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L’Ardente passion

Gifles et lamentations

Roman érotique (Chapitre XI)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.


XI

Marthe et Louis silencieusement avait regagné la maison. Dans le salon, le jeune homme hasarda :
- Vous êtes contente ?… Je l’ai bien battue ?

Elle eut un signe de tête indifférent, pensant à autre chose, luttant contre la passion qui croissait en elle, avec courage elle tentait de s’habituer à l’indifférence. Comprenant que la fustigation était un adjuvant à son désir, elle se promettait de ne plus frapper.

À l’heure du dîner, il s’étonna de n’avoir pas reçu la moindre gifle et en éprouva de l’inquiétude. Son instinct l’avertissait que cette froideur était plus dangereuse à son amour que la brutalité.

En sortant de table, il la pinça à la hanche, espérant au moins une claque. Elle le repoussa en fronçant les sourcils et il fut terrorisé.

Dans la bibliothèque, il s’attarda jusqu’à minuit, attendant d’une minute à l’autre qu’elle vint le corriger. Désespéré, il monta se coucher, faisant du bruit dans le couloir afin de la réveiller.

Le matin, il la trouva calme, sérieuse ; aussitôt il s’empressa de l’avertir qu’il avait veillé tard. Elle haussa les épaules.
- Je le sais… mais, je ne peux pas vous corriger continuellement… Si vous ne voulez pas entendre raison, tant pis pour vous…

Il fut suffoqué par ce raisonnement, se jugeant soumis aux volontés de la femme. Quand elle quitta la salle à manger, il la suivit ; excédée, elle se retourna :
- Laissez-moi donc en paix… allez à vos affaires et moi aux miennes…

Il s’éloigna tête basse, notant que quelque chose était changée entre eux. Il ne la revit plus de la matinée, elle s’acharna à le fuir. Au déjeuner cependant ils furent contraints de se rencontrer. Il la contempla naïvement, avec dans les yeux, une tristesse :
- Qu’est-ce que je vous ai fait ?

Elle sourit avec peine, dissimulant son tourment :
- Rien de spécial… votre conduite me met dans l’embarras vis-à-vis de votre père… Je regrette que cette Berthe soit venue ici pendant son absence.
- Je ne la reverrai plus.

Il ne remarqua pas ses yeux qui étincelaient de bonheur ; elle lui était reconnaissante de cette décision, se demandant s’il tiendrait sa promesse.

En effet, après le déjeuner il quitta le parc furtivement, s’en allant se cacher dans la campagne environnante. Quand les deux jeunes filles arrivèrent, on ne le trouva plus.

Marthe ne put leur fournir aucune explication et elles patientèrent ensemble. Les heures s’écoulèrent sans incident, il ne revint pas. En réalité, il épiait leur départ, non loin, dissimulé dans l’herbe.

Quand elles eurent quitté la gouvernante, celle-ci eut une minute de douce émotion, à deux mains, elle comprima les battements de son cœur :
- Il a tenu parole !

Elle se sauva en courant, pour dans sa chambre se vêtir d’un peignoir, les pieds nus dans des babouches.

Elle redescendit au salon, doucement, un trouble au fond de l’être.

Il était là qui attendait en souriant. Sans un mot, elle fut s’asseoir dans un vaste fauteuil. Il s’approcha et s’agenouilla pour lui baiser la cheville, puis tout bas :
- Vous voyez… Je me suis sauvé !

Emue, incapable de parler, elle lui sourit, caressant d’une main dolente l’opulente chevelure soyeuse qui coulait sous ses doigts.
Inquiet, il la scrutait :
- Dites… vous êtes contente ?

Elle inclina la tête en signe d’assentiment ; rougissant, il se souleva légèrement, pour balbutier :
- Alors… battez-moi !

Elle ferma les yeux, de crainte de laisser voir son trouble et lui attendait, palpitant, les mains crispées au bras du fauteuil.
- Oui…

Elle se leva pour en chancelant aller chercher le martinet, quand elle reparut, il était prêt, fébrile et tremblant. Sans un mot, elle se pencha et frappa ; il frémit, un gémissement fusa de ses lèvres ; au deuxième coup sa bouche se tordit, sa tête se rejeta en arrière, ses jambes plièrent sous lui. Elle continua, sans hâte, avec précision, le meurtrissant savamment, ayant besoin de ce réactif pour dompter sa passion.

Incapable de résister davantage, il tomba à genoux, les mains en avant, appuyées sur le tapis.

Elle tapa encore, changeant seulement de direction. Il eut un râle et se tordit, fléchissant sur le flanc. À la nouvelle cinglade, il croula complètement, pour demeurer inerte, les yeux exorbités, fixant le bourreau.

Marthe, le rouge au front, ne s’arrêtait point, sa cruauté s’exaspérait du désir qui la torturait. Il lui semblait qu’en causant de la souffrance, elle tuait en elle la passion grondante.

Sur le tapis, il s’agitait exactement comme le poisson hors de l’eau, se contorsionnant comme pour éviter la morsure du fouet.

Ses talons fiévreusement martelaient le sol, et il gémissait sourdement, sur un mode plaintif, continu.

Elle recula, pour retomber dans un fauteuil :
- Rhabillez-vous !

Il s’assit à terre pour ramener en arrière les cheveux qui lui tombaient sur le visage. Puis il lui sourit, tendrement, marquant ainsi naïvement le sentiment qui était en lui.

Elle ferma les yeux pour ne pas le voir, ayant peur d’elle-même, de sou énergie défaillante. Comme il ne se hâtait point de se vêtir, elle se sauva dans le boudoir, où elle s’enferma.

À la nuit tombante, elle reparut et aperçut Louis qui patientait tristement. Elle lui prit le bras et l’entraîna avec douceur :
- Venez !

Dans le vestibule, il prit une casquette, elle une toque et ils sortirent, gagnant la campagne solitaire, au bras l’un de l’autre. Sur son poignet, elle sentait frémir la main de l’adolescent.

Ils étaient seuls, dans la demi-obscurité du crépuscule, le long des chemins où nul passant ne se rencontrait plus. Ils se taisaient, n’ayant rien à se dire, ou trop d’aveux à se faire.

Louis était heureux, il n’en réclamait pas davantage, son adolescence rêveuse, satisfaite par ce platonisme morbide.

Pourtant, il lui serra le bras un peu plus fort, le côté de la poitrine ferme de la femme s’écrasa contre son biceps. Il crut la sentir tout entière et un frisson le secoua.

Ils revinrent à petits pas, et devant eux soudain, la grille du parc surgit. Il leur semblait que cette promenade avait duré à peine quelques minutes.

Poussé par la crainte de la lumière prochaine, il voulut profiter des dernières secondes d’obscurité. Doucement il se pencha, se haussant sur la pointe des pieds et d’une caresse furtive, posa ses lèvres sur un coin de l’épaule nue.

Elle frissonna mais se tut, feignant de n’avoir rien remarqué. Il en fut dépité, ayant prévu ou une claque ou une tendresse.

Quand ils se revirent en pleine lumière dans la salle à manger, ils n’osèrent se regarder, le désir était en eux qui les séparait comme deux frères ennemis.

Elle monta se coucher de bonne heure et lui s’attarda dans la bibliothèque. Simplement en chemise de nuit, elle descendit. À sa vue, il trembla, croyant qu’elle venait le fouetter.
- Allez vous coucher Louis, dit-elle doucement.

Il ne se révolta pas et devant elle gravit les marches ; elle le suivit dans sa chambre et attendit qu’il se mit au lit. Puis elle le borda, comme de coutume, trouvant dans ce soin maternel, un dérivatif à sa passion.

D’un geste vif, il lui saisit la main et en baisa la paume. Elle sourit et s’éloigna sans un mot, fermant la porte derrière elle, emportant la clef. Dans le couloir, elle prit sa course et s’enfuit jusqu’au rez-de-chaussée. En proie à une exaltation incoercible, elle erra à travers les pièces, quêtant des souvenirs.

Près de l’endroit où l’après-midi, elle l’avait fouetté, elle s’accroupit et saisit sa tête dans ses mains. Un sanglot lui déchira la poitrine :
- Je n’en puis plus ! Je n’en puis plus !… Et le père qui ne revient que dans six mois !

Elle songea à tromper sa chair en s’abandonnant à une passade quelconque. Mais elle sentit aussitôt qu’elle ne le pourrait pas.

Maintenant qu’elle avait désiré un adolescent, l’homme avec sa mâle structure, son odeur fauve lui causait une répugnance.

Elle se leva désespérée et retourna à sa chambre, en pleurant tout bas. Elle se souvenait du temps où elle avait juré que jamais plus elle ne connaîtrait les caresses d’un homme et le serment lui semblait à l’heure actuelle, se draper d’une amère ironie.

Naturellement elle dormit mal et se leva brisée, le visage blême. Louis la considéra avec inquiétude, malgré l’égoïsme de son âge et lui demanda de ses nouvelles.

Elle l’évita encore et comme au déjeuner, il prétendit fuir Berthe de nouveau, elle l’en empêcha avec autorité.

Les deux jeunes filles en arrivant le trouvèrent donc auprès d’elle et s’enquirent joyeusement de sa fugue de la veille.

Odette tenta de recommencer son manège, poussant son amie vers le jeune homme. Il se défendit avec prudence et d’ailleurs Berthe marquait une certaine mauvaise volonté, devinant vaguement, qu’en la circonstance, elle jouait le rôle de dupe.

Prévoyant ce qui allait se produire, Marthe les emmena goûter au salon. Avec ruse, elle plaça Odette auprès de Louis.

Aussitôt elle se fit aguicheuse dans le but de tourmenter autant la gouvernante que sa petite amie.

Marthe la laissa faire un instant, puis au jeune homme elle donna un ordre par un signe imperceptible.

Il comprit et en haletant attendit. Odette s’enhardissait, moqueuse, elle le pinça au bras.

Aussitôt elle recula, la joue rutilante d’une claque. Interloquée elle balbutia quelques mots inintelligibles qu’il feignit de prendre pour des injures.

D’un bond il fut debout et la bousculant sur sa chaise, la fit choir à terre. Vivement il enserra la taille de son bras gauche et de la main droite souleva les vêtements.

Les gifles sonnèrent dans la pièce silencieuse ; la fustigée se tordait avec des lamentations, essayant également de lui échapper par des contorsions brusques.

Mais il la tenait solidement et poursuivait la correction avec une vigueur peu commune.

Marthe frémissait à la vue de cette chair qui rougeoyait sous la douleur ; du regard elle encourageait le complice à frapper plus fort encore.

Berthe se taisait ; il lui plaisait que l’amie fut brutalisée également, mais en même temps se glissait dans son cœur un vague sentiment de jalousie.

Elle aurait voulu que le monopole de ces flagellations lui restât, quelle qu’en put être la douleur qui en résultait.

Cependant Louis lâcha sa victime, qui s’effondra sur le sol en sanglotant, oubliant de remettre de l’ordre dans sa toilette. Elle demeurait là, allongée, pleurant doucement, tout l’être secoué par des hoquets convulsifs.
- Elle n’en a pas assez ! grommela Berthe, maussade.
- Toi non plus ! s’écria Marthe.

Violemment elle l’attira, la basculant sur ses genoux, jupes hautes.

Aussitôt Odette se redressa, fiévreuse, les yeux brillants, le visage inondé de larmes.

La jeune femme ne frappait pas comme Louis, elle y mettait plus de cruauté. C’était le poing fermé qu’elle tapait dans la longueur de la croupe.

Berthe se raidissait pour échapper à la meurtrissure lente, mais tout était inutile, Marthe sagace, la déplaçait aisément, par la flexion de ses genoux.

Les coups tintaient sourdement, avec un bruit mou que les gémissements de la suppliciée accompagnaient.

La gouvernante la remit debout :
- Maintenant, finissez votre chocolat et partez !
- J’ai bien envie de tout répéter à maman, gronda Odette.

Marthe ricana :
- Vous pouvez… J’ajouterai mon témoignage, en racontant comment je vous ai surprise un jour, auprès de Louis.

Berthe sachant l’inutilité des menaces haussa les épaules :
- Tais-toi donc… tu ne diras rien du tout… ni moi non plus…

Elles s’éloignèrent enfin, un peu plus tôt que d’ordinaire. Bientôt elles s’arrêtèrent au milieu d’un buisson, ayant de multiples réflexions à se communiquer. Le souvenir des incidents précédents mit très vite le feu à leur jeune sang, et avec des mines sournoises, elles examinèrent les traces de la correction. Du bout des doigts, elles caressaient la chair meurtrie, avec des exclamations puériles.

Longtemps elles restèrent là, puis nonchalantes remontèrent en bicyclette. Berthe était songeuse :
- Alors tu crois qu’ils s’aiment et qu’il m’abandonnera ?
- J’en suis certaine… C’est pour cela que je te conseille de te venger sans attendre plus longtemps.
- Je verrai !

La petite amoureuse ne parvenait à se décider, conservant au fond du cœur une affection tendre pour celui qui l’avait faite femme. Pourtant une jalousie aiguë la mordait, elle haïssait franchement la gouvernante qui avait, par le prestige de sa beauté, soumis l’adolescent.

Voir en ligne : Flagellé pieds et poings liés (Chapitre XII)

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.



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