis de Bescé. En effet dix mille hectares de biens autour de Bescé portaient en première hypothèque la griffe du notaire. Il pouvait, à son gré, étant un chicanous minutieux et habile, faire vendre des centaines de propriétés du jour au lendemain. Car les paysans, négligents et cupides, prenaient pour de la bienveillance de la part du notaire des offres de crédits supplémentaires, lorsque les débiteurs ne remboursaient point aux temps fixés.

Aujourd’hui, des villages entiers eussent donc pu être évacués par la force, si M. de Laize l’avait voulu. Puissant, magnifique manieur de capitaux, il était dévoué aux Bescé parce que ceux-ci le traitaient en égal. Aussi le marquis eût-il aimé que le fils cadet des de Laize, médecin déjà renommé pour des recherches sur les sérums, pût épouser sa fille. Mais elle, sous l’influence maternelle, méprisait d’instinct les gens de loi et leurs descendants.

Le docteur de Laize était toutefois un adversaire digne de Louise. D’une intelligence déliée et experte, voyant bien, voyant large, il inspirait le respect même à ses aînés. Et Dieu sait pourtant si les médecins cultivent naturellement la haine des nouvelles couches médicales !… Mais il avait fallu s’incliner devant les facultés étonnantes de ce jeune homme.

Louise se trouva un peu interloquée devant Jacques de Laize. Habituellement, elle le recevait avec une ironie calculée et mesurée à laquelle il ripostait très bien. Mais en ce moment elle restait encore sous l’impression des spectacles que lui avaient offerts les deux paysans passionnés, puis son cousin et la servante. Tout cela se présenta à son imagination sous forme de scène entre le docteur et elle-même. Cette fois, la réalité s’attestait écoeurante. Louise crut sentir une verge d’homme l’assaillir…

Elle ne regarda donc point le médecin en face et il perçut cette fuite d’un regard qui, coutumièrement, ne craignait jamais d’affronter autrui. Il dit :
- Ma chère amie, faites-moi le plaisir d’une promenade à mon bras avant le dîner.

Louise hésita, puis crut qu’il fallait d’autant mieux dissimuler son trouble intime que, peut-être, seule dans sa chambre, si elle s’y rendait, elle subirait quelque tentation neuve qu’elle voulait éloigner.
- Allons, Jacques ! Je suis ravie de vous voir.

Il ne fut pas dupe, mais se tut. Ils sortirent. La nuit noyait la pelouse démesurée et jetait une ombre plus épaisse sur les massifs d’arbres qui la bordaient. Au bout de l’allée de chênes menant à la terrasse on percevait le croissant lunaire au ras de l’horizon.
- La poésie de ce décor ne vous trouble-t-elle pas, Louise ?

Elle rit :
- Parfois, mais pas ce soir.

Délicatement, il ne questionna point, mais reprit :
- La poésie est une des rares choses qui aident à vivre. Je vous assure que sans elle je ne trouverais pas à l’existence l’attrait nécessaire pour mes travaux.
- Ces travaux ne vous garderont pas toute votre vie, Jacques, et la poésie émousse ses émotions. Comment ferez-vous ?

Il se pencha sur elle :
- J’espère en l’amour.

Elle rit encore :
- Voyons, Jacques, depuis notre enfance que nous nous connaissons, il est convenu que nous ne nous cacherons rien.
- Vous devez voir que je ne vous cache rien, Louise. À la troisième phrase je vous fais une déclaration.

Elle hésita, un peu émue, puis se contraignit à répondre :
- Et vous voulez me faire croire, étant, par métier, obligé à vivre parmi les pires maladies, les mourants et même les cadavres, que vous pouvez songer à la poésie et à l’amour ? Tout cela est pure fantaisie.

Le jeune docteur ne répondit pas à la question, mais après un moment de silence, il reprit :
- Louise… vous souvenez-vous qu’à dix ans je vous nommais cousine ?
- Oui ! Si cela vous est agréable, reprenez ce mot.

Jacques eut, au fond de son coeur de mâle ardent et robuste, le sentiment d’un triomphe. Cette enfant était en ses doigts comme un oiseau.
- Eh bien ! cousine…

Il s’arrêta.

Elle reprit en sourdine :
- Eh bien ?
- Ce mot, Louise, ne me plaît plus, il a perdu son parfum.

Elle eut un rire saccadé.
- Prenez-en un autre.
- Vous me permettez de choisir ?

Comme un soupir, elle chuchota :
- Oui !

Il passa la main sous l’aisselle de la jeune fille et l’étreignit. Elle se sentait vaincue. Un homme fort et décidé, un de ces maîtres comme les sociétés en créent à peine quelques-uns par siècle, la tenait contre son corps. Et la chair féminine s’ouvrait déjà pour l’amour.
- Jacques…
- Louise !
- Comment allez-vous m’appeler ?
- Ma chérie !

Elle eut un léger grelottement des mâchoires, puis épousa de plus près le torse viril.
- Eh bien ! dites…
- Ma chérie, je vous aime, me voulez-vous pour époux ?

Elle se sentit dans les griffes de l’aigle. Alors, au fond de sa pensée défaite, se leva une révolte. Quoi, appartenir comme cela à un homme, sans lutte et sans paraître avoir rien de soi à défendre ?… Sa pensée évoqua la paysanne à genoux, tentant d’obtenir la joie de ce mâle stupide qui se laissait posséder sans plaisir apparent.
- Jacques, vous parliez poésie tout à l’heure…
- Eh bien ! Louise ?
- Et vous constatiez que la poésie de cette nuit magnifique est riche d’émotions. Ne sentez-vous pas qu’elle m’émeut aussi et que je ne puis vous répondre ici ?

La voix du médecin se fit triomphante.
- Si je vous comprends bien, ma chérie, vous me diriez oui en ce moment ?

Elle ne nia point.
- Cela me suffit. Rentrons, Louise, je suis heureux.

Il la sentait peser sur lui. L’âme trouble et agitée, elle le mena vers le banc de gazon où elle avait vu tout à l’heure son cousin posséder une femme de chambre.
- Asseyons-nous une minute !

Un accès de sincérité arracha à Louise une sorte d’aveu :
- J’ai vu tout à l’heure, de la terrasse, deux paysans qui…

Une rougeur lui empourpra le visage… Jacques n’osa questionner et approcha seulement sa bouche de l’oreille féminine, dont il prit le lobe chaud et rond entre ses lèvres.

La douce voix continua :
- Oui ! J’ai vu… Ils ont fait…

La main de Jacques de Laize passa sur la poitrine délicate. Il sentit les seins écartés et encore frêles, dont les mamelons se dressaient. Sans savoir comment, en abandonnant son bras à lui-même, il fut sur le ventre plat, jusqu’au pli des cuisses. Sous la robe, il percevait la chaleur du corps fiévreux. En lui la volonté et la maîtrise des actes disparaissaient lentement, tandis qu’un désir ardent révulsait au fond de son être des fibres douloureuses.

Hésitante, la jeune fille se contraignit cependant à parler.

En elle, l’énergie de la race voulait en ce moment compléter la confession commencée.
- J’ai vu… Il l’a prise debout, comme une bête…

Il ne dit pas un mot, mais sa main levait la jupe. Il fut soudain sur la chair, près du genou. Il connut la fraîcheur de cette peau lisse et ses doigts remontèrent. Mais la jeune fille portait une culotte serrée comme un maillot. Il ne perçut plus que le grain de l’étoffe, mince d’ailleurs comme une peau d’oignon. Elle continuait :
- Et puis, avec sa bouche…

Jacques de Laize n’entendait plus. Il avait glissé la main dans la ceinture de la culotte. Il revint vers le centre vivant du corps dont le voisinage l’éréthisait vertigineusement. Il fut sur le ventre, puis sur la toison fine et rase, puis sur le pli sexuel. Sa main s’arrêta. Tous deux sentirent un grand frisson qui dominait leurs moelles.

Louise, en hypnose, dit une autre fois :
- … avec sa bouche…

Comme obéissant à un ordre, Jacques de Laize glissa sur les genoux, entre les jambes disjointes de Louise de Bescé. D’une main délicate, il baissa la ceinture de la culotte, souleva le corps léger, pour ramener le vêtement intime jusqu’à mi-cuisses, puis il s’approcha de ce sexe vierge et, soudain, comme un fauve affamé, posa sur la fente, aux lèvres imperceptiblement bombées, un baiser brûlant.

Louise, avec une sorte de sursaut, ouvrit les cuisses et dit encore, comme si cette phrase avait un sens nouveau :
- … avec sa bouche…

Le médecin, sentant vibrer l’organe du plaisir, l’avait saisi entre ses lèvres. Il perçut nettement le battement du sang dans le frêle clitoris, rigide comme une verge mâle. Les lèvres du sexe s’ouvrirent, pareilles à une bouche. Cette chair était d’une douceur infinie.

Et le plaisir se manifestait par des alternances de rigidité et de relâchement, qui correspondaient au tumulte même de la chair de Jacques de Laize. Soudain, les deux mains de la jeune fille vinrent s’appuyer sur la tête de l’homme, qu’elles pressèrent comme pour faire pénétrer plus avant cette langue et ces lèvres agiles qui la possédaient jusqu’en ses vertèbres.

Jacques se releva. Il sentait, au long de sa cuisse, dégoutter sa propre jouissance et cela ne laissait pas d’être désagréable. Mais Louise, nerveuse et agitée, dit tout bas :
- À moi, maintenant !
- À vous ! Quoi, ma chérie ?
- Je vais vous embrasser… avec ma bouche.

Il eut un haut-le-corps :
- Non, Louise. Plus tard, quand nous serons époux.
- Je veux ! dit-elle orgueilleusement.
- Non, Louise !

Elle dit, la voix sèche :
- Si !

Il se tut, très ferme… La jeune fille comprit alors l’inutilité d’insister. Confusément, elle devina que cet acte passait pour honteux. Elle se releva, hautaine et raidie d’orgueil :
- Jacques, rien n’avilit une Bescé, et quand elle veut, il faut vouloir…

Puis, debout, frémissante de colère :
- Vous ne m’aurez jamais pour femme !

Et, comme une ombre, elle se sauva vers le château.

Voir en ligne : Le Don de soi (Première partie - Chapitre IV)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Louise Dormienne (René Dunan), Les Caprices du sexe ou les Audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B…, Édité aux dépens des Amis de la galanterie, Orléans, 1928.



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