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Thérèse philosophe

Goûts bizarres des hommes et diverses postures des femmes dans le coït

Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (9)



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Jean-Baptiste de Boyer Marquis d’Argens, Thérèse philosophe ou Mémoires pour servir à l’histoire du père Dirrag et de mademoiselle Éradice, Paris, 1748.


Elle est envoyée chez un homme de considération qui a, dans ses plaisirs, une manie particulière

Je ne finirais pas si je te faisais le tableau de tous les goûts bizarres, des singularités que j’ai connus chez les hommes, indépendamment des diverses postures qu’ils exigent des femmes dans le coït.

Un jour, je fus introduite par une petite porte de derrière chez un homme de nom et fort riche à qui, depuis cinquante ans, tous les matins une fille nouvelle pour lui rendait pareille visite. Il m’ouvrit lui-même la porte de son appartement. Prévenue de l’étiquette qui s’observait chez ce paillard d’habitude, dès que je fus entrée je quittai robe et chemise. Ainsi nue, j’allai lui présenter mes fesses à baiser dans un fauteuil où il était gravement assis.
- Cours donc vite, ma fille, me dit-il en tenant d’une main son paquet, qu’il secouait de toute sa force, et, de l’autre, une poignée de verges dont mes fesses étaient simplement menacées.

Je me mets à courir, il me suit : nous faisons cinq à six tours de chambre, lui, criant comme un diable :
- Cours donc, coquine ! cours donc ! Enfin, il tombe pâmé dans son fauteuil. Je me rhabille, il me donne deux louis et je sors.

Autre goût bizarre d’un homme chez qui elle est introduite

Un autre me plaçait assise sur le bord d’une chaise, découverte jusqu’à la ceinture. Dans cette posture, il fallait que, par complaisance, quelquefois aussi par goût, je me servisse du frottement de la tête d’un godemiché pour me provoquer au plaisir. Lui, posté dans la même attitude vis-à-vis de moi à l’autre extrémité de la chambre, travaillait de la main à la besogne, ayant les yeux fixés sur mes mouvements, et singulièrement attentif à ne terminer son opération que lorsqu’il apercevait que ma langueur annonçait le comble de la volupté.

Un vieux médecin se fait fouetter par la Bois-Laurier, remède souverain pour la génération

Un troisième (c’était un vieux médecin) ne donnait aucun signe de virilité qu’au moyen de cent coups de fouet que je lui appliquais sur les fesses, tandis qu’une de mes compagnes, à genoux devant lui la gorge nue, travaillait avec ses mains à disposer le nerf érecteur de cet Esculape moderne, d’où exhalaient enfin les esprits qui, par la fustigation mis en mouvement, avaient été forcés de se porter dans la région inférieure. C’est ainsi que nous le disposions, ma camarade et moi par ces différentes opérations, à répandre le baume de vie. Tel était le mécanisme par lequel ce docteur nous assurait qu’on pouvait restaurer un homme usé, un impuissant, et faire concevoir une femme stérile.

Manie d’un courtisan usé de débauche

Un quatrième (c’était un voluptueux courtisan usé de débauches) me fit venir chez lui avec une de mes compagnes. Nous le trouvâmes dans un cabinet environné de glaces de toutes parts, disposées de manière que toutes faisaient face à un lit de repos de velours cramoisi, qui était placé dans le milieu.
- Vous êtes des dames charmantes, adorables, nous dit affectueusement le courtisan. Cependant vous ne trouverez pas mauvais que je n’aie pas l’honneur de vous… Ce sera, si vous le trouvez bon, un de mes valets de chambre, garçon beau et bien fait, qui aux celui de vous amuser. Que voulez-vous, mes belles enfants ! ajouta-t-il, il faut savoir aimer ses amis avec leurs défauts, et j’ai celui de ne goûter de plaisirs que par l’idée que je me forme de ceux que je vois prendre aux autres. D’ailleurs, chacun se mêle de… Eh ! ne serait-il pas pitoyable que gens comme moi sayons les singes d’un gros vilain paysan ?

Après ce discours préliminaire, prononcé d’un ton mielleux, il fit entrer son valet de chambre, qui parut en petite veste courte de satin couleur de chair, en habit de combat. Ma camarade fut couchée sur le lit de repos, bien et dûment troussée par le valet de chambre qui m’aida ensuite à me déshabiller nue de la ceinture en haut. Tout était compassé et se faisait avec mesure. Le maître, dans un fauteuil, examinait, et tenait son instrument mollet à la main. Le valet de chambre, au contraire, qui avait descendu ses culottes jusque sur ses genoux et tourné le bas de sa chemise autour de ses reins, en laissait voir un des plus brillants. Il n’attendait pour agir que les ordres de son maître, qui lui annonça qu’il pouvait commencer. Aussitôt le fortuné valet de chambre grimpe ma camarade, l’enfile et reste immobile. Les fesses de celui-ci étaient immobiles.
- Prenez la peine, mademoiselle, dit notre courtisan, de vous placer à l’autre côté du lit et de chatouiller cette ample paire de couilles qui pendent entre les cuisses de mon homme, qui est, comme vous voyez, un fort honnête Lorrain. Cela exécuté de ma part, nue, comme je te l’ai dit, de la ceinture en haut, l’ordonnateur de la fête dit à son valet de chambre qu’il pouvait aller son train. Celui-ci pousse sur-le-champ, et repousse avec une mobilité de fesses admirables. Ma main suit leur mouvement, ne quitte point les deux énormes verrues. Le maître parcourt des yeux ses miroirs, qui lui rendent des tableaux diversifiés selon les côtés dont les objets sont réfléchis. Il vient à bout de faire roidir son instrument qu’il secoue avec vigueur. Il sent que le moment de la volupté approche.
- Tu peux finir, dit-il à son valet de chambre.

Celui-ci redouble ses coups. Tous deux enfin se pâment et répandent la liqueur divine.

Aventure de trois capucins en partie fine avec la Bois-Laurier

Chère Thérèse, dit la Bois-Laurier en poursuivant ses propos, je me rappelle fort à propos une plaisante aventure qui m’arriva ce même jour avec trois capucins. Elle te donnera une idée de l’exactitude de ces bons pères à observer leurs vœux de chasteté.

Après être sortie de chez le courtisan dont je viens de te parler, et avoir dit adieu à ma compagne, comme je tournais le premier coin de rue pour monter dans un fiacre que m’attendait, je rencontrai la Dupuis, amie de ma mère, digne émule de son commerce, mais qui en exerçait les travaux dans un monde moins bruyant.
- Ah ! ma chère Manon, me dit-elle en m’abordant, que je suis ravie de te rencontrer ! Tu sais que c’est moi qui ai l’honneur de servir presque tous nos moines de Paris. Je crois que ces chiens-là se sont tous donné le mot aujourd’hui pour me faire enrager : ils sont tous en rut. J’ai, depuis ce matin, neuf filles en campagne pour eux en diverses chambres et quartiers de Pais, et je cours depuis quatre heures sans en pouvoir trouver une dixième pour trois vénérables capucins qui m’attendent encore dans un fiacre bien fermé sur le chemin de ma petite maison. Il faut, Manon, que tu me fasses le plaisir d’y venir : ce sont de bons diables, ils t’amuseront.

J’eus beau dire à la Dupuis qu’elle savait bien que je n’étais pas un gibier de moines, que ces messieurs ne se contentaient pas des plaisirs de fantaisie, de ceux de la petite oie, mais qu’il leur fallait au contraire des filles dont les ouvertes fussent très libres :
- Parbleu ! répliqua la Dupuis, je te trouve admirable de t’inquiéter des plaisirs de ces coquins-là ! Il suffit que je leur donne une fille, c’est à eux à en tirer tel parti qu’ils pourront. Tiens, voilà six louis qu’ils m’ont mis en mains, il y en a trois pour toi. Veux-tu me suivre ?

La curiosité autant que l’intérêt me détermina. Nous montâmes dans mon fiacre et nous nous rendîmes près de Montmartre à la petite maison de la Dupuis.

Un instant après entrent nos trois capuchons qui, peu accoutumés à goûter d’un morceau aussi friand que je paraissais l’être, se jettent sur moi comme trois dogues affamés. J’étais dans ce moment debout, un pied élevé sur une chaise, nouant une de mes jarretières. L’un, avec une barbe rousse et une haleine infectée, vint m’appuyer un baiser sur la parole, encore cherchait-il à chiffonner avec la langue. Un second tracassait grossièrement sa main dans mes tétons. Et je sens le visage du troisième, qui avait levé ma chemise par-derrière, appliqué contre mes fesses tout près du trou mignon. Quelque chose de rude comme du crin, passé entre mes cuisses, me farfouillait le quartier de devant. J’y porte la main. Qu’est-ce que je saisis ? La barbe du père Hilaire qui, se sentant pris et tiré par le menton, m’applique, pour m’obliger à lâcher prise, un assez vigoureux coup de dents dans une fesse. J’abandonne en effet la barbe, et un cri perçant, que la douleur m’arrache, en impose heureusement à ces effrénés et me tire pour un moment de leurs pattes. Je m’assis sur un lit de repos près duquel j’étais. Mais à peine eus-je le temps de m’y reconnaître que trois instruments énormes se trouvent braqués devant moi.
- Ah ! mes pères, m’écriai-je, un moment de patience, s’il vous plaît : mettons un peu d’ordre dans ce qui nous reste à faire. Je ne suis point venue ici pour jouer la vestale : voyons donc avec lequel de vous trois je…
- C’est à moi ! s’écrièrent-ils tous ensemble sans me donner le temps d’achever.
- À vous, jeunes barbes ? reprit l’un d’eux en nasillant. Vous osez disputer le pas à père Ange, ci-devant gardien de…, prédicateur du carême de…, votre supérieur ? Où est donc la subordination ?
- Ma foi, ce n’est pas chez la Dupuis, reprit l’un d’eux sur le même ton ; ici père Anselme vaut bien père Ange.
- Tu as menti, répliqua ce dernier en apostrophant un coup de poing dans le milieu de la face du très révérend père Anselme.

Celui-ci, qui n’était rien moins que manchot, saute sur le père Ange. Tous deux se saisissent, se collettent, se culbutent, se déchirent à belles dents. Leurs robes, relevées sur leurs têtes, laissent à découvert leurs misérables outils qui, de saillants qu’ils s’étaient montrés, se trouvent réduits en forme de lavettes. La Dupuis accourt pour les séparer, elle n’y réussit qu’en appliquant un grand seau d’eau fraîche sur les parties honteuses de ces deux disciples de saint François.

Pendant le combat, père Hilaire ne s’amusait point à la moutarde [1]. Comme je m’étais renversée sur le lit, pâmée de rire et sans forces, in fourrageait mes appas et cherchait à manger l’huître disputée à belles gourmades [2] par ses deux compagnons. Surpris de la résistance qu’il rencontre, il s’arrête pour examiner de près les débouchés. Il entrouvre la coquille : point d’issue. Que faire ? Il cherche à nouveau à percer : soins perdus, peines inutiles. Son instrument, après des efforts redoublés, est réduit à l’humiliante ressource de cracher au nez de l’huître qu’il ne peut gober.

Le calme succéda tout à coup aux fureurs monacales. Père Hilaire demande un instant de silence : il informe les deux combattants de mon irrégularité et de la barrière insurmontable qui ferait l’entrée du séjour des plaisirs. La vieille Dupuis essuya de vifs reproches, dont elle se défendit en plaisantant. Et, en femme qui sait son monde, elle tâcha de faire diversion par l’arrivée d’un convoi de bouteilles de vin de Bourgogne, qui furent bientôt sablées.

Cependant les outils de nos pères reprennent leur première consistance. Les libations bachiques sont interrompues de temps à autre par des libations à Priape. Tout imparfaites que fussent celles-ci, nos frappards [3] semblent s’en contenter, et tantôt mes fesses, tantôt leur revers servent d’autel à leurs offrandes.

Bientôt une excessive gaieté s’empare des esprits. Nous mettons à nos convives du rouge, des mouches. Chacun d’eux s’amble de quelqu’un de mes ajustements de femme : peu à peu je suis dépouillée toute nue et couverte d’un simple manteau de capucin, équipage dans lequel ils me trouvent charmante.
- N’êtes-vous pas trop heureux, s’écria la Dupuis qui était à moitié ivre, de jouir du plaisir de voir un minois comme celui de la charmante Manon ?
- Non, ventrebleu ! répliqua père Ange d’un ton bachique. Je ne suis point venu ici pour voir un minois, c’est pour foutre un con que je m’y suis rendu ! J’ai bien payé, ajouta-t-il, et ce vit que je tiens en mains n’en sortira ventredieu pas qu’il n’ait foutu fût-ce le diable !

Écoute bien cette scène, me dit la Bois-Laurier en s’interrompant, elle est originale. Mais je t’avertis (peut-être un peu tard) que je ne puis rien retrancher à l’énergie des termes sans lui faire perdre toutes ses grâces.

La Bois-Laurier avait trop élégamment commencé pour ne pas la laisser finir de même. Je souris. Elle continua ainsi le récit de son aventure :
- Fût-ce le diable ! répéta la Dupuis en se levant de dessus sa chaise et élevant la voix du même ton nasillant que celui du capucin. Eh bien ! baise, dit-elle en se troussant jusqu’au nombril. Regarde ce con vénérable, qui en vaut bien deux. Je suis une bonne diablesse… Fous-moi donc, si tu l’oses, et gagne ton argent !

Elle prend en même temps père Ange par la barbe et l’entraîne sur elle en se laissant tomber sur le petit lit. Le père n’est point déconcerté par l’enthousiasme de sa Proserpine, il se dispose à l’enfiler et l’enfile à l’instant.

À peine la sexagénaire Dupuis eut-elle éprouvé le frottement de quelques secousses du père que ce plaisir délicieux, qu’aucun mortel n’avait eu la hardiesse de lui faire goûter depuis plus de vingt-cinq ans, la transporte et lui fait bientôt changer de ton :
- Ah ! mon papa, disait-elle en se démenant comme une enragée, mon cher papa ! Fous donc… donne-moi du plaisir… je n’ai que quinze ans, mon ami. Oui, vois-tu ? je n’ai que quinze ans… Sens-tu ces allures ?… Va donc, mon petit chérubin !… Tu me rends la vie… tu fais une œuvre méritoire…

Dans l’intervalle de ces tendres exclamations, la Dupuis baisait son champion, elle le pinçait, elle le mordait avec les deux uniques chicots qui lui restaient dans la bouche.

D’un autre côté le père, qui était surchargé de vin, ne faisait que haniquiner, mais, ce vin commençant à faire son effet, la galerie, composée des révérends pères Anselme, Hilaire, et de moi, s’aperçut bientôt que père Ange perdait du terrain et que ses mouvements cessaient d’être régulièrement périodiques.
- Ah ! bordel ! s’écria tout à coup la connaisseuse Dupuis, je crois que tu débandes… Chien, si tu me faisais un pareil affront…

Dans l’instant l’estomac du père, fatigué par l’agitation, fait capot, et l’inondation portant directement sur la face de l’infortunée Dupuis au moment d’une de ses exclamations amoureuses qui lui tenait la bouche béante, la vieille se sentant infectée de cette exlibation [4] infecte, son cœur se soulève et elle paie l’agresseur de la même monnaie.

Jamais spectacle fut plus affreux et plus risible en même temps ! Le moine s’appesantit, s’écroule sur la Dupuis, celle-ci fait de puissants efforts pour le renverser de côté, elle y réussit. Tous deux nagent dans l’ordure, leurs visages sont méconnaissables. La Dupuis, dont la colère n’était que suspendue, tombe sur père Ange à grands coups de poing. Mes ris immodérés et ceux des deux spectateurs nous ôtent la force de leur donner du secours. Enfin nous les joignîmes et nous séparâmes les champions. Père Ange s’endort, la Dupuis se nettoie. A l’entrée de la nuit, chacun se retire et gagne tranquillement son manoir.

Voir en ligne : Les amateurs du plaisir sodomite (10)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean-Baptiste de Boyer Marquis d’Argens, Thérèse philosophe ou Mémoires pour servir à l’histoire du père Dirrag et de mademoiselle Éradice, publié à Londres en 1782-1783.

Notes

[1Ne perdait point son temps.

[2Sic.

[3Moines débauchés.

[4Vomissure.



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